L. Panisset, Ibid
SURIIA 363
rate, rhydropéricarde, Thypertrophie du cœur avec dégénérescence du myocarde.
Caprins. — Steel regarde la chèvre comme insensible; celle qu'il a inoculée a montré pourtant, 9 jours après, une poussée à 41.°, 5 (normale 40"). Grande émaciation au bout de 1 mois.
Deux chèvres, inoculées par Lingard, ont succombé au surra. Dans les deux cas, la période d'incubation a été de 6 jours; puis la température s'est élevée (42", 2 chez une chèvre) et les trypan. ont apparu dans le sang.
La première chèvre a présenté une fièvre rémittente ; elle est morte le 53*' jour de la maladie, La seconde a montré également une fièvre rémittente; les trypan. ont été présents 15 jours dans le sang, puis ont disparu ; la chèvre est morte au bout de 4 mois et demi.
Penning donne la chèvre comme réfractaire.
Nous avons fait, de notre côté, quelques expériences sur des chèvres. 5 à 6 jours après l'inoculation du surra, on observe une poussée fébrile, la température monte à 40'^, puis redescend à la normale; une seconde poussée se produit parfois au bout de quelques jours. En dehors de ces accès de fièvre qui passeraient inaperçus si l'on ne prenait pas la température des malades, l'infection ne se traduit, chez les caprins, par aucun symptôme; les animaux ne maigrissent pas, il ne se produit pas d'œdèmes. Les trypan. sont presque toujours si rares dans le sang que l'examen histologique ne révèle pas leur présence ; il est nécessaire d'inoculer le sang à des animaux d'épreuve pour s'assurer si les caprins sont infectés ou non.
Une chèvre que nous avions inoculée avec le virus indien a eu une fièvre très vive avec des poussées pendant lesquelles la température atteignait ou même dépassait 41° et elle a succombé 57 jours après l'inoculation.
La maladie se termine d'ordinaire par guérison ; la durée de l'infection est de 5 mois environ. Les chèvres, après guérison, ont une immunité de longue durée '.
Ovines. — Un bélier a été inoculé à deux reprises, à intervalles de 14 jours, par Lingard. Le sixième jour après la deuxième inoculation, la température a atteint 410,9. Jamais on n'a observé de trypan. à l'examen microscopique du sang; mais le sang, 18 jours après la deuxième inoculation, s'est montre infectieux pour le cobaye; 28 jours après, on a observé de l'œdème de l'enveloppe testiculaire ; 45 jours après, la présence de trypan. a été constatée dans cette enveloppe. L'animal, au bout de 104 jours, a montré de la parésie à gauche. Il a succombé en 127 jours.
L'évolution du surra chez les ovines de nos pays est,* à très peu
1. A. Laveran, Acad. des Sciences, 9 janv. 19il. — F. Mesnil et M. Léger, Soc. de pathol. exotique, 10 janv. 1912.
36i TRYPANOSOMES ET TRYPANOÔOMIASES
près, la même que chez les caprins. La maladie ne se traduit que par quelques poussées fébriles pendant lesquelles la température monte à 40" ou M" (fig. LIV). Les animaux mangent bien et augmentent souvent de poids pendant la durée de la maladie. Les trypan. sont en général très rares dans le sang, cependant l'examen histologique permet quelquefois de constater leur présence.
La maladie peut se terminer par guérison; sa durée est de 5 à 6 mois. Les animaux, après guérison, ont l'immunité pour le surra.
Oiseaux. — Des essais d'inoculation du Tr. Evansi aux oiseaux
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Fig. LIV.
Commencement du tracé thermométrique d'un mouton inoculé de surra le 13 octobre 1903. L'existence de trypan. dans le sang a été notée le 26 octobre et le 2 novembre 1904. Au bout de 3 mois le sang du mouton était encore virulent.
ont donné presque toujours des résultats négatifs (Lingard, Penning). Le sang d'une oie inoculée sous la peau, par Mesnil et G. Martin, était infectant 12 jours plus tard, non infectant au bout d'un mois; le sang dune autre oie, inoculée comme la première, n'est pas devenu infectant.
Vertébrés a sang froid*. — Lorsqu'on injecte dans la cavité péritonéale d'une couleuvre à collier, Tropidonotus natrix, du sang riche en Tr. Evansi, les trypan. passent rapidement dans le sang de la couleuvre où leur présence peut être constatée au bout d'une heure environ. Les trypan. sont d'autant plus nombreux dans le sang de la couleuvre que le sang injecté en renfermait davantage.
Les trypan. vivent de 3 à 6 jours dans le sang de la couleuvre, mais leur nombre, bien loin de s'accroître, diminue rapidement; alors que l'examen microscopique ne permet plus de constater leur
1. A. L.WERAN et a. Pettit, Acàd. des Sciences, 2 août et 1-3 sept. 190'J. SAGLIA, Acad. des Sciences, 13 sept. IDÛ'J.
SURRA 365
présence, le sang de la couleuvre- reste infectieux pendant plusieurs jours.
Laveran et Pettit n'ont constaté aucun fait permettant de conclure que la virulence du Tr. Evansi pour les mammifères est modifiée après passage par la couleuvre.
Chez Rana teinporaria, Coliiher cœlopeltis, Lacerla viridis, Clemmys leprosa, Testudo mauritanica, l'injection intrapéritonéale de sang riche en Tr. Evansi est suivie aussi d'une apparition temporaire des trypan. dans la circulation, mais, chez ces animaux, la réceptivité est encore moindre que chez la couleuvre à collier; enfin chez d'autres vertébrés à sang froid : Triton vulgaris, Rana esciilenla, Cyprinus carpio, Angiiilla viilgaris, les trypan. sont détruits rapidement et ne passent pas dans le sang. Ces différences paraissent être en rapport avec le pouvoir trypanolytique du sérum des animaux (Laveran et Pettit).
Les trypan. injectés dans la cavité périlonéale de la couleuvre passent plus vite dans le sang que les hématies de souris ou le carmin, ce qui peut s'expliquer par les mouvements actifs des trypanosomes (Massaglia).
§ 3. — Anatomie pathologique.
L'hypersplénie, constante chez les souris, les rats, les chiens, les cobayes, les singes, est peu marquée chez les lapins, les chèvres et les moutons. Cette lésion paraît être en rapport avec l'abondance des trypan. dans le sang.
Chez une souris de 30 gr. qui meurt du surra, le poids moyen de la rate est de 0 gr. 80; chez des rats de 170 gr., le poids moyen de ce viscère est de 3 gr. 40; chez des chiens de 20 kg., le poids moyen de la rate a été de 180 gr. On a vu plus haut que, chez un chien de 9 kg., la rate pesait 210 gr, soit environ dix fois le poids normal.
Paur 81 cobayes, du poids moyen de 412 gr., Laveran a trouvé, comme poids moyen de la rate, 2 gr. 50 et comme poids maximums : 5, 6 et 7 gr., alors que le poids de la rate d'un cobaye de 500 gr. est de 0 gr. 80 environ. Sur 175 cobayes utilisés pour la conservation du surra, 5 sont morts d'hémorragie intrapéritonéale et l'autopsie a permis de constater des érosions superficielles ou des déchirures étendues de la capsule de la rate qui, fortement distendue par le parenchyme hypertrophié, cède parfois à la pression ; au-dessous de la déchirure de la capsule, on trouve assez souvent une poche vide; dans ces cas, il est manifeste que la déchirure de la capsule a été provoquée par une hémorragie intrasplénique.
Chez des lapins du poids moyen de 1 kg. 377, le poids moyen de la rate a été de 3 gr. 50.
36G TRYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
En dehors de l'hypersplénie et de l'hypertrophie des ganglions lymphatiques qui est commune, le surra ne produit pas en général de lésions anatomiques macroscopiques. Dans quelques autopsies de rats ou de chiens, nous avons noté de la congestion pulmonaire et de petites ecchymoses sous-pleurales.
Chez les buffles qui meurent du surra, on constate, d'après Penning, l'hypertrophie des ganglions lymphatiques et du foie, rarement de la rate et toujours à un faible degré, des hémorragies péricardiques et sous la muqueuse intestinale.
§ 4. — Agent pathogène.
La plupart de nos observations ont été faites sur des trypanosomes provenant de l'épizootie de Maurice, mais nous avons pu comparer les trypan. de cette provenance à des trypan. venant de llnde.
Tr. Evansi mesure, en moyenne, 25 t;. de long, sur 1 jj. 1/2 de large. Dans la longueur, la partie libre du flagelle compte pour 6 a environ. Des éléments plus grands (30 ix de long sur 2 ;j. 1/2 de large) ne sont pas très rares, mais il s'agit en général de trypanosomes en voie de division. On trouve rarement des éléments mesurant moins de 22 ]}. de long. Des trypan. mesurant jusqu'à 35 [7. de long ont été rencontrés dans le sang des équidés.
D. Bruce, qui a fait de nombreuses mensurations du Tr. Evansi, chez différents animaux, a trouvé, comme longueur moyenne, 24 a, 9 (minimum 18 a, maximum 34 ijl); comme largeur, 1 [x, 5 à 2 a'.
Ces chilTres diffèrent peu de ceux que nous avions donnés antérieurement.
Le corps du trypanosome est allongé, plus effilé à l'extrémité antérieure qu'à la postérieure qui est en forme de cône plus ou moins allongé. Le noyau, rond ou ovale, est situé vers la partie moyenne du corps. Le centrosome, arrondi, bien visible, se trouve à une distance un peu variable de l'extrémité postérieure, 1 u, 5 en moyenne. La membrane ondulante est assez large et bien plissée; le flagelle a toujours une partie libre dont la longueur est de 6 [x environ. Dans le protoplasme, on distingue parfois, surtout dans la moitié antérieure, des granulations chromophiles qui sont moins nombreuses et moins grosses chez Tr. Evansi que chez Tr. Brucei.
D'après Holmes, il y aurait des formes mâles à extrémité postérieure effilée et des formes femelles à extrémité postérieure tronquée et on observerait des conjugaisons de ces éléments-. Les différences
1. D. Bruce, The morphology of Trypanosoma Evansi, Proceed. of Ihe R. Soc, 1911, B, t. 83, p. 181.
2. J.-U.-E. Holmes, Journ. of camp. Palk. a. Therap., 30 sept. 1904.
SURllA
signalées entre les formes dites mâles et les formes dites femelles ne nous semblent pas caractéristiques; Taspect de Textrémité postérieure varie chez un même trypanosome suivant que cette extrémité s'allonge ou se rétracte; quant aux prétendues conjugaisons, il s'agit vraisemblablement de simples agglutinations qui ne dépassent jamais la phase d'accolement, contrairement à ce qui aurait lieu s'il s'agissait de conjugaisons.
La figure LV représente, à côté de trypan. du surra (1 et 2), des
Fig. LV.
l et 2. Trypanosomes dans le sang dune mule, cpizootio de Maurice : )i, noyau ; c, centrosoine ; m. membrane ondulante;/", flagelle. Lo trypan. représenté dans la figure 2 est en voie de division : il y a 2 noyaux, 2 centrosomes, et le flagelle, dans sa partie attenante aux centrosoraes, est en voie de division. — 3 et 1. Trypan. du nagana; un des parasites est en voie do division. — 5 et C. Trypan. du mal de caderas; un des parasites est en voie de divi-
' sion. Gr. 2000 diamètres environ.
trypan. du nagana (3 et 4) et des trypan. du caderas (5 et 6), ces derniers bien caractérisés par la petitesse des centrosomes
La multiplication se fait par bipartition. Le centrosome, le noyau et la base du flagelle se dédoublent (fig. LV, 2), enfin le protoplasme se divise. Quelquefois une nouvelle division se produit avant la division du protoplasme et l'on trouve, dans un même trypan. de grandes dimensions, 4 noyaux et 4 centrosomes; c'est là une exception rare à la règle qui est la bipartition égale.
Les trypan. du surra s'agglutinent facilement; nous avons obtenu, en particulier, de belles agglutinations (primaires, secondaires et tertiaires) en mélangeant une goutte de sang riche en trypan. à une goutte de sérum de chèvre. Avec le sérum de cheval nous avons eu seulement des agglutinations primaires, lâches.
Les trypan. agglutinés s'altèrent rapidement, surtout au centre des agglutinations secondaires ou tertiaires; toute la partie centrale de ces amas devient rapidement granuleuse.
L'agglutination se fait par les extrémités postérieures.
368 TllYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
Tr. Evansi est peu résistant lorsque le sang-, défibriné ou mélangé à de Teau physiologique citratée, est conservé à la température du laboratoire.
Après trois jours de conservation à la glacière, on trouve des trypan. qui ont gardé leur forme, mais qui sont immobiles ou très peu mobiles et qui ont perdu leur virulence.
Du sang de cobaye surré soumis, pendant 15 minutes, à la température de — 191" (air liquide), s'est montré encore virulent; deux souris inoculées avec ce sang ont été prises en 6 et 8 jours et sont mortes en 15 et 18 jours.
Nous avons essayé de cultiver Tr. Evansi sur sang-gélose par le procédé de Novy. Sur six essais de culture, un seul a réussi et la culture n'a pu être réensemencée qu'une fois. Les trypan. se montraient, dans ces cultures, sous l'aspect de petits éléments isolés, mobiles, ou de rosaces comparables à celles des cultures du Tr. Lewisi., mais beaucoup plus petites que ces dernières. Les flagelles de tous les éléments des rosaces étaient au centre. Au bout de trois mois on trouvait encore, dans les cultures (deuxième ensemencement), des trypan. mobiles et des rosaces. L'inoculation de la culture, faite à plusieurs reprises chez des souris, n'a donné que des résultats négatifs; il n'est donc pas douteux que le trypan. en s'accommodant aux conditions de la culture in vitro avait perdu sa virulence. Les souris qui avaient reçu du produit de culture n'ont montré aucune immunité; inoculées ensuite avec du sang frais virulent, elles sont mortes aussi rapidement que des souris témoins.
Novy et Me Neal ont examiné à Ann Arbor (Michigan) des tubes de gélose-sang qui avaient été ensemencés 38 jours auparavant aux Philippines avec le sang d'une vache infectée de surra. Les 3 tubes contenaient de nombreux flagellés libres; il n'y avait pas de rosaces. Les observateurs américains n'ont pu ni réensemencer ces cultures ni infecter avec elles des animaux sensibles '.
Gaiger fait remarquer avec raison que, dans la culture du Tr. Evansi du bétail, il y a une grave cause d'erreur attendu que les bovidés sont souvent infectés d'une façon latente par Tr. Tlieileri ou par un trypanosome très voisin (voir p. 332). Gaiger a essayé sans succès de cultiver le Tr. Evansi -.
§ 5. — Modes d'infection.
Depuis de longues années, les indigènes de divers districts de
1. F. -G. Novy, W.-J.-Mc Neal et Gh.-B. IIare, Journ. of the amer. med. Assoc, 28 mai 1904.