CHAPITRE XV
MBORI
Agent pathogène : Tr. Euansi, var. mborii, Laveran.
§ 1. — Historique. Répartition.
Au commencement de Tannée 1903, le vétérinaire militaire Cazalbou fut chargé d'étudier la maladie du dromadaire appelée mbori ou encore maladie de la mouche qui détruit un grand nombre d'animaux de cette espèce venant du Sahara au Soudan. Cazalbou examina, à Tombouctou, 17 dromadaires qui lui avaient été signalés comme infectés et, 16 fois sur 17, Texamen du sang lui révéla l'existence de trypanosomes; il ramena à Ségou 2 chiens et 2 moutons qui avaient été inoculés sur des dromadaires atteints de mbori, ce qui lui permit d'étudier l'évolution de la maladie chez différentes espèces animales; un chien inoculé par Cazalbou et envoyé à Paris a servi aux recherches de Laveran sur cette trypanosomiase.
Les premiers travaux de Cazalbou sur la mbori, adressés à l'Académie de médecine en 1903 et 1904, ont été l'objet de Rapports à cette Académie ^
Depuis lors, Cazalbou a fait, dans différentes publications, une étude plus complète de cette épizootie ^.
La mbori du dromadaire règne dans la vallée du Moyen-Niger; elle a été constatée à Tombouctou en 1903, 1905, 1906 (Cazalbou) et dans la région environnante. A Ras-el-Ma, à la pointe Ouest du lac Faguibine où l'on a essayé de former une compagnie de Méharistes, la mbori existe en permanence et occasionne de grandes pertes (64 décès en 1904). La maladie est répandue par les caravanes qui
1. A. Laveran, Rapports à l'Académie de médecine, 30 juin 1903 et 26 avril 1904.
2. Cazalbou, Bévue gén. de méd. vétér., lo octobre 1906; Les Trypanosomiases de l'Afrique occidentale, Mémoire couronné en 1909 par le Ministère de la guerre; et Notes de pathologie exotique, Paris, 1910.
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transportent le sel gemme des mines de Taoudéni à Tombouctou; des rnines de Tichit aux pays du Haut-Sénégal, du Haut-Niger et du Bas-Sénégal; ou encore de l'oasis de Bilma aux pays du lac Tchad, et à la région de Zindèr. Dans le Bas-Sénégal, les dromadaires qui servent à la concentration de la récolte des arachides sur la ligne ferrée de Saint-Louis à Dakar meurent dans une forte proportion.
La mbori paraît exister à Niamey et à Gao; de Niamey elle serait propagée à Zinder par les convois de ravitaillement et les caravanes.
Theiler a observé, au Transvaal, une trypanosomiase des dromadaires qui lui a paru devoir être identifiée à la mbori '. Les dromadaires malades étaient originaires du pays des Somalis.
Teppaz a observé la mbori chez des dromadaires du poste de Selibaby sur la rive droite du Sénégal ^
Un trypanosome rapporté par Bouffard d'une localité de la rive droite du Sénégal, dans la région de Bakel, morphologiquement semblable à Tr. Evansi,a été inoculé, à l'Ecole d'Alfort, à un bovidé ayant une immunité bien marquée pour le surra; ce bovidé ne s'est pas infecté, tandis qu'un bovidé témoin s'infectait'.
Martoglio a signalé l'existence, au Somaliland italien, d'une trypanosomiase des dromadaires nommée Salaf par les indigènes qui paraît devoir être rapportée à la mbori *.
Dans plusieurs districts du Soudan anglo-égyptien, on a observa l'existence, chez les chameaux, d'une maladie produite par un trypanosome ayant les caractères du Tr. Evansi, mais qui pourrait être aussi le Tr. soudanense. Les tabanides paraissent être les agents de transmission ■'.
Reinecke a signalé l'existence de trypan. du type Tr. Evansi dans le sang de dromadaires du Damaraland (Sud- Ouest africain allemand) ^
§ 2. — Évolution et symptômes de la mbori.
Nous étudierons d'abord la mbori chez le dromadaire et chez les équidés, ces animaux étant ceux chez lesquels la maladie s'observe à l'état d'infection naturelle.
Dromadaire. — L'amaigrissement est le symptôme principal; à une période avancée, il n'existe plus de bosse, le ventre est creusé. La peau est dépouillée de laine sur des plaques plus ou moins étendues.