A. Laveran, Acad. des Se, 26 décembre
Laveran et Mesnil. — Trvpanosomes et Trypanosomiases. 26
17 novembre. Un cobaye reçoit, dans le péritoine, 4 ce, du sang du bouc, il s'infecte.
28 déceml)re. Deux cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 0 ce. du sang du bouc: ils ne s'infectent pas.
6 janvier 1905. Un chien reçoit, dans le péritoine, 20 ce. du sang du bouc. Le 22 janvier on ti'ouve, dans le sang du chien, des trypan. nombreux; mort le 24 janvier.
6 février 1905. Un chien inoculé comme le précédent s'infecte. Le bouc pèse 37 kg.
15 mars 1905. Un chien reçoit, dans le péritoine, 20 ce. du sang du bouc, il ne s'infecte pas.
Il est à remarquer que, sauf une légère réaction fébrile au début, le boiic n'a pas présenté de symptômes morbides; sa croissance a été régulière. Les animaux d'épreuve ont seuls permis de suivre la marche de l'infection; à partir du mois d'octobre, le sang du bouc est devenu de moins en moins virulent.
Le 16 avril 1905, le bouc est inoculé de nouveau avec le trypan. de la mbori (sang dilué de cobaye). Le poids est de 37 kg. Le bouc ne se réinfecte pas. Un chien inoculé le 1*^'' mai avec 20 ce. du sang du bouc (dans le péritoine) n'a jamais montré de trypan.
Le 14 juin 1905, le bouc est inoculé, sous la peau, avec le sang dilué d'un cobaye infecté de surra de Maurice. A la suite de cette inoculajfeion, il se produit une réaction fébrile assez marquée; la température, du 19 juin au l*^"" juillet, reste aux environs de 40'»; elle atteint trois fois 40°, 8.
L'examen histologique du sangdu bouc, fait à plusieurs reprises, est toujours négatif et les animaux d'épreuve ne s'infectent pas. Le 30 juin on inocule, sur le bouc, 1 chien et 2 souris. Le chien reçoit 20 ce. de sang dans le péritoine, les souris reçoivent chacune 0 ce. 50 de sang. Ces animaux n'ont jamais montré de trypan.; le chien a été suivi jusqu'au 23 septembre 1905».
La réaction fébrile qui a suivi rinoculation du virus du surra paraît indiquer qu'il y a eu une infection, mais cette infection a été tout à fait passagère.
Les résultats de cette expérience confirmant ceux des expériences faites à rEcole d'Alfort permettent de conclure que les trypan. du surra et de la mbori appartiennent à la même espèce; le trypan. de la mbori constitue seulement une variété du Tr. Evansi, un peu moins virulente que le trypanosome du surra de l'Inde et de Maurice, que Laveran a désignée sous le nom de Tr. Evansi var. mborii.
§ 5. — Mode de propagation.
Les Arabes et les Maures de la région de Tombouctou s'accordent à dire que ce sont les taons qui propagent la mbori chez les droma-
1. Ce bouc a été inoculé le 30 juillet 1905 avec le virus du surra de l'Annam, il s'est infecté et il a succombé à l'infection. Voyez chapitre xvi.
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daires. Gazalbou a capturé au mois d'avril, entre Tombouctou et Nyaraey, des taons appartenant aux espèces suivantes : T. ditœniatiis Macq., T. rufipes Macq. et T. gratus Lœw. Les stomoxes, qui sont très communs dans toute la vallée du Niger, pourraient aussi propager la mbori '.
Il est bien probable qu'ici, comme pour le surra, les mouches piquantes ne jouent qu'un rôle mécanique dans le transport et l'inoculation du virus.
ij 6. — Diagnostic. Pronostic.
Le symptôme le plus constant de la mbori chez le dromadaire et chez le cheval est l'amaigrissement. La recherche du trypanosome peut seule permettre d'établir avec certitude le diagnostic. Les parasites sont souvent assez rares dans le sang pour que l'examen microscopique, fait par le procédé ordinaire, ne révèle pas leur présence; il est donc indiqué de recourir aux animaux d'épreuve lorsque l'examen microscopique du sang d'un dromadaire ou d'un cheval, qu'on suppose infecté de mbori, donne des résultats négatifs. On injectera, par exemple, dans le péritoine d'un chien, 20 à 30 ce. du sang de l'animal malade.
Chez le dromadaire, le sang à injecter peut être pris dans la veine de l'éperon, ou dans la veine angulaire de l'œil; la jugulaire est difficilement accessible (Gazalbou).
Le diagnostic différentiel avec certaines trypanosomiases animales produites par des parasites qui, au point de vue morphologique, diffèrent peu du Tr. Evansi présenterait de grandes difficultés si ces trypanosomiases régnaient dans les mêmes contrées que la mbori ; heureusement le clinicien est, en général, renseigné à l'avance sur les espèces de trypanosomiases qu'il rencontrera dans une région donnée.
La mbori se rapproche beaucoup du taliaga ou debab qui remonte plus haut, en Afrique, vers le Nord et qui a pour agent le Tr. soudanense. Au point de vue morphologique, le Tr. Evansi a la plus grande ressemblance avec le Tr. soudanense, mais ces trypanosomes ne peuvent pas être identifiés, attendu que les animaux qui ont acquis l'immunité pour l'un d'eux restent sensibles à l'autre -.
Au point de vue de la prophylaxie et du traitement, un diagnostic précis de l'espèce de trypanosomiase en cause n'est pas indispensable d'ailleurs.