‹ Trypanosomes et trypanosomiasesChapitre 195 sur 412 · Laveran, Bull. Soc. Palh. exot., l, V. 1912, p · texte numérisé non relu

Laveran, Bull. Soc. Palh. exot., l, V. 1912, p

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les premiers temps de rinfection. Quand Tanimal succombe, c'est au bout de 2 à 6 mois ', et alors que les parasites sont certainement moins nombreux dans le sang qu'au début de la maladie. Si l'animal guérit, on voit la température revenir lentement à la normale, le poids s'élever peu à peu jusqu'au chiffre initial, pour le dépasser. Le sang est de moins en moins riche en parasites : les souris auxquelles on donne 1 ce. de sang de caprin, ou une fraction de ce, ne s'infectent plus d'une façon régulière; il faut recourir à des animaux de plus grande taille, tels que les chiens, qui peuvent recevoir une forte quantité de sang. Quand on ne réussit plus à infecter ces animaux, on peut considérer la guérison du caprin comme certaine. Ce résultat est généralement acquis au bout de 3 à 6 mois.

Nous résumons ci-dessous l'observation d'une chèvre qui a guéri et qui est surtout intéressante parce qu'elle a pu être infectée successivement avec les Tr. equiniim, Evansi. dimorphon (voir les chapitres correspondants).

Chèvre pesant 24 kg. 500, inoculée le 25 octobre 1901 avec du sang de souris naganëe. Elle contracte une infection très bénigne, qui ne se manifeste que par de Ihyperthermie (poussées fébriles au delà de 41°), de lamaigrissement (le poids tombe à 20 kg.) et la présence de trypan. dans le sang. Ces parasites sont toujours extrêmement rares; on ne peut les déceler à Texamen microscopique, en très petit nombre, que les 28 et 29 octobre. tJltérieurement, il est nécessaire, pour démontrer leur présence, d'inoculer du sang de la chèvre à un rat ou à une souris; en novembre et décembre, 2 ou 3 gouttes de sang suffisent; le 31 janvier et le 6 février 1902, 1 ce. de sang n'est plus virulent; les animaux inoculés les 24 février et 10 mars respectivement avec 3/4 et 2 ce. de sang contractent une infection à trypanosomcs.

A partir du l*"" avril, aucune des injections de sang de la chèvre n'a donné lieu à l'infection malgré les doses employées et bien que la chèvre soit soumise à de nombreuses et abondantes réinoculations de sang riche en trypan. Sa guérison et son immunité pour le nagana sont donc bien établies.

Voici la liste des réinoculations subies par la chèvre, toutes sous la peau : 1 (23 avril), 1 ce. sang dilué souris naganée; la 2" et les suivantes, sang de chien nagané; 2 (8 mai), 10 ce, — 3 (21 mai), 15 ce, — 4 (23 mai), 10 ce, — 5 (26 mai), 10 ce, — 6 (30 mai), 15 ce, — 7 (6 juin), 50 ce, — 8 (13 juin), 60 ce, — 9 (24 juin), 20 ce, — 10 (30 juin), 50 ce, — 11 (8 juillet), 50 ce, — 12 (5 août), 50 ce, — 13 (6 septembre), 40 ce, ~ 14 (16 septembre), 40 ce, — 15 (26 septembre), 35 ce, — 16 (4 octobre), 50 ce

On remarquera qu'en juillet et août, les inoculations ont été très espacées; la chèvre a eu, en effet, durant cette période, des abcès très volumineux qui ont été assez longs à se cicatriser.

1. Voici les chiffres relevés pour 7 caprins : 52 jours, 85 jours, 3 mois (deux fois)^ 4 mois 1/2 (deux fois), 5 mois 1/2.

Ajoutons que Tanimal avait encore Timmunité pour le nagana en mai 1903, après avoir guéri d'une infection de caderas, et en décembre 1903 (par conséquent 20 mois après sa guérison de nagana), après avoir guéri d'une infection de surra.

On trouvera, au chapitre suivant, Fhistoire résumée d'une autre chèvre qui a été inoculée de Tr. togolense après avoir guéri du nagana proprement dit.

Autres Ruminants. — Beaucoup d'autres Ruminants sont également sensibles au nagana. C'est ainsi que Plimmer et Bradford ont vu une antilope sauteuse ( « spring bok »=^AnUdorcas euchoré) succomber au bout de 4 semaines, après avoir montré des parasites dans le sang et présenté des symptômes nerveux, La marche de la maladie, si elle est due uniquement au virus inoculé, a été singulièrement rapide.

Les Ruminants sauvages du Zoulouland sont sensibles au nagana, comme le prouvent les expériences de Bruce dont nous parlerons dans le paragraphe relatif à la propagation; le savant anglais a donné le nagana à des chiens en leur inoculant du sang du buffle d'Afrique et de divers Antilopidés du Zoulouland : Tragelaphus scriptus sglvaliciis (Bushbuck), Catoblepas gnii (Wildebeeste), Sirepsiceros capensis (Koodoo), Ceruicapra arundinum (Reedbuck). Ces animaux avaient été tués à la chasse. Généralement le trypan. n'est pas présent à l'examen direct du sang; pourtant Bruce a réussi à apercevoir un trypan. ayant bien les caractères du Tr. Brucei, dans le sang d'un koodoo, d'un reedbuck et d'un steinbuck {Raphiceros campestris). Il est probable que, chez tous ces ruminants, la maladie est extrêmement légère '.

Il y a au^si une opinion accréditée parmi les explorateurs, les chasseurs et les éleveurs, c'est que les animaux nés dans les pays à tsétsés sont beaucoup moins sensibles que les animaux de même espèce qu'on y importe, et cela serait vrai non seulement pour les Ruminants, mais encore pour les Equidés et les chiens.

Porc. — Nous avons montré, simultanément avec Plimmer et Bradford, la grande sensibilité du porc au nagana. Nous nous contentons de résumer ici l'observation du porcelet que nous avons inoculé et qui a succombé en 94 jours (voir l'observation détaillée in Bull. Acad. médecine, juin 1902).

La température s'est maintenue entre 39%5 et 40", 5 (chiffres peu supérieurs à la températur^e normale du porcelet), sauf pendant les derniers jours.

Pendant les 40 premiers jours, l'animal n'a montré aucun phénomène morbide; il augmentait régulièrement de poids. Jamais les trypan. n'ont

1. Voir, pour le buffle, sa sensibilité au trypan. du Togo constatée par Martini.

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pu être constatés à l'examen microscopique; mais le sang, inoculé à la dose de quelques gouttes dans le péritoine dune souris, l'infecte toujours.

Vers le quarantième jour, on note de la faiblesse marquée des membres. Cette faiblesse augmente rapidement et bientôt l'animal ne peut plus se tenir sur ses pattes. Les pattes de devant, constamment pliées, sont œdématiées et ulcérées au niveau des genoux. On note une voussure marquée au niveau des dernières vertèbres dorsales.

Le dernier mois, l'animal reste couché sur le ventre ou le côté; on est obligé de le soutenir pour qu'il puisse manger. La cornée de l'œil gauche devient opaque. Les 3 derniers jours, la température s'abaisse et l'animal meurt en hypothermie marquée. Deux jours avant la mort, l'examen microscopique du sang est positif pour la première fois; le jour de la mort, les trypan. sont nombreux.

Lignières ', à Buenos-Aires, a infecté 2 porcs, dont l'un vacciné contre le caderas. Au bout de 15 jours et d'un mois, le sang des 2 porcs était virulent; après 2 mois, le sang du porc vacciné contre le caderas n'était plus virulent; après 3 mois, il en était de même du sang de l'autre porc. Il y a donc eu, dans les deux cas, guérison rapide.

Ochmann, en Afrique orientale allemande, a observé une trypanosomiase naturelle du porc^ Mais, étant donnée sa description et ses figures de l'agent pathogène, il y a lieu de supposer que le trypan. est différent de Tr. Brucei. Ochmann a créé pour lui le nom de Tr. suis (voir p. 248). Tout récemment, M. Mayer a rapporté à la môme espèce un trypan. trouvé par Geisler, dans la môme colonie allemande, chez le phacochère ^

Chiens. — Le chien est très sensible au nagana. L'incubation (après injection sous-cutanée de sang renfermant des trypan. non rares) a été de 4 à 6 jours dans les expériences de Kanthack, Durham et Blandford, de 2 à 4 jours dans les nôtres. La fièvre est souvent peu notable; la plupart du temps, la température s'élève du troisième au cinquième jour, mais ne dépasse pas 40". Bruce a noté une fièvre continue avec poussées entre 40" et 41", et nous avons eu des cas semblables (voir les tracés ci-dessous).

La durée totale de l'infection a été de 8 à 16 jours dans les expériences de Bruce, de 14 à 26 (moyenne 18) dans celles de Kanthack, Durham et Blandford, de 6 à 14 dans les expériences de Nocard et les nôtres de 1901-1902; plus tard, en 1904, Mesnil a tué 3 chiens en 16, 17 et 18 jours.

Quand on inocule du sang dont l'examen microscopique a été négatif (ex., sang de Ruminants infectés depuis longtemps, l'évo-

1. J. Lignières, Bol. de Agric. y Ganad., .3" année, n° .^0, 1" février 1903.

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