Smedeley, Journ. of Hyg., t. V, 1903, p
que 3 fois (avec 2 rats et 1 lapin). Dans un des cas, il a pu réussir deux réensemencements successifs.
Novy et Me Neal ont fait les observations suivantes :
Les cultures réussissent à la température de la chambre, à 25° et à 34". Mais, plus la température est élevée, plus la culture qui s'est développée meurt vite. A la température de la chambre, on a vu des cultures encore vivantes après 45 jours.
Les trypan. placés à 25° et qui ont véritablement cultivé, ont rarement la virulence des trypan. du sang; par exception, des trypan. du troisième passage par tube, qui avaient quitté l'organisme animal depuis 62 jours, ont tué des souris en 3 à 5 jours, comme les trypan. de passage par animal. En général, les trypan. des cultures tuent les rats et les souris en 7 à 10 jours, au lieu de 3 à 5 jours. Des cultures vieilles de 22 jours se sont encore montrées virulentes.
C'est la démonstration irréfragable, superflue d'ailleurs, que Tr. Briicei est bien l'agent du nagana.
Si l'on porte à 34» des cultures développées à 25", elles perdent généralement leur virulence en moins de 48 heures, bien que les trypan. restent encore vivants plusieurs jours.
Dans les tubes destinés à la culture, même quand il n'y a pas réussite, les trypan. ensemencés restent parfois vivants pendant 10 et même 18 jours. Ces trypan. ensemencés, avant de perdre leur mobilité, perdent leur virulence, généralement après 5 jours, exceptionnellement après 10 jours. Avant de perdre leur virulence, ils montrent une certaine atténuation qui se traduit par l'allongement de la période d'incubation (ce sont des résultats de même ordre que ceux obtenus avec les trypan. conservés); mais la maladie, une fois* déclarée, est toujours mortelle. Une inoculation, non suivie d'infection, ne confère aucune immunité.
De même, les essais d'immunisation par les cultures non virulentes n'ont pas donné de résultats appréciables (retard de 1 à 2 jours sur les témoins, à l'inoculation subséquente du virus), bien qu'on ait employé des cultures de virulence atténuée.
Tr. Brucei, en culture, garde le type sanguicole avec centrosome postérieur et membrane ondulante bien développée; dans les colonies, les flagelles sont dirigés vers l'extérieur, comme dans les rosaces d'agglutination des parasites sanguicoles K
En culture à 25°, Tr. Brucei montre 2 gros grains très réfringents dans la moitié antérieure flagellée. A 34°, les grains augmentent de nombre et de dimensions et atteignent 1 [x. Ils sont probablement en
1. BucHANAN (41'' Report Wellcome Res. Lab., vol. A, Médical, l'Jll), qui a récemment cultivé le trypan. des équidés du Bahr-el-Ghazal, rapporté à Tr. Brucei, a observé des formes Leptomonas (ou mieux Crithidia) à partir du premier réensemencement; ce sont elles qui dominent.
NAGANA 45T
rapport avec une altération de la vitalité des parasites; on ne les retrouve plus dans le sang des animaux infectés par ces cultures. Ce tait, joint à tout ce que nous avons dit de la difficulté d'obtenir des cultures, de la perte de la virulence dans les cultures, surtout quand on les porte à 34", prouve, font très justement remarquer Novy et Me Neal, qu'on n'a pas encore réalisé le milieu idéal pour la culture du Tr. Brucei.
Dans les cultures du Tr. Brucei, les individus sont, ou bien unis par i2, par les extrémités postérieures, ou bien en colonies de 10 à 20 individus longs et minces, avec mouvements de torsion; les flagelles paraissent être à l'extérieur. Il y a peu de variations dans les dimensions des individus, ils mesurent 15 à 17 a, en longueur (sans doute flagelle non compris). Le Tr. Brucei est plus long et proportionnellement plus étroit que le Tr. Lewisi; le flagelle est assez court.
Les mouvements des formes de culture du Tr. Brucei sont lents et tortueux; presque toujours, elles se meuvent sur place. Une onde se déplace lentement le long de la membrane ondulante et donne l'apparence d'une rotation spirale de l'organisme entier.
Agglutination. — Dans un certain nombre de conditions, les trypan. du nagana se groupent d'une façon très régulière, comme font les trypan. des rats. Ils se réunissent souvent par deux*; d'autres fois, ils forment des agglomérations primaires en rosaces; on observe rarement les grandes agglomérations secondaires qui sont communes dans le sang contenant des Tr. Lewisi.
Les trypan. s'accolent toujours par leur partie postérieure, il est facile de s'en assurer dans les préparations colorées. La figure LXIII, 12, représente des trypan. agglomérés en rosace, vus dans le sang frais; la figure LXIII, 13, montre deux trypan. accolés, vus dans une préparation colorée, les deux extrémités postérieures sont aplaties et l'on a de la peine à voir la ligne de séparation des parasites.
Ces trypan. accolés par deux font penser à une conjugaison, mais cette interprétation n'est pas admissible; l'agglomération ne s'observe pas dans le sang pur et frais, elle ne se produit que dans des conditions que l'on peutqualifier d'anormales; de plus le nombre des individus qui s'agglomèrent est très variable.
Avec 7'r. Brucei., comme avec Tr. Lewisi, on peut voir les agglomérations se défaire après un temps variable.
Nous avons vu des agglomérations de trypan. se former dans du sang pur retiré du cœur depuis 1/2 heure ou 1 heure, — dans des exsudats péritonéaux, après injection, dans le péritoine de rats ou de souris, de sang riche en trypan., — dans du sang mélangé d'eau
1. Ces unions par deux sont particulièrement abondantes dans l'exsudat péritonéal de rats ou de souris inoculés par la voie périlonéalo.
458 TRYPANOSOMES ET TllYPANOSOMIASES
physiologique, conservé depuis 24 heures à la glacière ou bien chauffé 1/2 heure à 41".
En mélangeant, à parties égales, du sang de rat ou de souris défibriné, riche en trypan. et du sérum de cheval, nous avons obtenu de belles agglomérations persistantes. Les trypan. se déforment au bout de quelques heures.
En mélangeant une partie de sérum de cheval à dix parties de sang, il ne se produit pas d'agglomérations. Le sérum du sang de porc a donné aussi de belles agglomérations.
Le sérum de mouton, mélangé à parties égales à du sang de rat ou de souris riche en Tr. Brucei, a donné, dans un cas, de belles agglomérations ; dans un autre cas, des agglomérations moins belles et non persistantes.
Le sérum de chèvre a donné, à parties égales, de petites agglomérations non persistantes.
Le sérum du sang humain ne s'est montré ni agglutinant, ni microbicide.
Les sérums suivants mélangés, à parties égales, avec du sang de rat ou de souris riche en Tr. Brucei, n'ont pas montré de propriétés agglutinantes : sérum de rat normal ou immunisé contre le Tr. Lewisi et agglutinant ce trypan., sérum de poule normale, sérum de poule inoculée à plusieurs reprises avec Tr. Brucei, sérum d'oie normale, sérum d'oie inoculée à plusieurs reprises avec du sang riche en trypan. du nagana.
Si Ton ajoute à quelques gouttes de sang riche en Tr. Brucei une goutte d'eau légèrement acidulée par l'acide acétique, on voit les trypan. s'agglomérer et se déformer rapidement. En ajoutant une goutte d'eau alcalinisée faiblement par la soude, on n'observe pas d'agglomération.
Les trypan. morts tendent encore à s'agglomérer, mais alors l'agglomération se fait irrégulièrement.
Formes d'involution. — Lorsque les trypan. du nagana se trouvent dans des conditions de vie défavorables, conditions qui toutefois ne déterminent pas la mort rapide des parasites, ils présentent des formes d'involution qu'il importe de connaître. Nous avons observé ces formes dans des circonstances variées : sang de rat riche en trypan. mélangé à du sérum d'autres animaux et conservé quelques heures en goutte pendante ou dans des préparations ordinaires; sang chauffe à 41° ou 42° pendant 1 heure ou plus; sang injecté dans le péritoine ou dans le tissu conjonctif d'Oiseauîi et examiné au bout de 1 à 3 heures; sang mis à la glacière ou soumis à la congélation; sang de rats traités par l'arsenic, etc.
La figure LXIIl, 6 à M, représente différents aspects du Tr. Brucei en voie d'involution.
NAGANA
Le trypan. se raccourcit, se ramasse sur lui-même (fig. LXIII, 0), puis se met en boule (fig. LXIII, 7) ; on voit, après coloration, dans les trypanosomes en boules : le noyau, le centrosome et le flagelle. La figure LXIII, 8, représente un trypan. qui était en voie de division lorsqu'il s'est mis en boule, on distingue : 2 noyaux, 2 centrosomes et 2 flagelles.
Les trypan. qui se sont mis en boule peuvent former de petites agglomérations (fig. LXIII, 9); il est très probable que ce sont ces agglomérats qui ont été vus par Pliramer et Bradford et signalés par
Involution et agglomération du Tr. Brucei.
6, 7, 8, Mise en boule des tryp. dans du sang mélangé à du sérum de cheval. La figure 8 représente un trypan. qui était en voie do division quand il s"est rais en boule. — 9. Agglomération de trypan. mis en boule. — 10. Trypan. en voie de désintégration, le protoplasme a disparu en grande partie, le noyau est très pâle. — 11. Flagelle libre avec le centrosome. Les figures G à 11 ont été dessinées à un grossissement de 1400 diamètres. — 12. Trypan. agglomérés en rosace vus dans le sang frais. G. 1000 D. — 13. Deux trypan. accolés par leur partie postérieure, vus dans du sang desséché et coloré. G. 1 500 D.
eux comme des plasmodes donnant naissance à des éléments flagellés.
Les trypan. qui se sont mis en boule et qui ne sont plus animés d'aucun mouvement ne sont pas toujours morts; si Ton injecte du sang ne contenant plus que des éléments parasitaires ainsi déformés à un rat ou à une souris, on voit parfois les trypan. apparaître dans le sang, avec un retard plus ou moins grand, suivant le degré d altération des parasites.
Si les trypan. restent soumis à l'action d'influences nocives, ils meurent et subissent des altérations profondes. Parmi celles-ci, les plus fréquentes sont celles qui portent su rie protoplasme: les formes en boule sont finalement réduites au noyau. Ce sont sans doute ces stades de désintégration qui ont été regardés par Moore et BreinI comme des formes de résistance {latent bodies). D'autres formes
d'involulion consistent dans une destruction du flagellé qui a gardé sa forme et qui est finalement réduit au flagelle avec le centrosomo qui forme un petit renflement à une de ses extrémités (fig. LXIII, 11), ou bien le flagelle seul.
§ 5. — Modes d'infection.
Les détails relatifs aux rapports des trypanosomes africains et des mouches tsétsés, que nous avons donnés au chapitre iv, nous permettent d'être très brefs à cette place.
C'est à Bruce que l'on doit d'avoir établi d'une façon indubitable l'existence de ces rapports. Mais le rôle exact des tsétsés n'a été démontré que par les expériences, beaucoup plus récentes, de Kleine qui datent de 1909 ^ Kleine a opéré en Afrique orientale allemande sur les bords du lac Tanganyka. Sa première expérience vaut d'être rapportée avec quelques détails.
Il est parti de 50 Glossina palpalis qu'il a fait piquer, 3 jours durant, 1 mulet et 2 moutons naganés. Du 4" au 17" jour inclus, les tsétsés ont été portées sur un animal (mouton, sauf une exception pour un bœuf) nouveau chaque jour. Aucun de ces animaux ne s'est infecté.
Du 18'' au 24'' jour, les mouches, réduites à 34, ont été portées sur un mouton; du 25" au 39" sur un bœuf; le 40" et le 41" sur une chèvre ; le 42" et le 43% idem ; le 44" et le 45* sur un veau ; du 46« au 48" sur un mouton ; le 49'' sur un veau ; enfin du .'iO" au 53" jour sur un mouton. A ce moment, le nombre des mouches était tombé à 22. Tous ces animaux se sont infectés au bout d'un temps très court, 5 à 8 Jours.
20 mouches, restées vivantes, sont portées, au 66" jour, sur un nombre égal de Ruminants (moutons, bœufs, chèvres) : 2 seulement de ces animaux se sont infectés de nagana; ils avaient été piqués par deux glossines mâles.
Les expériences de Bruce au Zoulouland avaient été faites avec les Glossina morsitans et pallidipes qui existent, à l'exclusion de Glossina palpalis, dans toute l'Afrique du Sud-Est. Il était donc à supposer que ces 2 espèces de glossines se comportaieat vis-à-vis du Tr. Brucei comme les Gl. palpalis dans les premières expériences de Kleine. Ce savant et son collaborateur Taute l'ont bientôt démontré. En se servant de Glossina morsitans, ils ont vu les animaux (moutons), piqués
1. Kleine, Deutsche medi: . Woch., 1909, n°' 11, 21, 29 et 43; 1910, p. 1400; —Kleine et Taute, Arb.a. d.Kais. Gesundheitsamte, t. XXXI, fév. 1911. —Voir aussi W. Fischer, Zeitschr. f. Hyg., t. LXX, 1911, p. 9-3.
NAGANA 461
durant les 3 jours qui ont suivi le repas sur Tanimal malade, s'infecter; ceux du 4" au lO'' jour sont restés indemnes; tous les autres, du 11" au 44" jour, ont pris la maladie. Taute a même vu des Gl. morsitans rester infectantes 83 jours.
Il y aurait évolution des trypan., émigrés avec le sang, dans le tube digestif de la tsétsé. Mais l'évolution n'a pas été suivie d'aussi près que pour Tr. gambiense.
La démonstration que le Irypan. du nagana est convoyé par une tsétsé ne suffit pas à elle seule à trancher le problème de l'étiologie de cette maladie. La maladie peut se contracter dans une région où il n'existe pas un seul animal domestique malade. Où la mouche puise-t-elle le virus qu'elle inocule? Bruce a encore résolu ce problème.
Quand il est arrivé au Zoulouland, les Européens étaient d'avis que c'était la mouche qui causait la maladie et on a vu qu'ils n'avaient pas tort. Les indigènes de leur côté pensaient que la maladie était causée par la présence du gros gibier, les animaux sauvages contaminant l'herbe ou l'eau par leur salive ou leurs excrétions. A priori, les deux théories ne s'excluaient pas et pouvaient d'autant mieux s'accorder que l'association des tsétsés et du gibier sauvage est affirmée par tous les explorateurs.
Bruce a eu le mérite d'accorder complètement les deux théories en prouvant que le sang des animaux sauvages du Zoulouland peut contenir le trypan. du nagana. A la vérité, il y est toujours très rare, mais, le sang, à la dose de 5 ou 10 ce, peut se montrer infectieux pour les chiens.
Ainsi, de 8 buffles examinés, le sang de 1 a infecté un chien; — de 13 « Wildebeeste « {Caloblepas gnu), le sang de 3 a infecté des chiens; — de 8 « Koodoo » {Strepsiceros capensis), le sang de 4 a infecté des chiens; enfin le sang d'un « Bushbuck » {Tragelaphus scriptus sglvaiicus) et celui d'une hyène ont été "également infectieux. — Le trypan. a été vu à l'examen direct chez 1 koodoo, un reedbuck [Cervicapra ariimlinum) et un steinbuck (/?rt/>/2/ce/'OS campestris).
Ces animaux constituent donc un réservoir de virus où la mouche va puiser. Comme nous l'avons déjà dit dans un paragraphe précédent, l'infection chez eux doit être très chronique et altérera peine leur santé. Ils n'en constituent quun plus grand danger pour les animaux domestiques sensibles qui se trouvent dans leur voisinage.
LeTnode de propagation du nagana par le moyen de la tsétsé est-il le seul mode de propagation de cette maladie? En particulier d'autres mouches piqueuses jouent-elles un rôle? Bruce a fait remarquer que, sur la colline où il avait installé son champ d'expériences, en dehors d'une zone à tsétsés, il n'a jamais eu de cas de contamination, bien que de nombreux insectes allassent piquer suc-
462 TRYPANOSOMES ET THYPANOSOMIASES
cessivement animaux malades et animaux sains. Il ne faudrait sans doute pas trop généraliser; et il est probable que le nagana, comme d'autres trypanosomiases à tsétsés, peut parfois être propagé par des insectes autres que les trypanosomiase.
Les animaux carnassiers, tels que les chiens, doivent souvent contracter la maladie en mangeant des animaux qui viennent de succomber au nagana, et dont le sang fourmille de trypan. virulents. Bruce a cité des exemples de chiens ayant ainsi contracté la maladie. Nous avons cité le cas de deux chats qui se sont contaminés de cette façon. Il est bien connu que la maladie, chez le chien, dans les pays à nagana, sévit surtout sur les chiens de chasse qu'on y importe.
Il est facile de concevoir, et nous y avons déjà insisté dans le chapitre général, que ce mode de propagation est d'importance tout à fait secondaire à côté du premier.
§ 6. — Diagnostic. Pronostic.
Lorsque, dans un pays où existent les mouches tsétsés, on se trouve en présence d'un animal, équidé ou bovidé, malade et présentant quelques-uns des symptômes que nous avons décrits, il y a lieu de supposer qu'il est atteint de trypanosomiase.
Au début de la maladie, alors que l'animal a encore conservé un bon état général, le diagnostic clinique est assez difficile, et il sera bon de procéder à un examen microscopique du sang. II faut se rappeler que le trypan. ne s'observe pas journellement à l'examen direct, surtout quand il s'agit d'un bovidé. Il conviendra donc de renouveler cet examen s'il a été négatif.
A une période plus avancée de la maladie, la présence d'œdémes, parfois volumineux, siégeant aux parties déclives du corps, et évoluant généralement de pair avec un amaigrissement plus où moins marqué, l'apparence abattue et hébétée de l'animal, l'écoulement du nez et des yeux, les croûtes qui siègent souvent dans ces régions, l'aspect du poil, hérissé et manquant par places, — imposent le diagnostic de nagana, surtout quand il s'agit d'un Equidé. Avec les Bovidés, chez lesquels 'les symptômes ne sont jamais très marqués, il sera souvent nécessaire de recourir à un examen microscopique. Comme on aura généralement affaire à des troupeaux, l'examen manquera rarement d'être positif chez quelquesuns des animaux qui y seront soumis. En cas de besoin, l'inoculation de 10 à 20 ce. dans le péritoine d'un chien, permettra de trancher une difficulté de diagnostic.
Si le diagnostic trypanosomiase est relativement facile, il n'en est pas de même quand il s'agit de dire d'une façon positive qu'on a bien affaire au Ti\ Briicei.
NAGANA 463
Au point de vue morphologique, Tr. Brucei ressemble surtout au Tr. Evansi du surra, et au Tr. togolense.
En comparant, en 1903, les 2 premières espèces, nous avons fait remarquer que le Tr. Evansi est plus effilé d'ordinaire que le 7'/'. Brucei; la partie libre du flagelle est plus longue et le protoplasme est d'ordinaire moins riche en granulations chromophiles. Dans le sang à l'état frais, examiné entre lame et lamelle, Tr. Evansi est plus mobile que Tr. Brucei; on voit fréquemment un trypan. se déplacer et sortir du champ, ce qui est très rare quand on observe des trypan. du nagana.
Malheureusement, ajoutions-nous, aucun de ces caractères, secondaires d'ailleurs, n'est constant et, pour le même trypan., la morphologie est un peu variable avec l'espèce animale et suivant que l'examen a lieu au début de linfection ou à la dernière période; il en résulte que le diagnostic différentiel du Tr. Evansi et du Tr. Brucei est impossible sil doit se baser sur l'examen d'un très petit nombre de parasites; avec un peu d'habitude, on arrive au contraire à distinguer les deux trypan., quand on dispose de préparations bien colorées et riches en parasites.
Nous avons vu que Bruce, dans un travail récent, avait ajouté d'autres différences à celles que nous avons indiquées. Se basant sur les nombreuses mensurations de parasites qu'il a pratiquées, il conclut que le Tr. Evansi est moins polymorphe que le Tr. Brucei, la grande majorité des individus mesurant entre 24 et 27 a de longueur.
La chèvre, dont nous avons donné l'observation p 431, et qui avait acquis une forte immunité pour le Tr. Brucei, a pu être infectée successivement avec Tr. equinum, Tr. Evansi, Tr. dimorphon, ce qui prouve que ces espèces sont différentes de Tr. Brucei. Les infections successives de la chèvre sont décrites aux chapitres qui traitent des 3 espèces en question.
Nous verrons, au chapitre consacré au Tr. togolense, que des chèvres, ayant l'immunité pour le Tr. Brucei, se sont infectées de Tr. togolense comme des animaux neufs.
Les essais de séro-différenciation ont donné des résultats analogues : nous avons montré, en particulier, que le sérum d'une chèvre naganée n'a pas protégé contre les Tr. equinum et togolense, et, sauf une exception, contre le Tr. Evansi. Réciproquement, le sérum d'une chèvre surrée, celui dun bouc infecté de Tr. togolense, n'ont pas agi sur le Tr. Brucei. Levaditi et Mutermilch n'ont pas observé de phénomènes croisés d'attachement en opérant avec les Tr. Brucei et togolense. En revanche, A. Léger et Ringenbach ont obtenu des actions trypanolytiques de sérums de cobayes naganés sur les Tr. Evansi et togolense et de cobayes surrés sur les
Tr. Brucei et togolense. Ils ont conclu à une certaine parenté de groupe entre ces 3 espèces.
Ces différenciations spécifiques, toujours délicates au laboratoire, deviennent très difficiles, sinon impossibles, dans les pays d'origine des trypanosomiases. On en est réduit à diagnostiquer les espèces pathogènes par la morphologie et les caractères pathogènes, et nous avons vu combien il fallait se méfier de ce dernier moyen quand on avait affaire à des trypan. dont la virulence n'était pas fixée.
Dans l'état actuel de nos connaissances, on est conduit à rapporter au nagana type, avec Tr. Brucei comme agent pathogène, toutes les affections des équidés, des ruminants et des chiens, sévissant dans les bassins orientaux de l'Afrique et dont l'agent pathogène a les caractères morphologiques du Tr. Brucei. Des recherches ultérieures permettront sans doute de serrer de plus près la question, de déterminer par exemple si les trypan. de l'Afrique orientale allemande et de l'Ouganda rapportés à Tr. Brucei appartiennent véritablement à cette espèce.
En tout cas, la différenciation du nagana et de quelques autres espèces africaines, existant dans les mêmes régions, est assez facile en raison de la morphologie de ces espèces : dimorphon (ou congolense, ou pecorum), Cazalboui, Pecaudi.
Il n'y a plus lieu, pour le moment, de supposer l'existence du nagana type en Afrique occidentale puisque la seule trypanosomiase qui pouvait lui être identifiée en raison des caractères morphologiques de l'agent pathogène, a été reconnue comme entité morbide distincte (trypanosomiase du Togoland).
Pronostic. — Le nagana paraît toujours fatal chez le cheval et sans doute aussi chez les autres équidés.
Nous avons vu que, d'après Bruce, un certain nombre de bovidés guériraient, mais la proportion en serait très faible.
Il doit y avoir aussi des guérisons parmi les chèvres et les moutons, si l'on s'en rapporte aux observations faites dans les laboratoires d'Europe, où la moitié environ de ces animaux survivent aux inoculations. Peut-être y a-t-il )à des questions de races. On a signalé, par exemple, à diverses reprises, que des chèvres résistaient dans des zones à tsétsés, alors que tous les autres mammifères succombaient.
Les chiens ont une maladie à marche particulièrement rapide. Il en est de même des Rongeurs.
En somme, le nagana apparaît comme la plus meurtrière des trypanosomiases animales.
NAGANA 46r
§ 7. — Traitement.
Le nagana n'est pas une maladie des régions vraiment colonisées; il disparaît de lui-même, comme nous le verrons, quand la civilisation pénètre dans une contrée. Aussi, n'a-t-on pas, comme pour le surra, beaucoup d'occasions de traiter des animaux naganés en Afrique.
Dans les laboratoires, le Tr. Brucei a beaucoup servi dans toutes les recherches expérimentales concernant le traitement des trypanosomiases, et une partie des résultats généraux que nous avons fait connaître au chapitre ix ont été acquis en se servant de ce virus. On y trouvera en particulier ce qui concerne les expériences relatives au sérum humain, à l'acide arsénieux (qui étaient au chapitre Nagana dans notre f' édition), aux couleurs de benzidine, etc. Nous n'y revenons pas ici.
Nous rappellerons que, lors de ses premières recherches au Zoulouland, Bruce avait essayé de guérir des Equidés naganés en ajoutant chaque jour à leur nourriture une dose variable de 6 à 12 grains d'arsenic (1 grain = 0 gr. 064), employé sous forme d'arsénite de soude. Ce traitement a généralement une action marquée sur l'évolution de la maladie; les animaux redeviennent en bon état, peuvent travailler. Mais, à un moment donné, il faut interrompre le traitement (l'animal ne le tolérant plus) et les trypan. font leur réapparition dans le sang. Seul un âne paraît avoir guéri.
En employant une solution d'acide arsénieux (1 gr. d'acide arsénieux vitreux est dissous à chaud dans 10 ce. de solution normale de soude; on ajoute 10 ce. d'une solution normale de HCl; puis on porte à 100 ce. et même, quand il s'agit de petits animaux, à 1 000 ce.) faiblement alcaline, Lœffler et Hiihs ont guéri des cobayes naganés (Zoulouland ou Togoland?) en leur inoculant dans le péritoine tous les 5 jours, pendant 7 semaines, 6 mgr. d'acide arsénieux par kg. ; on peut aussi administrer la solution per os en portant la dose à 6 mgr.
Lœffler et Rûhs recommandent surtout l'association acide arsénieux-atoxyl. Ils conseillent de faire trois traitements, à intervalles de 5 jours, à doses croissantes de 3, 4, 5 mgr., par kgr., d'acide arsénieux, associés à 3, 4, o cgr. d'atoxyl; la guérison est certaine. On a encore une guérison certaine en se contentant des deux premiers traitements (3 et 4 mgr. ou cgr.), à condition de réduire l'intervalle à 3 jours. Les auteurs insistent sur l'utilité qu'il y a à éviter les récidives; ils montrent en effet combien il est difficile de les guérir.
Weber et Fûrstenberg*, chez le rat, Harms ^ chez le cobaye,