CHAPITRE XIX
DEBAB ALGÉRIEN ET TAHAGA SOUDANAIS
Agent pathogène : Trypanosoma soudanense, Laveran, 1907.
§ 1, — Historique et distribution géographique.
La première observation d'un trypan. en Algérie est celle de Chauvrat, faite en 1892*. Ce vétérinaire le découvrit dans le sang d'un cheval atteint d'anémie intense: ce cheval mourut quelques jours plus tard. Chauvrat pensa qu'il avait eu affaire à un cas de surra.
Ce cas a été interprété comme dourine à la suite des découvertes de Rouget, puis de Schneider et Buffard, d'un trypan. chez les Equidés atteints de cette maladie. Il semble, maintenant que l'existence d'autres trypanosomiases algériennes que la dourine paraît démontrée, qu'il faille écarter ce diagnostic rétrospectif de dourine -. Mais un léger doute devra toujours subsister, aucune expérience n'ayant été tentée par Chauvrat.
En 1903, Szewzyck^ observe chez des chevaux de spahis campés dans la vallée de la Zousfana (Sud-oranais) une maladie due à un trypan. que Schneider, à l'examen des lames de sang envoyées par Szewzyck, déclare différent de celui de la dourine.
1. Chauvrat, Rec. méd. vétérinaire, 8' série, t. III, n° 11, la juin 1896, p. 344. Chauvrat a publié cette note à la suite de l'annonce par Legrain, de Bougie, de la découverte d'un trypan. « dans des sortes de dilatations variqueuses développées sur la surface externe du péricarde d'une vache sacrifiée à l'abattoir » [Analyse in Bec. méd. vétér., 15 avril 18(16, p. 266]»
2. Le cheval venant de Barika a été amené à Batna, où il est mort 6 jours après. Celait un vrai squelette ambulant, atteint d'anémie extrême, vacillant sur ses membres raides et infiltrés; la région ventrale était également infiltrée. La veille de la mort, la température était 39°,2. A l'autopsie, faite immédiatement après la mort, Chauvrat a vu dans le sang du cœur un grand nombre de trypan. très mobiles, de 60 jx de long (sic), s'accolant souvent par leurs grosses extrémités. Chauvrat a conclu à un cas erratique de surra ou de nagana. Le fait de trouver des trypan. nombreux dans le sang ne s'accorde guère avec la dourine.
3. Szewzyck, Bull. Soc. centr. méd. vétér., 8° série, t. X, 30 avril 1903, pp. 220.
En 1903 aussi et dans la même vallée de la Zousfana, Rennes, également vétérinaire militaire, trouve la même maladie et le même trypan. chez des chevaux de spahis; il fait l'étude expérimentale de ce virus *.
En 1905, Roger et Greffulhe^ observent, chez 4 chevaux du S*" chasseurs d'Afrique à Méchéria (Oranie), une trypanosomiase.
Entre temps, les frères Sergent^ démontrent que la maladie des dromadaires appelée el dehab par les indigènes, et qui avait déjà donné lieu à un certain nombre de travaux*, est causée par un trypanosome dont ils entreprennent l'étude expérimentale.
Plus tard, les mêmes savants se livrent, avec l'aide de collaborateurs, à une enquête sur la distribution en Algérie et les rapports de ces deux trypanosomiases-'.
La même maladie des dromadaires était connue depuis longtemps en Egypte*; sa nature trypanosomique n'a été démontrée que dans ces dernières années'.
De l'autre côté du Sahara, dans le bassin du Niger, parmi les virus, étudiés par le vétérinaire militaire Gazalbou, l'un d'eux, étudié et différencié par Laveran sous le nom de Tr. soudanense^, a montré des caractères qui ont fait penser à Laveran à un rapprochement avec les trypan. dont nous venons de parler. Des expériences d'immunité active ont établi l'identité spécifique des trypan. algériens avec le Tr. soudanense^. Gazalbou*" a, depuis, donné quelques renseignements sur l'origine de ce virus soudanais et sur son action pathogène.
La maladie du debab paraît exister dans toute l'Afrique du Nord; mais jusqu'ici, comme nous venons de le voir, l'existence du trypan. n'a été reconnue qu'en Algérie et en Egypte ".
1. Rennes, Bull. Soc. centr. méd. vétér., 30 sept. 1903, p. 424; 30 avril 1004, p. 248; 28 février 1905, p. 9.5.
2. Roger et Greffulhe. C. R. Soc. BioL, t. LVIll, 4 mars et 20 mai 1905, pp. 396 et 826.
3.- Ed. et Et. Sergent, C.R.Soc. BioL, t. LVI, 23 janv. et 4 juin 1904, pp. 120 et 914; Ann. Inst. Pasteur, t. XIX, janv. 1905, p. 17. — Le motd debab veut dire aussi taon.
4. Général Carbl'ccia, Vallon, G' Daumas, etc. (cités par Ed. et Et. Sergent).
0. Ed. et Et. Sergent, Ann. Inst. Pasteur, t. XX, 1906, p. 665; — Rémy, Ed. et Et. Sergent etLEDOUx, Bull. Soc. Path. exot., t. I. janv. 1908, p. 22 et 25. — Ed. Sergent et FoLEY, Ibid., t. III, 1910, p. 471 ; — Ed. et Et. Sergent et Lhéritier ibid., t. ^. 1912, p. 274.
6. Voir J.-B. PioT-BEY', El Debeh, ou la maladie de la mouche, Le Caire, 1890.
7. Voir Mason, Journ. of coinp. Path. u. Tlier., t. XXIV, 1910, p. 47.