S.-T. Darling, Journ. of exper. medicine, avril
MURRINA 513
Les Irypanosomes existent dans le sang, surtout au début des poussées fébriles. Les préparations de sang frais doivent être examinées aussitôt après qu'elle ont été faites; les mouvements des trypanosomeg disparaissent en effet rapidement. Quand les trypanosomes sont très rares dans le sang, il y a lieu de recourir à des animaux d'épreuve pour constater leur présence.
La maladie des mules d'Ancon ne peut pas être confondue avec le mal de caderas. On a vu que, chez Tr. hippiciim, le centrosome est très apparent, contrairement à ce qu'on observe chez Tr. equinum.
La maladie des mules d'Ancon ne peut pas être confondue avec la dourine; les symptômes des deux infectijans chez le cheval diffèrent sensiblement; les plaques si caractéristiques de la dourine font défaut dans la maladie d'Ancon ; contrairement à ce qui arrive pour Tr. hippicum, Tr. equiperdum est très peu pathogène pour les ruminants et les singes; enfin la murrina ne se propage pas d'ordinaire par le coït.
Au point de vue de sa morphologie, comme à celui de son action pathogène sur le cheval et sur les différentes espèces animales, Tr. hippicum a des affinités avec Tr. Evansi. Le surra, qui est très répandu en Asie, en Afrique et dans certaines parties de l'Océanie, pourrait bien avoir été importé en Amérique. En 1899, Lingard rangeait l'Amérique du Nord au nombre des pays probablement infectés par cette épizootie^
On a vu (p. 348) que le surra a été importé, en 1906, aux Etats- Unis par des zébus venant de l'Inde, mais que des mesures rigoureuses de police ont empêché l'épizootie de se propager.* D'autres importations moins bien surveillées ont pu avoir lieu.
Bien que Tr. hippicum soit du type Tr. Evansi, on peut signaler quelques différences au point de vue morphologique entre les deux trypanosomes ; les plus grandes formes du Tr. hippicum ne dépassent pas 28 fjL de long, alors que les grandes formes du Tr. Evansi atteignent 30 à 33 li. de long; d'autre part, l'extrémité postérieure du Tr. hippicum est d'ordinaire moins effilée que celle du Tr. Evansi.
Ces faibles différences ne constituant pas des caractères spécifiques suffisants, il était intéressant de s'assurer si un animal ayant limmunité pour le surra, était sensible au Tr. hippicum. Laveran a pu réaliser cette expérience sur une chèvre qui avait été infectée successivement avec les Tr. Pecaudi, Tr. Evansi et Tr. gambiense; après s'être assuré que la chèvre avait une immunité solide pour le Tr. Evansi, il l'a inoculée avec le Tr. hippicum, en même temps qu'une chèvre neuve dont l'observation a été donnée plus haut; il a résumé comme il suit l'observation de la chèvre qui, ayant l'immunité pour le surra, s'est infectée par le Tr. hippicum.
1. Salmon et Stiles, Emergency Report on Surra, Annual Rep. of Bureau of animal Industry, U. S. Dep. of Agriculture, for 1901, 1902, p. 49.
Lavehan et Mesnil. — Trypanosomes et Trypanosomiases. 33
514 TRYPANOSOMES ET TIIYPANOSOMIASES
Une chèvre qui a été inoculée successivement avec Tr. Pecaadi (26 octobre 1906), avec Tr. Evansi (27 septembre 1907) et avec Tr. gambiense (16 juillet 1909), et qui a acquis Timmunité pour ces trois trypanosomes, est réinoculée, le 14 mai 1910, avec Tr. Evansi. A la suite de cette inoculation, la chèvre ne présente aucun symptôme anormal et un chien qui a reçu, le 30 mai, 30 ce. du sang de la chèvre ne s'infecte pas. La chèvre a donc gardé l'immunité pour Tr. Evansi.
Le 15 décembre 1910, la chèvre est inoculée avec Tr. hippicnm, en même temps qu'une chèvre neuve. L'inoculation est faite à la base d'une oreille avec du sang du chien venant d'Ancon, dilué dans de l'eau physiologique citratée.
A la suite de l'inoculation, la chèvre na pas de fièvre, la température prise régulièrement, du 13 décembre 1910 au H janvier 1911, ne dépasse pas 38°, 8 et les examens du sang faits à plusieurs reprises sont négatifs, mais un chien qui a reçu, le 30 décembre, 30 ce. du sang de la chèvre s'infecte.
Le 12 janvier 1911, la chèvre qui ne paraissait pas malade le 11 est trouvée morte. Poids : 50 kilogrammes. Poids de la rate : 130 grammes. Foie normal. P»eins fortement congestionnés. Péricardite légère (taches laiteuses). Congestion pulmonaire très forte des deux côtés. C'est la congestion pulmonaire provoquée par le froid qui paraît avoir occasionné la mort, la trypanosomiase n'ayant joué que le rôle de cause prédisposante.
On peut conclure de cette expérience que Tr. hippicnm ne doit pas être identifié à Tr. Evansi.
Reste la trypanosomiase du Venezuela, qui a été décrite par Range! sous le nom de desrengadera (voir ci-après).
Les mules d'Ancon infectées par Tr. hippicum étaient arrivées récemment des Etats-Unis où l'existence de la desrengadera n'a pas été signalée jusqu'ici, mais ce n'est pas là un motif suffisant pour conclure que l'épizoolie d'Ancon est d'une autre nature que l'épizootie du Venezuela, les parasites des deux infections ayant d'ailleurs de grandes ressemblances au point de vue de la morphologie, comme à celui de Taction pathogène.
Pour résoudre ce problème, le moyen le plus sûr serait de faire l'épreuve de l'immunité croisée avec le trypanosome de la desrengadera et avec le Tr. hippicum.
La maladie des mules d'Ancon ressemble cliniquement à l'anémie pernicieuse des chevaux qui est souvent désignée, aux Etats-Unis, sous le nom de swamp fever (fièvre des marais). La swamp fever est produite par un virus filtrable et non par un trypanosome, elle n'a donc rien à voir avec la maladie observée par Darling ^
La murrina est toujours mortelle chez les équidés, Iç chien, les singes, le lapin, le cobaye, la souris, l'opossum et le coati; elle peut,
1. J.-L. ToDD et S.-B. WoLBACH, The swamp fever of horses, Jourii. of med. research, janv. 1911.
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d'après Darling, se terminer par guérison chez le porc, le chat, Tagouti et le rat.
§ 5. — Traitement. Prophylaxie,
En l'absence de données particulières relatives au traitement de cette trypanosomiase, il paraît indiqué d'appliquer les règles qui ont été formulées au sujet du surra. (Voir p. 378.)
Les mesures prophylactiques suivantes ont été adoptées à Ancon.
La température des mules était prise chaque jour; les animaux dont la température dépassait 39° étaient immédiatement isolés dans une écurie protégée contre l'accès des mouches.
Le diagnostic était fait par l'examen du sang ou par l'inoculation du sang à des animaux d'épreuve.
Les animaux infectés étaient abattus et enfouis.
Les harnais, les objets de pansage, les mains des palefreniers étaient désinfectés.
Toutes les plaies, ulcérations et écorchures des équidés sains ou infectés, étaient protégées contre les mouches à l'aide de pansements à la créoline qui éloignent les mouches.
Des inspecteurs sanitaires étaient chargés de rechercher les animaux malades.
Grâce à ces mesures, la maladie qui, au mois de mars 1910, sévissait avec intensité dans deux des plus grands corrals d' Ancon, fut arrêtée rapidement dans son développement; à partir du mois de mai 1910, on n'observa pas de nouveaux cas (Darling).
II. — Peste boba et desbengadera des équidés du VexNezuela Agent pathogène : Tr. venezuelense, Mesnil, 1910.
Dans un travail présenté à l'Académie de médecine de Caracas en 1905, Rafaël RangeP étudie la maladie des Equidés du Venezuela connue sous le nom de Peste boba et qui consiste en une anémie pernicieuse progressive; il montre que le sang des chevaux infectés renferme un trypanosome.
Le début est insidieux et, par suite, difficile à fixer. L'animal paraît triste, refuse de manger; la tête est pendante, la peau brûlante. La température atteint à ce moment 40", 41°. Quelquefois
1. R. Hangel, Nota preliminar sobre la Peste Boba y la Desrengadera de los Llanos de Venezuela, Labor. del Hosp. Vargas, buU. n" 2, Caracas, 1903, pp. il-3i), 2 pi.
aussi, au début de la maladie, le cheval paraît inquiet, court, se cabre.
La fièvre est continue, intermittente, rémittente ou irrégulière. La maladie peut présenter des périodes de rémission. Les éleveurs prétendent qu'une saignée produit d'excellents effets.
Mais, en général, la maladie continue à évoluer. L'animal montre de la conjonctivite, du larmoiement qui va jusqu'à un écoulement muco-purulent.
Le cheval s'affaiblit, bien que l'appétit reste normal. Sa marche devient vacillante et peu assurée. Il a du jetage. Les muqueuses sont pâles. Il présente de la kératite et du pannus; on observe aussi de riritis et, dans la chambre antérieure, des hémorragies qui se résorbent parfois.
La respiration devient difficile : on note des palpitations, de la dyspnée. L'animal est efflanqué; l'anémie et l'affaiblissement vont en augmentant et la mort survient en 15 à 60 jours. Les derniers jours, il y a parésie des membres postérieurs et de l'intestin avec relâchement du sphincter anal.
Ce tableau se complique parfois d'œdèmes et on donne alors à la maladie le nom dliermosura. Ces œdèmes siègent en premier lieu aux organes génitaux : œdèmes des bourses et du fourreau avec érosion du gland ; œdèmes des lèvres de la vulve avec ecchymoses. On observe aussi des œdèmes de la région abdominale et de la tète.
L'existence d'un trypanosome a permis à Rangel de rattacher la peste boba à une autre maladie des plaines vénézuéliennes nommée desrengadera qui sévit sur toutes les catégories d'équidés, sur les chiens et, parmi les animaux sauvages, sur le carpincho {Hydrochœriis capibara), le Canis azarœ, les singes hurleurs [Mycetes ursiniis et seniculus). Dans ce cas, ce sont les symptômes parétiques et paralytiques qui dominent le tableau.
Le cheval atteint est toujours en équilibre instable; ses membres sont rigides, ne fléchissent pas bien. Il fait des faux pas, bute à chaque instant. Il écarte les jambes pour maintenir son équilibre. La croupe, dont les muscles sont paralysés, se balance continuellement. L'animal fait des mouvements brusques comme s'il était mû par un ressort (cf. caderas, d'après Sivori et Lecler). Finalement, l'animal tombe sur le sol avec une paralysie complète du train postérieur. Il peut encore vivre quelques jours si l'on subvient à sa nourriture.
En résumé, Rangel pense qu'il n'existe qu'une trypanosomiase pouvant se manifester sous deux formes principales :
1° Anémie pernicieuse progressive {peste boba), avec œdèmes (liermosura) ;
2" Forme parétique ou paraplégique (desrengadera).
DESRENGADERA 517
Il fait une comparaison avec les autres trypanosomiases alors connues et finit par conclure à une identification avec le mal de caderas, en raison des symptômes cliniques et en particulier des symptômes paraplégiques. Il convient de remarquer à ce propos que la forme œdémateuse n'existe pas dans le caderas.
Rangel ne se dissimule pas que son trypan. diffère du Tr. equinum par l'existence d'un centrosome de grosseur normale; mais, influencé par les idées de Koch, il n'attache qu'une importance secondaire à cette différence entre les deux parasites.
Mesnil ' a pu, grâce à l'intervention du D'' Rincones, étudier quelques lames de sang parasité et se convaincre que le trypan, du Venezuela est morphologiquement différent du Tr. equinum. Il rappelle le Tr. Evansi du surra. On observe une assez grande variété de formes, surtout au point de vue des dimensions; les dimensions moyennes sont de 18 à 23 pi. sur 1 [x, 7; mais il y a des individus dont la longueur atteint 30 a. Mesnil propose, jusqu'à plus ample informé, de désigner le trypan. de Rangel sous le nom de Tr. venezuelense.
En dehors d'une comparaison avec le surra, il y aura surtout lieu d'en faire une avec le Tr. hippicum découvert par Darling en 1910 chez les Equidés de Panama (voir ci-dessus).