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CHAPITRE XXI

MAL DE CADERAS

Agent pathogène : Tr. equinum, Voges, 1901.

Synonymie : Peste de cadeiras (Brésil); Mal de caderas, Tumby-baba ou Tuinby-â (Paraguay, République Argentine); Flagellose des Equidés, Trypanosomose des Equidés, etc.

§ 1. — Historique. Répartition.

Le fiial de caderas ou, pour abréger, le caderas est une épizootie des Equidés de rAmérique du Sud; le trypanosome qui est l'agent pathogène du caderas a été découvert par le D"" Elmassian, directeur de l'Institut bactériologique de l'Assomption, capitale du Paraguay-. Cette découverte a été rapidement confirmée dans le laboratoire de Voges, à Buenos-Ayres, où le caderas était à l'étude depuis un certain temps ^.

Des travaux importants ont été publiés sur cette question par Voges, Lignières, Sivori et Lecler, Elmassian et Migone, V. Brazil ^

Grâce à l'obligeance de MM. Elmassian et Lignières qui nous ont fait parvenir des animaux infectés, nous avons pu étudier à Paris le trypanosome du caderas et son action pathogène sur différents animaux.

D'après Lacerda, le caderas aurait été importé dans l'île Marajo, près de l'embouchure de l'Amazone et, de là, la maladie se serait propagée jusqu'à l'Etat de Matto Grosso; ce qui est certain, c'est qu'à partir de 1860 le caderas a donné lieu dans cet Etat à de grands

1. Elmassian, Conférence faite au conseil national d'hygiène le 19 mai 1901. Assunçion, 1901. — Revista de la Sociedad medica argcntina, 1902, t. X.

2. Voges, Berl. tierârztl. Woch., 3 octobre 1901. — J. Zabala (en collaboration avec G. Malbran et 0. Voges), Anales d. Departem. nac. de Higiene, Buenos-Ayres, IX, nov. 1901.

3. Voges, Zeitschr. f. Hygiène, 1902, t. XXXIX, fasc. 3. — J. Lignières, Revista de la Sociedad medica argentina, 1902, t. X, p. 481. — Fr. Sivom et E. Lecler, Le surra américain ou mal de caderas, Buenos-Ayres, octobre 1902. — Elmassian et Migone, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1903, p. 241. — V. Brazil, Rev. med. di S. Paulo, 15. janvier 1907.

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ravages, à ce point que, tous les chevaux ayant disparu, les habitants en furent réduits à se servir de bovidés comme bêtes de trait ot même comme montures; de jeunes taureaux furent dressés à cet usage. La maladie a pris aujourd'hui une grande extension; elle sévit dans une partie du Brésil et de la Bolivie, dans tout le Paraguay, dans les territoires argentins du Chaco, de Formosa et de Misiones et dans les provinces argentines de Corrientes, de Santiago del Estero et de Catamarca.

L'épizootie règne surtout dans les régions marécageuses et pendant les mois où il pleut le moins (d'avril à septembre).

§ 2. — Évolution de la maladie. Symptômes.

Le caderas sévit presque exclusivement sur les chevaux à l'état d'infection naturelle*, mais il est inoculable à un grand nombre d'espèces de la classe des Mammifères. L'infection est tantôt aiguë ou subaiguë et mortelle, tantôt à forme lente et bénigne. On peut classer comme il suit les Mammifères auxquels le caderas a été inoculé avec succès, en commençant par ceux qui présentent les formes de la maladie les plus aiguës et les plus graves : souris, rat, loutre, hérisson, chien, chat, carpincho, coati, singe, cheval, mulet, âne, lapin, cobaye, mouton, chèvre, porc, bœuf.

D'après Voges, la maladie serait inoculable aux poules, aux canards et aux dindons; aucun autre observateur n'a réussi à infecter des oiseaux avec le trypan. du caderas; les inoculations faites à des poules nous ont toujours donné, pour notre pari, des résultats négatifs.

Nous étudierons d'abord le caderas chez le cheval, puisqu'il s'agit essentiellement d'une épizootie des équidés, épizootie des plus graves.

Equidés. — On a vu plus haut que, dans certaines régions de l'Amérique du Sud, on en était réduit à monter des bovidés, faute de pouvoir conserver des chevaux.

Les régiments de cavalerie envoyés dans le Chaco contre les Indiens ont perdu un grand nombre de chevaux et de mulets par cette épizootie; Voges cite l'exemple d'un régiment qui recevait, au mois de juin, 600 chevaux et qui, au mois de novembre de la même année, n'en avait plus que 100.

Le mulet et l'âne surtout résistent mieux que le cheval.

Le premier signe de la maladie chez le cheval est l'amaigrissement qui fait des progrès rapides, bien que l'appétit soit conservé.

1. Elmassian, au cours d'une grave épizootie de caderas, a observé plusieurs cas d'infection spontanée chez des chiens (lettre du 28 février 1904).

Lorsqu'on applique le thermomètre, on constate souvent des températures fébriles (40°, 41"). Au bout d'un temps variable, on s'aperçoit que le train de derrière est paresseux, le cheval traîne ses jambes, les sabols rasant le sol. Ces troubles vont en s'accentuant et deviennent caractéristiques; quand on excite un animal à marcher, il s'avance en chancelant, la croupe se balance de droite à gauche, ce qui a valu à la maladie la dénomination de mal de cadtras ou maladie de la croupe. Il arrive un moment où la station debout devient impossible; si l'animal est à l'écurie, il prend des points d'appui sur les murs; s'il est en plein air, il chan-

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Fig. LXVI.

Caderas chez un cheval de race commune. Forme aiguë. Le 31 janvier 1902 injection intra-veineuse de 20 ce. de sang provenant d'un cheval qui ne montrait pas de parasites dans le sang, mort en 34 jours. (Figure empruntée à Lignières.)

celle et tombe. L'animal qui s'est abattu peut vivre encore quelques jours, si l'on prend soin de mettre de la nourriture à sa portée; sinon, l'inanition accélère le dénouement qui est toujours mortel.

La fièvre est irrégulière (comme le montre le tracé que reproduit la figure LXVI), avec des exacerbations qui peuvent atteindre 41° et 41°, 8 et des rémissions pendant lesquelles la température descend parfois au-dessous de la normale, à 36° et 33°.

D'après Elmassian, il existe presque toujours des troubles de la sécrétion urinaire, l'albuminurie et l'hématurie sont fréquentes. L'hématurie, très légère d'ordinaire et appréciable seulement au microscope, est parfois abondante.

Sur plus de 30 cas d'infection naturelle, Sivori et Lecler n'ont jamais observé l'hématurie.

Les auteurs s'accordent à dire qu'on ne trouve pas de trypan. dans les urines; même dans les cas compliqués d'hématurie, Lignières n'a pas vu de trypan. vivants dans l'urine. Les parasites meurent sans doute rapidement dans ce milieu.

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La peau est parfois le siège, principalement à l'encolure et sur la croupe, d'une éruption légère, exsuda tive; les plaques de 3 à 4 centimètres de diamètre sont couvertes de petites croûtes; les poils tombent au niveau de ces plaques.

On observe des infiltrations passagères, principalement au niveau des articulations; il n'y a pas d'œdèmes abondants et persistants comme dans le nagana.

Les lésions des organes génitaux font défaut, même chez les chevaux inoculés sur des excoriations du pénis (Elmassian).

Les paupières sont le siège d'un léger œdème accompagné de conjonctivite et de chémosis. La kératite interstitielle, Thypopyon, l'iritis exsudative sont des complications assez fréquentes.

Les chevaux chez lesquels des symptômes de parésie ont commencé à se manifester meurent d'ordinaire en un mois ou deux.

Le caderas a parfois, chez le cheval, une évolution lente; d'après Elmassian, c'est à cette forme qu'il faut rapporter les épizooties connues au Paraguay, sous la dénomination de Baacy-poy. La maladie est insidieuse et, pendant des mois entiers, ne se manifeste que par l'amaigrissement des animaux qui en sont atteints. Les parésies, pour être tardives, n'en sont pas moins caractéristiques. L'examen histologique du sang ne révèle pas l'existence des trypan., mais si l'on injecte du sang à des animaux sensibles au caderas, on provoque l'infection caractéristique '.

La maladie, que son évolution soit rapide ou lente, est toujours mortelle chez les équidés.

Chez les chevaux inoculés sous la peau ou dans la veine avec du sang virulent, la durée du caderas varie de 1 à 4 mois; d'après les expériences citées par Lignières, la durée minima de la maladie expérimentale chez le cheval serait de 34 jours, la durée maxima de 134 jours.

Les trypan. apparaissent dans le sang du cinquième au huitième jour après l'inoculation et, à ce moment, on observe une poussée fébrile très marquée; pendant le cours de la maladie, ces poussées se répètent à diverses reprises et la multiplication des trypan. procède aussi par poussées, dans l'intervalle desquelles l'examen histologique du sang est souvent négatif. Elmassian et Voges ont constaté que le nombre des parasites diminuait beaucoup quand la température du cheval s'élevait à 41°.

L'anémie est de règle, mais elle n'atteint pas les mêmes proportions que dans d'autres maladies produites par des hématozoaires, dans les piroplasmoses en particulier.

L'influence individuelle joue un rôle bien marqué dans la rapidité

I. Elmassian et Migone, Ann. de Vlnst. Pasteur, 25 avril 1903, p. 234.

avec laquelle le caderas évolue : les animaux jeunes, les malades, ceux qui appartiennent à des races fines, résistent moins que les animaux adultes, sains et de races communes (Lignières).

Pour l'étude de Tinfection expérimentale chez les animaux autres que les Equidés, nous suivrons Tordre indiqué plus haut, c'est-à-dire l'ordre de sensibilité décroissante au virus.

L'inoculation du caderas est très facile et on peut dire que, chez les espèces sensibles, elle réussit toujours. Nous avons employé en général l'inoculation sous-cutanée; les inoculations intra-veineuses ou intra-péritonéales diminuent la durée de la période d'incubation.

Il suffit pour produire l'infection d'inoculer une très petite quantité de virus, mais la quantité des trypan. inoculés a une influence manifeste sur l'évolution de la maladie. Si l'on injecte à une souris du sang très pauvre en trypan., l'incubation sera longue et la durée totale de la maladie atteindra ou dépassera 10 jours; si l'on injecte à forte dose du sang riche en trypan., la dur^e de l'incubation sera très courte et la mort arrivera souvent le cinquième jour après l'inoculation; la durée de la maladie aura donc été moitié moindre que dans le premier cas.

Souris, — Après inoculation sous-cutanée du sang virulent, chez la souris blanche, les trypan. apparaissent, en moyenne, dans le sang au bout de deux jours et demi et la durée totale de la maladie (à dater de l'inoculation) est de 6 jours (maximum : 8 jours 1/2, minimum : 3 jours 1/2). Après inoculation dans le péritoine, les trypan. apparaissent dans le sang au bout de 30 à 40 heures et la durée de la maladie est de 5 jours.

Les souris grises sont un peu plus résistantes que les blanches.

Lorsqu'on inocule du sang très pauvre en trypan. (sang de chèvre ou de mouton infectés de caderas, par exemple), l'incubation de la maladie s'allonge, elle est de 6 jours en moyenne et la durée de la maladie est portée à 10 jours (maximum : 19 jours; minimum : 6 jours 1/2).

En général, le nombre des trypan. augmente d'une façon régulière chez les souris infectées de caderas jusqu'au moment de la mort et, à ce moment, les parasites sont extrêmement nombreux. Chez des souris inoculées avec du sang de Ruminants, nous avons observé quelques exceptions à cette règle. Les trypan. assez nombreux le septième jour après l'inoculation, par exemple, sont rares ou très rares le huitième ou le neuvième jour, mais bientôt la pullulation reprend sa progression croissante jusqu'à la mort.

A la dernière période de la maladie, la souris se met en boule, le poil se hérisse et des symptômes paralytiques précèdent de peu la mort qui est la terminaison constante.

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Rats. — Chez les rats blancs ou pie, après inoculation souscutanée, l'incubation est de 3 à 4 jours; la durée moyenne de la maladie est de 7 jours 1/2; après inoculation dans le péritoine, l'évolution est un peu plus rapide.

Chez les rats inoculés dans le péritoine avec du sang de chèvre ou de mouton très pauvre en trypan., la durée moyenne de l'incubation a été de 8 jours et la durée de la maladie de 16 jours (maximum : 21 jours; minimum : 7 jours 1/2).

Lignières note que les rats pie résistent mieux que les rats blancs et les rats gris mieux encore. Un rat d'égout auquel nous avons inoculé le caderas est mort en 12 jours.

D'après Voges, les rats gris survivraient quelquefois. Chez les rats blancs et pie, la maladie est toujours mortelle.

Les trypan. se multiplient dans le sang jusqu'au moment de la mort; à ce moment ils sont toujours extrêmement nombreux.

Les symptômes qui précèdent la mort sont les mêmes que chez la souris; nous n'avons pas observé la mort subite, comme dans certains €as de nagana des rats.

Campagnols [Arvicola arvalis). — Un campagnol a montré des trypan. 36 heures après l'inoculation, dans le péritoine, du sang d'un animal infecté de caderas. De deux autres campagnols inoculés sous la peau, l'un a montré des trypan. 2 jours après l'inoculation, l'autre au bout de 8 jours seulement. Ces animaux sont morts trop rapidement pour qu'on ait pu suivre chez eux la marche complète de l'infection. La différence observée dans la période d'incubation est probablement en rapport, comme dans le nagana, avec des variations individuelles de sensibilité des animaux (cf. cobayes naganés).

HÉRISSONS. — Le hérisson [Erinaceus eiiropseiis) est très sensible au caderas. Deux hérissons inoculés avec du sang de cobaye cadéré sont morts en 6 et 9 jours, avec des trypan. très nombreux dans le sang.

Loutre. — Deux loutres {IVutria sp.?) auxquelles Voges a inoculé le caderas sont mortes en 10 jours.

MuLiTA. — Le mulita ( Tatu hybridiis) est très sensible, il meurt de caderas en 10 jours d'après Lignières.

Singes. — La plupart des singes sont également très sensibles au caderas. La durée de là maladie est de 7 à lo jours, suivant la quantité de sang injectée.

Chez Nyclipithecus feliniis, l'incubation a été de 3 à 5 jours, la durée de la maladie de 5 à 8 jours (Elmassian et Migone).

Le 8 octobre 1902, un singe [Cercopithecus fuliginosus ou espèce très voisine) est inoculé par nous, sous la peau, avec du sang de souris cadérée. La température du singe est à ce moment de 38°, 5. Le 13 octobre, l'examen du sang révèle l'existence de trypan. assez

rares, en même temps la température s'élève. Du 14 au 16 inclus, la température se maintient à 39" ou 39", 3, en même temps le nombre des parasites augmente d'une façon régulière. A partir du 17 octobre la température s'abaisse, le 20 elle est de 35", 7, c'est-à-dire très inférieure à la normale. Le 19, nous notons des trypan. assez nombreux; les 20 et 21, l'examen histologique du sang est au contraire négatif.

Le singe meurt dans la nuit du 21 au 22 octobre. La durée de la maladie a été par conséquent de 13 jours 1/2.

La mort en hypothermie est la règle dans le caderas et dans le nagana, chez le singe, comme dans l'infection produite par le Tr. gambiense.

Les cynocéphales sont en général réfractaires et leur sérum est actif quand on l'injecte en mélange avec le virus '.

Chiens. — Après inoculation sous-cutanée, les trypan. apparaissent du quatrième au cinquième jour. La durée moyenne de la maladie a été de 36 jours dans nos expériences.

La multiplication des trypan. dans le sang du chien n'est pas aussi régulière que chez les animaux précédents, il y a des poussées dans l'intervalle desquelles les trypan. deviennent parfois très rares, mais ces intervalles sont toujours courts. Au moment de la mort, les trypan. sont nombreux ou très nombreux dans le sang.

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Fig. LXVII.

Tracé tliermométrique d'un chien inoculé lo 12 février 1902 dans la veine avec 1/2 ce. do sang de rat très riche en trypan. du caderas. Mort en 18 jours. (Figure empruntée à Lignicrcs.)

Les seuls symptômes constants sont l'amaigrissement et une élévation plus ou moins marquée de la température, notamment au moment où les trypan. apparaissent dans le sang (voir le tracé reproduit dans la figure LX'V^II).

Lorsque la maladie n'évolue pas très rapidement, on note souvent de l'œdème du fourreau de la verge et du scrotum, de la conjonctivite, de l'iritis parfois double avec hypopyon, ce qui peut produire

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