A. Laveran, Soc. de palhol. exotique, 14 février
MAL DE GADERAS 53n
La maladie est toujours mortelle chez les équidés quand elle n'est pas traitée.
Les infections expérimentales par Tr. equinum, toujours mortelles chez la souris, le rat, le cobaye, le lapin, le chat, le chien, le singe, se terminent souvent par guérison chez la chèvre, le mouton et chez les bovidés.
§ 8. — Traitement. Prophylaxie.
La quinine, le bleu de méthylène, Tacide salicylique, le permanganate de potasse, Tiodure de potassium, le sublimé en injections intra-veineuses, Tarrhénal ont été employés, sans succès, dans le traitement du caderas (Voges, Lignières).
L'acide arsénieux a donné ici, comme dans le nagana, quelques résultats favorables, encore s'agit-il seulement d'améliorations passagères.
Chez les rats et les souris cadérés, on obtient avec l'acide arsénieux les mêmes effets que dans le nagana; on fait disparaître temporairement les trypan. de la circulation générale, on prolonge la vie des animaux, on ne les guérit pas. La dose efficace d'acide arsénieux est de 0 mgr., 5 pour 100 gr. d'animal. Un rat ainsi traité a vécu 130 jours après avoir été inoculé de caderas.
Il arrive un moment où l'acide arsénieux n'agit plus sur les trypan. et provoque des accidents d'intolérance.
P. Ehrlich et K. Shiga ont employé avec succès, dans le traitement du caderas, chez les souris, le trypanroth*.
Si l'on injecte en même temps à une souris, sur des points différents, du virus de caderas, et de la solution de trypanroth, l'infection ne se produit pas. Chez les souris traitées de 1 à 3 jours après l'inoculation du caderas, les résultats sont remarquables. Après injection de 0 ce. 30 de la solution de trypanroth à 1 p. 100, les trypan. ne tardent pas à disparaître du sang; dans un certain nombre de cas, il y a des rechutes (très tardives parfois, au bout de 65 jours dans un cas), mais souvent la guérison est définitive.
Les animaux, débarrassés de leurs trypan., par inoculation, au quatrième jour de la maladie, de trypanroth, acquièrent de ce fait une certaine immunité contre les trypan.; inoculés de 1 à 7 jours après cette guérison (apparente ou réelle), ils ne contractent de nouvelle infection qu'après une incubation qui peut aller de 12 à 60 jours. Même 21 jours après la disparition des trypan., les souris ont encore une très légère immunité; après 30 jours, il n'en reste plus trace.
La comparaison avec les expériences de prévention prouve que la
1. P. Ehrugh et K. Shiga, Berlin, kliii. Wochenschr,, 28 mari et 4 avril 1904.
production de substances immunisantes est liée à la destruction des trypan. sous Taction du médicament.
Le pouvoir préventif ou curatif du trypanroth a été aussi très marqué quand on administrait le médicament à l'intérieur. Chez des souris nourries pendant 8 jours avec du biscuit au trypanroth, l'infection par les trypan. du caderas s'est produite, mais s'est terminée par la guérison.
Chez les rats, les résultats obtenus avec le trypanroth ont été beaucoup moins favorables que chez les souris; en injectant à un rat2 ce. de la solution au centième, on voit les trypan. disparaître, mais cette disparition n'est que temporaire.
Chez les cobayes et chez les chiens, les résultats ont été encore moins favorables.
Le trypanroth n'a ,pas d'action toxique in vitro sur les trypan. du caderas. Ehrlich et Shiga supposent que cette matière colorante agit en provoquant la formation, chez la souris, d'une substance toxique pour les trypan., substance qui ne persiste pas longtemps dans le sang; 2 à 3 jours après qu'elles ont reçu une injection de trypanroth, les souris peuvent être inoculées avec succès.
Nous avons traité par le trypanroth 4 souris cadérées, en intervenant au moment où les trypan. étaient nombreux dans le sang; les souris ont reçu en moyenne 0 ce. 2 de la solution à 1 p. 100 pour 10 gr. Les trypan. ont disparu du sang en 24 à 48 heures. Chez une souris, ils ont reparu lo jours après et ont occasionné la mort. Chez une autre, ils ont fait une apparition 1 mois après, puis ont disparu à nouveau sans traitement, pour reparaître 10 jours plus tard et causer la mort. Les deux dernières souris n'ont pas eu de rechute; elles étaient encore vivantes 2 mois après l'injection de trypanroth.
Le trypanroth a été employé sans succès dans le traitement des équidés atteints du mal de caderas.
Il est probable que les médications qui ont réussi dans le traitement du surra (orpiment, atoxyl) donneront aussi de bons résultats dans le traitement des équidés cadérés. (V. chap. xiv, p. 378.)
Le mouton, la chèvre, le bœuf et le porc qui ont résisté à une atteinte de caderas possèdent l'immunité pour cette maladie; le sérum de ces animaux acquiert, au cours de l'infection, des propriétés préventives, faibles et peu durables malheureusement.
Le sérum d'une chèvre qui, avant Tinoculation du Tr. equinum, n'avait aucune action sur ce trypan., a acquis des propriétés préventives nettes; 3 mois après l'inoculation, il empêchait, à la dose de 1 ce. en mélange, l'infection par le trypan. du caderas. Plus tard (vers la fin de l'infection et après la guérison), ce sérum ne s'est plus montré préventif.
Le sérum du mouton vacciné contre le nagana n'avait, avant l'ino-
MAL DE GADERAS 537
culatioii du caderas, aucun pouvoir protecteur vis-à-vis du Tr. equiniun. 1 mois après, il empêchait en mélange, à la dose de 2 ce, rinfection d'une souris (à la dose de 1 ce, retard considérable dans la marche de la maladie). Au moment de la mort, 2 mois après l'inoculation du caderas, le sérum s'est montré protecteur pour la souris à la dose de 1 ce.
De même, vers la fin de l'infection, le sérum de l'autre mouton et le sérum du chevreau se sont montrés protecteurs, en mélange, aux doses respectives de 1 et de 1/2 ce. pour la souris.
Les essais faits pour obtenir des sérums préventifs ou curatifs par d'autres procédés ont échoué jusqu'ici.
Un jeune taureau a été inoculé par Voges pendant un an et demi avec des doses croissantes de sang virulent; au bout de ce temps, le sérum du bovidé n'avait pas de propriétés curatives.
Dans d'autres expériences du même auteur, la virulence des trypan. a été affaiblie avec le formol ou avec la chaleur; on a inoculé d'abord des trypan. morts, puis des trypan. dont la vitalité était plus ou moins affaiblie. Ou bien les trypan. restent vivants et gardent leur virulence, ou bien ils meurent et ils n'exercent alors aucune action préventive (Voges).
Le sérum humain est aussi actif contre le caderas que contre le nagana. Lorsque à une souris de 20 gr. environ, ayant des trypan. du caderas rares ou même assez nombreux dans le sang, on injecte sous la peau 0 ce. 50 à 1 ce. de sérum humain ou 0 gr. 10 de poudre de ce sérum en dissolution dans l'eau, on constate, au bout de 24 à 36 heures, que les trypan. ont disparu. La disparition est d'autant plus rapide que les trypan. sont moins nombreux au moment où le sérum est injecté. Quand les parasites sont très nombreux, le traitement est souvent inefficace ; la mort arrive avant que le sérum ait eu -le temps d'agir.
Les trypan. disparaissent pendant 6 à 8 jours, après quoi ils reparaissent, en général, et il est nécessaire d'intervenir de nouveau. Une fois seulement sur 10 une souris a guéri, après une injection de sérum humain.
En pratiquant des injections successives, on prolonge beaucoup la vie des animaux; chez les souris traitées, la moyenne de la survie, après inoculation du caderas, a été de 37 jours, alors que les souris témoins (non traitées) mouraient en 6 à 8 jours. Une souris traitée a survécu 113 jours. Il arrive un moment où le sérum humain n'agit plus sur les trypauosomes.
La souris qui a guéri n'avait pas l'immunité pour le caderas ; elle n'a pas résisté à une nouvelle injection de sang virulent.
Chez les rats infectés de caderas, l'action du sérum humain est la même que chez les souris. Pour un rat de 150 à 200 gr., on
rj38 TRYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
injectera 2 ce. de sérum ou 0 gr. 25 à 0 gr. 30 de poudre en dissolulion dans Teau.
Le mode d'action du sérum humain sur les trypan. du caderas est le même que sur les trypan. du nagana.
En associant l'action du sérum humain à celle de Tacide arsénieux, on peut prolonger de beaucoup la vie des animaux; un rat ainsi traité a survécu 4 mois 1/2 à l'inoculation du caderas.
Ce traitement ne peut pas être utilisé, bien entendu, pour les grands mammifères.
Nous ne connaissons pas encore exactement le mode de dissémination du caderas, ce qui ne permet pas de formuler, avec précision, les mesures prophylactiques qu'il convient de prendre pour s'opposer à l'extension des épizooties de cette nature.
Le caderas sévit principalement dans les endroits marécageux et le long des cours d'eau où abondent les carpinchos; il est donc indiqué de choisir, pour l'élevage des chevaux, des terrains secs et <le détruire les carpinchos.
Les vétérinaires devront faire l'examen de tous les chevaux malades, dans les régions où règne le caderas; il importe que le diagnostic soit porté de bonne heure. Les animaux infectés de caderas seront abattus ou isolés, les animaux sains resteront à l'écurie. Voges conseille de garnir les fenêtres des écuries de toiles métalliques; nous avons vu que le rôle des mouches piquantes dans la propagation du caderas n'était pas démontré, l'efficacité de cette mesure est par conséquent douteuse.