L.-E. Migone, Soc. de palh. exotique, 12 octobre
MAL DE CADERAS 533
Des singes [Nyctipiihecus feliniis) inoculés avec le sang des carpinchos malades ont présenté, à partir du 5'' jour, des trypan. ; ils sont morts en 11 jours, avec les symptômes du mal de caderas des carpinchos.
Des chevaux inoculés sur les singes se sont infectés et ont présenté des œdèmes sous-cutanés.
L'injection du contenu broyé des tiques recueillies sur des carpinchos malades n'a pas produit l'infection chez des chiens. Migone n'a pas réussi non plus à transmettre l'infection à des chiens en les faisant piquer par des taons ou par des moustiques capturés sur des carpinchos malades.
« La relation existant entre les épizooties de carpinchos et de chevaux nous paraît établie, écrit Migone. Mais il serait inexact de dire que l'une précède toujours l'autre, car il y a des fermes aux alentours desquelles marécages et carpinchos manquent et où cependant le mal de caderas tue tous les chevaux. »
Lignières a constaté que des chiens infectés du mal de caderas avaient infecté des chiens sains qui cohabitaient avec eux; il pense que les puces ont été, dans ce cas, les agents de transmission '.
D'après les recherches de Sangiorgi, les punaises (Cimex lectulariiis) pourraient transmettre la maladie -.
§ 6. — Identification du Tr. equinum.
La petitesse ou l'absence du centrosome distingue nettement Tr. equinum de tous les autres trypan. connus.
Werbitzki a montré que chez les animaux naganés, traités par différents produits des groupes diphénylméthane et diphénylamine, en particulier par l'oxazine (chlorure de triaminophénazoxonium), les centrosomes ou blépharoplastes des trypan. disparaissent, et qu'en soumettant plusieurs générations de trypan. à un traitement systématique par l'oxazine, on peut obtenir un virus dans lequel tous les trypan. paraissent être privés de leurs centrosomes '. Ces recherches ont été confirmées par Laveran et Roudsky qui les ont étendues à d'autres trypan. que le Tr. Brucei, en particulier au Tr. Evansi et au Tr. soudanense *.
Il est possible que, dans des conditrons particulières, la Iransfor-
1. Lignières, Les maladies tropicales des animaux domestiques, Rapport au VIW Congrès internat: de méd. vétér., Budapest, 1905, Comptes rendus, t. II, p. 352.
2. G. Sangiorgi, Giorn. délia R. Acad. di medicina de Torino, 1910, n"' 5-7.
3. F.-W. Werbitzki, Centralbl. f. Bakter., I, Origin., 1910, t. LUI, p. 303 (Recherches faites dans le laboratoire du professeur Ehrlich).
4. A. Laveran et Roudsky, Acad. des Sciences, 24 juillet et 13 novembre 1911.
r)34 TRYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
nialion d'un trypan. avec centrosome en un trypan. sans centrosome ait pu se produire autrefois, mais la spécificité actuelle du Tr. equiniim ne fait pas de doute.
Les expériences d'immunité croisée démontrent que les animaux qui ont acquis limmunité pour le nagana, pour le surra ou pour la dourine, s'infectent par Tr. equinum comme des animaux neufs et r^îciproquement.
Une chèvre et un mouton, immunisés contre le nagana, se sont montrés aussi sensibles au caderas que des animaux neufs de même espèce et ont contracté une infection de même durée*. Lignières a fait la contre-partie de cette expérience en établissant qu'un bœuf, un mouton et un porc, guéris d'une infection à caderas, étaient aussi sensibles au nagana que les animaux neufs de même espèce et contractaient une infection de même durée ^.
Deux chèvres guéries du caderas avaient conservé leur sensibilité au surra''.
Nocard et Lignières ont constaté enfin que des chiens, ayant 1-immunité pour la dourine, se montraient aussi sensibles au caderas que les animaux neufs servant de témoins; nous reviendrons sur ces faits dans le chapitre consacré à la dourine.
Il est à noter qu'il y a immunité croisée entre le Tr. Briicei normal et le Tr. Brucei acentrosomique*.
§ 7. — Diagnostic. Pronostic.
Le diagnostic du mal de caderas chez les équidés est en général facile; on connaît ses zones d'endémicité ; les symptômes qui ont valu à la maladie le nom de mal de la croupe sont caractéristiques; enfin l'examen histologique du sang révèle le plus souvent l'existence des trypan., et l'absence des centrosomes rend la confusion avec d'autres trypanosomiases impossible. Les trypanosomiases qui produisent les épizooties des équidés connues au Venezuela sous le nom de desrengadera et dans la zone du canal de Panama sous le nom de murrina ou de trypanosomiase des mules d'Ancon sont dues à des trypan. du type Tr. Evansi qui ont des centrosomes bien visibles.
C'est seulement dans les formes à marche lente que le diagnostic est difficile; l'amaigrissement est l'unique symptôme pendant une grande partie de la maladie, et l'examen du s^ngest souvent négatif. [1 y a lieu, dans ces cas, de recourir aux animaux d'épreuve et de leur inoculer 20 à 30 ce. du sang des équidés suspects.
ï. Laveran et Mesnil, C. R. Acad. des Sciences, t. CXXXV, 17 nov. 11)02, p. 838.
2. Bol. Agricullura y Gciiaderia, 3' année, n° 50, Buenos-Ayres, 1" février 1903.
3. A. Laveran et F. Mesnil, Acad. des Se, 22 juin 1903, p. 1529.