Soc. de palh. exotique, 10 juillet
la suite de passages par ces animaux. Tr. rhodesiense tue invariablement les souris et les rats.
Chez le cobaye, chez le chien, chez les macaques, la durée des infections produites par Tr. rhodesiense est plus courte que celle des infections produites par Tr. gambiense.
Chez les chèvres et chez les moutons, les ditTérences entre les deux trypanosomiases, au point de vue de l'évolution, de la symptomatologie et de la gravité, sont tout à fait remarquables.
Alors que les infections produites par Tr. gambiense ne se traduisent souvent, chez ces animaux, que par des poussées fébriles qui passeraient inaperçues si on ne prenait pas la température, et qu'elles se terminent d'ordinaire par guérison, après une durée assez longue (6 mois, un an. parfois davantage), les infections dues au Tr. rhodesiense se traduisent par une fièvre très vive et presque continue, par des œdèmes siégeant principalement à la tête, par des kératites, et la mort paraît être la terminaison invariable.
§ 7. — Anatomie pathologique.
A. Altér.\tion5 anatomiques dans la trypanosomiase humaine. — Depuis longtemps on avait signalé l'existence fréquente de lésions méningi tiques chez les sujets morts de maladie du sommeil, ainsi que l'augmentation de quantité du liquide cérébro-spinal.
Dès 1840, Clark constate des lésions de méningite cérébro-spinale dans 5 autopsies.
En 1861, Dangaix note, chez un sujet ayant succombé à la maladie du sommeil, au Gabon, Tinjection des méninges et l'augmentation de quantité du liquide cérébro-spinal.
Griffon du Bellay, au Gabon également, signale, en 1863, l'injection des méninges et de la substance cérébrale chez les nègres morts de maladie du sommeil.
A l'autopsie d'un homme mort de la maladie du sommeil, à la Guadeloupe, Gaigneron constate, avec le D"" Lherminier, une inflammation des méninges avec augmentation de quantité du liquide cérébro-spinal'.
Guérin à la Martinique (1869) note, parmi les lésions les plus constantes de la maladie du sommeil, l'injection des méninges et la plus grande abondance du liquide cérébro-spinal.
Nielly résumant les notions que l'on possédait, en 1880, sur l'anatomie pathologique de la maladie du sommeil, écrit : « les lésions méningiennes dominent, mais elles ne sont pas constantes ».
1. DuTKOL'LAU, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2" édit., Paris, 18G8, p. i60.
72i TRYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
Les recherches récentes, poursuivies avec les moyens d'investigation plus parfaits dont disposaient les observateurs, ont montré que les lésions méningitiques étaient bien les lésions essentielles, et elles ont permis de constater que, même dans les cas où il n'y avait pas de lésions macroscopiques, Texamen histologique révélait des altérations inflammatoires des méninges cérébro-spinales.
L'injection et l'inflammation des méninges varient beaucoup dintensité; tantôt la méningite est bien caractérisée : méninges finement injectées, épaissies, adhérentes au cerveau qui se déchire quand on le dépouille de ses enveloppes, exsudats périvasculaires; tantôt tout se borne à une hyperémie peu caractéristique à l'examen macroscopique.
Le liquide sous-arachnoïdien est d'ordinaire en quantité exagérée, autour de l'encéphale, comme autour de la moelle épinière; ce liquide est souvent trouble, spécialement au niveau des sillons du cerveau et le long des vaisseaux. Dans le liquide cérébro-spinal traité par centrifugation, on trouve, pendant les premiers mois de la maladie, des lymphocytes en plus ou moins grand nombre; à la deuxième période, à côté des lymphocytes, on voit des mononucléaires nombreux.
Le nombre des éléments cellulaires du liquide cérébro-spinal qui, à l'état normal, peut être évalué à 5 par millimètre cube, s'élève, à un stade avancé de la trypanosomiase, à plusieurs centaines par millimètre cube, voire même à 1 000 ou 1 200 *.
L'examen histologique du cerveau des sujets qui succombent à la maladie du sommeil révèle une infiltration de mononucléaires sur toute la surface convexe du cerveau, dans les sillons et le long des capillaires qui s'enfoncent dans la substance du cerveau (fig. CVI). de la protubérance, du bulbe et de la moelle. Les cellules nerveuses elles-mêmes peuvent être atteintes.
Ces lésions ont été très bien décrites par Mott, et après lui par plusieurs autres observateurs-; elles ont une certaine ressemblance avec celles de la méningo-encéphalite diffuse ou paralysie générale, mais, dans la paralysie générale, les lésions des cellules nerveuses sont plus précoces et plus profondes que dans la maladie du sommeil.
Au sujet du rôle respectif des éléments névrogliquesellymphocy-
\. A. Broden cL J. Rodhain, Soc. de path. exotique, 14 octobre 1908.
2. F.-\V. Mott, Bril. med. Journal^ 16 déc. 1899; Transact. of the palhol. Soc, London, 1900; Proceed. R. Soc, 28 juin 1905, B, t. 76 et 23 juillet 1906, B, t. 78; Sleep. Sickn. Commission of the B. Soc, Uep. ii° vu, 15 décembre 1906 et Proceed. of the R. Soc. of medicine, novembre 1910. — A. Breinl, Proceed. of the R. Soc, 11 mai 1905. B, t. 77, p. 233.— G. França et M. Athias, Arch. de Hyg. e Path. exoticas, Lisbonne, 31 déc. 1906. — W. Spielmeyer, Miinch. med. Wochenschr., 1906, n" 48 et 1907. n" 22. — Ghiari et Ehret, Medizin. Klinik, 3 décembre 1911.
taires dans rinfiltration périvasculaire, Mott pense qu'il y a surproduction constante des cellules de la névroglie qui augmentent de nombre et de volume dans les différentes parties des centres cérébro-spinaux, principalement dans les espaces sous-arachnoïdiens et autour des vaisseaux. Il y a accumulation et probablement prolifération des lymphocytes dans le réticulum; dans les cas chroniques, on observe des cellules plasmatiques.
Sur des coupes du cortex du cerveau, du cervelet et de la moelle, on constate l'existence d'une leptoméningite chronique; il y a
Vc^.
Fifr. CVI.
A. Petit vaisseau du cerveau dans un cas de maladie du sommeil ; il y a prolifération des noyaux de l'endothélium et on distingue 3 cellules plasmatiques. Gross. 460 D environ. — B. Coupe d'un vaisseau du cerveau dans un cas chronique de maladie du sommeil; infiltration périvasciilaire très marquée. Gross. 930 D environ (Figures empruntées au travail de Mott. déjà cité.)
prolifération des cellules de la névroglie et infiltration cellulaire. Le processus inflammatoire affectant l'arachnoïde est caractérisé, non seulement par la prolifération de la névroglie dans la substance nerveuse adjacente, mais aussi par la prolifération des cellules de l'endothélium et par l'accumulation -de lymphocytes ou de cellules plasmaliques, qui infiltrent l'arachnoïde piemérienne.
L'infiltration cellulaire périvasculaire générale constitue la lésion la plus caractéristique de la maladie du sommeil. Sur les coupes du cerveau durci au formol, les sections des petits vaisseaux apparaissent comme des points de couleur sombre entourés de zones . grisâtres ; le ppint central est formé par le sang, la zone périphérique par l'infiltration périvasculaire. La proportion relative des lymphocytes, des cellules de la névroglie, des noyaux endothéliaux et des cellules plasmatiques, varie suivant les cas; il est très difficile de distinguer, des lymphocytes, les noyaux des cellules de la névroglie.
Sur les coupes des centres nerveux, on observe certaines altérations des éléments nerveux, mais, en comparaison des lésions méningées et périvasculaires, ces altérations sont peu considérables et elles contrastent avec celles de la paralysie générale Dans la substance corticale du cerveau, les cellules pyramidales ont d'ordinaire conservé leur aspect normal, on note surtout l'abondance des noyaux de la névroglie et des lymphocytes. Les altérations des cellules nerveuses, quand elles existent, sont caractérisées par l'atrophie des prolongements; le noyau large et clair est souvent excentrique; il existe de la chromatolyse, enfin les cellules mortes deviennent la proie des phagocytes.
Le canal central de la moelle épinière est oblitéré par la prolifération des cellules de Tépendyme. Dans la substance grise, autour du canal central, on trouve de nombreuses cellules de la névroglie.
D'après Mott, auquel nous empruntons cette description des altérations des centres nerveux, la prolifération des éléments de la névroglie, et l'infiltration cellulaire des méninges et des espaces périvasculaires, peuvent être regardées comme le résultat de l'irritation chronique due à la présence des trypanosomes dans le liquide cérébro-spinal; c'est l'invasion de l'espace subarachnoïdal par les trypan. qui rend la maladie du sommeil incurable à la deuxième, période, les médicaments agissant très faiblement sur les trypan. qui vivent dans le liquide cérébro-spinal.
Les cellules de l'endothélium des vaisseaux du cerveau ou de la moelle peuvent proliférer et donner lieu à des throml)oses, d'où les accidents cérébraux ou médullaires localisés, qu'on observe chez certains malades; des hémorragies capillaires peuvent aussi se produire (Breinl, op. cit.)
J. de Magalhaes qui a étudié les altérations du nerf optique dans 4 cas de trypanosomiase traités par l'atoxyl a constaté des lésions de méningite, et de névrite interstitielle des nerfs optiques; il fait remarquer qu'il y a, du fait même de la maladie, des lésions de névrite, ce qui permet difficilement de faire exactement la part de la maladie et celle du médicament dans la production de ces altérations 1.
D'après J. da Gama Pinto, les troubles visuels liés à la trypanosomiase dérivent d'une névrite optique d'origine intra-crânienne aboutissant à une atrophie secondaire de la papille. Si les phénomènes inflammatoires sont intenses, on peut constater à l'ophtalmoscope l'inflammation de la papille; si non, l'ophtalmoscope ne révèle que l'atrophie papillaire. La fréquence de la cécité provoquée par la médication atoxylique, chez les sujets atteints de maladie du
1. J. DE Magalhaes, Arch. de Hyg. e Path. cxoticas, 30 avril 1909, t. II, fasc. 1.
sommeil, s'explique puisqu'il y a déjà, du fait de linfection, prédisposition à la névrite optique '.
Après les altérations cérébro-spinales, il faut citer, parmi les lésions notées le plus souvent, à l'autopsie des sujets morts de maladie dq sommeil : l'hypertrophie de la rate et du foie et l'hypertrophie des ganglions lymphatiques.
Comme la trypanosomiase s'associe souvent au paludisme, il est difficile de faire la part qui revient à chacune de ces maladies dans Ihypersplénie et dans la congestion du foie. En raison de la forte pigmentation de ces viscères notée dans beaucoup de cas, on peut dire seulement que la part du paludisme est souvent importante.
Mole qui a étudié les altérations des glandes lymphatiques dans la trypanosomiase humaine, sur des ganglions cervicaux excisés pendant la vie, a constaté qu'il y avait d'abord hypertrophie de la substance centrale, puis destruction de cette substance et sclérose ^. La moelle des os est rouge, avec dégénérescense gélatineuse (Breinl).
La mort arrive souvent à la suite de complications pulmonaires, aussi n'est-il pas rare de trouver, à l'autopsie, les lésions de la congestion ou de l'œdème pulmonaire ou de la broncho-pneumonie. Le cœur est d'ordinaire pâle et flasque. Les reins sont normaux.
Les intestins sont souvent congestionnés; l'existence de Ankylostoina diiodenale et de Ascaris lumbricoïdes est constante dans l'Ouganda; on rencontre souvent en outre : Bilharzia hœmatobia, Trichocephalus dispar et enfin, dans le mésentère, des formes adultes de Filaria perstans.
On trouve des trypan. non seulement dans le liquide cérébrospinal et dans le liquide sous-arachnoïdien, mais souvent aussi dans la sérosité épanchée en plus ou moins grande quantité dans les séreuses (péricarde, plèvres, péritoine); des trypan. on.t été constatés quelquefois dans le liquide d'hydrocèle *.
Vianna dit avoir vu, dans des pièces provenant d'un cas de trypanosomiase humaine (tissus musculaire, cardiaque, nerveux, glandulaires), des parasites intra-cellulaires de forme arrondie, avec noyau et blépharoplaste, se multipliant par division binaire et finissant par posséder un flagelle. Les muscles d'animaux infectés par Tr. gambiense et atteints de myosite renfermeraient des kystes semblables à ceux du Schizotrypanum Cruzi (voir chap. xxixj; on
1. J. DA Gama PiNTO, Arch. de Hyg. e Path. exoticas, Lisbonne 11)10, t. III, fasc. 1.
2. R.-H. Mole, Liverpool Scliool of trop, med., Mem. XXI, p. 09, 1906.
3. Broden, Trypanosomiasis et maladie du sommeil, Public, de la Soc. d'éludés colon, de Belgique, Bruxelles, 1904. — Dutton, Todd et Christy, Liverpool School of trop, med., Mem. XIII.
trouverait également des kystes dans les cellules endothéliales des g-landes surrénales de ces animaux '.
B. Altérations anatomiques dans les lnfections produites par Tr. gambiense chez les animaux. — Chez les chiens, chez les singes, et aussi chez d'autres mammifères qui ont succombé à des infections produites par le Tr. gambiense, on trouve parfois des lésions des méninges et des centres cérébro-spinaux semblables à celles qui caraclérisent la maladie du sommeil chez l'homme -.
Plimmer, Gray et Tulloch ont observé, chez des rats infectés avec le Tr. gambiense, des lésions du système nerveux cérébro-spinal ayant une grande anafogie avec les altérations qui ont été décrites chez l'homme dans la maladie du sommeil, et notamment Tinfiltration cellulaire périvasculaire ^.
Laveran a donné Tobservation d'une chèvre qui, à la suite d'une longue infection par le Tr. gambiense, a présenté des accidents médullaires bien caractérisés, et chez laquelle l'autopsie a révélé des lésions de la moelle épinière identiques à celles qui ont été décrites par Mott dans la maladie du sommeil '\
Thomas et Linton n'ont jamais vu de trypan. dans le liquide cérébro-spinal des animaux infectés par Tr. gambiense, même chez les singes.
L'opacité de la cornée est fréquente dans les infections du chien, du cheval, de la chèvre; elle n'a pas été notée, croyons-nous, chez l'homme.
L'hypersplénie est très marquée chez la plupart des animaux qui succombent à des infections expérimentales dues au Tr. gambiense. Les chèvres et les moutons font exception à cette règle.
Chez un singe du poids de 805 gr., la rate pesait 8 gr. ; chez un autre singe, du poids de 1 kg. 297, elle pesait 19 gr.
Chez des rats, du poids moyen de 130 gr., le poids moyen de la rate était de 2. gr. 75 ; chez un de ces animaux, du poids dé 175 gr., la rate pesait 10 gr.
Chez des souris, du poids moyen de 20 gr., le poids moyen de la rate était de 1 gr. Une souris de 18 gr. avait une rate énorme qui pesait 4 gr. 50.
Chez des cobayes, du poids moyen de 340 gr., le poids moyen de la rate était de 3 gr. 94. Le poids de la rate atteignait chez plusieurs de ces animaux 10, (5 et 17 gr; chez un cobaye de 620 gr., la rate