‹ Trypanosomes et trypanosomiasesChapitre 31 sur 412 · Minchin, Quart. Journ. of micr. Se, t. LU, 1908, p · texte numérisé non relu

Minchin, Quart. Journ. of micr. Se, t. LU, 1908, p

nique dans la transmission de Tr. gambiense. Il n'a jamais réussi dans ses essais d'infection qu'en faisant piquer un animal sain par les mouches immédiatement après qu'elles se sont nourries sur un animal infecté.

Quelques expériences réussies de transmission d'une Irypanosomiase par des tsétsés, nourries un ou peu de jours auparavant sur un animal infecté, peut-être d'ailleurs déjà naturellement parasitées, n'ont projeté sur la question en litige aucune lumière particulière.

Il faut arriver aux expériences de Roubaud' faites à Brazzaville, au laboratoire de la Mission française d'études de la maladie du

sommeil, qui établissent le fait inattendu d'une évolution dans le liquide salivaire de la trompe même des tsétsés.

En faisant piquer des animaux infectés de trypan. pathogènes variés (gambiense, congolense, Briicei, Cazalboui) par des Glossina palpalis, Roubaud a constaté, dans la trompe de ces ~ <i^ dernières, d'abord une transformation rapide du trypan., qui Fij;-. XIV (Empruntée à Roubaud). «e fixe par son flagelle très

Coupo transvprsalo dune trompe de Glossino épaissi aUX parois de la trompC,

infectée. X joo environ. ^^ présente le ccutrosome en

Disposition et aspect des parasites fixés aux ^ ,

parois du labre (L) et de rhypopharynx(Hyp.): avaut du UOyaU ', la membrane

ondulante a disparu. Là, le trypan. se multiplie activement et donne des colonies, souvent en rosaces, avec flagelle au centre. Cette véritable évolution dans le liquide salivaire dure deux jours pour Tr. Brucei, cinq jours et demi à six jours pour les trois autres virus.

Ces trypan. de la trompe, observés par Roubaud, n'ont certainement rien de commun avec ceux du tube digestif : la preuve en est fournie par leur développement qui suit immédiatement la succion du sang et l'absence, pour Tr, Brucei, de toute culture intestinale.

Seulement une glossine sur dix montre, après succion du sang fortement parasité, cette culture dans la trompe. Pour Roubaud, ces trypan. de culture sont les seuls agents possibles des infections produites par les piqûres de glossines au delà de 24 heures. Ce pou-

M, M', faisceaux musculaires de la lèvre inférieure (L. inf.l

1. Roubaud, C. R. Acad. Sciences, t. GXLVl, 1908, p. 423, et Rapport Mission (Tétudes mal. du sommeil, Paris, 1901).

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voir de culture est spécifique des glossines. Elle explique, dit-il, le rôle de choix joué par ces insectes dans la transmission à distance des trypanosomiascs d'Afrique, rôle nécessaire étiologiquement au maintien de ces alVections à l'état endémique.

A côté de celte évolution, qu'il regarde comme la seule véritablement importante au point de vue de la transmission, Roubaud en admet une autre, observée par ses précurseurs (Koch, Minchin, Gray et Tulloch, Sluhlmann, Kcysselitz et Martin Mayer) et par lui-môme, seulement dans des cas d'infection naturelle : elle consiste en une multiplication active dans le milieu intestinal, qui peut aboutir à une infedion totale du tube digestif et de la trompe, où les flagellés se comportent comme de véritables parasites propres à linsecte.

Roubaud n'a pu établir expérimentalement le rôle infectant de ses trypanosomes de la trompe, pour lesquels les rapports avec les trypan. du sang ne pouvaient être niés. Il n'a eu qu'une expérience positive (transmission de Tr. Pecaudi) au début de ses recherches et dans ce cas une autre origine infectante que les formes de la trompe n'a pu être exclue.

C'est à Klcine, le principal lieutenant de R. Koch dans ses études de Pathologie africaine, que revient le mérite d'avoir pu établir, par des expériences inattaquables, la réalité du rôle des tsétsés dans la transmission, après incubation, des trypanosomes pathogènes de mammifères'. On trouvera le détail de sa première expérience au chapitre qui traite du Nagana du Zoulouland. Nous la résumerons ici en disant que des Glossina palpalis qui ont piqué 3 jours durant des animaux naganés, n'infectent aucun des animaux sur lesquels on les nourrit jusqu'au 17" jour, mais qu'à partir de ce moment jusqu'à la fin de l'expérience (66"= jour), elles les infectent tous.

Des résultats semblables ont été obtenus soit par Kleine luimême, soit par son collaborateur Taute, avec Glossina palpalis, Tr. cjambiense et Cercopilhecus rufouiridis; — avec Gl. morsitans, Tr. Brucei et le mouton. Dans le premier cas, tous les singes se sont infectés, ce qui s'explique en admettant que les tsétsés, recueillies adultes, étaient déjà infectantes. Dans le second cas, les animaux (un chaque jour), piqués à partir du 10^ jour, se sont infectés.

Les expériences réussissent également bien en se servant de tsétsés nées de pupes au laboratoire.

Il n'y a donc aucun doute que les tsétsés sont bien des hôtes pour les trypanosomes et non pas seulement de simples vecteurs jouant un rôle mécanique. Certaines expériences parlent pour un dévelop-

1. Kleine, Deutsche medi:. Woch., 1901), a"' 11, 21, 2') ot 4.5; 1910, p. 1400; Ki.eine et Taute, Arb. a. d. Kais. Gesundheitsamte, l. XXXI, fév. 1911.

pement de 20 jours, d'autres de 10 seulement; il doit, comme nous le verrons, y avoir question de glossines et question de trypanosomes.

L'expérience prouve que 10 p. 100 environ des mouches utilisées sont infectées. Nous reviendrons plus loin sur les caractères de cette infection.

Les résultats de Kleine ont été rapidement contrôlés, d'abord par Bruce et ses collaborateurs de lOuganda, principalement pour Ti\ gambiense, par Bouflard, au Soudan, pour Ti\ Cazalboui, puis par Bouet et Roubaud, au Dahomey et au Soudan, pour Tr. Cazalboui, Pecaudi et dimorp/wn.

Dans leur première publication, Bruce, Ilamerton, Bateman et Mackie' citent une expérience démonstrative dans laquelle des Glossina palpalis se montrent infectantes pour le singe du 18'" au 75" jour après avoir piqué un singe infecté de Tr. gambiense. Ces résultats ont été confirmés à de nombreuses reprises.

Les mêmes savants ont trouvé une incubation aussi longue pour leur Tr. pecorum chez Gl. palpalis.

Mais c'est certainement BouITard* qui a obtenu le plus facilement des résultats, étant donné le petit nombre de mouches nécessaire aux expériences et la courte incubation. 11 a opéré à son laboratoire de Bamako, la nouvelle capitale du Haut-Sénégal et Niger, avec le Tr. Cazalboui et la Glossina palpalis. 11 s'est servi non seulement de mouches recueillies adultes dans leur habitat naturel, mais aussi de mouches nées de pupes au laboratoire. Les premières sont déjà, pour une certaine proportion, infectées (et infectantes) quand on les met en expérience; les autres ne le sont jamais.

Ces mouches sont mises à piquer d'abord sur un mouton fortement infecté (opération d'ailleurs inutile quand on se sert de mouches prises en liberté), puis sur une série d'animaux neufs, sôit sensibles comme le mouton, ordinairement employé, ou le veau, soit réfractaires comme le cobaye, le lapin et le cercopithèque.

A partir d'une semaine environ, les mouches deviennent infectantes et alors presque tous les animaux sensibles s'infectent. Même deux mois et demi après le dernier repas sur un animal parasité, les mouches sont encore infectantes. Le fait de nourrir les mouches, pendant des semaines, sur animaux réfractaires, ne gêne en rien l'évolution des trypan. et ne leur enlève nullement leur pouvoir infectant pour les animaux sensibles.

Bouffard a obtenu des résultats avec un nombre très restreint de

1. Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie, Proc. Roy. Soc, B., l. LXXXI, 1909, p. 405. Voir aussi t. LXXXII, 1910, p. 368.

2. Bouffard, Bull. Soc. Path. cvot., t. II, 1909, p. .599, et Ami. Insl. Pasteur t. XXIV, 1910, pp. 276 et 432.

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mouches : de 8 à 40 par expérience, généralement une douzaine. Dans deux séries, il navait plus, à la fin de l'expérience, qu'une seule mouche; les deux fois, le mouton piqué par cette mouche s'est infecté.

Ces résultats de Bouffard pour le Tr. Cazalboui ont été confirmés par Bouet et Roubaud, qui ont retrouvé la courte incubation, inférieure à 10 jours, quelquefois seulement de 6 jours'. On peut dire qu'ils ont été confirmés aussi par la commission anglaise de l'Ouganda, car leur trypan. qu'ils appellent vivax ne diffère guère de Cazalboui; mais les durées d'incubation ont été plus longues,

Fig. XV. — Évolution de Tr. Cazalboui chez Glossina palpalis

(D'après Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie) x 1 800.

1. Formo du sang. — 2. A-D, diverses formes fixées aux pièces de la trompe.

Il jours avec les mouches prises en liberté, 21 jours et plus avec les mouches nées au laboratoire. ,

Bouet et Roubaud- ont aussi établi le rôle de 01. tachinoides, de (ri. longipalpis et de Gl. morsitans dans la transmission du Tr. Cazalboui; celui de Gl. longipalpis et de GL tachinoides dans la transmission de Tr. Pecaudi; enfin celui des 3 espèces de Glossines qui viennent d'être nommées dans la transmission de Tr. dimorpfion.

Il est donc établi^ pour les divers agents des Iri/panosomiases des pays à Isétsés, que le trypanosome, ingéré par la tsétsé avec le sang qu'elle suce, nest réihoculable aux mammifères sensibles qu'après une incubation plus ou moins longue. Cette incubation prouve manifestement que le trypanosome accomplit une évolution chez la tsétsé. Quelle est-elle?

C'est sur ce point que les opinions divergent encore. Pour Kleine et Taute, l'évolution se fait dans le tube digestif. C'est aussi l'opinion des savants anglais qui reconnaissent pourtant que, pour leur « Tr. vivax » { = Cazalboui), l'évolution est limitée à la trompe.

1. Bouet et Roubaud, Aim. Insl. Pasteur, t. XXIV, 1910, p. 658.

2. Bouet et Roubaud, l. c, et Bull. Soc. Pathol. exot., t. III, 1910, pp. .599 et 722; t. IV, 1911, p. 539.

Pour Roubaud, c'est seulement dans la trompe qu'il y aurait une véritable évoluiion biologique.

Prenons le cas le plus simple, celui du Tr. Cazalboiii pour lequel il .n'y a pas de contestation. Bouffard a établi, Bouet et Roubaud ont confirmé qu'il y a une forte proportion de glossines infectées : en moyenne 20 p. 100; Bouffard a obtenu jusqu'à 70 p. 100 dans certaines séries. Celle infeclion est toujours limitée à la trompe. Les formes décrites par Roubaud (v. ante) s'y observent : Crithidia trapues fixées par l'extrémité de leur flagelle soit au labre, soit à l'hypopharynx; on observe aussi des trypanosomes typiques limités à la région de l'hypopharynx. Ceux-ci apparaissent déjà au bout de 48 heures, alors que les mouches ne deviennent infectantes qu'au 6=" jour. Le retour à la forme trypanosome apparaît comme nécessaire, mais non comme suffisant. En tout cas, il y a évolution cyclique.

Ce qui prouve bien que ce sont les flagellés de la trompe qui produisent l'infection, c'est que Bouffard a pu la réaliser en insérant, sous la peau de moutons, des trompes entières où l'on voyait, par transparence, de très nombreux parasites.

Bouet et Roubaud ont confirmé ces expériences, ainsi que Bruce et ses collaborateurs. Il y a donc, au moins pour le Tr. Cazalboui, confirmation des vues que Roubaud avait déduites de ses expériences du Congo.

La différence essentielle avec les premières observations de Roubaud, c'est que l'infection de la trompe se montre durable, ne cessant qu'avec la vie de la mouche.

Pour Kleine et Taute, qui ont opéré avec le Tr. gambiense et une forme de nagana, c'est le développement dans le tube digestif qui importe. Kleine a fait l'expérience suivante. 11 divisait les Glossines, arrivées à la période d'infection, en petits lots, chaque lot étant porté sur un animal particulier. Les mouches de chaque lot étaient alors sacrifiées et examinées. Kleine cite un grand nombre d'exemples qui montrent qu'il y a correspondance parfaite entre la présence, dans un lot, de tsétsés à intestin parasité de trypanosomes et l'infection de l'animal piqué par ce lot. Cette infection intestinale avait pour point de départ l'ingestion de sang de singes infectés de Tr. gambiense, car l'expérience a été réalisée avec des mouches nées de pupes au laboratoire et jamais de pareilles mouches ne montrent d'infection spontanée : tous les auteurs sont d'accord pour le déclarer.

Les savants allemands ne croient pas à l'importance des formes de la trompe, car sur 24 mouches à intestin moyen infecté, 4 seulement avaient la trompe parasitée.

Le fait qui paraît le plus important est la présence, dans le suc

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intestinal et parfois dans la sécrétion de la trompe de mouches infectantes, de trypan. ayant tous les caractères du Tr. gambiense du sang circulant. Cette forme sangiiicole est donc le point de départ et raboutissant de révolution chez la tsétsé. On trouve, à côté d'elle, des éléments rentrant nettement dans les catégories dites mâles et femelles de Koch, Kleine ne dit pas comment les diverses formes sont reliées les unes aux autres. Pour lui, le Tr. Tullochi, dont nous avons parlé plus haut, ferait partie du cycle évolutif de Tr. gambiense] l'espèce doit donc disparaître. Quant au Tr. Grayi, il le

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XVI. — Evolution' de Tr. gambiense chez Glossina palpalis. (D'après Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie) x 1 800.

1. A et B. Parasites normaux du sang. — 2. A-C, formes regardées par les auteurs comme représentant l'évolution normale dans l'intestin de la glossine. — 3. A-C, autres formes intestinales (C est une forme erithidienne). — 4. A et B, formes des glandes salivaires.

regarde comme une forme d'évolution du trypan. du crocodile (ou d'autres trypan. de reptiles) chez la glossine.

Mais les résultats les plus précis au sujet de l'évolution du Tr. gambiense chez la Gl. palpalis ont été fournis par Bruce et ses collaborateurs de l'Ouganda K

Des mouches ont été complètement disséquées tous les jours, du 1" au 56% après le repas sur animal infecté. Des préparations ont été faites isolément avec les diverses parties du tube digestif : glandes salivaires, trompe, proventricule, intestin antérieur, moyen, postérieur, proctodœum.

1. Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie, Proc. Roy. Soc. B., t. LXXXIII, 1911, p. 513.

Laveran et Mesnil. — Trypanosomes et Trypanosomiascs. 5

Présents au début chez toutes les mouches, les flag-ellés n'existent plus que dans 8 p. 100 environ après 6 ou 7 jours; il y a, chez ces 8 p. 100, développement considérable des trypan. dans tout l'intestin: antérieur, moyen et postérieur, qui persiste sans doute jusqu'à la mort de Tinsccte (en fait, on l'a observé jusqu'au OO*" jour;. Quel est le déterminisme de la réceptivité des mouches? Les auteurs n'ont pu l'élucider.

Contrairement à ce qui se passe pour le Tr. Cazalhoui, on ne trouverait jamais, chez les mouches infectées, de trypan, dans la trompe; on en observe une fois sur deux dans le proventricule, toujours dans l'intestin, sur toute la longueur. C'est là où s'accomplit le développement. Après avoir mis quelque temps à s'adapter au milieu, les trypan. donnent naissance à une série de formes telles que celles représentées fig. XVI (2 et 3); ce que l'on peut en dire surtout, c'est que le type trypanosome y est bien conservé et que les formes crithidiennes sont excessivement rares. 11 y a donc là une diiïérence marquée avec les observations de Kleine.

A partir du 25*= jour, on observe des trypan. dans les glandes salivaires; c'est seulement là qu'on retrouve les formes sanguicoles, surtout la forme trapue. On ne sait comment se fait cette invasion des glandes salivaires.

Les auteurs attachent à cette présence une importance capitale surtout en raison de la concordance, bien établie par une série d'expériences journalières, avec le moment où les glossines deviennent infectantes. La présence de trypan. dans les gkndes salivaires paraît être la condition nécessaire du pouvoir infectant des mouches.

En somme il y aurait là une évolution d'un type assez différent de celle établie pour le Tr. Cazalboui. Roubaud*, se basant sur les expériences, qu'il a faites avec Bouet, de transmission des 7V'. Pecaudi et dimorphon, reconnaît d'ailleurs que l'évolution limitée à la trompe est particulière au Tr. Cazalboui. Dans ce cas, le cycle qui s'accomplit chez la mouche, est particulièrement simple : on passe des trypan. du sang à d'autres trypan., que lloubaud appelle salivaires, par un stade Crithidia ; c'est l'évolution par fixation directe de Roubaud.

Les Tr. Pecaudi et dimorphon se multiplient d'abord dans le milieu intestinal; la culture est durable et aboutit à une infection totale du tube digestif qui peut même atteindre la trompe; on a alors des Crithidia et finalement des trypan. salivaires. Roubaud appelle cette deuxième forme d'évolution en milieu salivaire, évolution par fixation indirecte. Cette infection indirecte de la trompe, bien que d'origine intestinale, peut se maintenir d'elle-même.

1. Roubaud, C. R. Acad. Sciences, I. C.LI. 12 déc. l'JlO, p. II06.

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L'auteur en cite pour preuve une curieuse expérience où des glossines infectées, nourries sur cobaye atoxylë, ont vu leur infection intestinale régresser et même disparaître, alors que Tinfeclion de la trompe est restée très intense.

Roubaud insiste sur la différence entre la multiplication intestinale qui. pour lui, est une culture telle qu'on peut en obtenir in vitro, et les transformations cycliques qui s'accomplissent dans la trompe ; seules ces dernières constituent une véritable évolution biologique.

Se rapportant aux expériences d'infection avec les contenus de la trompe (généralement positives) et de l'intestin (exceptionnellement positives), Roubaud conclut que seuls les trypanosomes salivaires sont capables d'infecter le vertébré. Cela revient à montrer qu'il n'y a pas opposition entre le cas du Tr. Cazalboui et celui des Tr. Pecaudi et dimorphon. Il est possible, — et c'est, croyons-nous, l'opinion de Roubaud, — que de nouvelles recherches rattachent aussi l'évolution des Tr. gambiense et des trypan. animaux du type nagana aux précédentes. Déjà, les recherches très précises de Bruce et de ses collaborateurs établissent que, durant la phase purement intestinale do l'évolution du Tr. gambiense chez la Gl. palpalis, la mouche n'est pas infectante; elle ne l'est que quand les flagellés atteignent les glandes salivaires. La présence de la sécrétion salivaire paraît donc nécessaire pour que les trypan. de toutes les espèces étudiées jusqu'ici redeviennent inoculables au vertébré. Au point de vue physiologique, il n'y a donc pas désaccord entre la conception de Bruce et celle de Roubaud. Il est même permis de supposer que les trypan. observés dans les glandes salivaires y sont parvenus par la voie de la trompe, e* remontant les canaux des glandes, bien que ce soit, 'comme le dit Bruce, un voyage bien pénible ^ Les savants qui ont observé dans l'Ouganda et l'Afrique orientale allemande, à commencer par R. Koch, ont noté à maintes reprises la présence de trypanosomes dans la trompe même.

Une même espèce de trypan. pei t-elle se développer chez plusieurs ESPÈCES DE TSÉTSÉs ? — On couçoit l'intérêt tout particulier de cette question en ce qui concerne la maladie du sommeil, pour laquelle il est très important de savoir si la propagation est restreinte à la seule espèce palpalis.

Depuis plusieurs années, diverses considérations avaient amené à penser que certaines trypanosomiases animales peuvent être convoyées par plus d'une espèce de tsétsés. On n'en a eu la

1. On verra que les glandes salivaires des glossines, logées dans l'abdomen, ont des canaux parliculièrcment longs.

cerlitude qu'avec les recherches récentes. Ainsi Bouet et Roubaud ont établi expérimentalement que le seul Tr. Cazalboui peut subir son évolution salivaire caractéristique, non seulement chez Gl. palpalis, mais encore chez Gl. lachinoides, longipalpis et morsitans, on peut dire chez toutes les glossines. Des faits de même ordre ont été recueillis par ces savants pour ce qui concerne les Tr. Pecaudi et dimorphon. Auparavant Kleine et Taute avaient vu leur nagana évoluer à la fois chez Glossina palpalis et Gl. morsitans.

Pour ce qui concerne le Tr. gambiense, quand on a expérimenté avec la Gl. morsitans, les premiers résultats ont été négatifs et on a pu penser quelque temps que, pour le trypan. humain. Gl. palpalis est le seul convoyeur à long intervalle. Mais, la découverte de cas de trypanosomiase humaine dans des régions (Rhodesia et Nyassaland) où Ton rencontre morsitans à l'exclusion de palpalis, a incité à de nouvelles recherches et, tout récemment, Taute S le collaborateur de Kleine, a démontré que le Tr. gambiense des bords du lac Tanganykà est capable d'évoluer chez les Gl. morsitans de la région. Il a bien établi que ses résultats positifs ne peuvent être attribués au hasard, car 10 p. 100. environ des mouches étaient infectantes, chiffres voisins de ceux obtenus avec la Gl. palpalis. Nous n'insisterons pas autrement ici sur l'importance de celte constatation.

On a remarqué, dans ce qui précède, qu'il n'y a jamais qu'un certain pourcentage de mouches qui s'infectent. La proportion est d'ailleurs variable. On a allégué, pour expliquer ces faits, ^n dehors de questions d'espèces de trypan. et de tsétsés, des raisons climatériques. Mais cette conception n'a été vérifiée jusqu'ici que par Roubaud -. •

L'auteur est parti de l'idée que le développe tnenl des trypan., se faisant dans le milieu salivaire des glossines, des modifications de ce milieu, dues par exemple aux influences géographiques, devaient avoir un retentissement sur le développement des flagellés.

L'évolution du Tr. Cazalboui étant restreinte au milieu salivaire et se produisant chez une forte proportion de Glossina palpalis, Roubaud a trouvé là un matériel qui lui a permis de soumettre ses idées à la vérification de l'expérience.

Il a vu que des mouches prises dans la nature et nourries sur cabris infectés, ne s'infectent pas ou s'infectent dans une très faible proportion, quand on dessèche plus ou moins, avec des pastilles de potasse, les cristallisoirs dans lesquels sont placées

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