L. Martin, Balletin médical, IJ mai
ne révèle plus la présence de trypan., on est disposé à croire à la guérison et à cesser le traitement. Il faut bien savoir que, même dans ces conditions, si favorables en apparence, le traitement doit être continué, afin d'éviter les rechutes, malheureusement très communes. Un des meilleurs moyens que l'on ait de constater la guérison consiste à employer les animaux d'épreuve comme il a été dit plus haut (voir p. 765). Il faut attendre, pour faire cette épreuve, que le traitement ait été interrompu depuis un mois au moins.
L'examen du sang, au point de vue de l'auto-agglutination des hématies, fournit une indication très utile. L'auto-agglutination qui est à peu près constante au cours de l'infection, diminue chez les sujets traités et disparaît chez les sujets guéris.
Le médecin n'oubliera pas que des rechutes peuvent se produire chez des sujets qui, depuis des mois ou depuis des années même, paraissaient guéris ^
Chez les sujets qui n'ont pas dépassé la première période de la maladie, lorsque la médication mise en usage a fait disparaître rapidement tous les symptômes, un traitement méthodique d'une année environ, avec de petits intervalles de repos, pourra suffire, mais, après cessation du traitement, une, surveillance médicale attentive sera indispensable afin de combattre rapidement les rechutes si elles se produisaient.
Chez les malades qui sont arrivés à une période plus avancée, quand les médications employées ne réussissent pas à faire disparaître rapidement tous les symptômes, et que l'examen du sang, de la lymphe ou du liquide cérébro-spinal révèle encore l'existence de trypan., le traitement doit être continué plus longtemps et il est impossible de fixer une limite à sa durée. D'après Broden et Rodhain, le traitement ne doit être interrompu que lorsque le liquide cérébrospinal a repris ses caractères normaux.
§ 12. — Prophylaxie.
Dans l'état actuel de la science, on peut dire que les mesures de prophylaxie contre la maladie du sommeil ne sont applicables qu'aux régions où existent des tsétsés. Quelques observateurs ont admis d'autres modes de propagation, mais les preuves scientifiques manquent et. comme nous l'avons dit plus haut (V. p. 7o4). on ne peut pas citer un seul fait avéré de propagation de la maladie du sommeil en dehors de l'Afrique intertropicale. La contagion dans
1. J.-L, ToDD, The duration of trypanosome infections, Arch. of internai medicine, avril 1911.
780 TIIVPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
d'autres régions du globe ne serait à redouter que si des Glossina, transportées dans ces régions, y trouvaient des conditions favorables à leur développement. L'importation de quelques tsétsés vivantes dans certaines régions du globe pourrait avoir des conséquences désastreuses; les savants qui étudient les glossines et qui se livrent à des expériences sur ces mouches, dans des pays chauds, en dehors des zones à tsétsés de l'Afrique, ne devront pas s'exposer à être les agents de cette exportation des glossines.
Les mesures de prophylaxie contre la maladie du sommeil comprennent, d'une part, les mesures ayant pour but de détruire les glossines, de les éloigner des agglomérations ou de mettre l'homme à l'abri de leurs piqûres, d'autre part, les mesures ayant pour objet d'empêcher les individus atteints de trypanosomiase de transmettre leur maladie '.
I. — Mesures ayant pour but de détruire les glossines, de les
ÉLOIGNER des AGGLOMÉRATIONS OU DE METTRE l'hOMME A l'aBRI DE LEURS
PIQÛRES. — Les glossines, les Gl. palpalis en particulier, ont besoin, pour s'abriter et pour se multiplier, des terrains humides, recouverts de brousse, qui se rencontrent sur les bords des cours d'eau; aussi le débroussement est-il indiqué par tous les observateurs comme une des mesures les plus utiles que l'on puisse prendre contre la maladie du sommeil. Le débroussement doit être pratiqué autour des agglomérations dans un rayon de 2 km. environ.
Le débroussement par le feu qui est employé d'ordinaire par les indigènes a l'inconvénient de détruire, non seulement la brousse, mais aussi les grands arbres qui sont utiles à différents points de vue et qui ne servent pas d'abri aux glossines. On emploiera donc de préférence le débroussement à la main, en ménageant les arbres à partir de -4 mètres de hauteur^. Les arbres ébranchés jusqu'à 3 mètres au-dessus du sol ne sont pas nuisibles, à la condition qu'ils ne soient pas trop serrés. Là où il n'y a pas d'arbres à ménager, la brousse sera brûlée directement, si la chose est possible, ou bien coupée et brûlée sur place après dessiccation.
1. Consulter, sur la question de la prophylaxie de la maladie du sommeil, les rapports, déjà cités, des missions allemande, anglaises, française et portugaise et les travaux qui suivent : A.-R. Cook, Lancet, 26 oct. 1907. — Hodges, Reports of the slcep. sickn. Commiss. of the R. Soc, n° 9, 1908. — G. Martin, Leboîuf et Roubaud, KÉRANDEL, BouFFARD, Soc. de potli. exotique, mai 1908. — A. Laveran et Kermor- OANT, Rapport, Soc. de path. exotique, 10 juin 1908. — J.-L. Todd, Brit. med. Journal, 10 oct. 1908. — Bulletin of sleep. sickn. Bureau, n" 3, janvier 1909. — A. Kinghobn et R.-E. MoNTGOMERY, Anuals of trop. med. a. parasit., 20 oct. 1909. — Steudel, Deutsches Kolonialblatt, la mai 1912 et Bcihefte zum Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyg., mai 1912. — A. Laveran et A. ïhiroux. Rapport sur la prophylaxie de la maladie du sommeil au Congrès internat, d'hygiène et de démographie de Washington, sept. 1912.
2. Thiroux, Wurtz et Teppaz, Ann. Inst. Pasteur, 1908. — A.-D.-P. Hodges, Obs. relating to clearing measures, Sleep. sickn. Bureau, R. Soc, 1909.
Le débroussement doit se faire à la périphérie, et, s'il y a lieu, à l'intérieur même des villages, autour des habitations isolées, des factoreries, des postes ou résidences, des points d'eau, des lavoirs fréquentés, aux points d'amarrage des pirogues et d'escale des bateaux, au passage des gués sur les routes fréquentées, aux abords des ponts, le long des voies ferrées, dans une étendue de 100 m. environ de chaque côté de la voie. Au Congo belge, 31 brigades sanitaires comprenant 1680 hommes sont employées au débroussement ou au déboisement.
Le débroussement a pour effet, non seulement d'écarter les glossines, mais encore d'empêcher leur multiplication. Les larves et les pupes de ces mouches sont très sensibles à la chaleur; elles meurent quand le sol dans lequel elles ont été déposées est soumis, sans protection, aux ardeurs des rayons solaires '.
Il est indiqué de combler les mares inutiles au voisinage des villages, ce qui constitue également nue mesure des plus efficaces au point de vue de la prophylaxie du paludisme, et de pourvoir les villages de puits d'un accès facile, afin que les indigènes ne soient pas obligés d'aller puiser de l'eau dans les marigots à glossines.
Lorsque des villages indigènes sont installés sur les bords de lacs ou de cours d'eau où abondent les Gl. palpalis, et que la maladie du sommeil règne avec intensité dans la région, la mesure la plus efficace consiste à abandonner ces villages, et à transporter les habitants dans des localités exemptes de glossines. Les villages des peuplades africaines sont vite reconstruits, et à peu de frais.
Dans l'Ouganda, la population indigène d'un grand nombre de localités fortement infectées à été déplacée; c'est ainsi que la population des îles Sese (lac Victoria) a été évac.uée sur d'autres régions. Pendant l'année 1909, 23 996 personnes ont été éloignées des localités infestées par les glossines. Grâce à cette mesure et au déboisement ou débroussement, largement pratiqué, la mortalité par la maladie du sommeil a considérablement diminué. Dans le Buganda, le chiffre des décès par trypanosomiase qui, en 1905, avait été de 8 003, est tombé, en 1909, à 925; il a été de 1546 en 1910.
Dans la région de la Luapula (Rhodésia), bon nombre de villages indigènes ont été déplacés également et éloignés des zones à GL palpalis *.
Le déplacement des villages présente cet inconvénient que les localités abandonnées se peuplent de gros gibier et notamment d'antilopes qui paraissent pouvoir servir de réservoir au virus et que les Glossina palpalis y pullulent.