Hartmann, Arch. f. Protislenk., t. XX, 1910, p
TRYPANOSOMIASE HUMAINE AMÉRICAINE
paragraphe précédent, quelles étaient les conséquences de cet envahissement cellulaire. Les éléments leishmaniens peuvent se transformer sur place en trypan. Ce sont ces trypan. que l'on retrouve dans le sang- circulant.
Mayer et da Rocha-Lima ont rencontré beaucoup de ces formes de division dans les organes de leurs animaux infectés; mais la distribution peut être variable chez une même espèce animale; par exemple : chez un des macaques, on ne trouvait rien dans les muscles du cœur. Il faut citer parmi les localisations du parasite, la moelle des os et les ganglions lymphatiques, le tissu conjonctif souscutané et, chez les souris, le tissu adipeux.
Dès 1909, Chagas a fait connaître un autre mode de multiplication,
nos cr.
Fig. GXV. — Multiplication pulmonaire (d'après Chagas).
Chacune des rangdes montre comment se constituent les kystes pulmonaires. Toutes les figures . i -sont schématiques sauf la dernière de chaque rangée.
localisé au poumon et affectant une physionomie assez spéciale (fig. GXV). Le parasite perd sa membrane ondulante, se courbe en un arc, dont les extrémités arrivent à se rejoindre. Dans la boule ainsi formée, il y a division de la chromatine, après expulsion du centrosome dans le cas des formes femelles, et constitution de 8 noyaux secondaires qui précèdent la formation de 8 mérozoïtes ovoïdes ; les mérozoïtes qui dérivent des formes femelles ont un noyau unique; les autres ont un noyau et un centrosome unis par un filament.
Ces mérozoïtes, mis en liberté, pénétreraient dans les hématies (fig. CXIV, 1) où ils évolueraient en trypan. D'après Chagas, ces trypan. auraient le caractère de gamètes et, par conséquent, ne seraient susceptibles d'évoluer que chez l'hôte invertébré, le Conorhinus. La division multiple qui s'accomplit dans le poumon aurait donc le caractère d'une gamélogonie, à opposer aux divisions binaires des organes, de caractère schizogonique.
Ces trypan. -gamètes, fréquents dans le sang humain, sont peu nombreux dans le sang des cobayes de passage. On s'explique ainsi
la rareté des kystes pulmonaires chez les cobayes et la difficulté d'infecter des animaux avec des Conor/iinus qui ont sucé du sang de cobaye.
Culture. — Le Schiz. Cruzi, au contraire des trypan. pathogènes, se cultive facilement sur milieu Novy-Mc Neal. On observe les mêmes modifications de forme et la même évolution que chez le Conorhinus (v. ci-après) : formes rondes ou ovoïdes sans flagelle; nombreuses formes crithidiennes. Des formes trypan. ont été vues dans une culture de 10 jours.
Chagas a infecté quelques cobayes en leur inoculant des cultures.
§ o. — Modes d'infection.
Nous avons vu que c'est l'infection des Conorhinus qui a fait découvrir la maladie humaine. Dans les régions où elle sévit, les nymphes et les adultes <^e Conorhinus trouvés dans les maisons sont toujours infectés. C'est surtout dans l'intestin postérieur qu'on rencontre des flagellés, qui sont du type Criihidia.
Brumpt et Piraja da Silva ont remarqué qu'après piqûre et succion de sang, les hémiptères rejettent par l'anus un liquide renfermant de nombreux trypan. Par inoculation intrapéritonéale de ce liquide à de jeunes souris, ces expérimentateurs ont obtenu une infection sanguine.
Pour faire une étude méthodique de l'infection des insectes, Chagas, puis Brumpt, ont recouru aux jeunes larves nées au laboratoire; chez elles, l'infection n'est jamais héréditaire. Dans l'intestin moyen du Conorhinus, le centrosome se rapproche rapidement du no/au; la membrane ondulante disparaît; le parasite s'arrondit; puis il se multiplie activement. Dans les formes de division, le flagelle naît du centrosome et on a tous les stades entre les figures 9, 10 et 11 '. Chagas a étudié les détails de la division des noyaux et il représente surtout les phases où les noyaux-fils sont reliés par un mince filament (v. fig. 12).
Dans la partie postérieure, cylindrique, de l'intestin médian, on trouve de nombreuses formes crithidiennes; elles sont toutes flagellées.
Brumpt, qui a étudié spécialement ces formes, a vu que, peu à peu (au bout d'une vingtaine de jours en France), apparaissent parmi les formes crithidiennes, des éléments plus petits, avec centrosome situé en arrière du noyau, qui font le passage à de véritables trypan.
i. Parmi les stades non flagellés décrits par Chagas, certains doivent vraisemblablement, comme l'a montré Ghatton (Bull, soc.path. exct., t. IV, déc. 1911), être rapportés à une microsporidie.
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et qui ont cette particularité de n'avoir pas de partie libre au flagelle. En vieillissant, les larves de Conorhinus présentent de moins en moins de formes Crithidia et les formes trypan. deviennent de plus en plus nombreuses. 5 mois après un repas infectant, les Conorhinus présentent encore des parasites nombreux dans leurs déjections.
Ces flagellés intestinaux sont infectieux pour les animaux sensibles; ils paraissent commencer à l'être à partir du moment où les formes trypan. font leur apparition.
Brumpt a obtenu des résultats analogues en se servant de punaises [Cimex lectularius) nées au laboratoire et indemnes de parasites.
Fig. CXVI. — Scuiz. Cruzi chez le Conorhinus (d'après Chagas). 9 et 12. Formes do l'intestin moyen (la figure 9 montre la naissance d'un flagelle; la figure 11 la division simultanée du noyau et du centrosome). — 10 et 11. Formes de l'intestin terminal. — 13 et 1-4. Formes des glandes salivaires représentées à un plus faible grossissement.
On revient même plus vite dans ce cas à la forme trypan. Au bout de 8 à 10 jours, à Tétuve à 25°, les déjections des punaises sont infectantes et on observe, dans l'intestin postérieur de ces insectes, des cultures presque pures de trypanosomes.
D'après quelques essais, le Cimex Boueti du Soudan et VOrnithodorus mouhala d'Abyssinie se comporteraient comme la punaise vulgaire.
Gomment l'homme ou le mammifère est-il infecté? Rien ne prouve que les trypan. des déjections soient en état de pénétrer dans l'organisme de l'homme ou des animaux.
D'après Chagas, les infections des cobayes, par la piqûre de larves nées et elles-mêmes infectées au laboratoire, réussissent souvent, après des intervalles de 10, 20, 25 jours, ce qui prouve manifestement que les Conorhinus n'ont pas un simple rôle mécanique.
Deux fois, Chagas a vu des parasites dans la cavité du corps des
Gonorhinus : c'étaient des formes Irypanosomes. Les mêmes se rencontrent dans les glandes salivaires (fig. 13 et 14). Ce sont sans doute celles qui sont inoculées. On retrouve donc ici ce même cycle qui part des formes trypan. pour y revenir après un certain nombre de changements.
Chagas pense qu'il y a chez l'insecte deux sortes de développement : une simple culture du parasite et une autre évolution, qui a pour aboutissant des formes, probablement celles des glandes salivaires, qui déterminent Tinfection chez le vertébré.
§ 6. — Affinités du Scliizotrypanum Cruzi. Le genre Schizotrypanum.
Dans le sang circulant, le Schiz. Cra^z' se préseirte sous une forme trypan. tout à fait comparable aux ti'ypan. sanguicoles que nous avons décrits jusqu'ici et la seule considération de cette forme avait conduit Ghagas, dans sa î'* note, à classer le parasite dans le geni'^ Trypanosoma. Depuis, un double mode de multiplication du Schiz. Cruzi, jusque-là inconnu chez les Trypanosoma, a été découvert; il a légitimé la création du genre spécial Schizùirypanum. Mais il était naturel de rechercher. si des processus analogues n'existaient pas pour d'autres trypan. Nous avons vu (p. 267) que Garini avait signalé, chez des rats infectés de Tr. Lewisi, des kystes pulmonaires analogues à ceux du Schizotrypanum. Vianna* qui, à l'Institut de Manguinhos, a étudié avec soin plusieurs espèces de trypan. pathogènes {Tr. gambiense, Tr. equinum, Tr. congolense, Tr. equiperdum), signale des kystes pulmonaires chez les cobayes ou les rats infectés et des formes Leishmania en nids dans l'intérieur des fibres musculaires.
Ges observations n'ont encore donné lieu qu'à des notes préliminaires et il convient, à notre avis, de faire des réserves sur les interprétations de Vianna. Quoi qu'il en soit, il restera toujours, entre le Schiz. Cruzi et les trypan. de mammifères, tant du type non pathogène (ex. : Tr. Lewisi) que du type pathogène (ex. : Tr. gambiense), une différence importante qui, à elle seule, légitime, croyons-nous, une séparation générique ; le Schiz. Cruzi, au contraire des trypan. Busvisés, ne se multiplie jamais sous la forme flagellée qu'il présente dans le sang circulant.
Mais, au point de vue du nom générique à attribuer au parasite de Ghagas, la comparaison doit avant tout porter sur le Tr. rotaiorium des grenouilles, espèce type du genre Trypanosoma. Astrogildo
1. Vianna, Brazil medico, 15 février et 15 mars 1911, 8 février 1912.
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Machado, un des collaborateurs de Chagas et Vianna, à Tlnstitut Oswald Cruz, a étudié à ce point de vue une espèce qui paraît voisine du Tr. rotatorium et il a signalé une division multiple aboutissant à des formes Leishmania (v. ch. xxxii, p. 872); Chagas et lui en concluent que le parasite de la maladie brésilienne doit être classé dans le genre Trypanosoma. França vient de décrire des formes leishmaniennes dans le cycle du Tr. inopinatum. Avant de conclure, il serait utile, à notre avis, d'être fixé d'abord sur l'existence ou la non existence d'une division, sous la forme flagellée, chez le Tr. rotatorium et ensuite de comparer plus minutieusement qu'on ne l'a fait jusqu'ici les processus schizôgoni'ques récemment signalés.
A s'en tenir aux formes trypan. du sang circulant, le Sc/iiz. Cruzi n'est ni du type Lewisi, ni du type Brucei. Il tient du premier par sa membrane ondulante étroite, son centrosome volumineux, la facilité avec laquelle il se cultive, du second par son caractère pathogène. C'est surtout du côté de quelques-uns des trypan. de singes, que nous allons maintenant décrire, que sont vraisemblablement ses affinités.
Il convient aussi d'indiquer un rapprochiement possible avec le Tr. Boylei trouvé par Lafont chez un Conorhinus des îles de l'Océan Indien, qui a pu être inoculé à la souris (voir ch. xxxv).
§ 7. — Traitement. Prophylaxie.
Nous n'avons trouvé, dans les mémoires publiés jusqu'ici, aucun renseignement sur le traitement de la maladie humaine dont le pronostic est très grave.
Quelques essais de thérapeutique expérimentale ont été faits, à l'Institut de Hambourg, par Mayer et da Rocha Lima. La quinine, le trypanrot, le salvarsan, l'émétique, la fuchsine, sont sans action sur l'infection des animaux ; l'atoxyl, essayé sur un singe, n'a produit qu'une amélioration passagère.
La prophylaxie delà trypanosomiase brésilienne doit reposer avant tout sur la lutte contre l'insecte transmetteur, le Conorhinus, dont les mœurs sont assez semblables à celles de nos punaises, avec celte différence que l'insecte adulte, pourvu d'ailes, peut aller piquer des individus couchés dans des hamacs et peut passer d'une maison à l'autre. Comme les Conorhinus se multiplient surtout dans les habitations mal tenues, construites en pisé et en bois, avec nombreux interstices où ils peuvent s'abriter et pondre leurs œufs, les progrès de l'hygiène de l'habitation amèneront peu à peu leur disparition. Lorsqu'une maison est contaminée, on devra procéder à une sulfuration pour détruire les insectes, et ensuite enduire les murs de façon
TRYPANOSOMES ET TUYPANOSOMIASES
à supprimer les interstices où de nouveaux insectes pourraient trouver un refuge.
Neiva remarque que certaines fourmis (genre Eciton) détruisent un grand nombre de Conorhinus et les font disparaître.