Mesnil, Recherches inédites
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et les passages qu'il a subis par animaux variés. C'est ce que Schilling '. qui a apporté des contributions importantes à la question qui nous intéresse ici, a désigné par le mot généalogie, que nous adoptons volontiers.
Il faut ensuite poursuivre cette généalogie en cherchant à obtenir, pour chaque espèce animale, par des séries de passages sur cette espèce, ces virus fixes dont Martini a montré Tintérèt. Il faut en particulier tenter avec persévérance l'infection des espèces regardées comme réfractaires.
On arrivera ainsi à bien connaître l'action pathogène des diverses espèces de trypanosomes. Les différences, en rapport avec les origines et les généalogies, se trouveront réduites. Nous pouvons en citer un exemple topique tiré des intéressants travaux de Plimmer^ sur le Tr. gambiense.
Ce savant, ayant eu entre les mains deux « origines » différentes de ce trypan., Tune provenant du sang d'un malade ne montrant pas de phénomènes nerveux, l'autre du liquide céphalo-rachidien d'un véritable malade du sommeil, constata, dans l'action pathogèjie de ces deux trypan. sur le rat, des différences telles qu'il conclut à leur diversité spécifique. Mais des recherches plus approfondies lui ont montré que ces différences n'étaient pas constantes; certaines actions pathogènes (phénomènes paralytiques du train postérieur), regardées d'abord comme caractéristiques de la seconde origine, peuvent aussi s'observer chez des rats infectés avec la première. Ces phénomènes s'observaient surtout chez les rats inoculés à partir d'un singe; dès qu'on fait des passages par rats, cette forme de la maladie disparaît immédiatement ou assez vite. Plimmer a donc conclu finalement à l'identité des deux trypanosomes.
Il ne faudrait pas croire que, après une étude fouillée et comparative de deux trypan. appartenant à la même espèce, on arrive toujours aux mêmes caractères pathogènes.
Nous pouvons donner comme exemple le cas suivant concernant encore le Tr. gambiense. Deux origines congolaises ont été conservées, des années durant, par passages sur rat au laboratoire de Mesnil. L'une d'elles est devenue très virulente, puisqu'elle tue le rat en 8-12 jours; l'autre a un peu augmenté de virulence, mais la marche de la maladie est restée chronique. Pourtant il s'agit sans conteste de la môme espèce, les deux origines en question ayant été soumises à l'épreuve de l'immunité active croisée*.
Cet exemple met bien en évidence l'existence, dans l'intérieur d'une même espèce de trypanosomes, de races naturelles douées
1. Schilling, Arh. a. d. Kaiserl. Gesundheitsamle, t. XXI, 1004, p. 476.
2. Plimmek, Proc. Roy. Soc, B, t. LXXIV, 1905, p. .388 et t. LXXIX, i907, p. 95.
3. Mesml et KiNGENBACH, C. n. Soc. Biologie, t. LXXI, 1911, p. 271.
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d'une assez grande stabilité, à côté de variétés très nombreuses, mais, comme Findiquent les pages qui précèdent, très plastiques.
Variations de la virulence. Espèces réfractaires. — Ces points bien établis, on peut se faire une idée générale de la façon dont les trypanosomes pathogènes agissent sur les espèces animales.
Il faut d'abord citer les rares mammifères qui se montrent réfractaires. Au premier rang, se trouve l'espèce humaine. On a pu croire jusqu'en 1903 que Thomme était complètement à Tabri des trypanosomes. Les découvertes de Dutton et de Castellani-Bruceet Nabarro ont montré que celte opinion était trop absolue. Mais il n'en reste pas moins vrai que les trypanosomes, agents de diverses trypanosomiases animales, qu'on rencontre dans la nature, ne sont pas pathogènes pour l'homme. En revanche, les trypan. humains sont virulents pour les autres mammifères.
Certains singes (par ex. : les cynocéphales du genre Papio) ont une immunité encore plus générale, puisqu'elle s'étend même aux trypan. humains. Mais nous verrons que cette immunité a pu être vaincue, exceptionnellement, pour le Tr. gambiense et le Tr. dimorphon.
Cette immunité naturelle de quelques Primates, — distribués comme au hasard dans l'ensemble du groupe, . — paraît liée à une propriété très intéressante de leurs sérums que nous étudions plus loin.
L'ensemble des autres espèces de Mammifères ' se montre susceptible d'infeclion par la grande majorité des trypan. pathogènes.
Nous croyons avoir suffisamment insisté sur les difficultés que l'on rencontre souvent pour mettre en évidence la sensibilité de certaines espèces dhôtes à certaines espèces de parasites. Ce n'est qu'après des essais renouvelés et variés qu'on est en droit d'affirmer qu'une espèce de trypanosomes n'est pas virulente pour une espèce animale. Tel est bien le cas du Tr. Caza/6o«/ de l'Afrique* tropicale; il nous paraît hors de conteste qu'il n'infecte que les Equidés et les Ruminants : les Rongeurs, les chiens, les singes, le porc même sont réfractaires. D'autres espèces ont été signalées aussi comme pathogènes seulement pour les Ruminants et les Equidés; nous estimons que les preuves apportées jusqu'ici sont insuffisantes. L'histoire de la dourine, à laquelle nous avons eu à faire allusion à plusieurs reprises, est excellente pour montrer les erreurs'qu'on serait appelé à commettre en concluant trop vite.
Les mêmes remarques peuvent s'appliquer aux trypan. non pathogènes. 11 est admis qu'ils ne sont infectieux que pour une espèce
1 . Il convient de signaler que les Édenlés, les Marsupiaux, à l'exception de l'opossum inoculé par Darlinp avec le Tr. hippicum, et les Monotrèmes, n'ont pas été essayés à ce point de vue. Nous attirons l'attention sur cette lacune à combler.
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animale, ou pour un petit nombre d'espèces extrêmement voisines. La délimitation de ces espèces est très délicate. Par ex. : le Tr. Leivisi a été regardé, jusqu'à ces dernières années, comme propre aux rats (sous-g-enre Epimijs Trouessart). Or, Roudsky^ a pu constituer expérimentalement un virus, qui infecte les souris dans une forte proportion et peut être conservé par passage sur cet animal. Delanoë ^ a vu que môme le virus naturel peut infecter une certaine proportion de souris.
Le Lewlsi renforcé de Roudsky est infectieux aussi pour les divers rongeurs de laboratoire. On voit ainsi une espèce parasitaire étendre son domaine d'action sur un nombre plus grand d'espèces animales. Roudsky a encore constaté que son trypan., en s'adaptant de plus en plus à la souris, acquiert de la virulence pour cetanimal. Cette virulence apparaît sans que le pouvoir infectieux dépasse la limite à laquelle il était déjà arrive. Nouvelle preuve à ajouter à celle que la considération des races naturelles de Lewisi nous a déjà fournie, de l'indépendance du pouvoir infectieux et de la virulence. Il serait intéressant de savoir si un Lewisi, naturellement pathogène pour le rat, comme Jûrgens en a rencontré, est en même temps infectieux pour la souris.
Quoi qu'il en soit, les faits que nous venons de signaler donnent une idée de la façon dont un trypan. peut passer de la catégorie (c non pathogène » à la catégorie « pathogène ».
On a cru longtemps que les trypan. pathogènes de mammifères étaient complètement sans action sur les Oiseaux, les affirmations de Voges ' en ce qui concerne le trypan. du caderas n'ayant pas obtenu créance.
Schilling \ en opérant avec le Tr. togolense, a prouvé que les oies contractaient une infection d'assez longue durée, à laquelle elles pouvaient même succomber. Mesnil et G. Martin" ont confirmé ce pouvoir infectieux pour le Tr. Brucei, mais ils n'ont obtenu, avec les poules, que des résultats négatifs. Gœbel*^, qui a repris cette question sur un assez grand nombre de poules, a constaté que le sang de ces oiseaux est infectieux de quelques jours à deux mois après l'inoculation du virus dans les caroncules. Des travaux plus récents autorisent à étendre ces constatations à d'autres tryp. pathogènes.
Dans tous les cas, l'infection est légère, car jamais les parasites