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D. KouDSKY, Soc. de Biologie, 3 juin

E. Reins. — Massaglia et Yakimoff ont cité les reins parmi les viscères les plus souvent altérés dans les trypanosomiases '.

Dans les formes très aiguës, on observe de la congestion; dans les formes chroniques, de Tanémie des reins, rarement des lésions plus profondes. Les néphrites qui existent souvent chez les chiens morts de trypanosomiase sont des complications accidentelles, très communes, comme on sait, chez ces animaux.

F. Capsules surrénales. — Elmassian a signalé l'existence de lésions des capsules surrénales chez des souris infectées par le /'/•. Brucei et chez des macaques infectés par le Tr. rhodesiense. Ces altérations, qui consistent surtout dans l'hypertrophie et rhyperémie des capsules, ne paraissent pas différer de celles qu'on observe dans les infections bactériennes; elles n'ont pas de caractère spécial -.

(j. Système nerveux, — Les altérations des centres cérébrospinaux ont souvent une grande importance dans les trypanosomiases à marche lente; elles sont parfois très apparentes, et peuvent être constatées à l'examen macroscopique. C'est ainsi que, chez des chevaux douriués, on a observé des foyers de ramollissement de la moelle épinière. Dans la maladie du sommeil, chez l'homme et chez certains animaux infectés expérimentalement, il existe des altérations très apparentes des méninges qui n'avaient pas échappé aux anciens observateurs; les méninges sont hyperémiées, épaissies, adhérentes aux circonvolutions cérébrales, comme dans la paralysie générale; le liquide cérébro-spinal est abondant et trouble.

Xous étudierons en détail les altérations des centres cérébro-spinaux quand nous ferons l'histoire de la trypanosomiase humaine, pour le moment nous nous contenterons d'indiquer d'une façon générale quels sont les caractères de ces altérations.

L'altération la plus caractéristique est l'infiltration cellulaire périvasculaire. La proportion dans laquelle les lymphocytes, les cellules de la uévroglie et les noyauxendothéliaux participent à cette infiltration varie suivant les cas. On constate en outre les signes d'une lepto-méningite chronique; l'arachnoïde piemérienue est infiltrée par des lymphocytes. Les cellules nerveuses ne sont altérées que secondairement et assez tardivement, contrairement à ce qu'on observe dans la paralysie générale ^

Des altérations semblables à celles observées chez l'homme ont été constatées chez le rat, chez le chien, chez le singe et chez la chèvre dans des infections expérimentales dues au Tr. gambiense.

1. A. Massaglia, Bollet. délia R. Accad. med. di Gcnova, 1906. — W.-L. Yakimoff^ Arch. des Se. biologiques, 1908.

2. M. Elmassian, Ann. de lliist. Pasteur, 1911, t. XXV, p. 830.

3. F.-W. MoTT, Slecp. siekn. Commis, of the R. Soc, 1.5 décembre 1900, Rcp. n" VII-

470 TRYPANOSOMES ET TIIYPANOSOMIASES

H. Altérations oculaires. — On a vu (p. 160) que la kératite interstitielle est commune à la dernière période des trypanosomiases, au moins chez certaines espèces animales : cheval, chien, chèvre, lapin.

D'après Morax, on peut distinguer trois types d'altérations de la cornée. Dans le premier type, les faisceaux conjonctifs qui constituent les lames de la cornée sont dissociés par un exsudât séreux riche en trypanosomes; Tinfillration cellulaire est nulle ou peu marquée. Le second type est caractérisé par une infiltration de leucocytes mononucléaires qui dissocie les lames de la cornée; le nombre des trypanosomes est moindre que dans les altérations du premier type. Le troisième type est caractérisé par l'absence presque complète de trypanosomes et par la présence de nombreux vaisseaux dirigés pour la plupart parallèlement aux lames de la cornée*. Les couches épithéliales antérieure et postérieure sont en général intactes.

La kératite se complique souvent d'iritis ou d'irido-cyclite; la présence de trypanosomes dans l'humeur aqueuse ne permet pas de douter de la spécificité de ces altérations. La chorio-rétinite est beaucoup plus rare.

Dans la maladie du sommeil, il y a une prédisposition marquée à la névrite et la périnévrite optiques.

§ 3. — Pathogénie.

On a vu plus haut que les infections produites par les trypanosomes procèdent fréquemment par poussées dans l'intervalle desquelles les trypanosomes deviennent très rares dans le sang.

Pour expliquer ce qu'on a appelé les crises trypanoly tiques, on a été conduit à admettre que la multiplication des trypanosomes avait pour conséquence la formation d'anticorps^ qui provoquaient périodiquement la fièvre et la destruction des trypanosomes. Un certain nombre de parasites deviennent résistants aux anticorps, de là les rechutes et, comme le nombre des trypanosomes résistants s'accroît sans cesse, on conçoit que les crises soient de moins en moins marquées à mesure que la maladie se prolonge.

Le sérum des animaux trypanosomes acquiert souvent des propriétés trypanolytiques in vitro, et il devient actif quand on l'injecte en mélange avec le virus homologue; le sérum des animaux qui ont

1. V. Morax, Am. de l'Inst. Pasteur, 2") janvier 1907, t. XXI, p. 52. — W. Yorke. op. cil.

2. A. Massaglia, Acad. des Sciences, 21 oclol)re 1907, et Soc. ined. chir. di Modena, 12 février 1909. — Rodet et Vallet, Acad. des Sciences, 9 décembre MK)?. — A. Tiu- Roux, Soc. de path. exotique, 10 novembre 1909.

PATHOGENIE ^li

résisté à rinfection par un trypanosome donné devient aussi actif en mélange avec le sang- contenant ce trypanosome.

Les phagocytes ne semblent pas jouer un rôle actif dans les crises trypanoly tiques; ils ne s'emparent, en général, que des cadavres des trypanosomes; mais, dans d'autres circonstances, la phagocytose contribue puissamment à la défense de l'organisme; c'est ce qui arrive lorsqu'on injecte des Tr. Lewisi dans le péritoine d'un rat ayant acquis l'immunité pour ce trypanosome (Laveran et Mesnil) ou d'une souris ayant l'immunité naturelle : il se produit, dans la cavité péritonéale, une leucocytose extrêmement forte et l'on peut suivre toutes les phases de l'englobement des trypanosomes par les phagocytes '.

Quelques auteurs ont supposé que la rate avait, dans les trypanosomiases, un rôle de protection dû soit à ses propriétés phagocytaires, soit à la sécrétion d'une substance trypanolytique.

Bradford et Plimmer signalent que des animaux, dératés avant d'être inoculés de Tr. Briicei, sont morts plus vite que les témoins, ce qui rend probable, disent-ils, une phagocytose active de la rate *.

E, Sauerbeck constate que chez des rats et chez un chien dératés, et inoculés ensuite de Tr. Brucei, l'infection a évolué un peu plus rapidement que chez les animaux normaux. De plus Sauerbeck insiste sur ce fait que, après la mort des animaux infectés de trypanosomes, les parasites subissent des altérations profondes qui se produisent plus rapidement dans la rate que dans d'autres organes, dans le foie notamment; dans les frottis frais de rate, il serait très rare de trouver des trypanosomes intacts^.

D'après Rodet et Vallel, la rate aurait des propriétés trypanolytiques remarquables. Lorsqu'on examine la pulpe de la rate d'un animal mort de trypanosomiase, on ne voit pas, disent ces observateurs, de trypanosomes ayant l'aspect normal, alors même que cet examen est fait aussitôt après les derniers instants de la vie; on n'aperçoit, sur les frottis de rate, que les noyaux des trypanosomes sans les flagelles *. « Les trypanosomes sont dans ]^ rate l'objet d'une destruction, et suivant un mode un peu spécial, en ce sens que jamais, à côté des noyaux, nous ne trouvons de flagelles libres, contrairement à ce qui se passe pour la désintégration habituelle dans le sang^. »

1. D. RouDSKY. Soc. de Biologie, 6. mai 1911. — Delanoë, même Société, 24 juin 1911.

2. J.-R. Hradford etH.-G. Plimmer, The quarterly Journ. of microsc. se, février 1902, t. XLV, part. 3.

3. E. Sauerbeck. Zeilschr. fur Hygiène u. Infeclionskrank., 1906, t. LU, fasc. 1.

4. A. Rodet et G. Vallet, Acad. des Sciences, 28 mai 1906, et Arch. de méd. expérim. cl d'anal, pathol., juillet 1906.

."). Arch. de méd. expérim. et d'anal, pathol., juillet 1906, p. 468.

i72 TIIYPANOSOMES ET TilYPANOSOMIASES

Le pouvoir trypanolytique de l'extrait de rate aurait été constaté in vitro par ces observateurs.

Les ganglions lymphatiques seraient aussi des foyers de destruction des trypanosomes.

G. Roux et L. Lacomme, s'appuyant sur les recherches de Rodet et Vallet, ont tenté d'utiliser la prétendue propriété trypanolytique de la rate dans le traitement des trypanosomiases; ils ont annoncé qu'ils avaient vu les trypanosomes du nagana disparaître temporairement chez trois chiens auxquels ils avaient injecté des extraits de rate de bœuf.

Ainsi que Rodet et Vallet l'ont fait remarquer, ces disparitions momentanées des parasites chez les chiens infectés de nagana peuvent s'expliquer par la marche naturelle de l'infection qui comporte de semblables crises trypanolytiques -.

Lanfranchi a soutenu également que la rate avait des propriétés trypanolytiques ^. En dehors des arguments que Rodet et Vallet avaient déjà fait valoir à l'appui de cette thèse, Lanfranchi cite des faits tendant à montrer que les inoculations de trypanosomes faites dans la rate donnent lieu à des infections à marche lente, il suppose même qu'en faisant des passages successifs, par inoculation intra-splénique, on pourra obtenir un virus atténué, immunisant. Nous ne croyons pas que cet espoir se soit réalisé.

Laveran et Thiroux ont montré que si, dans les frottis de rate d'un animal mort de trypanosomiase, les trypanosomes sont plus altérés que dans les frottis du foie, comme l'ont dit Sauerbeck, Rodet et Vallet, cela s'explique par différentes circonstances \ Les frottis du foie faits peu après la raorl sont constitués par du sang presque pur, et c'est dans ces conditions que les trypanosomes se fixent et se colorent le mieux; dans les frottis de rate, le sang étant mélangé à de la pulpe splénique, la fixation et la coloration des parasites laissent à désirer.

Si, au lieu de faire des frottis avec le parenchyme splénique, on pique avec lyie pipette la rate d'un animal qui vient de mourir de trypanosomiase et si l'on fait un frottis avec la goutte de sang que Ton obtient ainsi, on constate que les trypanosomes sont aussi nombreux dans le sang de rate que partout ailleurs et qu'ils se présentent avec leurs aspects ordinaires.

Il arrive cependant que l'on trouve dans la rate de nombreux trypanosomes en voie de destruction, réduits, pour la plupart, aux

1. G, Roux et L. Lacomme, Acad. des Sciences, 9 juillet 1006.

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