‹ Trypanosomes et trypanosomiasesChapitre 88 sur 412 · Neumann, Zeilschr. f. Hyg., t. LXIX, lUIl, p · texte numérisé non relu

Neumann, Zeilschr. f. Hyg., t. LXIX, lUIl, p

Les injections étaient faites, chez les rats et les souris, sous la peau ou dans les muscles des cuisses, avec les précautions antiseptiques ordinaires.

Lorsqu'on a à sa disposition du sérum humain de bonne qualité \ on peut facilement prolonger la vie des souris et des rats naganés pendant deux mois, alors que les animaux témoins, non traités, meurent en 4 à 5 jours. Dans quelques cas, les animaux traités ont survécu pendant 3 mois.

Le sérum de cynocéphales est plus actif, en général, que le sérum humain. Le sérum de certains cynocéphales [Papio anubis ou espèces voisines) s'est montré capable, à 0 ce, 01, de faire disparaître les trypan. de la circulation en moins de 24 heures et à 0 ce, 1, de guérir d'emblée la souris; d'autres se sont montrés un peu moins actifs. Avec 1/4 ce. donné 24 ou même 48 heures avant le virus, l'infection est évitée alors qu'avec le sérum humain, même à plus forte .dose, elle n'est que retardée. Ces sérums se sont montrés, en règle générale, 10-25 fois plus actifs que le sérum humain (Mesnil et Lebœuf, /. c).

Avec le Papio ci/ no cep ha lus ou babouin, le pouvoir curatif serait moins élevé, mais encore supérieur à celui du sérum humain (Mesnil).

Les Mandrills {Mormon maimon Linné), quoique très voisins zoologiqueraent des Papio, fournissent un sérum relativement peu actif. Ce n'est guère qu'à la dose de 1 ce. qu'ils déterminent une disparition, de peu de durée, des trypan. de la circulation. En passant des cynocéphales proprement dits aux mandrills, l'activité du sérum baisse environ de 100 (ou au moins de 50) à 1 .

Les Macaques (que l'on peut avec Trouessart décomposer en deux genres : Macacus s. s., à queue courte, et Cynomolgiis. à queue longue), les Mangabeys (g. Cercocebus) et les Cercopithèques, constituent une longue série continue dans laquelle les Cercocebus occupent une position moyenne. Or, ce sont les seuls dont le sérum ait quelque activité. A 1/2 et 1 ce, le sérum des Cercocebus fuliginosus fait disparaître en 24 heures environ les trypan. de la circulation; il y a rechute au bout de quelques jours; celui de Cercocebus collaris (autant qu'on peut conclure d'un unique individu) ne serait pas plus actif que les sérums de mandrills. Les sérums de Macapus rhésus, de Cynomolgus sinicus, de C. fascicularis {Mac. cynomolgus de beaucoup d'auteurs), de Cercopi-

1. Il convient de conserver ce sérum aseptiquement, car dès que des bactéries ou des moisissures s'y développent, l'activité baisse considérablement. Quand on ne peut pas renouveler à volonté sa provision, il est bon de dessécher le sérum pour le conserver; on peut aussi le répartir en un grand nombre d'ampoules scellées à la lampe qu'on ouvre seulement au moment de l'emploi.

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theciis callitrichus, se sont montrés sans action (Mesnil et Lebœuf).

Il en est de même du sérum de Cynopithecus niger, singe voisin des macaques et qui fait la transition aux cynocéphales.

L'homme, si voisin des Anthropomorphes, comme le montrent en particulier les réactions biologiques des sérums, a seul un sérum actif; même à la dose de 1 ce, les sérums de chimpanzé (Laveran et Mesnil, Mesnil et Lebœuf), d'orang-outang (Mesnil), de gibbon (Mesnil et Lebœuf), se sont montrés sans action.

Ainsi donc, aucun lien n'apparaît entre la place des animaux à sérums actifs et la classification zoologique.

Au point de vue de l'intensité d'action, les sérums actifs se classent dans l'ordre général : cynocéphale, — homme, et, au voisinage, mangabey, — mandrill.

En dehors des Primates, on ne connaît aucun mammifère dont le sérum ait une action thérapeutique vis-à-vis des trypan. Même le sérum d'espèces relativement peu sensibles comme le mouton, la chèvre, le porc, est dénué d'action. Il en est de même des sérums de poule et d'oie, bien que ces oiseaux soient presque réfractaires aux trypanosomiases.

Si maintenant nous étudions l'action d'un même sérum, par exemple le sérum de cynocéphale, sur les différentes espèces de trypan. pathogènes pour les mammifères, nous constatons que ces espèces se classent en deux catégories tranchées : d'un côté, les Tr. Briicei, Evansi, logolense, equinum, Pecaudi, qui sont tous très sensibles à ce sérum ; et de l'autre les Tr. gambiense, dimorphon et congolense, qui y sont très peu sensibles, car il faut 1 et même ii centimètres cubes des meilleurs sérums pour les faire disparaître, — d'une façon très éphémère, — de la circulation de souris de 15 grammes. On peut évaluer que le sérum de cynocéphale est 100 à loO fois plus actif sur les trypan. de la première catégorie que sur ceux de la seconde (Mesnil et Lebœuf).

Avec le sérum humain, on arrive à la même distinction, mais moins tranchée ; actif en général à 1/4-1/2 centimètre cube sur les cinq espèces de la première catégorie, il ne l'est qu'à 1 ou 2 centimètres cubes sur le Tr. dimorphon et plus du tout sur le Tr. gambiense (Laveran).

Le sérum de mandrill, qui a une légère action sur le Tr. Briicei, n'en a plus du tout sur les Tr. dimorphon et gambiense. Celui de Cercocebus a montré une action nulle ou au moins douteuse sur ces deux espèces.

11 est à remarquer que les espèces de Primates dont les sérums sont actifs sont réfractaires aux trypan. sur lesquels leurs sérums agissent : l'homme, les cynocéphales sont réfractaires aux trypan. de la première catégorie. En revanche, on a pu, bien qu'accidentelle-

ment, infecter les cynocéphales avec les Tr. gamhiense et dimorphon\ qui sont très peu sensibles à leurs sérums. Un fait inattendu a été l'action exercée par le sérum humain normal sur le trypan. humain de Rhodesia {Tr. rhodesiense)-. Par sa sensibilité in vivo aux sérums des divers Primates, — homme, cynocéphales, mangabeys, — ce trypan. se rapproche beaucoup plus de ceux de la première catégorie que de ceux de la seconde.

Il n'en reste pas moins vrai qu'il y a, en général, une relation entre rimmunité des Primates pour les trypan. pathogènes et l'action thérapeutique de leurs sérums.

Le principe actif du sérum émane vi^aisemblablement des leucocytes. On s'explique ainsi que le sérum soit plus efficace que la sérosité pleurale, et que la sérosité d'ascite, très pauvre en leucocytes, soit à peu près inactive. D'après Salraon ^, les extraits de leucocytes (pus) et de ganglions n'ont pas d'action; il en est de même du liquide céphalo-rachidien et de l'urine albumineuse. Jacoby % ayant remarqué que certains sérums fortement lipémiques étaient particulièrement actifs, a cherché à séparer, dans de tels sérums, les substances solubles et insolubles dans l'éther. Les premières, redissoutes, se sont montrées inactives, alors que les autres avaient la môme action que le sérum : deux guérisons d'emblée sur six souris.

GœbeP, qui a recherché avec soin la nature des substances actives du sérum humain, a reconnu qu'elles paraissent appartenir au groupe des globulines; elles sont précipitées par le sulfate de magnésie. Elles n'ont pas, comme les sensibilisatrices des sérums préparés, la propriété de se fixer sur les trypan. : on peut laisser du sérum humain plusieurs heures à leur contact sans qu'il perde de son activité et sans que les trypan. qui ont subi ce contact perdent leur pouvoir infectant. Le sérum ne paraît pas agir non plus à la façon d'une alexine, car un contact avec des levures ne lui enlève pas ses propriétés.

Le sérum humain, chauffé pendant 1 heure à 56", conserve environ la moitié de son activité; il suffit daugmenter un peu les doses pour obtenir encore de bons résultats. Une de nos souris, traitée uniquement avec du sérum chauffé à 56°, a vécu 43 jours. Le sérum humain, chauffé à 62°, perd la plus grande partie de son activité.

Gœbel, qui a vérifié ces faits, a constaté de plus que le pouvoir du sérum va en s'affaiblissant graduellement quand on fait varier les températures de 53 à 65°, ce qui est encore contre la notion d'une

1. Thomas et Breinl, Liverpool Sch. of trop. Mcd., mém. XVI, 1905.

2. Mesnil et RiNGENBACH, C. R. Acad. Sciences, t. CLIII, 1911, p. 1097.

3. Salmon, Bull. Soc. Path. cxot., t. III, déc. 1910, p. 726.

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