CHAPITRE IX
§ 1. — Sérotliérapie.
Les recherches ont porté sur les sérums normaux et les sérums provenant d'animaux ayant acquis Timmunité contre les trypanosomes et qui recevaient ensuite des doses successives de trypan. Examinons d'abord cette dernière catégorie.
SÉRUMS d'animaux PRÉPARÉS. — Nous avons vu, au chapitre précédent, que, au cours des infections subaiguës ou chroniques, les sérums acquièrent des propriétés protectrices, qui persistent longtemps après la guérison. On a naturellement cherché à renforcer ces propriétés afin d'obtenir des protections plus énergiques et aussi des actions curatives. Dans cet ordre d'idées, tous nos essais qui ont porté sur des sérums de Ruminants, ont été infructueux : la dose de 1 et même 2 ce. donnée chez la souris, n'influe en rien sur le cours de l'infection. On verra, au chapitre consacré au Tr. Lewisi, que les sérums de rats hyperimmunisés possèdent parfois une légère action curative; mais elle est inconstante.
Avec les sérums d'ânes guéris, puis hyperimmunisés par des injections massives de trypan., on a obtenu quelques résultats.
Diesing', au Cameroun, a constaté que les ânes de l'Adamaoua, qui sont sensibles au trypan. de la région (espèce indéterminée), résistent très bien et guérissent. Le sérum de ces ânes guéris et hyperimmunisés, injecté à des bovidés ou à des chevaux trypanosomés, a une action sur le cours de la maladie (disparition momen-
1. DiESiNG, Arch. f. Sch. u. Trop. Hyg., t. IX, 1903, p. 427.
tanée des trypan. de la circulation, relèvement de l'état général) qui est prolongée d'une trentaine de jours.
Kieine et Mollers\ en soumettant deux ânes, qui paraissaient guéris de leur infection à trypan. {Tr. togolense), à des inoculations intraveineuses massives de trypan. de rat, débarrassés autant que possible des éléments du sang, ont obtenu un sérum qui s'est montré doué de quelques propriétés curatives. Sans action sur Tinfection des souris déterminée par le virusxle passage, il guérissait les souris infectées par le virus de cobaye, à condition d'intervenir très tôt, alors que les parasites étaient encore assez rares; dès que les souris montraient à l'examen 1-2 parasites par champ, on n'arrivait, malgré des injections répétées de sérum, qu'à prolonger la vie jusqu'à 25-40 jours. Un chien, traité à partir du 5" jour après l'infection, avec des doses de 20 ce. de sérum d'âne, a eu sa vie prolongée de 10 jours environ.
Mais ce sont là des résultats isolés, très imparfaits d'ailleurs et l'on a le droit de dire que le traitement, par sérums d'animaux préparés, n'a encore rien donné de pratique dans les trypanosomiases.
SÉRUMS DE PRIMATES. — Il cxistc uu Certain nombre de sérums normaux qui possèdent, vis-à-vis des trypanosomiases, des propriétés curatives manifestes.
Cette propriété a d'abord été reconnue par Laveran^ pour le sérum humain. Quand il est injecté à dose suffisante, ce sérum agit sur les divers agents des trypanosomiases animales en faisant disparaître d'une façon temporaire, et même parfois définitive, les trypan. du sang des animaux infectés.
Laveran* reconnut ensuite que le sérum des cynocéphales (genre Papio) manifeste une action de même ordre. Le sérum des Cercocebiis, singes voisins des cercopithèques, est doué de propriétés analogues, comme l'ont établi Mesnil et Lebœuf' au cours de leurs études sur l'action comparée des sérums de Primates sur les infections à trypanosomes.
La plupart de ces recherches ont porté sur les souris et le virus ordinairement employé a été le Tr. Briicei; il donne une infection des plus régulières à la souris et est parmi les espèces les plus sensibles aux sérums en question.
Avec des souris naganées de 15 à 20 grammes, il faut, pour obtenir la disparition des trypan. de la circulation en 24 à 36 heures, une
1. Kleine et MôLLERS, Ztitschr. f. Hyg., t. LU, 1906, p. 229.
2. Laveran, C. R. Acad. Sciences, I" avril 1902, G juillet 190.3 et 22 févr. 1904. — Laveran ot Mesnil, Ann. Inst. Pasteur, t. XVI, 25 nov. 1902.
3. Laveran, C. R. Acad. Sciences, t. CXX.XIX, juill. 1904, p. 19.
4. Mesnil et Leboeuf, C. R. Soc. Biologie, t. L.XIX, 1910, p. 382; — Mesnil, Ibid., 9 mars 1912, p. 408.
dose qui varie de 1/10 à 1/2 et même 1 ce. suivant le sérum humain employé. On constate à cet égard de grandes variations individuelles. Nous avons, par exemple, remarqué que le sérum fourni par les adultes est plus actif que le sérum des nouveau-nés. D'après Ehrlich ', le sérum d'individus présentant des lésions du foie est peu actif. D'après Neumann-, ce serait l'inverse pour celui des femmes venant d'accoucher.
La disparition des trypan. est moins rapide quand ils sont très nombreux au moment où l'injection est pratiquée.
Il arrive quelquefois que les trypan. ne reparaissent pas, mais ce sont là des exceptions. Bien que nous ayons traité par le sérum humain un grand nombre de souris et de rats naganés, nous n'avons noté que quatre cas de guérison chez des souris, après une ou deux injections. Deux de ces souris, réinoculées 25 et 30 jours après leur guérison, ont contracté une infection ordinaire.
En règle générale, le sérum humain ne fait disparaître que d'une . façon temporaire les trypan. ; après un laps de temps assez variable (4 à 8 jours, exceptionnellement 12 et même 18 et 19 jours), les parasites reparaissent, ce qui nécessite des interventions successives.
Lorsque les trypan. ont reparu dans le sang d'un animal traité, ils pullulent de nouveau rapidement, comme chez des animaux noh traités, et la mort arriverait bientôt, si l'on n'intervenait pas de nouveau.
On peut pratiquer ainsi, chez un animal nagané, une série d'injections de sérum humain et prolonger de beaucoup son existence; il est à noter que, dans les cas où la guérison a été obtenue, c'est à la suite d'une seule injection ou de deux injections : jamais les animaux qu'il a fallu traiter pendant longtemps n'ont guéri.
On pouvait prévoir que le sérum humain injecté à plusieurs reprises à un animal nagané perdrait de son activité sur les trypan. ; il en est bien ainsi, mais la diminution d'activité ne se produit qu'à la longue, si bien qu'on peut traiter un animal avec succès pendant 2 et 3 mois.
En général, chez les animaux traités par le sérum humain, nous avons attendu que les trypan. reparaissent dans le sang pour pratiquer une nouvelle injection; dans quelques cas, nous avons fait des injections tous les 2 ou 3 jours sans attendre que les trypan. reparaissent. Les résultats définitifs n'ont pas été meilleurs.
Les injections de sérum humain sont très bien supportées; on peut injecter jusqu'à 2 ce. de sérum à une souris de 15 grammes, sans produire d'accidents; la dose peut même être renouvelée.
1. Ehrlich, The Harden Lectures for 1907, Londres, Lewis, 1908.