Ledoeuf, Ann. Inst. Pasteur, t. XXV, lt)ll, p
186 TUYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
raissent de la circulation après linjeclion de 0 ce, 01. Ces trypan. résistants ont pu être gardés, après quelques nouveaux contacts avec le sérum, par passages sur un certain nombre de souris.
Dans le cas du Tr. r/wdesiense, la résistance des trypan. apparaît particulièrement vite *.
Ces trypan. résistants ont permis quelques expériences intéressantes.
Jacoby avait émis la supposition que les races de nagana résistantes au sérum humain devaient être pathogènes pour Ihomme. En fait, Mesnil et Lebœuf^ n'ont pas réussi à infecter un cynocéphale, avec une race qui, chez la souris, résistait à 2 ce. de sérum de la même espèce animale.
On a pu aussi, grâce à ces races, démontrer que les substances actives des sérums des divers Primates ne sont pas identiques K Les trypan. du nagana résistants au sérum de cynocéphales sont encore sensibles au sérum humain. Les Tr. rhodesiense résistants au sérum humain disparaissent de la circulation des souris à la suite de rinjection de sérum de cynocéphale, eti;/ce versa. Mais, dans toutes ces expériences, on constate que la sensibilité au sérum hélérologue est un peu diminuée.
Les substances actives en question, sans être identiques, ont donc quelques affinités, affinités sans doute de l'ordre de celles des substances protéiques d'espèces animales voisines, d'autant plus fortes par conséquent que les espèces sont plus rapprochées.
§ 2. — Chimiothérapie.
Aperçu général et historique. — Bien avant que l'on connût la nature des maladies produites par les piqûres de la mouche tsétsé, on avait eu l'idée de les traiter par les liqueurs arsenicales*. Les explorateurs africains étaient sans doute incités à agir ainsi, en raison de l'état d'émaciation et d'anémie des animaux.
Lingard, au cours de ses recherches sur le surra, aux Indes, ayant •essayé un certain nombre de médicaments chez les animaux malades, reconnut quun seul d'entre eux, l'acide arsénieux, avait une action indubitable sur le cours de la maladie. Un cheval put môme être •complètement guéri.
1. Laveran et Nattan-Larrier, C. R. Acad. Sciences, 2 janv. 1912, p. 18; — Mesml et KiNGENBACH, C. R. Soc. BioL, t. LXXII, 13 janv. 1012, p. .5.5.
2. Mesnil et LEBœuF, C. R. Soc. DioL, t. LXXII, 23 mars 1912, p. .50.").
3. Mesnil, Ledoeuf et Ringe.nbach, C. R. Soc. BioL, t. LXXII, 13 janv. 1912, p. .55.
4. Voir, à ce propos, James BAum, G.-W. Balfour, LivingstOxNE {Brilish medic. Journ., 1858, pp. 135, 214-215, 360).
Peu après, Bruce (l.c), au Zoulouland, obtint des résultats analogues dans le traitement du nagana des équidés. L'arsenic était employé à l'état d'arsénite de soude, ajouté journellement à la nourriture. Il y a disparition des parasites de la circulation périphérique; l'état général s'améliore notablement; l'animal peut travailler. Mais, en général, l'infection reparaît dès qu'on interrompt le traitement. La guérison est exceptionnelle.
Dès nos premières recherches sur le nagana, nous nous sommes préoccupés, en opérant avec les petits animaux de laboratoire, de trouver un procédé de guérison des infections causées par le Tr. Briicei.
Nous avons reconnu l'action curative de l'acide arsénieux sur les infections des souris, des rats, des chiens. Nous avons vu que la solution, injectée sous la peau à dose convenable (0 milligramme 5 d'acide arsénieux par 100 grammes de rat ou de souris, 2,5 à 3,5 milligrammes par kilogramme de chien), fait disparaître en moins de 24 heures les trypan. de la circulation sanguine. Les parasites, avant de disparaître, présentent des formes d'involution, ce qui prouve que le médicament agit sur le parasite lui-même.
Mais les inconvénients de l'acide arsénieux nous sont apparus en même temps. Les inoculations sous-cutanées déterminent des accidents locaux. Les doses à employer (doses dites efficaces ou thérapeutiques) sont assez voisines des doses toxiques (elles déterminent donc parfois des phénomènes d'intoxication générale). La disparition des parasites de la circulation est toujours temporaire, et même de courte durée; on peut, il est vrai, traiter à nouveau les rechutes; mais de cette façon on ne fuit que prolonger la vie des animaux. Il arrive un moment où le traitement arsenical n'est plus supporté; les animaux meurent de nagana si on interrompt le traitement, d'arsenicisme si on le continue.
Ces recherches posaient le problème expérimental du traitement des trypanosomiases et elles incitaient à chercher d'autres médicaments ayant, comme l'acide arsénieux, la propriété d'atteindre in vivo les trypanosomes, mais n'en ayant pas les inconvénients : c'est-à-dire ne déterminant pas d'accidents locaux en inoculations sous-cutanées; — actifs à des doses aussi éloignées que possible de la dose toxique; — guérissant d'emblée à la suite d'une seule intervention, ou bien ne donnant des rechutes qu'après des intervalles de temps assez longs pour que de nouvelles injections soient facilement supportées.
En 1904, Ehrlich et Shiga firent connaître, sous le nom de Trypanrot, un médicament appartenant à une série de substances colorantes, les couleurs de benzidine, qui avait une action particulièrement efficace dans le traitement des souris cadérées : la
substance, dissoute dans l'eau, était bien supportée à la dose de 0 cgr., 5 environ pour une souris de 20 grammes, et amenait la guérison d'une notable proportion des animaux traités, à la suite d'une seule intervention ^
La série des couleurs de benzidine fit l'objet, de la part de M. INicolle et Mesnil -, d'une étude méthodique, entreprise au triple point de vue d'établir les rapports entre la constitution chimique des corps et leur action thérapeiitique, de trouver d'autres substances actives que le trypanrot et enfin de faire une étude comparative de ces substances sur les divers trypan. pathogènes {Tr. Brucei, Evansi, eqiiinlim,... gambiense). Nous examinerons plus loin les résultats généraux de la première partie de cette étude et nous dirons de suite qu'un certain nombre de corps actifs furent ainsi découverts; le plus connu est désigné sous le nom de trypanbleu.
Entre temps, Wendelstadt et Mlle Fellmer^ découvraient qu'une autre série de corps, connue des chimistes sous le nom de série du triphénylméthane, était aussi active sur les trypan. Ces savants firent connaître successivement l'action du vert malachite et du vert brillant. C'est dans la môme série que, plus tard, Krause et Weber ''^ et, indépendamment d'eux, Ehrlich-', signalèrent les fuchsines (chlorhydrate de triamidodiphényl. m. tolylcarbinol, et chlorh. de parafuchsine) ; l'une d'elles, chlorée, est utilisée à l'heure actuelle sous le nom de tryparosane. Ces corps de la série du triphénylméthane sont assez irritants, inoculés sous la peau, et leur action curative paraît en général assez limitée. Ce sont surtout des préventifs.
Pendant que ces recherches se poursuivaient, un retour était fait à la série des arsenicaux par la mise en évidence des propriétés remarquables d'un corps de cette série, l'atoxyl (W. Thomas)". Sa supériorité ne résidait pas tant dans sa faible toxicité (40 fois moindre que celle de l'acide arsénieux) qu'en ce qu'il pouvait être donné à des doses pas trop rapprochées de la dose toxique, qu'il était bien supporté localement, que les rechutes étaient toujours tardives et que les injections répétées n'occasionnaient pas d'acci-
1. Ehrlich et Shiga, Berlin, klin: Woch., 28 mars et 4 avril 101)4; — Laveran et Mesnil, r° édit. de ce traité, 1904, passim; — Laveran, C. R. Acad. Sciences, t. GXXXIX, juin. 1904, p. 6.Ï8.
2. NiGOLLE et Mesnil, Ann. Inst. Pasteur, t. XX, juin et juill. 190G.
3. Wendelstadt et Mlle Fellmer, Deutsche mediz. Woch., 17 nov. 1904; Zeilschr. f. Hyg., t. LVII, 1906, et Sitz. ber. d. Niederhein Ges. f. Natar. u. Heilk. zu Bonn, 18 févr. 1907.