Minchin et Thomson, Ibid., 3 juin 1911, p
TRYPANOSOMA LEWISI 293
rat variant de 4à 7 jours; 7 de ces rats(le 1er, le S\ le G0,.... le 14°) ont, par la suite, montré une infection à Tr. Lewisi. Les échecs indiquent qu'il faut en général plusieurs piqûres pour produire une infection; il n'est donc pas donnant qu'on n'éprouve que des échecs en laissant les puces peu de temps en contact avec les rats, ou bien en ne leur permettant qu'une piqûre à travers une line gaze.
Minchin et Thomson croient qu'il y a régurgitation du contenu stomacal de la puce dans la blessure produite par la piqûre de l'insecte.
S'il reste encore quelque obscurité dans ces questions, il n'en paraît pas moins acquis que la puce du rat, Ceratophyllus fascialus, est un second hôte pour Tr. Lewisi. Son rôle est certainement plus important, dans la nature, que celui du pou. A Cambridge, dit Nuttall, les rats infectés de Tr. Lewisi sont surtout porteurs de puces, les rats non infectés, de poux. Si l'on compare la facilité avec laquelle on transmet la trypanosomiase du rat en se servant de puces avec la difficulté qu'on éprouve quand on emploie des poux, on conclura volontiers, avec Minchin, que la puce est le seul hôte intermédiaire naturel.
Ces fait établis, il reste encore des points à fixer dans l'épidémiologie delà trypanosomiase du rat. Ainsi Pétrie et Avari1, qui- ne mettent pas en doute le rôle des puces, ont remarqué qu'à Bombay la courbe de fréquence des puces (Pulex cheopis), suivant les saisons, construite d'après les chiffres de la commission de la Peste, est tout â fait inverse de celle des trypanosomes; d'après eux, la température et l'humidité doivent jouer un rôle, cette dernière favorisant par exemple la transmission mécanique.
Dans leurs dernières expériences que nous venons de résumer, Minchin et Thomson ont noté qu'au début de l'hiver, ils n'ont eu que des insuccès et ils pensent qu'il y a là autre chose qu'une coïncidence fortuite.
Pour ce qui concerne les poux, Manteufel(/. c.) a noté de son côté que les expériences de transmission réussissent mieux au printemps et en automne ; il a constaté le fait, non seulement avec le Tr. Lewisi, mais encore avec le spirochète de la récurrente.
Les observations de fréquence des rats infectés au cours de l'année, que nous avons indiquées clans un autre paragraphe, sont encore à citer ici.
La transmission par les puces et les poux, insectes aptères, explique bien le fait, constaté par une quantité d'observateurs, que l'infection des rats est, dans une zone déterminée, extrêmement localisée. Exemple : le grenier d'Ann Arbor, clans le Michigan, où
l. Petril et Avari, Parasilology, t. Il, 11)00, p. 305.
294 THYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
Me Neal et Novy ont trouvé tous leurs rats parasités. C'est sans doute ainsi qu'il faut interpréter l'observation de Sabrazès et Muratet1 qui, à Bordeaux, ont trouvé des Irypan. chez tous les Mus rattus, jamais chez le M. decumanus. Biot "-, à Mâcon, a au contraire observé que les Mus decumanus sont plus fréquemment parasités que les Mus rattus. Nous avons observé des faits analogues de localisation à Paris.
On comprend d'autre part que l'infection puisse se transmettre à une petite distance. Au laboratoire, nous avons observé des infections naturelles chez des rats blancs dans des récipients et même dans des chambres où il n'existait aucun rat déjà infecté.
Autres modes de contagion. — Les essais d'infection par la voie buccale ou stomacale ont donné des résultats positifs à quelques auteurs (voir p. 100). négatifs à d'autres. Il est certain que les rats peuvent s'infecter en mangeant des aliments souillés de sang à Irypan., ou en dévorant d'autres rats infectés; peut-être faut-il qu'il y ait quelque écorchure du museau ou de la muqueuse buccale? A moins que, dans certains cas positifs, le passage ne se fasse à travers la peau saine que le rat souille en absorbant sa nourriture sanglante ; les expériences de Manteufel, que nous avons citées plus haut, autorisent cette manière de voir.
Yakimoff3 attribue une certaine importance, dans les conditions naturelles, à la transmission par morsure et par ingestion de cadavres parasités. Quel est le degré d'importance? Il est impossible de le savoir.
Les parasites ne semblent pas pouvoir traverser le placenta. Lorsque des femelles pleines sont infectées, on ne trouve pas de trypan. dans le sang des fœtus. Chaussât avait déjà signalé ce fait, qui a été confirmé par Lewis, Lingard, Babinowitseh et Kempner, et nous-mêmes.
5; 6. — Immunité active. Son mécanisme.
Dans le court passage de leur mémoire qui établit les caractères différentiels du Tr. Lewisi (qu'ils appellent Tr. sanguinis) et du parasite du nagana, Kanlhack, Durham et Blandford déclarent que des rats qui ont eu une première infection sont réfractaires à une seconde inoculation. C'est donc à ces savants qu'il faut rapporter le mérite d'avoir établi l'existence d'une immunité active vis-à-vis d'un Irypan. Mais ce sont Babinowitsch et Kempner qui ont attiré l'attention sur
1. Sabrazès et Mlratet, C. R. Soc. Biologie, t. LIX, 1905, p. 441.