Cazaluou, Ann. Inst. Pasteur, t. XXL 1907. p
11. De Belleval, vétérinaire mililaire à Casablanca (Maroc), a récemment envoyé à Ed. Servent un lapin infecté de. debab marocain.
DEBAI3 ET TAMAGA 487
L'enqUète des Sergent quia porté sur presque toute l'Algérie, leur a prouvé que la maladie des dromadaires existe à peu près partout. La proportion des animaux trouvés infectés est d'environ 10 p. 100 en Berbérie; dans le Sud oranais, la proportion atteint 17 p. 100; tel peloton de méharistes a le tiers de son effectif trypanosomé (Ed. Sergent et Foley).
La maladie des chevaux existe aussi, sur les Hauts-Plateaux, d'après les renseignements des indigènes; on la désigne en Oranie sous le nom de taher1 et dans le département de Constantine sous le nom de tmerdjin. Mais elle paraît beaucoup plus rare : sur 394 examens de sang d'Equidés, 1 seul a été positif. Dans les vallées du Sud oranais, la proportion atteint 5,5 p. 100. D'après les auteurs en question, ce chiffre élevé s'explique par la présence d'une plus forte proportion de dromadaires infectés, qui constitueraient, pour le cheval, le réservoir de virus. On comprend ainsi que les épizooties puissent sévir sur des chevaux réunis, pour les besoins du service, dans des régions telles que la vallée de la Zousfana2.
Le trypan. étudié à l'Institut Pasteur par Laveran et qui constitue la forme type de l'espèce soudanaise, provient d'un dromadaire de Gao, sur le Niger, à quelques centaines de km. en aval de Tombouctou. A Gargouna, à 50 km. en aval de Gao, Cazalbou a observé une épizootie sévissant sur les juments poulinières, qu'il rapporte au même trypan. La maladie porte le nom de tahaga dans la région. Bouet et Boubaud l'y ont retrouvée en 1911.
On ne sait si, en Afrique occidentale, la maladie due au Tr. soudanense existe en d'autres régions riveraines du Sahara. On ne saurait en effet, sans étude comparée minutieuse, la distinguer de la mbori. En Mauritanie, par exemple, seule l'existence de ce dernier virus a été démontrée.
En Afrique orientale (Kordofan, Somaliland italien), des trypanosomiases des chameaux, non propagées par les tsétsés, ont été signalées (Balfour, Martoglio). Bruce a étudié à Khartoum le virus du Kordofan. Les auteurs rapportent l'agent de ces maladies à Tr. Evànsi var. mbofii (voir p. 390). 11 est possible aussi qu'il s'agisse de Tr. soudanaise. Seules, les expériences d'immunité croisée pourront trancher la question :!.
1. De tahara, circoncire, parce que 1rs chevaux marchenl comme des enfants de 7 nu s ans qui' l'on vienl de circoncire, c'est-à-dire avec, difficulté.
2. Rennes avait d'abord proposé pour la, maladie des équidés le nom de mal delà Xousfana: il a reconnu depuis, avec les frères Sergent, que ce nom est évidemment impropre pour désigner om' maladie des chevaux qui, normalemenl, sonl nue rareté dans la région.
3. Balfour, o. V" Report of Ihe Wellcome lie*. Lab., 1008 el I9H; — Bruce, Proc. Roy. Soc., B, t. LXXXIV, 1911, p. 181 ; — M irtoglio, Ann. d'Ig. sper., t. XXI, mil, p. 453.
488 TRYPANOSfMES ET TRYPANOSOMIASES
Sur des lames de sang d'un éléphant tué sur le bord oriental du lac Albert, Bruce et ses collaborateurs ont observé un trypan. qui se rapproche du groupe Brucei-Evansi et qu'ils ont nommé Tr. elephantis Si, disent-ils, une opinion peut être hasardée, nous rapporterions ce trypan. à Tr. soudanense.
§2. — Évolution. Symptômes.
Dromadaires. — « La maladie du debab ne devient évidente chez les chameaux qu'après une longue période latente, d'au moins plusieurs mois, pendant laquelle les animaux ne montrent aucun signe de maladie; sa marche est insidieuse et elle se traduit par une faiblesse progressivement croissante, la difficulté de la marche, l'amaigrissement qui peut devenir extrême. Cet amaigrissement est surtout visible par la saillie des côtes et des os iliaques. Un autre symptôme constant d'el Debab esL l'avortement. Toute chamelle medbouba, disent les chameliers, avorte, ou bien si le petit naît à ternie, il naîtehétif, cachectique, et ne vil jamais plus de quelques mois. Ils font de la piqûre des chamelles pleines la cause la plus importante de la mortalité des chamelons nouveau-nés.
« Des symptômes mineurs affectent le tube digestif : l'appétit devient capricieux, le ventre se ballonne. De loin en loin, les bêtes présenteraient de légers accès de fièvre. Chez une chamelle très infectée et malade depuis deux ans, nous avons constaté une température buccale de 38°, o à 39°. L'urine diminuerait de quantité, le poil se hérisse et devient terne. On verrait dans les derniers temps de la maladie survenir de l'œdème aux parties déclives et à l'encolure. Nous n'avons relevé aucun signe pathologique extérieur : ni œdèmes, ni ulcérations à la vulve, à l'anus, aux yeux, aux lèvres » (Ed. et Et. Sergent).
La maladie frappe des dromadaires de tous les âges : de jeunes chamelons tétant encore (de S à 6 mois) sont souvent infectés, et on trouve aussi de vieux dromadaires malades.
La maladie dure, d'après les chameliers algériens, de quelques mois à une ou plusieurs années. En Egypte, la maladie durerai! 3 ou h ans. Parfois l'animal guérirait; il est dit alors en Egypte : beâtiq el debab (préservé de la mouche). Il est immunisé contre de nouvelles piqûres et acquiert une grande valeur. C'est pour cette raison, dit Piot, que les chameaux d'El-Arich se vendent très cher et sont très appréciés sur le marché égyptien. Les Sergent ont vu une
I. ISruce, Hamerton, Hatem.vn et Mackie, Proc. Roy. Soc, B. I. LXXXI, 1900, p. 414.
DEBAB ET TAHAGA 489 chamelle donnée comme guérie ; mais, d'après eux, la règle générale est que le debab est une maladie fatale.
.Mason cite aussi le cas d'un chameau qui, inoculé à l'âge d'un an, vivait encore trois ans plus lard et paraissait guéri.
Les pertes occasionnées par le debab sont très considérables. Le général Carbuccia rapporte qu'en 1853 les Bou-Aïch, tribu de Tittery, n'ayant pu émigrer dans le désert par crainte de l'Emir, furent forcés de rester dans le Tell, pendant le temps où le debab sévit si cruellement. Ils ne perdirent que la moitié de leurs troupeaux; celte perte, quoique sensible, fut loin d'être aussi considérable qu'ils le craignaient. Le général Monge-Marey, revenant en juin 1844 de son expédition de Laghouat, eut son équipage de dromadaires assailli par les taons à Tiaret; en automne, plus de la moitié des dromadaires (près des 3/4) étaient morts des suites des piqûres. En 20 jours, 15 femelles avaient avorté, sur un équipage de 500 bôtes environ. Piot donne comme un fait indéniable la grande mortalité qui règne sur les chameaux en Egypte (de 30 à 40 p. 100 annuellement), principalement dans les endroits considérés comme les lieux d'élection par excellence de la mouche égyptienne. Aussi les Fellahs et les Bédouins mettent cette mortalité entièrement sur le compte du debab (Ed. et Et. Sergent).
Les i dromadaires infectés, vus par Cazalbou à Gao, étaient très amaigris ; ils ne présentaient pas d'autres symptômes, sauf un peu de larmoiement intermittent.
Le trypan. est abondant dans le sang des dromadaires malades, alors môme que les symptômes sont peu accusés ou même sont nuls. De deux dromadaires infectés expérimentalement par les frères Sergent, l'un a succombé assez rapidement, sans doute des suites d'une indigestion, l'autre a contracté une infection à marche assez aiguë; les trypan. étaient déjà non rares 7 jours après l'inoculation et ils sont bientôt devenus nombreux ; nous verrons plus loin que ce chameau, soumis à un traitement, a guéri.
Chevaux. — La maladie, dit Rennes, a la marche des trypanosomiases à longue durée; un caractère spécial lui est donné par certaines formes nerveuses et l'absence à peu près absolue des œdèmes communs aux affections du même genre.
L'évolution est lente et insidieuse : au début, l'anémie ne se révèle que par la pâleur des muqueuses, la mollesse au travail de l'animal et sa fatigue facile. La température est un peu au-dessus de la moyenne, 38° le matin, 38°, o à 39° le soir.
L'amaigrissement, accompagné de faiblesse générale, s'accentue. De temps en temps, on observe des accès fébriles violents et fugaces (en quelques heures, la température monte de 38" à 42°, parfois 43'). L'appétit est faible. On observe de l'hématurie; c'est un symptôme
490 TRYl'ANOSOMKS ET TRYPANOSOMIASES
fugace, d'un ou deux jours de durée, qui revient à intervalles variés.
Maigre et affaibli, l'animal vit encore des mois. A la faiblesse du train postérieur, avec flexions brusques du boulet, succède la paraplégie; l'animal tombé sur sa litière a une agonie de 3 à 5 jours avec paralysie du rectum et de la vessie.
La maladie dure en tout de 4 à 6 mois.
Mais, dans certains cas, se produisent des troubles nerveux : Rennes a observé un cas d'alaxie franche et un cas de paraplégie temporaire, suivie d'incoordination, puis un accès vertigineux mortel.
A Gargouna, sur le Niger, où Cazalbou a observé le tahaga, Jt juments poulinières avaient succombé depuis un an. Les poulains étaient en mauvais élat. L'un d'eux, âgé de deux ans, d'une maigreur accusée, présentait une légère parésie de l'arrière-main ; la conjonctive était blanc porcelaine.
Ed. et Et. Sergent ont infecté un cheval avec leur virus origine dromadaire le 11 février 1904; il est mort le 23 mai 1904. Il a présenté une fièvre intermittente : poussées de température au voisinage de 40°, du 8'' au 11e jour, du 16e au 18e jour; entre 40° et 41°, du 23e au 26e jour, du 34e au 38° jour, du 45° au 48e jour, vers le 66e, le 77' et le 95' jours; dans l'intervalle des poussées, la température était généralement normale. Ces poussées de température corn -pondent rigoureusement aux poussées des trypan. qui ne sont le plus souvent visibles à l'examen microscopique que durant ces périodes fébriles; pendant plusieurs des poussées, ils y ont été nombreux (fig. LXV). Les trypan. étaient rares ou absents les jours qui ont précédé la mort. Cette marche de la maladie rappelle évidemment celle du surra.
Déjà au bout de 8 jours, le cheval montrait une plaque d œdème ventrale de la largeur de la main, en même temps que de l'œdème du fourreau. Cet œdème a progressé sous forme d'une bande longitudinale occupant toute la région ventrale. Dans le courant du deuxième mois, le cheval a eu des urines noirâtres ou rougeâtres; on n'y a décelé ni globules rouges, ni hémoglobine. Le cheval est mort très amaigri.
Rennes a infecté une ânesse avec son virus origine cheval. Les parasites n'ont été vus que 3 fois à l'examen microscopique. L'amaigrissement et la faiblesse ont été considérables; mais, au 7n mois, l'animal allait mieux, bien que son sang fût encore infectant. L'ânesse a guéri et a acquis l'immunité.
Roger et Greffulhe ont observé aussi une infection à forme chronique chez un Ane.
Rais et souris. — Ed. et Et. Sergent ont inoculé le trypan. du sang d'un dromadaire à différents animaux de laboratoire. Ils ont
DEBAB ET TAHAOA 491
fait en plus des séries de passages par rais et souris, de façon à constater les variations éventuelles de la virulence.
Dès le début des expériences, les rats blancs se sont montrés sensibles au trypan. d'une façon fort régulière; la maladie a duré, en moyenne, chez les animaux observés : 16 jours lorsque Finocu-
492 TRYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASBS
lation était faite sous la peau, et 9 jours 1/2 lorsqu'elle était faite dans le péritoine. L'incubation était respectivement de 3 et de 1 jour. Les trypan., 3 ou 4 jours après leur apparition dans le sang des rats, y diminuent de nombre, ou en disparaissent complètement pendant quelques jours, puis ils reparaissent d'une façon définitive. Quand la mort survient, les trypan. sont devenus très nombreux, ou bien, au contraire, ils diminuent de nombre dans les derniers jours de la vie.
Après 4-5 passages par rat blanc, la virulence s'est accrue et a atteint un maximum qu'elle ne dépassa plus, môme après 30 passages. La durée moyenne de la maladie est alors de 10 jours après l'inoculation sous-cutanée, et de 8 jours après l'inoculation intrapéritonéale, et le nombre des trypan. va toujours en croissant dans le sang, sans aucune régression, contrairement à ce qui avait lieu auparavant.
A l'autopsie, la seule lésion constatée estime hypertrophie énorme de la rate, qui pèse jusqu'à dix fois son poids normal.
Les rais tVégoul réagissent généralement comme les rats blancs; mais il y en a qui résistent plus longtemps. Ainsi l'un d'eux a résisté o mois 1/2; il a montré des trypan. dans son sang, d'abord presque chaque jour, puis à intermittences assez longues.
Les souris blanches semblent être un peu moins sensibles que les rats blancs; quelques-unes sont mortes en une dizaine de jours avec une pullulation intense des parasites dans leur sang, mais chez d'autres la maladie traîne, et à certains jours les trypanosomes font défaut dans le sang périphérique. L'incubation moyenne est de 4 jours quand l'inoculation est sous-cutanée, et de 2 jours quand elle est intra-péritonéale. A l'autopsie, on constate une hypertrophie très considérable de la rate.
Après 4 passages, la durée moyenne de la maladie a été de 12 jours (incubation 3 jours) à la suite de l'inoculation sous-cutanée, de 6 (incub. 1) à la suite de l'inoculation intra-péritonéale.
Plus tard, Ed. et'Et. Sergent ont reporté sur la souris blanche un virus gardé depuis 2 ans par passages par rat et ils ont alors constaté ce fait curieux que les souris ne contractèrent qu'une faible infection dont elles guérirent, car avec le sang et la pulpe des organes de deux d'entre elles, sacrifiées un an après, on ne put infecter des rats. Deux autres souris, réinoculées en même temps que des témoins, contractèrent une infection à marche notablement plus lente que celle de la plupart des témoins.
Les souris grises ont réagi d'une façon très irrégulière : certaines ont eu une légère infection qui n'a pas persisté et elles paraissent avoir guéri; d'autres ont résisté à 1 et môme 2 inoculations de sang virulent, mais alors la 3e inoculation a toujours été infectante.
DEBAIt ET TA11AGA • 493
Avec une autre origine de debab el une origine taher (cheval de Tiaret), le Lrypan., d'abord peu virulent chez le rat, est arrivé, après 18-20 passages, à le tuer assez régulièrement en 6 à 10 jours.
Avec son virus de la Zousl'ana, Rennes avait constaté que la souris grise meurt 2-3 jours après l'inoculation intra-péritonéale, 15-20 jours après l'inoculation sous-cutanée; dans ce dernier cas, la marche de la maladie (paralysie complète de l'arrière-train, contractures généralisées, dyspnée intense) est encore très rapide; c'est l'incubation qui est très longue.
Le parasite pullule dans le sang lorsque se manifestent les premiers symptômes. A l'autopsie, on constate une hypertrophie considérable de la rate.
La maladie évolue chez la gerboise comme chez la souris.
Laveran, avec le virus du tahaga soudanais, a observé les faits suivants. Trois rats ont succombé en 10, 11 et 12 jours. Le poids moyen des rats était de 220 gr. et le poids moyen de la rate, de 3 gr.
L'évolution de la maladie est irrégulière chez les souris.
Sur 48 souris inoculées avec le Tr. soudanaise, S ont guéri après avoir présenté des infections légères. Une de ces souris n'a pas été réinoculée; une autre (souris noire) a résisté ù 3 réinoculations dans le tissu conjonctif; la 3e (souris grise) a résisté à une réinoculation dans le tissu conjonctif et à une injection intra-péritonéale du virus; la 4e a résisté à une réinoculation dans le tissu conjonctif, mais s'est réinfectée après injection du virus clans le péritoine; enfin la 5e s'est réinfectée après une réinoculation dans le tissu conjonctif et a succombé rapidement. Ces résultats rappellent d'assez près ceux signalés avec le virus du debab algérien.
Les souris noires et les grises ont montré plus de résistance au virus que les blanches.
Les trypanosomes ont été toujours notés comme très nombreux à la dernière période de la maladie.
La durée moyenne de la maladie chez les souris qui sont mortes a été de 22 jours; maximums : 66 et 96 jours; minimum : 7 jours; la durée est donc très variable.
Chez 32 souris dont l'autopsie a été faite, le poids moyen du corps était de 17 gr. 68 et le poids moyen de la rate, de 0 gr. 72; chez 2 souris, le poids de la rate s'élevait à 2 grammes.
Lapins et Cobayes. — Les lapins réagissent à l'inoculation du trypan. du debab comme à celle des autres trypan. pathogènes des mammifères : l'infection a chez eux une marche irrégulière, des poussées de trypan. sont constatées de temps à autre dans le sang, correspondant parfois, mais pas toujours, à une élévation de la température. On constate aussi de l'œdème des parties génitales el de l'anus, la chute des poils à la queue et à la base des oreilles, de
la conjonclivite purulente. La durée de la maladie a été de 18 à 180 jours (45 jours en moyenne). L'incubation est de 8 jours et demi au minimum après l'inoculation sous-cutanée, de 6 jours après l'inoculation intra-péritonéalc, de 2 jours après l'inoculation intraveineuse.
Rennes a vu les lapins mourir en .'{O-.'î.'"» jours avec les symptômes caractéristiques de l'espèce; les parasites sont assez rares.
Chez les cobayes inoculés de debab, la plus courte durée de la maladie a été de 12 jours, mais certains résistent plus de i mois, un cobaye a même résisté 6 mois, un autre 11 mois; ce dernier, au cours de sa maladie, a mis bas et allaité 2 petits indemnes. L'incubation a été plusieurs fois de 3 jours, après l'inoculation souscutanée, mais elle a été parfois beaucoup plus longue; elle a été de 4 jours et demi après l'inoculation intra-péritonéale. — Les trypan. sont généralement nombreux dans le sang du cobaye, et l'animal peut vivre ainsi pendant des semaines. Les lésions externes, si caractéristiques chez le lapin, font défaut.
Rennes a vu la mort survenir au plus lût au bout de 30-40 jours; un cobaye ne s'est pas infecté.
D'après Laveran, l'incubation est de 10 à 15 jours; les trypan. sont nombreux ou très nombreux au moment de la mort.
La durée moyenne de la maladie, chez 13 cobayes, a été de 95 jours. Maximums : 150 et 131 jours; minimum : 59 jours.
A l'autopsie, la seule lésion constante est l'augmentation de volume de la rate; le poids moyen du corps était de 379 grammes et le poids moyen de la rate de 2 gr. 72. Chez un cobaye du poids de 525 gr., la rate pesait 5 gr.
Carnivores. — Chez le chien, la marche de l'infection est assez régulière, l'apparition des trypan. dans la circulation périphérique correspond à des poussées de température. Chez un chien, mort 30 jours après l'inoculation, la pullulation des trypan. constatée à la fin de la vie a été accompagnée d une forte hypothermie. Un deuxième chien mort en 35 jours et un troisième mort en 37 jours n'ont pas montré cette hypothermie (Ed. et Et. Sergent).
D'après Rennes, la maladie expérimentale des chiens dure de 40 jours à plus de 7 mois. Il note, dans des cas à marche lente, en dehors des œdèmes, de la région d'inoculation : des périodes fébriles, des lésions oculaires, de l'anémie et de l'amaigrissement (phénomènes assez constants dans les trypanosomiases), de l'hyperesthésie générale, particulièrement de la région lombaire, et surtout des phénomènes très accentués de somnolence et d'hébétude. Rennes regarde ces derniers phénomènes comme les plus caractéristiques de l'évolution du mal. 11 insiste sur l'absence des lésions caractéristiques de la dourine et sur l'analogie sympto-
DEBAB ET TAHAGA 495>
matique de cette maladie du chien avec la maladie du sommeil de l'homme.
Toujours d'après Rennes, la maladie du chacal est identique à celle du chien; elle peut se prendre par ingestion de cadavres d'animaux d'expériences. Le chat succombe en 15 à 60 jours avec les mêmes symptômes d'hébétude, d'amaigrissement, et les mêmes lésions externes que chez le chien; léthargie hypolhermique avant la mort.
Avec ses 2 virus soudanais dont nous avons indiqué l'origine, Cazalbou a fait un certain nombre de passages par chiens. La résistance très variable de ces animaux a amené Cazalbou à formuler les conclusions suivantes.
Les chiens de la zone d'endémicité (vallée saharienne du Niger), présentent une évolution très longue de la maladie. Les chiens originaires des régions soudanaises offrent une résistance bien moins accusée, surtout quand les inoculations sont laites avec du sang prélevé au moment de la mort des malades. Sur les animaux inoculés avec du virus prélevé au cours de la maladie, on ne constate pas d'augmentation de virulence, quelle que soit l'origine des chiens mis en expérience.
Avec l'un des virus de Cazalbou, Laveran a fait les observations suivantes chez les chiens. L'incubation est de 10 jours environ. La multiplication des trypan. procède par poussées, dans l'intervalle desquelles l'examen histologique du sang peut être négatif. Les trypan. sont en général nombreux au moment de la mort. Les symptômes les plus constants sont l'amaigrissement et, à la dernière période, la faiblesse générale. Deux chiens sur 6 ont présenté de la kératite. Dans un des cas, la kératite était double; clans l'autre, il s'agissait d'une kérato-conjonctivite qui avait déterminé l'abolition complète de la vision d'un côté. La cornée était opaque et, à l'autopsie, on trouva dans la chambre antérieure un caillot ancien qui avait pris la forme de cette chambre.
La durée moyenne de la maladie a été de 50 jours : maximum, 85 jours; minimum, 27 jours. Le maximum a été observé chez le chien inoculé à Ségou (voir ci-dessus).
A l'autopsie, la lésion principale est l'hypertrophie de la rate. Chez les G chiens inoculés, le poids moyen du corps était de 9 kg. 35 et le poids moyen de la rate de 80 grammes. Un chien de <S kg. avait une rate du poids de 170 gr.
Les ganglions lymphatiques ont été notés comme augmentés de volume dans différentes régions du corps. Il faut encore citer des épanchements de sérosité dans le péricarde, dans les plèvres ou dans le péritoine.
Chauves-souris. — Deux Vesperlilio Kuhli, inoculés dans le péri-
490 TRYPANOSOMES KT THYPANOSOMIASES
loine par Ch. Nicollc et Comle en môme temps qu'un rat, avec le trypan. du debab. ont contracté une infection : incubation de 2 jours, maximum de parasites à l'examen microscopique du sang au bout de 4 jours, disparition après 6 jours environ. Les deux chauvessouri- meurent, sans doute de la captivité, au bout de 18 et 22 jours, sans avoir montré à nouveau de trypan. (quelques gouttes de sang de la deuxième chauve-souris prises au 18' jour, n'ont pas infecté un rat). Le rat témoin des chauves-souris a succombé en 13 jours à la trypanosomiase.
Singe. — Un macaque (bonnet-chinois), inoculé sous la peau, par les Sergent, n'est mort que 2 mois et 8 jours après l'inoculation. Les trypan. ont été assez nombreux du quatrième au septième jour ; à ce moment, le singe a montré une forte hypothermie et les trypan. ont disparu à l'examen microscopique. Ils sont redevenus assez nombreux du quinzième au dix-septième jour. Depuis ils ont été rares ou même souvent absents à l'examen microscopique, en particulier durant le dernier mois. Le singe était généralement en hypothermie et la présence de trypan. correspondait nettement aux poussées au-dessus de 37°. Le singe est mort en hypothermie après avoir dormi pendant 2-3 jours; le dernier jour, la température était au-dessous de 25° et pourtant les trypan. étaient visibles.
Ruminants. — Voici l'observation d'un premier caprin infecté par les Sergent. Une chèvre de 34 kg. a contracté une infection à la suite de l'inoculation sous-cutanée de sang de rat. Au bout de 5 jours, les trypan. ont été visibles à l'examen microscopique; on ne les a ensuite revus (toujours rares) que du dixième au quatorzième jour. Depuis, l'examen microscopique a toujours été négatif. Mais des rats inoculés 1 mois et 2 mois après l'inoculation de la chèvre, avec 5 ce. de son sang, ont très rapidement contracté une infection. La chèvre, qui paraissait en voie de guérison, a succombé assez brusquement 3 mois après son inoculation. Le poids qui était tombé à 21 kg. était, au moment de la mort, de 27 kg. 500.
Depuis, plusieurs chèvres et moutons ont été inoculés avec les virus algériens.
Les Sergent citent une chèvre, inoculée avec le virus du débat), qui a contracté une infection d'une durée de 2 ans et un bouc, inoculé avec le virus du laher, dont l'infection a duré un an. Deux brebis, inoculées avec ce dernier virus, ont eu un sang infectant pour les souris et les rats pendant un an environ. Tous ces animaux ont guéri.
On verra (p. 502) que deux chèvres, inoculées par Mesnil avec le trypan. du taher des Sergent en vue de la comparaison de ce
I. Nicolle et Comte. C. /?. Soc. Biologie, t. LVUI. 1908, p. 243.
DI5BAB ET TAIIAGA 497 virus avec celui de la dourine, ont contracté des infections qui ont du ré quelques mois.
Rennes, expérimentant avec le trypan. du cheval de la Zousfana, cite l'observation d'une chèvre qui est morte en 6 mois (poussée thermique au début, amaigrissement, opalescence cornéenne); les trypan. n'ont été vus au microscope que le 5e jour; et celle, d'un mouton qui a eu de l'amaigrissement, un œdème de la région de la gorge, puis est revenu à la santé; son sang a été infectant, bien que les trypan. n'aient jamais été vus.
Le même expérimentateur a inoculé un taureau clans la veine ; ce taureau est mort 15 jours après : poussée thermique au début; sang infectant sans que le trypan. ait été vu. On trouvera, au paragraphe qui traite de l'identification du Tr. souclanense, d'autres observations d'infection de bovidés.
D'après Laveran, chez les chèvres et chez les moutons inoculés avec Tr. soudanaise, le seul symptôme observé d'ordinaire est un léger amaigrissement. Il n'y a pas de poussée fébrile bien marquée, pas d'œdèmes, pas d'ophtalmies.
La- maladie paraît se terminer souvent par guérison chez ces animaux. De deux chèvres inoculées à Paris, l'une a guéri au bout de i mois 1/2 environ, l'autre au bout de 8 mois (réinoculée avec le même virus, elle a eu une légère réinfection).
Un mouton a présenté une infection de très longue durée. Inoculé le 15 juillet 1906, il ne montre aucun signe d'infection; son poids no diminue pas et. très rapidement, se met à augmenter régulièrement. L'examen histologique du sang, fait au début de l'infection, est négatif; mais le sang se montre constamment pathogène pour la souris. L'animal finit par succomber le 16 septembre 1908 avec des trypan. assez nombreux. La maladie a donc duré plus de 2 ans.
Porc. — Un porcelet, inoculé par Rennes, n'a montré aucun symptôme morbide; mais son sang a été infectant.
§ 3. — Modes d'infection.
Les indigènes de l'Afrique du Nord ont de tout temps accusé les taons d'inoculer aux dromadaires la maladie que nous venons de décrire. Ils savent que, lorsque les dromadaires séjournent en été dans une contrée où les taons sont nombreux, la mortalité atteint des proportions effrayantes dans les mois qui suivent, tandis qu'au contraire, lorsqu'ils ont passé l'été en un lieu presque dépourvu de taons, la maladie fait très peu de ravages. Ils avaient fort bien supposé que ce n'était pas la piqûre elle-même qui était venimeuse
L/AVEAAM ot Meknii.. — Trypanosomos et Trypanosomiasos. 32
49S THYPANOSOMES ET THYPANOSOM1ASES
et que le taon n'était qu'un porte-virus occasionnel (Ed. et Et. Ser- •
gent).
En Algérie, la majorité des taons apparaissent entre le 1er et le LSjuin; ils durent 40 jours. environ et disparaissent au moment où éclosent leurs ennemis acharnés, les Asilides, mouches longues, effilées et robustes, dont il existe plusieurs espèces en Algérie. Les taons vivent dans les vallées humides, broussailleuses; ils fréquentent de préférence les touffes de Thapsia; ils se montrent au moment où cette plante fleurit et disparaissent dès que les fleurs eu sont flétries.
Deux espèces de taons (A iy lotus nemoralis et A t. lomentosus) seraient, d'après les constatations d'Ed. et Et. Sergent, particulièrement à soupçonner. C'est surtout avec ces espèces qu'ils ont réalisé leurs expériences de transmission.
En se servant de rats et de souris fortement infectés, ils ont reconnu que les taons propagent l'infection d'un animal malade à un animal sain quand les piqûres se suivent immédiatement. Il n'est môme pas nécessaire qu'il y ait succion de sang : les Sergent citent une expérience dans laquelle un taon qui a plongé son dard une seule fois sans sucer, d'abord dans la peau d'un rat infecté, puis dans celle d'une souris, infecte cette dernière. Quand l'intervalle entre les deux piqûres est de 15 à 70 min., les résultats sont négatif-. Pourtant, dans une expérience où l'intervalle a été de 22 heures, il • y a eu infection.
Les mômes expériences, réalisées en se servant de stomoxes et en faisant suivre les deux piqûres sans intervalle, n'ont donné qu'un résultat positif sur l 'i essais. La supériorité des taons sur les stomoxes comme agents de transmission du debab apparaît donc clairement.
Les trypan. paraissent détruits en moins d'une heure dans l'estomac des taons.
Ces données expérimentales correspondent bien avec ce que l'on sait de l'étiologie de la maladie. v
La maladie durant en général au moins un an chez les dromadaires, il existe dans tout troupeau, au mois de juin, plusieurs bôtes (environ le dixième du troupeau) susceptibles de fournir le virus aux taons. Les taons piquent de 9 heures du matin à 5 heures du soir, par beau soleil. Ils se précipitent en foule sur leur proie qui se défend avec une agilité particulière; les taons chassés vont d'un animal à l'autre et on conçoit que les conditions soienl 1res favorables pour la diffusion du virus.
Le virus peut aussi passer du dromadaire au cheval par l'intermédiaire des mômes insectes. Mais les cas sont rares chez les indigènes, parce qu'on ne trouve pas de grands rassemblements de chevaux
DEBAB ET TAHAGA 499
dans Le voisinage immédiat des troupeaux de chameaux. Les épizooties équines observées par les vétérinaires militaires ont sûrement été en rapport avec de grands déplacements des troupes montées dans une région, comme la vallée de la Zousfana, où les dromadaires sont nombreux.
En Egypte, les mouches incriminées dans la transmission sont 2 tabanides : le Tabaiias tœniola, répandu dans toute l'Egypte, et une autre espèce de plus petite taille et plus localisée.
Au Soudan, Bouet et Roubaud 1 ont facilement obtenu la transmission du tahaga par les stomoxes, soit en appliquant, sur la peau des rats et des chiens, des cages renfermant des stomoxes dont le repas, sur un animal infecté, venait d'être interrompu ; — soit en laissant des chiens attachés à peu de distance l'un de l'autre clans des endroits à stomoxes (Si. calcilrans et SI. Bouuieri).
Ce dernier mode de transmission, qui reproduit les conditions naturelles, a toujours échoué, entre les mains de Bouet et Roubaud, avec les Tr. Pecaudi, dimorphon et Cazalboui.
Ces savants n'ont pas observé d'évolution du Tr. soudanaise chez les stomoxes.
Il était intéressant de se demander si la maladie pouvait, comme la dourine, être transmise par le coït. Les expériences comparatives faites avec les virus de ces deux affections ont montré qu'ils se comportaient différemment à cet égard : résultats positifs avec la dourine qui traverse les muqueuses génitales du lapin, négatifs avec le debab (Mesnil, Ed. et Et. Sergent).
§ 4. — Agent pathogène. Son identification.
Ed. et Et. Sergent regardent le trypan. du debab algérien comme étant du type nagana-surra . Dans leur 1er mémoire, ils lui assignent des dimensions plus petites : 18 (x à 22 [*, 5 (moyenne 19 a) contre 25 a aux Tr. Brucei et Evansi, mesurés dans des conditions identiques. Dans leur second mémoire, le trypan. de la même origine, conservé par passages sur animaux de laboratoire, mesurait 25 a, 5; celui isolé d'un cheval atteint de laher mesurait 24 a en moyenne.
Laveran n'a pas observé de différences morphologiques appréciables entre le Tr. soudanense et le Tr. Evansi.
L'évolution et l'étiologic des maladies algériennes que nous venons d'étudier devaient faire songer à des affinités avec le surra. Roger et Greffulhe avaient appelé leur virus sùrra nord-africain.
I. Bouet et Koubaud, Bull. Soc. Palh. exot., t. V, juillet 11)12.
500 THYPAN0S0MES ET THYPANOSOMIASES
Rennes avait insisté sur les ressemblances avec le caderas; mais la ■ morphologie des deux parasites ne permet pas cette assimilation.
11 résulte d'abord des recherches de Hennés et des frères Sergent, en collaboration avec Lhéritier, que les divers virus algériens dont nous avons parlé dans ce chapitre, sont identiques.
La chamelle des Sergent, guérie du debab oranais et ayant acquis une solide immunité, a aussi l'immunité pour le debab constanlinois et pour le taher, dont on lui inocule successivement les virus. Une chèvre guérie du debab et ayant acquis l'immunité, n'a pas été infectée par le taher.
D'autres expériences d'immunité active, dont nous allons résumer les résultats, ont établi que le virus algérien diffère du surra et qu'il y a lieu de l'identifier spécifiquement au trypan. soudanais du tahaga.
Pour ce virus aussi, on pouvait songer au surra, d'autant plus qu'une variété de surra, la mbori, existe dans les mômes régions et s'y présente sensiblement avec les mêmes caractères. Afin de trancher la question, Lavcran a fait les expériences suivantes.
Il a inoculé le virus de la mbori à une chèvre qui avait guéri du tahaga après une infection de 4 mois et demi et dont l'immunité acquise avait été contrôlée par un essai négatif de l'inoculation du même virus. La chèvre a contracté, à la suite de l'inoculation du Tr. soudanaise , une infection qui s'est traduite par une légère poussée fébrile et par le l'ait que son sang, prélevé 15 et 45 jours après cette inoculation, a été infectant pour le chien.
Une autre chèvre, guérie de mbori et ayant l'immunité pour ce trypan.. fut inoculée avec le virus du tahaga; elle contracta une infection légère (pas de baisse de poids, fièvre à peine marquée), mais qui dura 8 mois.
Ces expériences conduisirent Laveran à donner un nom spécifique. Tr. soudanense, au trypan. du tahaga. L'action pathogène assez spéciale de ce trypan. sur les souris lui fit songer à un rapprochement avec le trypan. du debab. Pour le vérifier, il se servit de deux bovidés conservés à l'Ecole d'Alfort.
Le premier était immunisé contre le surra, le second contre le nagana; Rennes leur avait inoculé son virus de la Zousfana. 15 jours après, le sang de ces animaux infectai! rapidement le chien; au bout de 2 mois, la même épreuve montre que le bovidé immun au nagana est encore infecté (il ne I'esl plus au bout de 4 mois), tandis que l'autre, immun au surra. ne l'est déjà plus. Cette expérience tend à établir que le virus de la Zousfana est distinct à la fois du nagana et du surra, mais plus voisin de celte dernière maladie1. Le second
I . Un autre bovidé, de l'Ecole d'Alforl, hyperinimunisé contre le surra, a contracté, à l,i suite de l'inoculation du virus taher des Sergent, une infection qui a dure quelques mois comme celle d'un bovidé témoin.