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CHAPITRE XXV

INFECTIONS PRODUITES PAR LE T R Y P A N O S O M A CONGOLENSE, BRODEN.

§ 1. — Historique. Répartition.

En 1904, A. Broden a appelé l'attention sur un trypanosome qu'il avait trouvé chez un âne et chez des moutons provenant du poste de Galiema (Etat indépendant du Congo). Broden a pensé que ce trypan., remarquable par ses petites dimensions et par l'absence d'une partie libre du flagelle, appartenait à une espèce nouvelle qu'il a désignée sous le nom de Tr. congolense '.

Ultérieurement, Broden a retrouvé ce trypan. chez des bovidés et chez des dromadaires de l'Etat indépendant du Congo, et il a fait ressortir les analogies existant entre le Tr. congolense et le Tr. dimorphon, sans conclure toutefois à l'identité de ces parasites

Bodhain, qui a donné une description du petit trypan. du Congo, constate que l'absence de partie libre du flagelle rapproche ce trypan. du Tr. dimorphon 3.

Dutton, Todd et Kinghorn, qui ont étudié dans l'Etat indépendant du Congo la trypanosomiase produite par Tr. congolense, signalent les analogies de ce trypan. avec Tr. dimorphon; mais ils ne citent aucune expérience permettant de conclure soit à l'identité, soit à la non-identité des deux parasites4.

!. A. Broden, Bullct. de la Soc. d'études coloniales, Bruxelles, février 1904.

2. Id., Rapport sur les travaux du labor. méd. de Lâopoldville de 1900 à 1903, Bruxelles, 1900, p. 178. — A. Broden, Bullet. Acad. R. de Belgique, t. XX, 1906, p. 387.

3. Hodhain, Trypanosomiases humaines et animales dans l'Oubtfaçi, Arch. f. Schiffs ». Tropen Hygiène, t. XI, mai 1907, p. 21)7. Voyez aussi : MeuleMan, Rapport sur les maladies tropicales des animaux domestiques, Publication de L'Etat indép. du Congo, Bruxelles, 1907, et F. IIohnel, Arch. f. Schiffs u. Tropen Hygiène, cahier supplém., 3 juin 1908.

4. J.-E. Dutton, J.-L. Todd et A. Kinghorn, Caille trypanosomiasis in the Congo free Slato, Annals of trop. med. a. parasilology, juin 1907, t. 1, n° 2.

«18 THYI'ANOSOMES ET TRYPANOSOM1 ASIÏS

G. Martin, Lebœul' et Roubaud ont rencontré souvent au Congo français des infections ducs au Tr. congolense chez des bœufs, des moutons, des chèvres et des chiens. D'après ces observateurs, Tr. congolense est le trypan. qui cause le plus grand nombre d'infections parmi les animaux domestiques, dans les régions du lias et du Moyen Congo '.

E. Montgomery et A. Kinghorn ont observé des infections par Tr. congolense chez des bovidés, dans le nord-est de la Rhodésia 2.

I). Rrucc, Hamerton, Rateman et Mackic ont proposé d'identifier Tr. congolense à Tr. dimorphon et d'adopter le nom nouveau de Tr. pecorum pour désigner ces 2 espèces unifiées; nous discuterons plus loin cette opinion (paragraphe concernant l'identification de Tr. congolense . dans ce chapitre, et chap. xxvr relatif au Tr. pecorum).

Kleine et Fischer, Fehlandt ont observé au Tanganyka, chez des chiens, une infection naturelle par un petit trypan. ayant les caractères du Tr. congolense3.

Jowett a vu, chez des bovidés du Mozambique, un trypan. ayant les caractères du Tr. congolense ou du Tr. dimorphon. Les trypan. décrits par Jowett semblent devoir être identifiés plutôt au Tr. dimorphon qu'au Tr. congolense i .

Rodhain, Pons, Van den Rranden et J. Requaert ont observé, dans le Ras-Katanga, des infections naturelles produites par le Tr. congolense, ou par un trypan. très voisin, chez des chiens et chez des chèvres; les infections avaient tantôt une marche aiguë, tantôt une marche chronique ■>.

Au mois d'octobre 1906, le D1' Rroden a bien voulu envoyer à l'un de nous un cobaye inoculé avec le Tr. congolense; c'est ce virus, gardé sur cobayes, qui a servi à toutes nos recherches 6.

— Évolution de la maladie. Symptômes.

L'infection naturelle par le Tr. congolense a été observée principalement chez des bovidés, mais elle a été rencontrée aussi chez

1. G. Martin, Ledoeuf cl Roubaud, Société de pathol. exotique. 10 juin 1908 cl La maladie du sommeil au Congo français, Paris, 1909, p. 611. — Kérandel in Rapport Mission d'études.

2. E. Montgomery et A. Kinghorn, Annals of trop. med. a. parasitol., 20 octobre 1909, t. III, p. 349.

3. F.-K. Kleine et W. Fischer, Zeilschr. f. Hyg. u. Infelctionskr., 1911, t. LXX, p. 18, — O. Fehlandt, Rech. sur les trypanosomes, Th. de doctorat, Leipzig, 1911.

K. \V. Jowett, Journ. of compar. Path. a. Tlierap., sept. 1910, mars 1911. ."). Travail de la mission scientifique belge du Katanga, Soc. de path. exotique, 10 innvier 1912.

G. A. LaVeran, Annales de l'Institut Pasteur, novembre 19(18 et février 1910 cl Dullcl. de la Soc. de path. exotique, 10 novembre 1909.

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d'autres animaux : dromadaires, équidés, chèvres, moutons, chiens.

Bovidés. — Les bovidés infectés deviennent paresseux, ils marchent en queue du troupeau; au pâturage ils restent isolés, immobiles, la tète inclinée vers le sol.

.V une période plus avancée de l'infection, les animaux maigrissent, les côtes deviennent saillantes. Le poil est terne, sale; souvent il existe de la conjonctivite. Les animaux marchent péniblement, en traînant les membres postérieurs. Il n'y a pas d'œdèmes; les ganglions lymphatiques sont d'ordinaire hypertrophiés. L'examen du sang est souvent négatif; il est plus facile de trouver les trypanosomes en ponclionnant les ganglions lymphatiques superficiels que par examen direct du sang. La durée de l'infection est assez longue (Broden).

Equidés. — Le symptôme principal est l'amaigrissement. Il n'y a pas d'œdèmes. Les trypan. sont rares dans le sang. Un âne infecté spontanément au poste de Galiema est mort au cinquième mois de la maladie (Broden).

Chèvres et moutons. — Les infections par le Tr. congolense qui, chez ces animaux, sont de longue durée, se terminent le plus souvent par guérison.

On trouvera plus loin les observations d'une chèvre et d'un bouc qui ont très bien résisté à l'infection due au Tr. congolense.

La chèvre inoculée le 15 novembre 1906 a eu une poussée fébrile assez forte à partir du 8° jour après l'inoculation, et ensuite quelques poussées de moindre importance, puis la température est redevenue normale.

Des trypan. très rares ont été vus à différentes reprises, principalement au moment des poussées fébriles et le sang s'est montré infectant pour les chiens jusqu'au 6° mois après l'inoculation.

En dehors des poussées fébriles et de l'existence des trypan. dans le sang, aucun symptôme morbide n'a été constaté.

Lorsque le sang ne s'est plus montré infectant, la chèvre a été réinoculée avec le Tr. congolense, cette opération a été suivie d'une légère réinfection; deux autres réinoculations ont été faites ensuite sans résultat, la chèvre avait donc acquis une immunité solide.

L'observation du bouc est semblable à celle de la chèvre, l'infection produite par le Tr. congolense a été seulement de plus longue durée (10 mois environ), aucun symptôme morbide apparent n'a été noté au cours de l'infection. Une première réinoculation a été suivie d'une réinfection légère; deux autres réinoculations ont été faites ensuite sans résultat; le bouc avait donc acquis, comme la chèvre, une immunité solide.

I !hez les moutons infectés spontanément par le Tr. congolense, on observe une diminution de l'appétit, un amaigrissement très

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marqué, de la faiblesse des membres, de l'anémie avec hémophilie. Lestrypan. sont toujours rares ou très rares dans le sang (Broden).

La plupart des mammifères s'infectent quand on leur inocule le Tr. congolense.

Souris. — L'incubation varie de 8 à 30 jours. La multiplication des trypan. se fait par poussées dans l'intervalle desquelles les parasites deviennent rares ou très rares clans le sang.

Pour 40 souris blanches, inoculées par Laveran avec le 7V. congolense, la durée moyenne de la maladie a été de 105 jours; les écarts au-dessus et au-dessous de ce chiffre ont été grands et nombreux; à côté de maximums de 277, 299, 306 cl .'},'{] jours, il y a des minimums de 18 et 20 jours. On ne s'explique pas comment des inoculations faites à des souris de même provenance et de môme poids, avec le même virus, employé de la même manière et aux mêmes doses, donnent lieu tantôt à des infections à marche lente, tantôt à des infections à marche aiguë. Nous verrons plus loin que, chez les cobayes, la durée de la maladie est, au contraire, peu variable.

Sauf dans les formes très aiguës, l'infection produite par le Tr. congolense, procède, chez les souris, par poussées successives, séparées par des crises trypanolytiques.

La maladie se termine d'ordinaire par la mort. Les souris qui guérissent n'ont pas l'immunité (Laveran).

La rate augmente beaucoup de volume, elle forme souvenl une tumeur transversale occupant toute la largeur de l'abdomen, facile à délimiter par la palpation. Il arrive que la rate, après une phase d'hypertrophie très marquée, diminue de volume.

Le poil tombe souvent dans la région abdominale.

A la dernière période, l'anémie est très marquée, surtout dans les formes à marche lente.

Au moment de la mort, les trypan. sont presque toujours nombreux ou très nombreux. Les hématies s'agglutinent rarement, ou bien il s'agit d'agglutinations légères.

Le virus semble s'affaiblir par son passage chez les souris. 5 cobayes inoculés sous la peau avec le virus des souris, ne se sont pas infectés; ils n'avaient pas acquis l'immunité; inoculés sur decobayes ou dans le péritoine avec le virus de souris, ils se sont infectés.

Rats. — La durée moyenne de la maladie qui se termine dans tous les cas par la mort, est de 19 jours; minimum : 15 jours; maximum : 29 jours. Chez le rat, l'infection produite par le Tr. congolense esl donc plus régulière et beaucoup plus rapide que chez la souris.

Les trypan. apparaissent dans le sang 7 à 8 jours après l'inocula-' lion du virus sous la peau; le nombre des parasites augmente en

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général d'une façon régulière jusqu'au jour de la mort. A ce moment, les trypan. sont très nombreux.

Mulots. — Sur A mulots [Mus sylvaticus) inoculés avec le Tr. congolense, 3 se sont infectés et sont morts en 29, 31 et 52 jours, le quatrième s'est montré réfractaire bien qu'il ait été inoculé à trois reprises.

Campagnols. — Deux campagnols [Microlus arvalis) inoculés avec le Tr. congolense se sont infectés et sont morts en 10 et 11 jours.

Lérots. — Deux lérots (Myoxus nilela) inoculés avec le Tr. congolense se sont infectés. Le premier est mort en 32 jours avec trypan. très nombreux et dans un état d'anémie profonde. Le deuxième est mort également en 32 jours avec trypan. nombreux. Tl y avait, dans ce cas, une hémorragie intra-péritonéale avec de petites érosions à la surface convexe du foie, sans déchirure de la rate. Chez les deux lérots. l'incubation a été longue (20 jours environ), après quoi l'infection a évolué rapidement.

Hérisson. — Deux hérissons inoculés par Laveran avec le Tr. congolense sont morts, le premier en 13 jours, le second en 11 jours; nous résumons leurs observations :

1° Un hérisson pesant 36b gr. est inoculé le 9 mars 1910, sous la peau, avec le Tr. congolense (sang de cobaye). — 15 mars, examen du sang négatif au point de vue des trypan., mais agglutination des hématies. — 18, trypan. rares. — 19, trypan. assez nombreux — 22, trypan. très nombreux.

Mort le 22 mars. Le hérisson pèse 390 gr. La rate est volumineuse, elle pèse 10 gr.

2 Un hérisson pesant 730 gr. est inoculé le 19 mars 1910 sur le hérisson n 1. Le 30 mars, le hérisson a des trypan. très nombreux.

Mort le 30 mars. Poids : 875 gr. Suffisions sanguines dans le tissu conjonctif sous-cutané de la paroi abdominale. Sang très pâle. La rate est volumineuse, elle pèse 10 gr.

Cobayes. — C'est au moyen de passages par cobayes que Laveran garde le Tr. congolense depuis 1906; il a dû inoculer, par suite, un grand nombre de ces animaux. L'inoculation de cobaye à cobaye réussit toujours; au contraire, l'inoculation des cobayes avec le virus provenant de passages par souris donne souvent des insuccès1.

L'incubation est de 7 à 8 jours.

( ontrairement à ce qui arrive pour la souris, l'évolution de l'infection produite parle Tr. congolense est très régulière chez le cobaye.

1. A. Laveran, Soc. de pathol. exotique, 13 oct. 1909. — G.Martin et Ringenbacii, ont publié l'observation d'une chienne infectée de Tr. congolense, au virus de laquelle les cobayes se sont montrés réffûCtaires. Soc. de pathol. exotique, 12 avril

022 TRYPANOSOMHS ET TKYPANOSOMIASES

Il n'est pas rare que deux cobayes, inoculés en môme temps, meurent le même jour ou à 24 heures d'intervalle.

L;i durée moyenne pour 93 cobayes a été de 14 jours, 70; minimum : 9 jours; maximum : 24 jours.

Le tableau suivant montre que la virulence du Tr. congolaise a été peu influencée à la suite de nombreux passages par cobaye- '.

I i'i 5 passages. Durée moyenne 1 4,0:3

26 il 30 - - 15,44

La durée moyenne qui, pour les 5 premiers passages, avait été de 14 jours, 93 a donc été, du 31e au 35e passage : 14, 90 et du 36° au 40e : 13, 91.

Les déchirures de la rate qui sont communes, comme nous le verrons plus loin et qui ont pour conséquence des hémorragies intrapérilonéales, abrègent souvent la durée de la maladie.

Il est fréquent d'observer, chez les cobayes infectés avec le Tr. congolaise, des œdèmes et des hémorragies dans le tissu conjonclif des parois abdominale et thoracique.

Les trypan. apparaissent dans le sang vers le 7e jour après l'inoculation du virus sous la peau; ils augmentent progressivement de nombre et, au moment de la mort, ils sont nombreux ou très nombreux. Il n'y a pas, en général, de crise trypanolytique. L'agglutination des hématies fait souvent défaut ou bien elle est légère.

L'infection se termine toujours par la mort.

LAPINS. — Un lapin inoculé avec le Tr. congolaise a présenté une infection assez sévère qui s'est terminée par guérison. Le lapin, réinoculé à deux reprises avec le Tr. congolaise, ne s'est pas réinfecté; il avait donc acquis l'immunité pour le Tr. congolense; inoculé avec le Tr. dimorphon, ce lapin a contracté une infection mortelle (Laveran).

Deux autres lapins inoculés avec le Tr. congolaise sont morts en 27 et 70 jours. Contrairement à ce qui arrive d'ordinaire dans les trypanosomiases des lapins, les trypanosomes étaient assez nombreux ou même nombreux dans le sang et la rate était fortement hypertrophiée.

Chiens. — La durée moyenne de la maladie chez 8 chiens a été de 34 jours; minimum : 21 jours; maximum : 52 jours.

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