I. \. Lwkran, Soc. de pathol. exotique, 8 avril
INFECTIONS A TH. CONGOLENSE 02*
Les trypanosomes apparaissent dans le sang 10 à 13 jours après rino'culalion «lu virus sous la peau. Tantôt les trypanosomes se multiplient d'une façon assez régulière, tantôt on observe des crises I rvpanoly tiques.
Au moment de la mort, les trypanosomes sont en général nombreux dans le sang. L'agglutination des hématies est toujours très apparente chez les chiens infectés.
La dernière période de la maladie est caractérisée par l'amaigrissement et l'affaiblissement. Le chien devient triste; il n'a plus la vivacité habituelle de ses mouvements; il reste couché et, quand on le force à se lever, on constate qu'il flageole sur ses pattes; l'affaiblissement est surtout marqué dans le train postérieur. A la période terminale, le chien se couche sur le flanc et ne peut plus se relever.
Les accidents oculaires, si communs dans les trypanosomiases des chiens, ont fait défaut chez les 8 chiens.
L'infection se termine toujours par la mort.
Chats. — 6 jeunes chats inoculés avec le Tr. congolaise se sont infectés. La période d'incubation a été de 11 à 25 jours. La durée de la maladie, qui s'est toujours terminée parla mort, a été en moyenne de 78 jours (minimum : 68 jours; maximum : 85 jours).
Les trypan. ont toujours été rares ou très rares dans le sang; à la dernière période de la maladie, l'examen histologique fait par le procédé ordinaire a donné souvent un résultat négatif.
L'infection ne s'est traduite que par de l'affaiblissement à la dernière période; aucun des chats n'a présenté de troubles oculaires pouvant se rattacher à la trypanosomiase.
Singes. — L'observation suivante prouve que les Macaques s'infectent facilement par Tr. congolense et que ce trypan. détermine chez eux une maladie à marche rapide (durée 24 jours dans ce cas).
Un Macacus rhésus d du poids de 2 kg. 570 est inoculé le 25 mars 1907 sur cobaye. — Le 31 mars, l'examen du sang est négatil. — 3 avril, trypan. rares. — 6 et 8 avril, trypan. non rares; les hématies s'agglutinent. — 10 avril, trypan. assez nombreux. — 13 avril, le singe est moins vif, il parait souvent endormi. Trypan. nombreux. Agglutination des hématies. — 16, le singe s'affaiblit de plus en plus, il se laisse prendre facilement, alors qu'auparavant il faisait une forte résistance, Un peu d'œdème des bourses. Trypan. nombreux.
Le singe va s'affaiblissant et meurt le 18 avril. Poids : 2 kg. 470. Œdème de la paroi abdominale. Les ganglions axillaires et inguinaux sont augmentés de volume. Pas d'épanchements dans les séreuses.
t. a rate pèse 16 gr. Rien à noter du côté des viscères abdominaux ou. thoraciques.
TRYPANOSOMES ET THYPANOSOM I ASES
§ 3. — Anatomie pathologique.
L'hypersplénie est souvent la seule lésion notée à l'autopsie des animaux i[iii succombent à l'infection produite par le Tr. cong'olense.
Chez la souris, le rat, le cobaye et le chien, la rate est toujours augmentée de volume; chez les Bovidés au contraire, et vraisemblablement chez les Caprins, l'hypersplénie fait défaut. C'est une règle pour les trypanosomiases que la rate augmente beaucoup de volume chez les animaux qui ont de nombreux trypanosomes dans le sang, tandis qu'elle conserve à peu près ses dimensions 'normales chez ceux qui, au cours de l'infection, ne montrent que de rares trypanosomes. Cette règle s'applique bien aux infections dues au Tr. congolaise.
Chez les souris, l'hypersplénie qui est constante atteint souvent des proportions énormes.
Pour 37 souris, d'un poids moyen de 21 gr. 90, le poids moyen de la rate a été de 1 gr. .43. Il n'est pas rare de trouver des rates pesant de 1 gr. 50 à 2 gr. Chez une. souris de 25 gr., la rate pesait:] gr. 70; chez une autre.de môme poids : 5 gr., soit le cinquième du poids total!
L'hypersplénie s'explique par l'hyperplasie des éléments propres de la rate et par la congestion très forte dont ce viscère est le siège.
Dans les formes à marche lente, le foie présente aussi des altérations; il est augmenté de volume, la surface est granuleuse, comme celle d'un foie cirrhotique, sans que la consistance augmente; enfin on distingue, à la surface et sur les coupes, de petits îlots blanchâtres, mal limités, en plus ou moins grand nombre. Sur les coupes histologiques, on note, dans ces cas, une néoformation des cellules du tissu conjonctif, les jeunes éléments sont nombreux, surtout autour des vaisseaux, ils pénètrent çà et là dans la partie périphérique des lobules et altèrent plus ou moins les cellules hépatiques. Les capillaires sanguins sont distendus par le sang.
Chez deux souris, l'autopsie a révélé des hémorragies intra-péritonéales abondantes. Dans un des cas, la rate qui pesait 1 gr. 50, présentait une petite déchirure de 5 à 6 mm. de long à son bord antérieur; on verra plus loin que ces déchirures de la rate sont communes chez les cobayes infectés avec Tr. congolaise. Dans l'autre cas, le sang épanché dans le péritoine, semblait provenir d'une hémorragie périrénale; la capsule de la rate ne présentait aucune déchirure.
Chez les souris qui meurent de la forme lente de la trypanosomiase, l'anémie est extrêmement marquée à la période terminale de la maladie.
Chez des rats de 80 à 100 gr., le poids de la rate a atteint plusieurs fois : 2 gr., 2 gr. 50 et môme 3 gr.
INFECTIONS A TR. CONGOLENSE 625
Chez des mulots de 15, 23 et 28 gr., la rate pesait respectivement : 1 gr. 50, 0 gr. 90 et 1 gr. 60.
Chez deux campagnols, du poids de 15 et de 18 gr., la rate pesait 0 gr. 70 chez le premier, 1 gr. 50 chez le second.
Chez 2 lérots pesant, le premier, 70 gr., le deuxième 112 gr., morts de Tinfection produite par le Tr. congolaise, la rate pesait 0 gr. 45 chez l'un, 1 gr. 90 chez l'autre. Le foie était malade chez les deux lérots et, chez le 2e, il existait à la surface convexe du foie de petites érosions qui avaient donné lieu à un épanchement sanguin intrapérilonéal.
Chez 2 hérissons, pesant 390 et 875 gr., le poids de la rate était de 10 gr.
L'hypersplénie est constante chez le cobaye; pour des cobayes de 500 gr., infectés avec Tr. congolense, le poids moyen de la rate est de 4 gr. 50; dans certains cas, le poids de la rate atteint 6, 8, 10. 12 gr. ; dans un cas, la rate d'un cobaye de 480 gr. pesait 19 gr.
L'un de nous a signalé, en 1908, la fréquence des épancherrïents sanguins intrapéritonéaux consécutifs à des déchirures de la rate chez les cobayes infectés par Tr. congolense1.
Sur 121 cobayes, Laveran a noté 22 fois des hémorragies intrapéritonéales produites par une déchirure de la rate (20 cas) ou par une déchirure du foie (2 cas).
Les déchirures de la rate sont la cause ordinaire des hémorragies intrapéritonéales ; il s'agit tantôt de déchirures proprement dites, plus ou moins étendues en largeur et en profondeur (Observ. 2 et 6), tantôt d'hémorragies qui décollent et déchirent la capsule de la rate (Observ. 3,- 4, et 5). L'observation 1 est intéressante au point de vue de l'étude de ce dernier mode de déchirure de la rate ; le foyer hémorragique sous-capsulaire ne s'était pas rompu dans le péritoine du cobaye qui fait l'objet de cette observation, mais la rupture était imminente.
Les déchirures du foie sont beaucoup plus rares que celles de la rate, nous n'en avons recueilli que deux cas (Observ. 7 et 8). Le foie est souvent altéré chez les cobayes (voir chap. vu, p. 168), ce qui permet de comprendre que le parenchyme hépatique, devenu plus friable qu'à l'état normal, puisse être le siège de déchirures.
1° Un cobaye, inoculé avec Tr. congolense le 13 mai 1908, s'infecte cl. meurt le 10 juin. Le cobaye pèse 300 gr., sa raie pèse 5 gr.
A la partie inférieure de la rate, on constate l'existence d'une poche sanguine superficielle, du volume d'une noix. Le sang- liquide contenu dans cette poche n'est retenu que par la capsule de la rate qui est distendue et amincie. La rupture do la capsule aurait entraîné la
1. A. LAVERAN, Soc. de.path. exotique, 1008, Bulletin, f. I, p. 394.
Laveiian ot Mksnil. — Trypanosomos et Trypanosomiasos. 40
■026 TRYPAN0S0MES ET TRYPANOSOMIASES
formation d'un épanchement sanguin intrapéritonéal. Le parenchyme ' splénique esl ramolli.
2° Un cobaye, inoculé avec Tr. congolaise le 23 mai 1908, a le 12 juin des trypan. assez nombreux, il meurt le 16 juin.
Le cobaye pèse 500 gr. Il existe un épanchemenl sanguin intrapéri tonéal abondant. La rate, très volumineuse, présente a la partie moyenne de sa l'ace exlerue nue déchirure transversale «pu mesure 1 cm. 1/2 de long. Le parenchyme splénique est ramolli, il n'j pas d'hémorragie intrasplénique, pas de décollement de la capsule. La rate pèse 10 gr.
3° Un cobaye, inoculé avec Tr. congolense le 8 mai 1909, a le 21 mai des trypan. non rares, et meurt le 25 mai.
Le cobaye pèse 540 gr. Epanchement sanguin intrapéritonéal abondant. Rate volumineuse. La capsule de la rate est décollée dans toute la moitié inférieure de la lace externe et présente une large déchirure. Le parenchyme splénique est ramolli. La rate pèse 5 gr.
4° Un cobaye, inoculé le 12 juin 1909 avec Tr. congolense, a le 22 juillet des trypan. nombreux, il meurt ce mémo jour.
Le cobaye pèse 490 gr. Hémorragie intrapérifonéale abondante. La rate volumineuse est dépouillée de sa capsule clans toute l'étendue de sa surface interne, des lambeaux du parenchyme splénique sont restés adhérents à la capsule qui présente une large déchirure. La rate pèse 5 gr. Il paraît évident qu'une hémorragie sous-capsulai re a décollé la capsule de la rate dans une grande étendue et que la poche s'esl ensuite rompue dans le péritoine.
5° Un cobaye, inoculé le 29 juin 1909 avec Tr. congolense, a le 7 juillet des trypan. non rares et meurt le 13 juillet.
Le cobaye pèse 500 gr. Epanchement sanguin intrapéritonéal abondant. La rate est volumineuse, elle pèse 6 gr. La capsule esl détachée dans toute la moitié supérieure de la face externe et il existe une déchirure au bord interne.
6° Un cobaye inoculé avec Tr. congolense le 28 juillet 1909, s'infecte el meurt le 9 août. Le cobaye pèse 500 gr. Epanchement sanguin intrapéritonéal abondant. La rate est volumineuse, elle pèse 6 gr. Large déchirure qui occupe presque toute la longueur de la face externe de la rate; les bords de la déchirure sont décollés ; le parenchyme splénique est ramolli.
7° Un cobaye, inoculé le 22 juin 1909 avec Tr. congolense, a le 29 juin des trypan. assez nombreux, et meurt le 5 juillet.
Le cobaye pèse 570 gr. Epanchement sanguin intrapéritonéal abondant. La rate est volumineuse: elle pèse 5 gr. 50; examinée avec le plus grand soin, elle ne présente aucune déchirure. A la l'ace supérieure du foie, dans la région externe, on constate une petite déchirure linéaire qui mesure 1 cm. 1/2 de long. Aucun traumatisme n'explique celle déchirure.
8° Un cobaye, inoculé le 20 juillet avec Tr. congolense, s'infecte el meurt le 8 août. Le cobaye pèse i-50 gr. Epanchement intrapéritonéal abondant La rate est volumineuse, elle pèse 6 gr. ; examinée avec le plus grand soin, elle ne présente aucune déchirure. Deux petites érosions de la face supérieure du l'oie, paraissent avoir été le point de départ de l'hémorragie.
INFECTIONS A TR. CONliOLENSE 627
Les Iraumatismes (chute, acLion de saisir brusquement les cobayes, etc...), facilitent les déchirures de la rate, mais ne sont pas nécessaires pour la production de ces accidents. Laveran a observé la déchirure de la rate chez beaucoup de cobayes qui, depuis plusieurs jours, n'avaient pas été maniés.
Les hémorragies intraspléniques expliquent l'énorme développement que la rate prend quelquefois.
Chez les chiens, la rate a toujours été trouvée hypertrophiée. Chez un chien du poids de 18 kg., la rate très ramollie, mamelonnée à la surface, pesait 227 gr. Chez deux autres chiens pesant 2 kg. et 9 kg., les rates pesaient 200 gr. et 175 gr. (Laveran).
Chez les 6 chats dont il est qûestion plus haut, la rate était peu hypertrophiée; chez deux des animaux, du poids de 1 kg., la rate pesait 5 gr. ; dans les autres cas, elle était notablement plus petite : 3 gr., 2 gr., et môme une fois, 0 gr. 60. Le foie a été noté souvent comme gros et congestionné.
Chez les Bovidés, les ganglions lymphatiques sont souvent hypertrophiés. Des exsudats de sérosité citrine ou sanguinolente, dans le péritoine ou dans le péricarde, sont signalés par Broden comme fréquents.
£ 4. — - Agent pathogène. Mode d'infection.
Dans le sang frais, Tr. congolaise a des mouvements très vifs, mais il se déplace très peu dans le champ du microscope ; ce frétillement sur place est assez caractéristique. On distingue parfois, dans le protoplasme, des granulations très réfringentes.
Les trypanosomes s'agglutinent souvent autour des leucocytes auxquels ils adhèrent par leur extrémité antérieure (fig. LXXX1V).
Sur les préparations de sang desséché, fixé et coloré, on distingue les particularités suivantes.
Les trypan. sont petits; ils mesurent en général de 10 à 13 p. de long, sur là 2 p, de large; les plus grandes formes atteignent 15 à 17 ta de long.
Le corps est moins flexueux que ne l'est celui des trypanosomes en général (fig. LXXXV).
L'extrémité postérieure est conique, peu effilée, l'extrémité antérieure est effilée, sans flagelle libre, le protoplasme se prolongeant jusqu'à l'extrémité du flagelle.
Vers la partie moyenne du corps, on distingue un noyau ovalaire, bien circonscrit, qui se colore fortement.
Le centrosome, très apparent, est situé près de l'extrémité posté-
628 TUYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
rieure; il est en général accolé à la paroi du trypan. comme la fail remarquer Broden.
Du centrosome part le flagelle qui borde la membrane ondulante et qui aboutit à l'extrémité antérieure, sans présenter de partie libre.
'Fig. LXXX1V.
1, leucocyte polynucléaire auquel adhérent 7 trypan. qui sont fixés par leur extrémité antérieure. — 2, 3, 4, 5 différents aspects du Tr. congolense à l'état libre. — a, «', hématies nucléées. — Sang de rat fixé et coloré. Gross. 1 400 D. environ. (Cliché de A. Lavcran.)
La membrane ondulante est étroite et peu plissée; elle ne montre en"général que deux ondulations.
Le protoplasme se colore peu; il ne renferme pas d'ordinaire de granulations cbromophiles.
Hohnel dit avoir vu, dans les préparations colorées du sang d"un
Fig. LXXXV.
1, 2, 3, 4, 5 diirércnts aspects du Tr. congolense dans du sang do rat. — 6, un trypanosomo en voie do division. — a, a\ a" hématies nucléées. Gross. 1 400 D. environ. (Cliché do A. I.averan.)
rat infecté par le Tr. congolense, au 20e jour de l'infection, des hématies qui contenaient des trypan.; les parasites étaient inclus en entier ou partiellement dans les hématies. Dans une préparation
INFECTIONS A TR. CONGOLENSE 629
fraîche du sang du rat, le même auteur aurait vu une fois un trypan. qui avait réussi a pénétrer dans une hématie; le parasite imprimait des mouvements de repliement à la périphérie de l'hématie '.
Les figures données par Hohnel à l'appui de son opinion, ne sont pas probantes; il peut très bien se faire qu'il s'agisse simplement de trypan. accolés à des hématies. Pour ce qui concerne l'observation faite une fois à l'état frais, en admettant que l'interprétation soit exacte, elle ne prouve pas que, dans les conditions normales, les' trypan. pénètrent dans les hématies. Lavcran qui a essayé souvent de contrôler les observations de Hohnel en examinant du sang frais ou du sang desséché et coloré, n'a jamais constaté la pénétration des Tr. congolense dans les hématies.
La multiplication se fait par bipartition. Les formes, en voie de division, sont ,un peu plus longues et plus larges que les formes normales. Le centrosome se divise en général le premier. Le flagelle se divise ensuite à sa base (6, fig. LXXXV), puis clans toute sa longueur; la bipartition s'achève par la division du noyau et du protoplasme.
Dans le sang d'un rat fortement infecté de Tr. congolense, on trouvait de nombreuses hématies nucléées(fig. LXXXIV et LXXXV, a, a', a").
L'un de nous a fait plusieurs tentatives pour obtenir des cultures du Tr. congolense sur milieu de Novy; ces tentatives ont toujours échoué.
L'infection est propagée par les Glossina, et peut-être aussi par d'autres mouches piquantes.
Roubaud a observé plusieurs fois l'infection naturelle de la Gl. palpalis par le Tr. congolense. Les infections expérimentales des Gl. palpalis par Tr. congolense ont donné des résultats analogues à celles produites par Tr. gambiense, mais les parasites n'ont pas été vus chez les glossines au delà du 3e jour -.
Les savants qui faisaient partie de la mission scientifique belge du Katanga ont réussi (1 fois sur 20) à infecter une Gl. morsitans avec le Tr. congolense. La mouche qui était infectieuse 23 jours après la succion infectante (une chèvre infectée) avait une infection totale3.
§3- — Diagnostic différentiel. Identification du Tr. congolense.
Par ses dimensions, Tr. congolense se distingue nettement des trypanosomes du type Tr. Evansi(Tr. Brucei, Tr. soudanaise, etc.). Tr. Cazalboui présente ce caractère important qu'il n'est inocu-
1. Hohnel, Arch. f. Schiffs u. Tropen Hygiène, 1908, Beiheft 3.
2. Ii. Roubaud, Thèse de doct. às se. nat., Paris L909, p. 133 et p. 161. Roubaud donne ces observations comme ayant été faites avec, Tr. congolense (vel dimorphon) ; il n'est donc pas certain qu'elles se rapportent à Tr. congolense.
3. J. RooifAiN, van den Branden, G. Pons et J. BequAERT, Soc. de pathol. exotique, 8 mai 1912.
030 THYI'ANOSOMES ET THYPANOSOMIASES
lable ni au singe, ni au chien, ni au cobaye, ni au rat, ni a la souris. "
Tr. Pecaudi, avec ses deux formes, dont Tune, mesurant 25 à 38 {l. de long, et l'autre courte, mais remarquable par sa largeur, se différencie facilement aussi du Tr. congolaise.
Le diagnostic différentiel du Tr. congolaise, du Tr. dimorphon et du Tr. pecorum présente plus de difficultés, et il n'est pas douteux que ces trypanosomes aient été confondus plus d'une fois.
I). Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie ont émis l'opinion que Tr. congolaise et Tr. dimorphon appartenaient à une môme espèce qu'ils ont proposé de désigner sous le nom de Tr. pecorum l. Nous allons montrer que le Tr. congolense ne peut pas être identifié au Tr. dimorphon ; on verra dans le chapitre suivant que le Tr. pecorum des observateurs anglais constitue une espèce distincte du Tr. congolense et du /'/■. dimorphon.
Au point de vue morphologique, le Tr. congolense diffère du Tr. dimorphon. Le premier de ces trypan. mesure 10 p. à 13 jj. de long, les exemplaires qui atteignent 15 |i à 17 u. de long sont fort rares; Tr. dimorphon présente au contraire, dans les cas types, un mélange de petites formes (10 ij. à 15 ude long) et de grandes formes (22 u de long en moyenne). U suffit de comparer les figures LXXX1I1 et LXXXV, pour se rendre compte des différences existant entre les formes typiques de ces deux trypanosomes. Mais le Tr. dimorphon ne se présente pas toujours sous ses formes typiques. Dans certaines infections dues au Tr. dimorphon, les grandes formes soijt rares ou très rares; si bien qu'on pouvait supposer que le Tr. congolense était une variété du Tr. dimorphon dans laquelle les grandes formes avaient disparu. Tr. congolense a la plus grande ressemblance avec les petites formes du Tr. dimorphon : l'extrémité postérieure est le plus souvent arrondie et il n'y a pas de partie libre du flagelle.
L'action pathogène sur les différentes espèces animales ne fournit pas non plus d'indications suffisantes pour le diagnostic différentiel. On peut noter seulement que les infeclions par le Tr. dimorphon ont, en général, une marche plus rapide que celles qui sont produites parle Tr. congolense.
On a vu plus haut que, pour 40 souris inoculées avec le Tr. congolense, la durée moyenne de la maladie avait été de 105 jours; pour 28 souris inoculées avec le Tr. dimorphon, la durée moyenne de la maladie a été de 12 jours.
Chez le lapin, l'infection parle Tr. congolense est moins grave que relie produite par le Tr. dimorphon.
Les infections par le Tr. congolaise se terminent plus souvent par
1. D. Bruce, A.-K. IWmeivton, H.-U. B.vteu.vn, F.-P. Mackie, Proceed. oj ,c, B, t. I. XXXII. p. 408, 1910.
INFECTIONS A TR. CONGOLENSE 031
guéridon, chez la chèvre et chez le mouton, que les infections dues au Tr. dimorphon, et les premières confèrent plus sûrement l'immunité (après guérison naturelle) que les secondes.
L'atoxyl et son dérivé acétylé qui sont sans action sur le Tr. congolense, agissent, faiblement il est vrai, sur le Tr. dimorphon. Chez des cobayes in frétés de Tr. dimorphon, Laveran a réussi à faire disparaître passagèrement les trypan. du sang, en leur donnant de fortes doses d'atoxyl ou de son dérivé acétylé, résultat qu'il n'a jamais obtenu chez les cobayes infectés par Tr. congolaise.
L'orpiment qui est d'une grande efficacité dans les infections produites par Tr. congolense, ainsi que nous le verrons plus loin, est beaucoup moins actif dans les infections dues au Tr. dimorphon.
11 était indiqué de rechercher si un animal guéri d'une infection parle Tr. congolense, etayant l'immunité pour cette trypanosomiase, pourrait être infecté par le Tr. dimorphon. L'un de nous a pu réaliser cette expérience sur une chèvre et sur un bouc L
I. Une chèvre neuve du poids de 31 kg. est inoculée avec Tr. congolense le 15 novembre i906. L'inoculation est faite sous la peau de l'oreille avec du sang de cobaye dilué dans de l'eau physiologique citratée.
La chèvre a une poussée fébrile du 23 au 28 novembre; température maxima 40°, 3. Les examens du sang de la chèvre, faits le 25 novembre, et à différentes reprises pendant les mois de décembre 1906 et de janvier 1907, révèlent l'existence de trypan. rares ou très rares. Du 29 novembre au 26 décembre, la température de la chèvre se maintient entre 39° et 39°, 6 (fig. LXXXVI). Le 1er décembre, la chèvre pèse 27 kg.; les 15 et 31 décembre, 32 kg.
A partir du 27 décembre, et pendant les mois qui suivent, la température se maintient entre 38° et 39°; elle est donc normale.
Pendant les mois de février, mars et avril, les examens du sang sont le plus souvent négatifs: cependant on note, à diverses reprises, la présence de trypan. très rares. La chèvre va bien; elle pèse, le 17 février, le 18 mars el le 15 avril, 34 kg. A partir du 8 avril, les examens directs du sang de la chèvre sont négatifs.
Le 2 mai, on injecte à un chien, dans le péritoine, 30 ce. du sang de la chèvre : le chien s'infecte et meurt le 26 mai. Le 3 juin, on inocule avec le sang de la chèvre un cobaye (4 ce. de sang dans le péritoine) et deux souris: ces animaux ne s'infectent pas. Un chien inoculé le 15 juillet 30 ce. desang dans le péritoine) ne s'infecte pas.
Le 22 août 1907, la chèvre qui paraît guérie est réinoculée avec le Tr. congcflense ; elle ne présente, à la suite de cette inoculation, aucun symptôme morbide.
6 septembre. On inocule, sur la chèvre, un chien qui reçoit dans le péritoine 30 ce. de sang et trois souris qui reçoivent chacune 0 ce. 25 de sang. Le chien s'infecte et meurt, les souris ne s'infectent pas. Les examens du sang de la chèvre sont négatifs.
I. A. Laveran, Acad. des Sciences, 21 avril 1908, et Ann. lnsl. Pasteur, nov. 19(18.
La chèvre va très bien; elle pèse, le 2 octobre, 39 kg., et le //novembre, 41 kg.
INFECTIONS A TR. GONGOLENSE 633 lTn chien inoculé le 7 octobre (30 ce. de sang dans le péritoine)
sinfecte; un autre chien inoculé le 7 novembre, dans les mêmes conditions, ne s'infecte pas. La réinfection de la chèvre a donc été légère.
634 TRYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIA SES
Le 20 décembre 1907, La chèvre est réinoculée de Tr. congolense 6 janvier 1908. Un chien reçoit, dans le péritoine, 40 ce. du sang de La chèvre; il ne s'infecte pas. 6 février. On réinocule encore la chèvre avec le Tr. congolense. 21 lévrier. Un chien reçoit, dans le péritoine, 40 ce. du sang de la chèvre; il ne s'infecte pas.
Après ces deux épreuves, il paraît bien établi que la chèvre est guérie el qu'elle a acquis l'immunité pour le Tr. congolense.
l0r avril 1908. La chèvre est en très bon état, elle pèse 44 kg. Les chiens inoculés le 6 janvier et le 21 février, chacun avec 40 ce. de sang, ne se sont pas infectés. La chèvre est inoculée, sons la peau d'une oreille, avec le sang d'une souris fortement infectée de Tr. dimorphon.
Le 10 avril, la température de la chèvre monte à io- cl, le I3avril, à 41°,1 (température normale 38°,7). L'examen du sang de la chèvre, fait le 13 avril, révèle l'existence de trypan. non rares. Sur les préparations colorées, on distingue de petits et de grands trypan. (fig. LXXXVO
Le 15 avril, nouvelle poussée fébrile; le thermomètre, qui étail descendu le 14 à 38°,8, monte le 15 à 40°,8. Les trypan. sont moins nombreux dans le sang de la chèvre que le 13 avril. Le 16 avril, la température est de 40", et le 17, de 39°,7. L'examen du sang, fait le 17 avril, révèle encore l'existence de trypan.
A partir du 17 avril, jusqu'au 1er juin, la température se maintieal aux environs de 39°; à quatre reprises seulement, on note de faibles poussées fébriles avec des températures de 39°,8, 39°,7, 39l>,5, 39°, 8. Les examens du sang faits pendant celte période sont le plus sou venl négatifs: on note seulement 3 fois l'existence de trypan. rares (30 avril, 12 mai, 1er juin). Trois souris inoculées le 19 mai, chacune avec 0 ce. 25 du sang de la chèvre s'infectent et meurent de trypanosomiasc.
La chèvre maigrit; le poids qui, le l01' avril, était de 44 kg. tombe, le 1er mai, à 42 kg. et, le 1er juin, à 37 kg. Anémie qui, marquée dès le 15 mai, va en augmentant. Les muqueuses se décolorent, le sang esl (le plus en plus pâle.
Du 2 an 7 juin, poussée fébrile pendant laquelle la température atteint 39°, 9. Les examens du sang faits les 4 et 7 juin montrent' des trypan. rares. La chèvre s'anémie et s'affaiblit. Du 8 au 11, la température se maintient à 39°; le 11 au matin on note encore 38°,9; à l'examen du sang, trypan. non rares. La chèvre est très faible, elle reste couchée el meurt brusquement le 11 juin au soir.
Autopsie faite le 12 juin. Poids de ta chèvre : 34 kg. 000. Il y a encore beaucoup de graisse dans les épiploons, autour des reins et du cœur, l'as d'fledèmes. Un peu de sérosité citrine dans le péritoine. Les. reins sonl très pâle- [anémie). La raie pèse 223 gr. Poumons et cœur normaux. Pas d'épanchements séreux dans les plèvres ni dans le péricarde.
11. Un chevreau du poids de 13 kg. est inoculé le 6 décembre 1906, sous la peau d'une des oreilles, avec quelques gouttes du sang d'un ral infecté de Tr. congolense, diluées dans de l'eau physiologique citratée.
Du 16 au 28 décembre, on constate à plusieurs reprises l'existence de trypan. rares dans le sang du chevreau. :n décembre, examen du sang négatif. Poids : 14 kg. 700. 17 janvier 1907, trypan. très rares. 1er février. Poids : 14 kg. Du 26 janvier au 25 février, les examens du sang sont négatifs. 17 février, le chevreau pèse 17 kg. 25 février. On inocule trois
INACTIONS A TR. CONGOLENSE
souris: chacune d'elles reçoit, dans le péritoine, 0 ce. 25 du sang du chevreau. Les souris s'infectent et meurent de trypanosomiase. 3 mars, trypan, rares dans le sang du chevreau. Du 8 au 23 mars, les examens sont négatifs. Le i mars, le chevreau pèse 18 kg. 28 mars, trypan. très rares. Du 3 au 23 avril, les examens du sang sont négatifs. 27 avril, trypan. très rares. Du 2 au 27 mai. examens du sang négatifs. Le 1er mai, le chevreau pèse 21 kg. et le 16 mai 22 kg.
Les examens du sang laits au mois de juin sont négatifs. Le 27 juin, on inocule à un chien, dans le péritoine, 25 ce. du sang du chevreau; le « hien est infecté le 9 juillet et il meurt le 18 juillet. Poids du chevreau les 1er et 15 juin : 24 kg. 22 août, un chien inoculé s'infecte et meurt de trypanosomiase. 10 octobre, un chien inoculé ne s'infecte pas.
13 novembre 1907. Le chevreau est réinoculé sur un cobaye infecté de Tr. congolense. Le chevreau, qui est devenu un bouc, pèse 24 kg. 28 novembre, un chien inoculé s'infecte et meurt de trypanosomiase. 13 janvier 1908, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du bouc; il ne s'infecte pas.
Au mois de février 1908, le bouc qui incommode le voisinage par ses cris est castré.
4 mars 1.908. Le bouc est réinoculé sur un cobaye infecté de Tr. congolense. Poids : 26 kg. 19 mars. Un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce du sang du bouc; il ne s'infecte pas. 2 avril, le bouc pèse 27 kg.
22 avril 1908. Le bouc est réinoculé sur un cobaye infecté de Tr. congolense. La température du houe, prise du 22 avril au 17 mai, reste normale- et les examens du sang faits à plusieurs reprises sont négatifs.
Le 1er mai, le bouc pèse 32 kg. et le 16 mai, 33 kg. Le 7 mai, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du bouc. Le 1er juin, le bouc pèse 33 kg., et le 15, 33 kg. 700.
23 juin 1908. Le chien inoculé le 7 mai ne s'est pas infecté; le bouc est inoculé avec le Tr. dunorphon. Quelques gouttes du sang d'une souris ayant des trypan. très nombreux sont diluées dans de l'eau physiologique citratée et injectées sous la peau d'une des oreilles.
Du 23 juin au lor juillet, la température du bouc se maintient entre 38°, 3 et 38°,8 (normale). A partir du 2 juillet, on observe des poussées fébriles (39°,4 les 3 et 8 juillet, 39", 7 le 10 et 39°, 8 le 12 juillet). Le bouc est moins vif; il maigrit un peu; le 2 juillet, il pèse 31 kg. 400. Le 4 juillet, on note, à l'examen du sang, des trypan. très rares. Les 7 et 9 juillet, les examens sont négatifs; 11 et 14 juillet, trypan. très rares. Les 19 et 29 juillet, poussées fébriles; la température s'élève à 40°,2 et 40°,3. Les examens du sang faits les 19, 21, 24, 29 et 31 juillet sont négatifs.
Le 1er août, trois souris blanches sont inoculées; chaque souris reçoit, clans le péritoine, 0 ce. 25 de sang du bouc; les trois souris s'infectent en 7 ou 8 jours.
Le 3 août, l'examen direct du sang du bouc révèle l'existence de trypan. très rares. Les examens du sang faits les 6, 9 et 25 août sont négatifs. Pendanl le mois d'août, le bouc a encore des poussées fébriles, mais ces poussées sont moins fortes qu'en juillet. Du 4 au 6 août, la température se maintient à 39°, 4 ou 39°, 6; du 12 au 31 août, elle s'élève à plusieurs reprises à 39°2, ou 39°4. Le bouc, qui avait maigr^ augmente de poids; il pèse, le lop et le 15 août, 3:; kg. En dehors
des poussées fébriles, on n'observe aucun symptôme morbide.
A partir du 7 septembre, la température se maintient entre 38°,2 et 38°, 7, c'est-à-dire qu'elle est normale. Le 3 septembre, le bouc pèse :!2 kg. 300 et le 16 septembre 33 kg.
Les examens du sang faits les 6, 10, 18 et 25 septembre sont négatifs, mais sur 3 souris inoculées le 10 septembre, avec le sang du bouc, 2 s'infectent on 7 et 9 jours.
Au mois de mai 1909, le bouc est guéri de l'infection produite par le Tr. dimorphon.
Ces deux observations présentent de grandes analogies. La chèvre et le bouc inoculés avec le Tr. congolaise se sont infectés et, dans les deux cas, l'infection s'est terminée par guérison. La durée de la maladie a été seulement plus longue chez le bouc que chez la chèvre.
Les deux animaux réinoculés une première fois avec le Tr. congor lense ont eu des réinfections légères, de durée très courte, après quoi, deux réinoculations sont restées sans résultat, d'où Ton peut conclure que la chèvre et le bouc avaient acquis une immunité solide pour Tr. congolaise- L'inoculation du Tr. dimorphon faite alors a produit, chez les deux animaux, une infection typique, identique à celle qu'on observe chez des chèvres neuves, infection très grave qui s'est terminée par la mort dans un cas (72 jours) et par la guérison dans l'autre cas.
On trouvera, au chapitre Baleri, l'observation d'un mouton ayant l'immunité pour le Tr. Pecaudi et pour le Tr. dimorphon qui, inoculé avec le Tr. congolaise, a présenté une infection bien caractérisée el de longue durée l.
On a vu plus haut qu'un lapin, guéri d'une infection par le Tr. congolaise, et ayant l'immunité pour ce virus, s'est infecté par le Tr. dimorphon.
D. Bruce a fait remarquer que le Tr. dimorphon se cultivait plus facilement sur milieu de Novy que le Tr. congolaise2. Avec le Tr. dimorphon, on obtient facilement les premières cultures; dès le 3e jour de l'ensemencement, on a parfois de belles formes en rosaces; les repiquages réussissent moins bien; avec le Tr. congolense, les résultats des ensemencements sont négatifs, ou bien on ne trouve que de rares flagellés.
Nous croyons pouvoir conclure de tous ces faits que le Tr. congolense constitue une espèce distincte du Tr. dimorphon
Tr. nanum Laveran a, au point de vue morphologique, la plus grande ressemblance avec Tr. congolense, mais il n'est inoculable ni aux cercopithèques, ni au chien, ni au lapin (voir chapitre suivant).
1. A. Laveran, Ann. Tnst. Pasteur, nov. 1938, et Acad. des Sciences, 29 mars 1999.
2. I). Bruce, A trypanosome of Zanzibar, Proceed. of the R. Soc, 1909.