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650 TU Y PAN0S0M1S ET TRYl'ANOSOMIASES
Contrairement à ce qu'on observe d'ordinaire dans les trypanosomiases des chèvres et des moutons, la rate est assez souvent hypertrophiée chez ceux de ces animaux qui succombent à l'infection produite par le Tr. peeorum. La rate de la chèvre dont nous venons de donnée l'observation résumée pesait 167 gr. ; la raie du mouton dont l'observation sera donnée plus loin pesait 820 gr.
La comparaison des résultats obtenus parla Commission anglaise dans l'Ouganda et par Laveran à Paris montre qu'à la suite de nombreux passages par différents animaux la virulence du Tr. peeorum s'est notablement accrue, notamment pour les souris et pour les chiens; les cobayes qui, dans l'Ouganda, s'étaient montrés réfractaires sont devenus très sensibles. Il faut, à la vérité, tenir compte aussi des différences de races des animaux ayant servi aux inoculations.
§ 3. — Agent pathogène.
Tr. peeorum, observé dans une préparation de sang frais, ressemble beaucoup, par ses dimensions et par la nature de ses mouvements, au Tr. congolense. Comme ce dernier trypanosome, il se meut le plus souvent sur place, sans sortir du champ du microscope.
Dans les préparations de sang désséché et coloré, le parasite présente aussi une grande ressemblance avec Tr. congolense.
La longueur moyenne est de 13 u, 3; maximum, 1(5 \x; minimum, 10 y., 6. La largeur, membrane ondulante comprise, est d'environ 3 u. L'extrémité postérieure est arrondie, conique; l'extrémité antérieure est effilée. La membrane ondulante est bien développée, plus large que chez Tr. nanum. Le flagelle n'a pas de partie libre. Le noyau ovalaire est situé vers le milieu du corps. Le centrosome petit et arrondi est situé près de l'extrémité postérieure. Le protoplasme est généralement homogène; quelques granulations chromophiles se voient parfois dans la moitié antérieure.
D'après Bruce et ses collaborateurs, Tr. peeorum se cultive bien sur sang-agar; après 48 heures, la culture est déjà assez abondante; après 0 jours, elle est très abondante; les flagellés dégénèrent ensuite, puis disparaissent. Les flagellés trouvés dans les cultures sont énormes par rapport au Tr. peeorum. Il serait intéressant de savoir si les tubes qui ont donné des cultures avaient été ensemencés avec du sang de bovidés, ou si le milieu de culture n'avait pas été préparé avec du sang de bovidés; la Commission anglaise, faute de sang de lapin, était obligée d'employer le sang d'autres animaux, et notamment de bovidés, or on sait avec quelle facilité on obtient des cultures du grand trypanosome, non pathogène, si commun chez les bovidés dans toutes les parties du monde.
INFECTIONS A TR. PECOHUM 651
Laveran a essayé, sans succès, de cultiver le Tr. pecorum sur milieu de Novy ordinaire ou simplifié.
§ 4. — Mode d'infection.
D. Bruce, Hamerton et Bateman ont institué, dans l'Ouganda, des expériences pour rechercher si les tabanides pouvaient convoyer le Tr. pecorum Tabanus secedens, T. thoracinus et T. marginatus ont paru incapables de transmettre le trypan. mécaniquement des animaux malades à des animaux sains. En raison de la courte vie de ces tabanides en captivité, il a été impossible de dire s'ils devenaient ou non infectieux, après une période de développement du trypan. dans leur corps.
Trois types de flagellés trouvés chez T. secedens et chez T. thoracinus paraissent être les stades de développement d'un parasite non virulent de ces insectes.
Dans leurs dernières publications, Bruce et ses collaborateurs expriment l'opinion que Tr. pecorum peut être transmis par Glossina palpalis, mais que cette mouche n'est pas le seul convoyeur du trypanosome, les infections produites par Tr. pecorum ayant été observées en dehors des zones à Gl. palpalis2.
§ 5. — Identification du Tr. pecorum.
C'est évidemment de Tr. congolense, de Tr. dimorphon et de Tr. nanum que Tr. pecorum se rapproche le plus; nous avons vu que Bruce et ses collaborateurs s'étaient prononcés pour l'identification de Tr. congolense, de Tr. dimorphon, et de Tr. pecorum.
Laveran, en s'appuyant sur des expériences de séro-diagnostic et sur ce fait qu'un animal ayant l'immunité pour le Tr. congolense et le Tr. dimorphon s'infecte par le Tr. pecorum comme un animal neuf, est arrivé à conclure, au contraire, que Tr. pecorum constitue une espèce distincte de Tr. congolense et de Tr. dimorphon3.
Expériences de séro-diagnostic faites avec le sérum d'un bouc ayant acquis l'immunité pour Tr. congolense et pour Tr. dimorphon; l'observation de ce bouc est donnée plus loin.
Le 2 novembre 1910, 4 souris blanches sont inoculées dans les conditions suivantes :
1. D. Bruce, A.-E. Hamerton, II.-R. Bateman, Procced. of the R. Soc, B, t. 82, 1910 et t. 83, 1911.
2. Reports of the sleep. sickn. Commiss. of the R. Soc, n° XI, Londres, 1911.
3. A. Laveran, Soc. de palhol. exotique, 14 décembre 1910 cl 12 juin 1912.
652 TRYPANOSOMES ET TRYP ANOSOMI ASES
i" souris (témoin), reçoit du sang dilué d'un rat infecté avec Tr. pecorum ;
2° souris, reçoit la môme dose de virus que Le témoin, mais après mélange à 0 ce. 25 du sérum du bouc;
3e souris, reçoit la môme dose de virus que le témoin, mélangée à 0 ce. 50 du sérum :
i ■■' souris, reçoit la même dose de virus que les 3 premières, mélangée à 1 ce. du sérum.
Les 4 souris se sont infectées, la lre est morte en 9 jours, les 3 autres sont mortes en 10 (souris 2 et 3 el 15 jours (souris 4).
Des expériences portant chacune sur 4 souris et calquées sur la précédente ont été faites avec Tr. congolaise et Tr. dimorphon. .
Le témoin de l'expérience relative au Tr. congolaise est mort au bout de 34 jours, les trois autres souris ne se sont pas infectées.
Le témoin de l'expérience relative au Tr. dimorphon est mort au bout de 10 jours, les 3 autres souris ne se sont pas infectées.
Il ressort clairement de ces expériences que le sérum du bouc, très actif sur Tr. congolaise et sur Tr. dimorphon, s'est montré inactif sur Tr. pecorum puisque, en mélange et à la dose de 1 ce, il n'a produit qu'un très faible retard dans l'évolution de l'infection, retard qui ne dépasse pas la limite des écarts qu'on observe chez des souris inoculées avec le même virus, dans des conditions qui paraissent identiques.
Les deux observations qui suivent montrent qu'un bouc et un mouton ayant l'immunité pour le Tr. congolaise et pour le Tr. -dimorphon, inoculés avec le Tr. pecorum, ont contracté des infections qui se sont terminées par la mort. Il faut noter, à propos de ces observations, que les infections produites par le Tr. pecorum sont beaucoup plus graves chez les chèvres et chez les moutons que les infections produites par le Tr. congolaise.
1" Un jeune bouc est inoculé, le 6 décembre 1906, avec Tr. congolaise. Les examens microscopiques du sang faits du mois de décembre 1906 au mois d'avril 1907 permettent, à plusieurs reprises, de constater la présence de trypan. rares ou très rares: à partir du mois de mai, ces examens sont négatifs. Les animaux d'épreuve (souris, chiens) inoculés en février, juin, juillet et août 1907 s'infectent.
Au mois d'octobre 1907, le bouc est guéri; un chien inoculé (30 ce. de sang) ne s'infecte pas.
Le 13 novembre 1907, le bouc est réinoculé avec Tr. congolense;i\ se réinfecte, mais très légèrement; au mois de janvier 1908, il est définitivement guéri et il a l'immunité pour Tr. congolaise.
Le 23 juin L908, le bouc est, inoculé avec Tr. dimorphon; à la suite de celle inoculation, on observe des poussées fébriles et les examens histologiques du sang faits pendant le mois de juillet permettent de constater, à plusieurs reprises, l'existence de trypan. très rares. Les animaux] d'épreuve (souris, chiens) inoculés du mois d'août 1908 au mois d'avril 1909 s'infectent.
INFECTIONS A TH. PECORUM
Un chien qui a reçu, le 20 mai 1909, 30 ce. de sang dans le péritoine ne s'infecte pas. Le bouc, réinoculé à deux reprises (le 19 juillet el le 11 octobre 1909) avec '/';•. dimorphon, ne se réinfecte pas, il a donc acquis une immunité solide pour ce virus.
Le 4 avril 1910, le bouc qui esl en bon étal poids 34 kg.) est inoculé avec Tr. congolaise. A la suite de celle inoculation, la température reste normale et on ne voit pas de trypan. dans le sang, mais un chien inoculé le 20 avril (30 ce. du sang du bouc) s'infecte. Le bouc n'avait donc plus une immunité complète pour Tr. congolense, mais la nouvelle infection par ce virus est très légère; dès le mois de juin, le bouc est guéri: un chien qui a reçu, le 20 juin, 30 ce. de sang dans le péritoine ne s'infecte pas. Le bouc pèse, le 1er août 1910, 37 kg.
27 août 1910, le bouc est réinoculé avec Tr. congolense; aucune réaction consécutive à l'inoculation. Le 24 septembre un chien reçoit, dans le péritoine, 25 ce. du sang du bouc et le 1er octobre un autre chien reçoit 30 ce. du même sang.
Le 30 novembre, les chiens inoculés les 24 septembre et 1e'' octobre ne se sont pas infectés. Le bouc est inoculé avec Tr. pecorum; on injecte, sous la peau d'une des oreilles, un peu de sang de cobaye infecté par Tr. pecorum, et sous la peau de l'autre oreille, un peu de sang de rat infecté avec le même trypanosome. Le 1er décembre le bouc pèse 41 kg.
Le 7 décembre, l'examen du sang révèle l'existence de trypan. très rares. Le 9 décembre, les trypan. sont moins rares que le 7. Du 10 au 14 décembre, le bouc a une poussée fébrile bien caractérisée : la température se maintient entre 39u,7 et 40°1 (température normale : 38°, 5). Les 9 et 10 décembre, on constate dans le sang du bouc l'existence de trypan. rares et, le 11 décembre, de trypan. non rares. Le 21 décembre 1910, on trouve encore des trypan. très rares dans le sang; tous les examens postérieurs à cette date sont négatifs.
Le 3 janvier 1911, le bouc a encore une petite poussée fébrile, la température monte à 40°, 2, après quoi elle redevient normale. A partir du 11 février, on ne prend plus la température.
Des chiens inoculés les 2 mars, 12 mai. 17 juillet, 19 septembre, 19 décembre 1911 et 19 février 1912 s'infectent.
Le bouc maigrit, il a depuis longtemps des arthrites des genoux qui se sont aggravées et qui l'empêchent de se mouvoir.
Le 27 février, le bouc tombe sur le flanc et il meurt le 28 février 1912.
Autopsie. Le bouc ne pèse plus que 23 kg. Un peu d'oedème de la paroi abdominale. Les ganglions inguinaux et axillaires sont hypertrophiés. La rate pèse 90 gr. Le foie et les reins ont l'aspect normal. Les organes thoraciques sont à l'état sain. Lésions profondes d'arthrite sèche des genoux, usure des cartilages, altérations et déformations des os; ces lésions dont le début est antérieur à l'inoculation du bouc avec le Tr. pecorum n'ont évidemment rien à voir avec l'infection qui a entraîné la mort.
2° Un mouton africain qui a été infecté successivement avec Tr. Pecaudi, Tr. dimorphon et Tr. congolense, et qui a acquis l'immunité pour ces virus, est en bon état au mois de juin 1911; il pèse !'.() kg.
Le 22 juin 1911, le mouton est inoculé sur un cobaye infecté de Tr. pecorum; quelques gouttes du sang du cobaye, mélangées à de l'eau
654 TllYPANOSOMES ET TllYPANOSOMIASES
physiologique citratée, sont inoculées à la base d'une des oreilles.
Du 22 juin au 0 juillet, la température du mouton est normale, 38°,4 à 39°. Des examens du sang laits les 29 juin et 4 juillet sont négatifs.
Du 7 au 11 juillet, poussée fébrile; la température s'élève le 8 juillet à 40", 8. Les examens du sang révèlent l'existence de trypan. rares le 8 juillet, très rares le 10 juillet;
Températures normales du 12 au 15 juillet; examen du sang négatif le 13 juillet.
Nouvelle poussée fébrile du 16 au 22 juillet; un examen du sang fait le 18 juillet est négatif.
A partir du 23 juillet, la température du mouton reste normale et tous les examens histologiques du sang sont négatifs. L'état général est satisfaisant. Le 1" août le mouton pèse 53 kg.
25 août. Un cbien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton, il s'infecte et meurt le 6 septembre.
Le 5 octobre, le mouton pèse 48 kg. et le 2 décembre 54 kg. Le 26 décembre, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton : il s'infecte et meurt le 12 janvier 1912.
Le 2 janvier 1912, le mouton pèse 50 kg.; le 1er lévrier, il pèse 44 kg. et le 2 mars, 39 kg. Le mouton maigrit et s'affaiblit visiblement. Pas d'œdèmes; rien d'anormal du côté des yeux.
Mort le 23 mars 1912. Les ganglions inguinaux sont assez gros. Le péritoine contient de la sérosité citrine en petite quantité. La rate, volumineuse, pèse 820 gr. Il y a de la périsplénite. Foie, reins d'aspect normal. Organes thoraciques à l'état sain.
L'observation suivante démontre qu'une chèvre ayant acquis l'immunité pour le Tr. pecorum, inoculée avec le Tr. congolense, s'infecte comme un animal neuf, ce qui complète l'expérience d'immunité croisée relative à Tr. congolense et à Tr. pecorum.
3° Une chèvre, neuve du poids de 37 kg. est inoculée le 1er décembre 1910 avec le sang d'un cobaye fortement infecté par le Tr. pecorum. A cet effel quelques gouttes du sang du cobaye, diluées dans de l'eau physiologique citratée, sont injectées sous la peau, à la base d'une des oreilles.
La température de la chèvre qui, avant l'inoculation, était de 38°, 4, s'élève, le 10 décembre, à 40°, 4; le 11 décembre, elle est de 39°, 8 et, le 12, de 40°, 2. Les examens du sang faits le 10 et le 12 décembre révèlent I existence de trypan. non rares; le 15 on trouve des trypan. rares.
Le 16 décembre, on note encore une température fébrile (39°, 6), après quoi, la température s'abaisse au-dessous de 39°, et peut être considérée comme normale.
La chèvre va bien; elle pèse 37 kg. le 3 janvier 1911, 39 kg. le 1er février, 40 kg. le 1er mars, 43 kg. le 1" avril et le 1er mai, 40 kg. en juin, juillet e( août, 41 kg. le 1er septembre, 49 kg. le 5 octobre, 44 kg. le 2 décembre.
Les examens du sang ayant toujours été négatifs, à partir du 16 décembre 1910, on inocule des animaux d'épreuve.
Les 17 février, 7 avril, 22 mai, 7 juillet, 31 août, 30 octobre 1911 des chiens reçoivent, dans le péritoine, 30 ce. du sang de la chèvre, ils s'infectent tous.