TRYPANOSOMIASE HUMAINE OU MALADIE DU SOMMEIL
Agents pathogènes : Tr. gambiense, Dulton, 1902 et Tr. rhodesiense, Stephens et Fantham 1910.
§ 1. — Historique.
Les mentions les plus anciennes que nous possédions sur l'existence, chez les noirs de la côte occidentale d'Afrique, d'une maladie caractérisée par la tendance au sommeil, sont dues à John Atkins, chirurgien de la marine anglaise, et à Winterbottom. J. Atkins signale cette maladie dans un appendice à un petit volume publié par lui en 1734, sous le titre de : The navy Surgeon1. Le travail de Winterbottom est de 1803 -.
Celle maladie a été décrite depuis lors par un grand nombre d'auteurs et elle a pris place, sous le nom de Maladie du sommeil, dans tous les ouvrages consacrés à l'étude des maladies exotiques.
En 1840, Clark, de Sierra Leone, donne une courte description de la maladie 3.
De 1861 à 1900, des médecins de la marine française publient une série de travaux d'un grand intérêt au point de vuede l'étude clinique et anatomo-palhologique de la maladie du sommeil. Les principaux de ces travaux sont dus à Dangaix, Nicolas, Griffon du Bellay, Chassaniol, Santelli, Guérin, Le Roy de Méricourt, Corre, Mahé, Mielly, Le Dantec*.
1. Voir Ch. Singer, Ann. of trop. med. a. parasilol., 1912, fc. VI, p. 95.
2. Winterbottom, An accounl of native Africans in the neighbourhood of Sierra Leone,
3. Clark, London med. Gaz., sept. 1840 ot Edinburgh monthly Journ. of med. se, 1842.
4. Dangaix, Moniteur des hôp., 1861, p. 100. — A. Nicolas, Gaz. hebdom., 1861, p. 670. — Griffon du Bellay, Arch. de méd., 1864, 1" sein., p. 73. — Chassaniol, Arch. de méd. nav., 1865. — Santelli, même Rec, 1868. — Guérin, Thèse, Paris, 1869. — Le Roy de Méricourt, nrt. Malad. du sommeil in Diction, encyd. des se. méd.,
Laveïian et Mi -nu — Trypanosomcs et Trypanosomiases. 43
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L'excellente thèse de Guérin mérite une mention particulière. Guérin a étudié la maladie à la Martinique, sur des nègres provenanl de la côte occidentale d'Afrique; en l'espace de douze ans, le nombre des cas observés a atteint le chiffre de 1 48.
Hirsch a donné une bonne description de la maladie, et il a réuni dans son excellent ouvrage d'histoire et de géographie médicales tous les documents épars concernant la maladie du sommeil1.
Les conquêtes de la bactériologie devaient avoir leur contre-coup dans l'histoire de la maladie du sommeil. A. de Figueiredo, Gagigal cl Lepierre, Marchoux, Bettencourt, Broden, Castellani-1. on! attribué à différentes bactéries (bacilles, pneumocoques, streptocoques) le rôle d'agents pathogènes dans la maladie du sommeil; les agents des infections secondaires, communes dans cette maladie, ont été décrits par ces auteurs comme les agents de la maladie ellemême.
Plusieurs observateurs ont accusé l'alimentation mauvaise ou insuffisante; H. Ziemann a défendu cette opinion; pour lui, la maladie est due, non à une infection, mais à une intoxication alimentaire; cette intoxication serait causée par la racine de manioc mangée crue ou à peine cuite, comme font souvent les indigène- . Cette opinion est en désaccord avec un grand nombre de faits. En Casamance où l'on mange peu ou pas de manioc, la maladie du sommeil est commune, tandis qu'au Dahomey, où cette racine entre pour une grande part dans l'alimentation, la maladie est très rare''. 11 est démontré d'ailleurs que la maladie peut se développer chez des individus bien nourris, qui ont quitté depuis plusieurs années les régions où le manioc entre dans l'alimentation.
C'est à tort également qu'on a incriminé, dans la Casamance, certains poissons péchés dans la vase.
En 1900, P. Manson a donné les observations complètes de deux malades provenant du Congo qui, envoyés à Charing-Cross hospital (Londres), y étaient morts. L'anatomie pathologique de ces deux cas fut étudiée avec beaucoup de soin par Mott:;.
P. Manson a attribué la maladie du sommeil à l'infection produite
1871. — Corre, Avch. de méd. nav., 1877. — Mahé, Programme pour l'élude des maladies exotiques, 1888. — Nielly, Élém. de path. exotique, 1S81, p. 513. — Le Dantf.c, Pathol. exotique, 1S)00, p. 759.
1. HlBSCH, Handbuch der hist. geogr. Pathol., 1802 el 2" édition 1880-1882.
2. A. de Figueiredo, Dissert, inaugurale, Lisbonne, 1891. — Cagigal et Lepierre. Médecine moderne, 20 janvier 1898. — MahCHOUX, Ami. d'Iiyg. et de méd. colon., 1899. p. 13. -- A. Bettencourt, Docnçti do somno. Lisbonne, 1901. — Rapport de Kuborn sur le travail de Uroden, Acad. de méd. de Belgique. 20 oel. 1901. — Castellani, Brit. mcd. Journal, 14 mars 1903.
3. II. Ziemann, Centralbl. f. Bakler., [, Orig-., t. XXXII, 1903, p. 413.
4. Kermouc.ant, Acad. de médecine, 29 décembre 1903. :;. P.. Manson, Tropical Discases, 3° «dit,. 1903, p. 335.
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par la (ilaire qu'il a décrite sous le nom de Filaria perstans. Celle Blaire, à la vérité, se rencontre souvent dans le sang des nègres atteints de maladie du sommeil, mais on l'observe dans des régions où ne règne pas cette endémie1. Low a eonstalé l'existence de F. perstans dans la Guyane anglaise où jamais la maladie du sommeil n'a été signalée. Ajoutons que, chez beaucoup de léthargique-, on ne trouve pas traces de fdaires. L'opinion émise par Manson a dû être, par suite, abandonnée.
Les travaux de Dutton, Todd, Castellani, Bruce, Nabarro et Grcig sur la trypanosomiase humaine marquent une dernière phase dans l'historique de la maladie du sommeil; il n'est pas douteux que les patientes recherches de ces observateurs ont fait connaître enfin le véritable agent de la maladie.
Le 10 mai 1901, le D'' Forde recevait dans son service, à l'hôpital de Bathurst (Gambie), un Européen âgé de 42 ans. maître à bord d'un steamer du gouvernement clans la rivière de Gambie. Cet homme qui comptait six années de service dans la rivière de Gambie, avait eu plusieurs atteintes de fièvre et était considéré comme un paludéen. L'examen du sang ne révéla pas la présence de l'hématozoaire du paludisme, mais celle de vermicides sur la nature desquels Forde resta indécis.
Le 18 décembre 1901, le Dr Dutton examinait, avec le D1' Forde, le malade dont l'état s'était aggravé et reconnaissait que les vermicides vus par Forde étaient des trypanosomes. Dutton a donné une excellente description de ce trypanosome qu'il a nommé : Tr. gambiense*.
En 1902, Dutton et Todd ont observé de nouveaux cas de trypanosomiase humaine. Sur 1000 individus examinés en Gambie, les
1. Low, Brit. med. journ., 28 mars 1903. — Curisty, Réunion de la Bril. med. Assoc, h Swansea, juillet 1903, Sect. des nialad. trop., Compte rendu in Journ. of trop, med., 1903. — Low, Royal Soc, Reports of the Slecp. Sickn. Commis., nov. 1903. — G. Ciimsty, même Bec, nov. 1903.
2. Forde, The journ. of trop, medicine, 1er septembre 1902. — E. Dutton, même. Recueil, 1" décembre 1902. — E. Dutton, mémoire publié in Thompson Yates laboratories Report, 1902, t. IV, part. II, p. 45o. Le malade qui fait l'objet des observations des D" Forde <•( Dutton, est mon en Angleterre !<• l0' janvier 1903. Voir une note du Dr Annktt, Brit. med. Journ., 7 lévrier 1903.
Antérieurement, Nepveu avail signalé l'existence de trypanosomes dans le sang de plusieurs malades venanl d'Algérie, mais les descriptions de Nepveu ci 1rs ligures jointes a une de ses notes sont si peu précises, que l'exactitude du diagnostic peut être mise en doute. Bien que, dans ces dernières années, l'examen du sang ail été fait, en Algérie, cbez un très grand nombre de malades, jamais les Irypanosomes n'ont été retrouvés. (Nepveu, Soc de Biologie, 1891, Mémoires, p. 49, et Soc. de Biologie. 24 déc. 1898). — En 1894, le D' Marron a relaté l'observation d'une femme âgée de 39 ans, atteinte d'un fibrome utérin, dans le sang de laquelle on trouvait un grand uombre de Protozoaires flagellés. Le diagnostic rétrospeetif de Irypanosomes serail bien hasardé dans ce cas; la malade n'avail pas habité l'Afrique, autanl qu'on peul en juger par la courte note de IJarron (Transact. of the. Liverpool med. Institution. 0 déc. 1894). — En 1898, le D' Brault avait émis l'opinion que l'agent de la maladie du sommeil était peut-être un trypanosome (Janus, juillet-août, 1898. p. 41).
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trypanosomes ont été trouvés chez six indigènes et chez un quarteron Les cas observés chez des indigènes se répartissent comme il suit : une femme âgée de 35 ans, un garçon de 9 ans, une fille de 16 ans, un garçon de 12 ans, un homme de 35 ans et un autre homme de 22 ans. Les trois premiers sujets apppartenaient à un même village, le village de Lamin.
P. Manson signale deux cas de trypanosomes chez des Européennes qui avaient contracté la maladie au Congo2. Dans un de ces cas, l'existence des trypanosomes a été constatée par le Dr Broden \
Brumpt constate l'existence du Tr. gambiense à Boumba (conflucn I du Rubi et du Congo), chez un commissaire de bateau atteint depuis plusieurs mois d'une lièvre irrégulière, résistant à la quinine*.
Enlin C.-J. Baker signale, en 1903, trois cas de trypanosomiase à Eritebbe, dans l'Ouganda. Les trypanosomes étaient nombreux dans un cas, rares dans les deux autres .
Les rapports existant entre la trypanosomiase humaine et la maladie du sommeil ne sont pas soupçonnés, lorsque Castellani. examinant le liquide cérébro-spinal de nègres de l'Ouganda atteints de la maladie du sommeil, y découvre des trypanosomes qui tout d'abord sont supposés appartenir à une autre espèce que Tr. gambiense, et décrits sous les noms de Tr. uganclense Castellani, et de Tr. Gastelîanti Kruse G.
Cette importante découverte est aussitôt confirmée par D. Bruce et D. Nabarro qui trouvent les trypanosomes 38 fois sur 38 dans le liquide cérébro-spinal obtenu par ponction lombaire, chez des indigènes de l'Ouganda atteints de maladie du sommeil, et 12 fois sur 13 dans le sang. Chez aucun des sujets indemnes de la maladie du sommeil dont le liquide cérébro-spinal est examiné, les trypanosomes ne sont rencontrés 7.
Au Congo, Brumpt trouve 12 fois sur 15 des trypanosomes chez les sujets atteints de maladie du sommeil \
1. li. Dutton el J.-L. Todd, First Report of the Trypanosomiasis exped. lo Senegambia, 1902. Livcrpnol, 1903.
2. P. Manson, The Journ. of trop, medicine, 1" nov. 1902 el 10 mars 1903. — P. Manson el C.-W. Daniels, Brit. med. Journ., 30 mai 1903.
3. lÎROnEN, Bulletin de la Soc. d'études coloniales, Bruxelles, 1903, n" i.
4. Acad. de médecine, 17 mars 1903. Bulletin, t. XLIX. p. 372.