THY!»AN()SOMES ET THYPANOSOMI ASES
le Tr. Pecaudi. C'est ainsi que, chez les souris inoculées avec le Tr. Pecaudi, on n'observe pas les infections à marche lente, avec hypertrophie énorme de la rate, qui ont été notées quelquefois chez des souris inoculées avec le Tr. dimorphon1.
Il était important de rechercher si un animal ayant résisté au Tr. Pecaudi, et ayant acquis une immunité solide pour ce virus, aurait également l'immunité pour le Tr. dimorphon. Les observations suivantes ne laissent pas de doute à cet égard.
I. — Un mouton du poids de 30 kg. est inoculé avec le Tr. Pecaudi le 3 septembre 1906. L'inoculation est laite sous la peau, à la base d'une des oreilles, avec le sang d'un cobaye fortement infecté. L'examen direct du sang du mouton fail à différentes reprises, du 1er octobre 1906 au 1er mars 1907, est négatif, mais des rats, des souris et des chiens inoculés avec le sang du mouton s'infectent. Le mouton ne paraît pas malade: il pèse le 4 mars 44 kg. Un chien qui a reçu, le 9 mars, 30 ce. du sang du mouton ne s'infecte pas.
Le 9 avril 1907, le mouton est réinoculé avec le Tr. Pecaudi sur un cobaye. 24 avril, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton; il ne s'infecte pas. Le mouton est donc guéri de l'infection produite par le Tr. Pecaudi, et il a acquis l'immunité pour ce virus.
26 juin 1907. Le mouton qui va très bien (poids 50 kg.) est inocule sous la peau, à la base d'une des oreilles, avec le sang d'une souris fortement infectée par le Tr. dimorphon.
L'examen direct du sang du mouton fait à différentes reprises, du 11 juillet au 31 août, ne révèle qu'une fois l'existence de trypan. rares, à la date du 4 août. Des souris inoculées les 11 juillet, 23 août, 23 septembre, 7 novembre et 23 décembre 1907, s'infectent. On inocule chaque fois 3 souris et chaque souris reçoit, dans le péritoine, 1/4 de ce. du sang du mouton.
7 février 1908. Trois souris inoculées sur le mouton ne s'infectent pas, mais un chien, qui reçoit, le 8 avril, 30 ce. du sang du mouton dans le péritoine, s'infecte.
9 juin 1908. Un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton; il ne s'infecte pas. Le mouton peut être considéré comme guéri de l'infection produite par Tr. dimorphon. Au cours de cette infection, le mouton n'a pas présenté de symptômes morbides, il a continué à augmenter de poids; au mois de janvier 1908, il pèse (30 kg. et, au mois de juin, 73 kg.
24 juillet 1908. Le mouton est réinoculé de Tr. dimorphon. 27 août. Un chien reçoit dans le péritoine 30 ce. du sang du mouton, il s'infecte. 3 septembre. Le mouton pèse 75 kg. 28 septembre. Un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton; il ne s'infecte pas. La réinfection a donc été très légère. Le mouton pèse, le 15 octobre, 74 kg. et, le 16 novembre, 70 kg.
19 novembre 1908. Le mouton est réinoculé, pour la deuxième fois, avec le Tr. dimorphon. Des chiens inoculés les 5 décembre 1908 et 20 janvier 1909 avec 30 ce. du sang du mouton s'infectent. Au mois de mars, on
l. A. Lweran, Acad. des Sciences, 29 mnrs 1909.
HALERI
constate que la laine du mouton tombe par places; les conjonctives sont injectées, il existe du larmoiement; le mouton maigrit rapidement, il peso : 37 kg. le 31 mars, 50 kg. le 8 avril, 43 kg. le 2 mai, et le jour de la mort, le 11 mai, son poids n'est plus que de 34 kg. La rate pèse 150 gr. On ne trouve pas d'altérations macroscopiques des autres viscères.
Le mouton guéri de l'infection par le Tr. Pecaudi, et ayant l'immunité pour ce virus, s'est donc infecté par le Tr. dimorphon et il a succombé à une réinfection par ce trypanosome.
IL — Un mouton, inoculé le 8 mars 1906 à Ségou, avec le trypanosome qui a été décrit postérieurement par Laveran sous le nom de Tr. Pecaudi, est ramené en France au mois de mai 1906. L'examen direct du sang du mouton est négatif, mais 2 cobayes et 2 souris inoculés le 6 mai s'infectent. Deux cobayes et deux souris inoculés le 16 juillet sur le mouton ne s'infectent pas. Le 3 août, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton; il ne s'infecte pas.
8 septembre 1906. Le mouton est réinoculé sur un cobaye fortement infecté de Tr. Pecaudi. Le 24 septembre, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du»sang du mouton; il ne s'infecte pas. Le mouton est donc guéri de son infection par le Tr. Pecaudi et il a l'immunité pour ce virus; il est en très bon état. Le poids qui, le 19 juin, était de 23 kg., est, le 16 octobre, de 29 kg.
3 novembre 1906.' Le mouton est inoculé avec le Tr. dimorphon. Le 18 novembre, l'examen histologique du sang du mouton est négatif, mais trois souris inoculées le 20 novembre, chacune avec un quart de centimètre cube du sang du mouton, s'infectent. De décembre 1906 à mai 1908, des animaux (souris, cobayes, chiens), inoculés presque chaque mois sur le mouton, s'infectent. Le mouton se porte d'ailleurs tics bien : le 13 janvier 1907, il pèse 30 kg; le 16 janvier 1908, 35 kg.; le 1er mai, 39 kg.; le 15 juin, 43 kg. Le 17 juin, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton; il ne s'infecte pas.
24 juillet 1908. Le mouton est réinoculé avec le Tr. dimorphon sur une souris ayant de nombreux trypan. Le 26 août, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton, il ne s'infecte pas. Le 29 septembre, le mouton est réinoculé pour la seconde fois avec du sang très riche en Tr. dimorphon. Le 15 octobre, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 ce. du sang du mouton; il ne s'infecte pas.
16 décembre 1908. Les chiens inoculés les 17 juin, 26 août et 15 octobre ne se sont pas infectés; il paraît évident que le mouton est guéri de l'infection produite par le Tr. dimorphon et qu'il a acquis l'immunité pour ce virus. Le mouton pèse 46 kg.; il est inoculé avec le Tr. congolaise. L'inondation est laite sous la peau, à la base d'une des oreilles, avec du sang de cobaye riche en Tr. congolense.
31 décembre. I. examen du sang du mouton révèle l'existence de trypan. très rares. Trois souris inoculées avec le sang du mouton (un quart de centimètre cube de sang à chaque souris) s'infectent. La température s'élève à 39°, 5 les 27 et 30 décembre.
Les 2, 4, 6, 8, 11 et 12 janvier 1909, poussées fébriles bien marquées;
670 TRYPAN0S0MES ET TRYPANÔSOMIASES
l;i température atteint 41° le g janvier, et 44°, 3 In 12. L'existence des trypan. est constatée directement dans le sang du mouton les 2, 5, 6 9 10, 13, 14 janvier. Le 1G janvier, le mouton pèse 42 kg. Les 20 et 24 janvier, poussées fébriles moins fortes que les premières; le 24, la température s'élève à 40^,4. Le 20, l'examen direct du sang frais du mouton révèle l'existence de trypan. non rares et, le 24, de trypan. très rares.
A partir du 25 janvier, les poussées fébriles s'espaceni el deviennent moins fortes; l'examen du sang esl souvent négatif. Des poussées fébriles sont notées les 7, 20 et 27 février et le 14 mars. L'examen du sang, au point de vue de la présence des trypan. est positif les 2, 20 et 25 février, 3 et 7 mars, et négatif les 7, 11, 15, 21 et 27 février, 10, 13 et 18 mars. Le mouton supporte très bien l'infection; il maigrit à peine Les 1er et 15 février el 15 mars il pèse 41 kg.
Le 31 mars 1909, 2 souris inoculées avec le sang du mouton s'infectent. Le 22 juin, un chien inoculé (30 ce. de sang) s'infecte. Le 1er juillet, le mouton pèse 44 kg. et, le 14 septembre, 45 kg. Un chien inoculé le 14 septembre (30 ce. de sang) s'infecte.
(6 novembre 1909. Un chien inoculé avec 30 ce. du sang du mouton ne s'infecte pas. Le 21 janvier 1910, le mouton est réinoculé avec le Tr. congolense; il ne se réinfecte pas.
Le 11 avril 1910, le mouton réinoculé avec le Tr. dimorphon ne se réinfecte pas.
Le 24 septembre 1910, le mouton réinoculé avec le Tr. congolense ne se réinfecte pas.
Le 3 janvier 1911, le mouton réinoculé avec le Tr. congolense ne se réinfecte pas.
Enfin le 22 juin 1911 le mouton est inoculé avec le Tr. pecoram, il s'infecte et il succombe à cette dernière infection le 23 mars 1912. Cette partie de l'observation a été citée déjà au chap. xxvr, p. 653.
L'observation de ce mouton africain présente un grand intérêt, non seulement pour l'étude de la baleri, mais encore peur celle de plusieurs autres trypanosomiases.
1° Le mouton, inoculé à Ségou par M. Cazalbou et ramené en France, sert aux recherches de Laveran sur le Tr. Pecaudi.
2° Le mouton guéri de la baleri et ayant acquis l'immunité pour cette trypanosomiase, est inoculé avec le Tr. dimorphon; il s'infecte, ce qui fournit une preuve de la non identité du Tr. Pecaudi et du Tr. dimorphon.
3° Le mouton guéri de l'infection produite par le Tr. dimorphon, et ayant acquis une immunité solide pour ce virus, est inoculé avec le Tr. congolense; il s'infecte, ce qui fournit une preuve de la non identité de ces deux trypanosomes.
V Le mouton guéri de l'infection produite par le Tr. congolense, et ayant acquis l'immunité pour ce virus comme pour le Tr. dimorphon. est réinoculé à plusieurs reprises avec l'un ou l'autre de ces trypan., il ne se réinfecte pas, ce qui témoigne en faveur de la longue dun e
UALElll 671 de l'immunité acquise à la suite des infections produites par les trypanosomes
5" Enfin le mouton inoculé avec le Tr. pecorum contracte une infection mortelle, ce qui montre que ce dernier trypan. ne doit être identifié ni à Tr. dimorphon, ni à Tr. congolense.
Chez les animaux infectés par Tr. gambiense, on trouve, à côté de grands trypanosomes à flagelle libre, des trypanosomes courts et larges, sans flagelle libre; le diagnostic différentiel avec Tr. Pecaudi peut donc présenter des difficultés. Dans un cas semblable, Thiroux et d'Anfreville2 ont utilisé la propriété qu'a le sérum humain d'agir, en mélange, sur les virus des trypanosomiases animales, alors qu'il est inactif surle Tr. gambiense*. C'est là un bon moyen de diagnostic, auquel on devra recourir à l'occasion, sans oublier que le Tr. rhodesiense, voisin du Tr. gambiejtse, ne se comporte pas comme ce dernier vis-à-vis du sérum humain (voir ch. xxviii).
Montgomery et Kinghorn ont observé, dans le nord de la Rhodésia, une trypanosomiase des bovidés caractérisée par la présence dans le sang de trypanosomes courts et très larges rappelant de très près les petites formes du Tr. Pecaudi'1; les grandes formes à flagelle libre faisant ici défaut, la confusion avec la baleri n'est pas à craindre.
Fischer et Fehlandt ont observé, au Tanganyka, chez des chèvres, un trypanosome qui se présente sous les aspects suivants : 1° formes longues, avec partie libre du flagelle, mesurant 31 u. de long, sur 2 a, 5 à 3 u. de large; 2° formes courtes sans flagelle libre, ou avec un très court flagelle, mesurant 18 à 20 u, de long, sur 2 u. a 2 u., 5 de large; 3° formes intermédiaires. Les formes courtes de ce trypanosome qui a été désigné par Kleine sous le nom de Tr. caprœ sont moins larges que celles du Tr. Pecaudi, de plus le Tr. caprœ paraît être particulier à la chèvre et au mouton5.
On pouvait se demander si la baleri n'était pas le résultat d'une infection double; cette hypothèse qui a été faite par Cazalbou et Pécaud, très admissible au début des recherches sur la baleri, est infirmée aujourd'hui par un grand nombre de faits.
Pécaud n'a jamais réussi à séparer la grande forme du trypan. de la petite, et Laveran n'a pas été plus heureux que lui.
I. A. Lavehan, Acad. des Sciences, 1) janvier 191 1 H \>. 16b de cel ouvrage.
1. A. Thiroox cl L. t/Anfreville, Acad. des Sciences, .31 aoùl 1008.
'■'>■ \. Laveran qui a pu étudier, à Paris, le virus eu question a reconnu qu'il s'agissait du Tr. Pecaudi.
4. R.-E. Montgomer'ï H A. Kinghorn, Annals of trop. med. a. parasilol., 20 oct. 1900, l. III, p. 354.
.">. Kleine, Deutsche med. Wochenschr., 28 juillet 1010. — W. Fischer, Zeitschr. f. Uyg. h. Infektionskr., 1911, i. LXX, p. 1)7. — Fehlandt, Untersuch. Liber Trypanosomeo, Inaugural Dissertation. Leipzig, 1011.
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Comme la grande forme, avec flagelle libre, ressemble à Tr. Evansi et que la mbori est enzootique au Soudan français, il était intéressant d'inoculer le virus de la baleri à un animal ayant l'immunité pour la mbori et de voir si, dans ces conditions, les petites formes se développeraient seules. Une chèvre guérie de mbori et ayant l'immunité pour cette trypanosomiase, s'est infectée de baleri, et chez les animaux d'épreuve inoculés sur la chèvre, on a retrouvé les deux formes caractéristiques du Tr. Pecaudi : forme longue, effilée, avec flagelle libre, et forme courte, trapue, sans flagelle libre '.
§ 6. — Traitement. Prophylaxie.
Thiroux et Teppaz ont obtenu de bons résultats avec l'orpiment dans le traitement de la baleri des équidés2. Pécaud a été moins heureux (op. cit.). Le mode d'emploi de l'orpiment dans les trypanosomiases du cheval-a été exposé à propos du surra (p. 382); nous n'y reviendrons pas.
La prophylaxie doit être basée sur ce l'ait, aujourd'hui bien démontré, que la maladie est propagée par les glossines. Ces mouches vivent sur les rives boisées des cours d'eau et s'en éloignent peu, si bien qu'on peut trouver des stations salubres non loin de localités insalubres.
On choisira, pour l'emplacement des parcs à bestiaux et des pâturages, des localités non fréquentées par les glossines.
Les troupeaux en voyage dans les régions où la baleri est enzootique seront parqués dans des localités salubres, à 3 km. au moins des troupeaux sédentaires. Dans les régions contaminées, on choisira des voies de transit qui traversent les cours d'eau en des endroits où les glossines sont rares. Au besoin on fera opérer le débroussement sur les points de passage ordinaire des bestiaux qui sont conduits d'une région dans une autre et des caravanes servant aux transports.
On surveillera l'état sanitaire des marchés de bestiaux. Les animaux infectés seront abattus (Bouffard).
1. A. Laveran, Ann. de Vlnsiit. Pasteur, 1907, t. XXI, p. 340.
2. A. Thiroux et L. Teppaz, Acad. des Sciences, 11 janvier 1909 et Ann. de Tlnslit. Pasteur, 1909, t. XXII I, p. 426.