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Fin du tracé thermométrique d'un malade mort do la maladie du sommeil (Tracé 4 du travail déjà cité do Low et Castellani).
d'apyrexie, prend, dans la deuxième phase, les caractères de la fièvre hectique; la température s'élève souvent à 39° le soir, pour retomber à 37° le matin.
Ce type de la fièvre est important à noter, car le diagnostic se pose souvent entre la trypanosomiase et le paludisme; or on sait que, dans le paludisme, les maximums thermiques s'observent presque toujours dans la matinée; c'est le contraire qui se produit dans la trypanosomiase et dans la fièvre hectique en général.
L'élévation de la température ne s'accompagne d'ordinaire ni de frissons, ni rie sueurs. Ou voit des malades vaquer à leurs occupations habituelles avec des températures de 39° à 39°, 5. Il est donc indispensable d'employer le thermomètre pour constater la lièvre et de ne pas s'en rapporter au dire des malades.
La fréquence du pouls est augmentée ; dans la même journée, on
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•observe de grandes variations dans le nombre des pulsations qui est de 90 à 130 à la minute. La respiration est également accélérée ,(20 à 30 par minute).
Il y a souvent des irrégularités dans le tracé thermique, dues à des complications et en particulier à des accès de fièvre palustre.
Une à deux semaines avant la mort, la température s'abaisse au- -dessous de la normale, cette hypothermie qui existe le soir comme le malin est d'un pronostic fatal.
I.a figure XCV1 reproduit la fin du tracé thermométrique d'un malade mort de maladie du sommeil. La température est tombée dans les derniers jours à 36° et à 35°, o le jour de la mort. En môme •temps la fréquence du pouls et de la respiration diminuait.
Les adénites disparaissent souvent ou bien les ganglions durcissent, se sclérosent; il devient difficile d'en extraire une goutte de lymphe par la ponction et on n'y trouve plus que rarement des trypanosomes.
L'hypertrophie de la rate persiste, elle est môme parfois plus marquée qu'à la première période.
L'émaciation se prononce de plus en plus; les malades prennent un aspect squelettique, les clavicules, les côtes se dessinent sous la peau.
On observe souvent de l'œdème périmalléolaire.
Les symptômes nerveux qui dominent la scène sont très \ ariables. Parmi les plus constants, il faut citer : la céphalalgie, l'hyperesthésie ■déjà signalée à la première période, l'asthénie, le tremblement, l'affaiblissement de l'intelligence, l'amnésie, la somnolence, enfin la léthargie qui aboutit au coma et à la mort.
La céphalalgie occupe les régions sus-orbitaires ; quelques malades accusent une sensation de constriction aux tempes. La céphalalgie se complique souvent de rachialgie et de douleurs à la partie supérieure du thorax.
L'hyperesthésie profonde, déjà signalée parmi les symptômes de la première période, persiste à la deuxième.
Le tremblement de la langue et des mains fait rarement défaut; à Ja langue, il s'agit d'un tremblement fibrillaire ; le tremblement des mains et des bras qui persiste au repos, s'exagère souvent pendant les mouvements volontaires : action de prendre un verre et de le porter jusqu'aux lèvres, etc. Dans certains cas, le tremblement s'étend aux muscles des membres inférieurs et du tronc, et il est si fort qu'il se communique au lit dans lequel le malade est couché.
L'asthénie et l'apathie, déjà manifestes à la fin de la première période, se prononcent de plus en plus; la physionomie perd son expression habituelle. L'intelligence s'affaiblit; le malade a de la peine à comprendre ce qu'on lui dit et répond mal aux questions
qui lui sonl posées; il devient émotif, a des crises de larmes sans cause apparente ou pour des causes futiles.
La somnolence devient habituelle et le malade prend une attitude caractéristique : la téte est inclinée sur la poitrine, les paupières sont closes; au début, on tire facilement le malade de cet assoupissement, mais bientôt il s'agit d'accès invincibles de sommeil qui surprennent le malade dans toutes les situations, surtout après les repas. Ces accès, de plus en plus longs et profonds, aboutissent à un état comateux dont le malade ne peut plus être tiré qu'à grand1 peine. C'est à ce moment que la température tombe au-dessous de la normale. La mort arrive dans le coma.
Parmi les symptômes nerveux inconstants, il faut signaler : les paralysies, les contractures, les convulsions épilepti formes, les troubles psychiques. Tantôt les troubles médullaires dominent, tantôt les troubles cérébraux '.
Des paralysies, des anesthésies et des amyotrophies à localisations variables ont été signalées par divers observateurs. Les paralysies peuvent prendre la forme paraplégique ou la forme hémiplégique.
Les convulsions épileptiformes, généralisées ou localisées à certains groupes musculaires, ne sont pas rares.
Chez les malades arrivés au dernier stade, il est commun d'observer la rigidité des muscles de la nuque et la contracture en flexion des membres inférieurs.
Les troubles psychiques sont caractérisés surtout par la déchéance intellectuelle ; cet état peut être précédé par une période d'excitation pendant laquelle le malade commet parfois des actes délictueux ou criminels.
La confusion mentale est la forme la plus ordinaire des troubles psychiques, les idées se brouillent, la mémoire se perd, la parole devient incohérente; les malades ont des hallucinations ou des impulsions : tendances à la fugue, au vol, à l'incendie, à l'homicide, au suicide. Certains tombent dans des états délirants qui peuvent affecter soit la forme dépressive, mélancolique, soit la forme raégalomaniaque; aussi arrive-t-il que des individus atteints de trypanosomiase sont envoyés dans des asiles d'aliénés.
Différentes manifestations oculaires ont été notées au cours de la trypanosomiase; irilis, cyclitc, chorio-rétinite Nous verrons plus
1. L, Martin et Darré, Soc. de pathol. exotique, 22 janvier 1908 et Soc. méd. des hôpitaux. 1909. — L. Martin et Guillain, Soc. méd. des hôpitaux, 31 janvier 1908. — Nattan-Larrier, Soc. méd. des hôpitaux, 3 juillet 1908. - G. Martin et Ledoeuf, Soc. de palh. exotique, 9 décembre 1908. — A. Tiiiroux, même Soc, 9 juin 1909 et Revue de Psychidtric, septembre 1910. — G. Martin et Hingenracii, L'Encéphale, 1910. n"* G et 8.
2. V. Morax, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1907, t, XXI, p. 47. — L. Nattan-Larrier et A. Montiius, Soc. de pathol. exotique, mai 1908. — V. Morax et Kérandel, même
700 TRYPANOSOMES ET TRYPA.NOSÔMIASES
loin que, chez les malades traités par l'atoxyl, on a signalé assez fréquemment un affaiblissement de la vision pouvant aller jusqu'à la cécité complète.
L'opacité de la cornée, transitoire on permanente, qui n'esl pas rare chez certaines espèces animales, au cours des infections produites par le Tr. gambiense, n'a pas été notée jusqu'ici chez l'homme.
Les fonctions digestives sont pendant longtemps normales; à la dernière phase de la maladie, lorsque la somnolence devient habituelle, on est obligé de forcer les malades à s'alimenter.
La matité hépatique est souvent augmentée, mais dans de moindres proportions que celle de la rate.
Les urines sont normales, rarement albumineuses ; on n'y trouve ni sucre ni pigments biliaires.
A la dernière phase, il y a incontinence des urines et des matières fécales.
Au début, le sens génital n'est pas atteint; à un stade avancé, ce sens participe à l'affaiblissement général.
La menstruation ne disparaît qu'à un stade avancé de la maladie.
Les trypanosomes sont plus rares clans le sang des malades à la deuxième période qu'à la première. D'après Thiroux, l'absence fréquente du Tr. gambiense dans le sang et dans les ganglions lymphatiques des malades arrivés à une période avancée de la trypanosomiase s'explique par la formation d'anticorps. Le sérum des malades possède en effet des propriétés préventives quand on l'inocule en mélange avec le sang virulent
D'après G. Martin et Lebœuf (Rapport déjà cité, p. 283), les trypanosomes peuvent souvent être vus, à l'examen direct du sang, à une période avancée de la maladie. On doit admettre que, dans ces cas, il s'agit de races devenues résistantes.
L'anémie existe presque toujours, mais il est souvent difficile de faire la part de la trypanosomiase et celle des maladies concomitantes : paludisme, ankylostomiase, etc. dans sa pathogénie. Le nombre des globules rouges était en moyenne de 3 500 000 par millimètre cube chez les malades observés par Low et Castellani. Exceptionnellement le nombre des globules rouges était de 2 000 000 seulement; par contre, dans un cas. il y avait encore 6 200 000 globules rouges par millimètre cube au moment de la mort.
Le chiffre de l'hémoglobine est en rapport avec le degré d'anémie que révèle la numération des globules.
Soc, 8 juillet 1908. - V. Morax, même Soc, il mai 1910. — J. da Gama PràtO, Arch. de Hyg, c Pathol. exolkas. Lisbonne, 1910, 1. 111. p. 3. — Ann. cThyg. et de méd. colon., 1911, t. XIV, p. 639.
1. A. ÏHIROUX, Soc. de Biologie, î> mai 1906; et Soc de palh. exotique. 10 mars et 10 novembre 1900.
Le nombre des mononucléaires et spécialement des lymphocytes esl augmenté chez la plupart des malade-.
C'est dans le liquide cérébro-spinal que Ton trouve le plus facilement des trypan. à la deuxième période de la maladie.
.Nous dirons plus loin quels sont les caractères du liquide cérébrospinal chez les malades atteints de trypanosomiase, et comment on doit procéder à la recherche des trypanosomes clans ce liquide.
La durée de la deuxième période de la maladie du sommeil est de 4 à 8 mois. Il y a quelquefois des rémissions, mais des rechutes ne tardent pas à se produire. Il est exceptionnel que la maladie (non traitée) se prolonge au delà d'une année, à partir du début des accidents nerveux.
III. Complications. Le paludisme, la filariose et l'ankylostomiase qui sont endémiques clans la plupart des pays où règne la trypanosomiase humaine, la compliquent souvent; le paludisme, par l'anémie rapide et profonde qu'il détermine, constitue une grave complication.
Les infections bactériennes sont communes surtout à la deuxième période; quelques observateurs ont même pu attribuer autrefois le principal rôle à ces infections dans la pathogénie de la maladie.
Castellani a trouvé souvent des streptocoques clans le sang ou clans le liquide cérébro-spinal des sujets atteints de maladie du sommeil à la deuxième période.
Mott a noté que les ganglions lymphatiques des sujets atteints de maladie du sommeil étaient souvent infectés par des streptocoques; Natlan-Larrier et Ringenbach y ont trouvé des staphylocoques1.
La pneumonie est une des complications les plus fréquentes, une de celles qui entraînent le plus souvent la mort des malades atteints de trypanosomiase. Il faut citer ensuite la méningite aiguë 2.
Les infections bactériennes exercent une influence manifeste sur les infections à trypanosomes (V. p. 132); des infections à streptocoques ou à pneumocoques peuvent faire disparaître, au moins temporairement, les trypanosomes du sang, chez les sujets atteints de maladie du sommeil, ce dont il fau t tenir compte au point de vue du diagnostic.
A la période ultime de la maladie, on note souvent des congestions pulmonaires hypostatiques et des eschares de decubitus.
1. Mott, Reports of the sleep. sickn. Commis, of the R. Soc, 1900, n" VII, p. 13. — Nattan-Larrier et Ringendacii, Soc. de patli. exotique, 13 février 1912.
2. A. Thiroi v el J. Pelletier, Soc. de path. exotique, 21 juillet 1909.
TIIYPAN0S0MES ET TUYPANOSOMIA SES
S S- — Action pathogène du Tr. gambiense sur différentes espèces animales.
La plupart des Mammifères. sont sensibles au Tr. gambiense. Les infections expérimentales produites par le Tr. gambiense chez les singes présentent un intérêt particulier, les accidents observés chez ces animaux ayanl souvent une grande analogie avec ceux que l'on observe chez l'homme.
Singes et Lémuriens. — Tous les singes ne s'infectent pas avec la même facilité.
Les Cynocéphales (genre Papio) sont le plus souvent réfractaires.
Dutton et Todd, Thomas et Linton ont inoculé sans succès plusieurs Cgnocephalus sphinx1. Nous n'avons pas réussi, pour notre part, à infecter des Cynocéphales (Babouins) qui ont reçu cependant de fortes doses de sang riche en Tr. gambiense.
Deux Cynocéphales inoculés par Krueger, au Togo, avec Tr. gambiense ne se sont pas infectés -.
Mesnil et Lebœuf n'ont pas réussi à infecter un jeune Cynocéphale par Tr. gambiense
Laveran a montré que le sérum normal des Cynocéphales injecté à une souris dont le sang contient de nombreux Tr. gambiense fait disparaître, au moins temporairement, les trypanosomes. Cette action du sérum des Cynocéphales est évidemment en rapport avec l'immunité de ces singes pour le Tr. gambiense1".
L'immunité naturelle des Cynocéphales est, il faut le dire, inconstante; Thomas et Breinl ont réussi à infecter 4 Cynocéphales (3 babuins et 1 sphinx) avec le Tr. gambiense '6.
Les Macaques s'infectent au contraire facilement. Bruce, Nabarro et Greig ont expérimenté sur M. rhésus et sur un Cercopithèque (black faced var.).
Tous les Macaques que nous avons inoculés (rhésus, sinicus, cynomolgus, nemeslrinus) se sont infectés.
Au cours de ses recherches thérapeutiques avec divers collaborateurs, Mesnil a eu l'occasion de suivre l'évolution normale de la maladie chez onze singes (Macacus et Cynomolgus). Après un an de passage sur rats, le trypan. a montré une forte virulence pour les
1. J.-E. Dutton et J.-L. Todd, Firsl Rep. of the Trypanosomiasis exped. io Senegambiu. 1903, tableau VU. — ll.-W. Thomas et S.-F. Linton, Lancet, 14 mai 1904.