LES INVERTÉBRÉS TRANSMETTEURS DES T RYPA N OSO M ES
§ 1. — Les mouches tsétsés ou Glossines.
L'étude des trypanosomiases africaines est liée d'une façon intime à celle des mouches tsétsés. Nous avons résumé, au chapitre iv et dans les divers chapitres relatifs aux trypanosomiases de l'Afrique tropicale, les expériences mettant en évidence le rôle des tsétsés dans la propagation de ces maladies. Un livre sur les trypanosomiases doit donc contenir des renseignements morphologiques, biologiques et taxonoraiques sur les Glossines. Tous ceux qui ont été recueillis jusqu'en 1903 ont été résumés dans la Monographie d'Austen 1 à laquelle nous avions emprunté les éléments de l'appendice qui terminait notre 1" édition. Depuis lors, une foule de renseignements morphologiques, biologiques, taxonoraiques, sont venus compléter les premiers et, actuellement, les glossines sont parmi les insectes les mieux connus. Les travaux de Minchin (1905), de Stuhlmann (1907), de Roubaud (1908-09) complétés par ses recherches plus récentes, de Zupitza (1908), de Kleine et Taute (1909-11), des diverses missions d'études de la maladie du sommeil, méritent d'être cités en première ligne2. Austen, l'an dernier, sans rééditer sa mono-
1. E.-E. Austen, A monograph of the Tsetse-flies (genus Glossina Westwood) based on the collection in the Britisli Muséum, avec un chapitre sur les pièces buccales par H.-J. Hansen, I vol. in-8, Londres, 1903.
2. Minchin, Proc. Boy. Soc, B., t. LXXVI, 1905, p. 531. — Stuhlmann, Arb. a. d. Kais. Gesundkeilsamte, t. XXVI, 1907. — Roudaud, G. B. Acad. Sciences, 17 févr. 1908 et 18 janv. 1909; Bull. Soc. Path. exot., t. I, 1908, p. 25."); Bapport mission d'études, etc., Paris, 1909. — Zupitza, Beihefle z. Arch. f. Sch. u. Trop. Hyg., t. XII, 1908 et Amtsbl. f. das Schutzgeb. Togo, 31 juill. 1909. — Hodges et Bagshawe, Sleep. Sickn. Comm., Report n° IX, 1908, p. 3 et public, du Steep. Sickn. Bureau, Londres, janv. 1909. — Ensor, Journ. Boy. Army mcd. Corps, t. XII, 1909, p. 376. — Kleine, Deutsche med. Woch., 1909, passim et 1910. — Kleine et Taute, Arb. a. d. Kais. Gesundli., I. XXXI. 1911. — ROUBAUD, C. B. Acad. Sciences, t. GLU, févr. 1911, p. 406; t. CLII, 2 oct. 1911, p. 634; Bull. Soc. Path. exot., t. IV, 1911, p. 544. — Gonsulter aussi le Sleeping Sickness Bulletin, t. I-1V, 1908-12 et le Bull, of entom. Bcs., t. 1910-12.
Laveban ot Mesnil. — Trypanosomcs ot Trypanosomiases. 01
062 TRYl'ANOSOMES ET TRYP AN0S0M1ASES
graphie, a entrepris une revision taxonomique qui tient compte des nouvelles découvertes d'espèces et de variétés '.
Pendant longtemps, mouche Isélsé a été synonyme d'une espèce déterminée, Glossina morsitans Westwood. C'est en effet cette tsétsé qui joue le rôle principal dans la propagation du nagana, et il étail naturel que l'attention des voyageurs fût surtout attirée sur cette mouche, en raison des ennuis et des pertes qu'elle leur occasionnait. Mais, plus tard, d'autres espèces du même genre, à mœurs assez semblables à celles de la Glossina morsilans, ont été rencon-
Fi£ï. CLXXIY. — Glossina mor.sit.vns (d'uprès Bruce).,
A. Mouche au repos, avec les ailos so recouvrant complètement. — B. Mouche avec les ailes étendues (Gr. 2 diam. 5). — C. Partie antérieure vue do profil.
trées; la distinction avec la morsilans n'a pas toujours été faite. Aussi, le mot tsétsé sert-il maintenant pour désigner toutes les espèces du genre Glossina (Austen en reconnaît 15, réparties en 4 groupes).
Nous devons d'abord considérer ces espèces en bloc, car le genre Glossina est très homogène et très bien caractérisé.
Les tsétsés sont des mouches d'assez petite taille, un peu plus grosses néanmoins que la Musca dqmestîca, et nettement plus grosses que le Slomoxys calcitrans; leur aspect ne justifie pas leur terrible réputation.
Une tsétsé au repos se reconnaît à première vue à cette particularité que ses ailes se recouvrent complètement et horizontalement l'une l'autre, comme font les deux branches d'une paire de ciseaux (fig. CLXXIV, A, etCLXXV); chez d'autres mouches plus ou moins voisines (Slomoxys, Hecmatopota), que l'on rencontre dans les mêmes régions et qui, elles aussi, sucent le sang avec avidité, les ailes au repos font toujours un certain angle par rapport à l'axe du corps, ou sont disposées en toit, obliquement inclinées de chaque côté.
t. Austkn, A Handboolc of the Tselse-Flics (genus Glossina), 1 vol. in-8, Londres, 1911.
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Il l'aut noter en plus que la trompe des tsétsés se projette horizontalement en continuité directe de Taxe du corps (fig. CLXXIV, C).
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Fig. CLXXV. — Glossina palpalis (cliché du Sleeping Sickness Bureau) l.
Photographies prises par le Dr Graham, à la Gold Coast, do mouches au repos. La mouche de gaucho est grossie 3 fois et demie; cel és de droite sont do grandeur naturelle.
Au repos, la trompe, mince et déliée, est complètement protégée par
Fig. GLXXVI. — Morphologie comparée de la trompe chez les Glossines (I), les Mélophages (11) et les Stomoxes (III) (d'après Roubaud) 2.
Les différentes pièces ont été dissociées. Lab. : lôvre supérieure; L. inf. : lèvre inférieure Hyp. : hypopharynx; B. : bulbe do la trompo; G. S. : conduit commun des glandes salivaircs; L. : labelles.
une sorte de fourreau formé par l'étroit accolement des palpes
1. Ce cliché et ceux des figures CLXXXVI et CXC nous ont été obligeamment prêtés pnr M. A. -G. BaGSHAWE, actuellement directeur du Tropical Diseuses Bureau.
2. Ce cliché et ceux des figures CLXXVII, CLXXX-CLXXXIV sont empruntés nu Rapport de la mission d'Éludés de la maladie du sommeil au Congo français, 1006-1908. n
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maxillaires. Ce caractère n'existe à un degré semblable cliez aucun des autres Slomoxydes (Stomoxys, Lyperosia, etc.) qui partagent tous cependant avec les glossines le caractère de la trompe projetée horizontalement en avant; mais celle-ci n'est jamais complètement engainée par les palpes; elle est d'ailleurs notablement plus courte et plus épaisse que celle des glossines.
Cette trompe (fig. CLXXVI, i) 1 se compose d'une lèvre supérieure ou labre formée uniquement de chitine et d'une lèvre inférieure, comprenant une cavité et des muscles; ces 2 lèvres limitent la cavité
de la trompe; dans un repli inférieur, c'est-à-dire ventral, de celte cavité, on rencontre un stylet, l'hypopharynx (voir fig. XIV, p. 60, la coupe d'une trompe de glossine).
On distingue facilement les femelles des mâles, en ce que, chez ces derniers, les organes génitaux externes forment une protubérance très visible (hypopygium) vers l'extrémité de l'abdomen; cette protubérance manque chez les femelles.
Le genre Glossina a été créé en 1830 par Wiedemann pour son espèce Glossina longipalpis.
Le genre Glossina renferme des Diptères de la famille des Musc idse (sensu stricto), comprenant entr'autres les genres Beccarimyia, Stomoxys, Hœmatobia, Lyperosia et Glossina, tous Insectes suceurs de sang. Par la nervation de ses ailes (voir fig. CLXXVII), les poils ramifiés des arista -, le bulbe à la base de la trompe, la conformation de l'appareil génital mâle, et aussi par la larviparité, Glossina occupe une position à part dans ce groupement. Austen en donne la diagnose suivante.
Glossina, Wiedemann, 1830 (== Nemorhina, Rob. Desv., 1830). Mouches à corps étroit, allongé, d'une couleur allant d'un brun sombre à un brun jaunâtre, mesurant de 6 ou 8 mm. (cas de Glossina tachinoides) à 13 mm. 5 (grosse femelle de Glossina brevipalpis ou longipennis); reconnaissables à l'étal vivant et au repos à ce que les ailes se superposent exactement au-dessus de l'abdomen qu elles dépassent
1. En dehors des travaux cités, voir Stephens et Newstead, Liverpool Sch. of trop. Mcd., Mém. XVIII, 1006, p. 53.
2. Appendice du segment terminal des antennes. C'est la seule partie visible des antennes sur les diverses figures de Glossina reproduites ici.
Fig. CLXXVII. — Ailes de Glossine (I) et de Stomoxe (II).
1-5, nervures longitudinales; a, transverse anterieuro; 4, trausverse postérieure.
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notablement en arrière, et à ce que la trompe (entourée d'un fourreau constitué par les palpes) se projette horizontalement dans le prolongement de la tête; les palpes, dans la position naturelle, s étendent un peu au delà de la trompe, leurs bords internes sont creusés de façon à constituer un fourreau à cette dernière; la base de la trompe se dilate brusquement en dessous en un g?'os bulbe d'oignon. (Pour les détails de la trompe, voir fig. CLXXVI).
Répartition géographique. — Les tsétsés paraissent limitées à l'Afrique; une seule exception est connue : Carter1 a signalé Glos-
Fig. CLXXV1U. — Carte d'Afrique avec les limites septentrionale