CHAPITRE V
HISTORIQUE DES GENRES; PLACE DES TRYPANOSOMES ET DES TRYPANOPLASMES DANS LA CLASSIFICATION
§ 1. — Historique des genres.
Valentin, en découvrant le trypanosome (ou le trypanoplasme) de la truite en 1841', pas plus que Gluge, en découvrant celui de la grenouille en 1842, n'ont songé à leur donner de noms spécifique ou générique nouveaux. Le premier de ces auteurs a simplement rapproché son hématozoaire des Proteus ou des Amœba d'Ehrenberg. Mayer, en juillet 1843, a attribué des noms spécifiques aux parasites de la grenouille [Amœba rotatoria, Paramœcium loricalum et costalum), mais il les a classés encore dans deux genres anciennement connus, Amœba et Paramœcium, où évidemment ils ne pouvaient rester.
C'est donc incontestablement Gruby 1 qui, en novembre 1843, a donné le premier un nom générique nouveau aux organismes qui nous occupent et ce nom, Trypanosoma, doit subsister pour désigner le trypanosome de la grenouille (sp. sanguinis Gruby, antidatée par rotalorium Mayer) et tous les autres Flagellés qu'on est amené à comprendre sous le môme nom générique que l'espèce de Mayer-Gruby. Or, tel doit être le cas pour tous les Flagellés sanguicoles connus jusqu'à ce jour, à l'exception de certaines espèces parasites des poissons pour lesquelles un nom générique spécial s'impose.
Ces points acquis, examinons la synonymie du genre Trypanosoma.
En 1871, Ray Lankester2, ignorant les travaux de Gruby et de ses prédécesseurs, découvre à nouveau le Tr. rotatorium de la grenouille, et le décrit sous le nom à'Undulina ranarum. Vndulina esl le premier synonyme de Trypanosoma,
1. Gruijy, C. R. Acad. Sciences, t. XVII, nnv. 1843, p. 1134.
2. 1 î ,\ v Lankester, Quart. Journ. of micr. Se, t. XI, 1871, p. 387.
96 THYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
Saville Kent ', dans le premier volume de son Manual of Infùsoria L880-81), classe le genre Trypanosoma (iruby, avec deux espèces : 1" Tr. sanguinis du sang de Rana esculenta et de B. temporaria (avec, comme synonyme. Undulina ranarum R. Lank.); 2° Tr. Eberthi n. sp., pour le parasite du eœcum des Oiseaux décrit par Eberth en 1861 -. A un autre endroit de son livre, Kent crée le genre Herpetomonas pour la forme figurée par Stein dans ses Infusionsthiere (partie III, 1878) sous le nom de Cercomonas muscse domesticse. <M identifiée avec le Bodo muscse domeslicw de Burnett et le C. musearum de Leidy. Le parasite vu par Lewis dans le sang des rats de Flnde est rapporté provisoirement, par Kent, à ce nouveau genre Herpetomonas; il l'appelle H. Lewisi. Cette attribution du Flagellé des rats au genre Herpelomonas a été admise en 1884 par Bùtsehli (Protozoa du Tierreich); et elle a été conservée jusqu'en 1901, au moins à titre provisoire, par Wasielewski et Senn et par nous-mêmes dans nos premières publications \ Par exemple, Senn, en 1900, dans le fascicule des Pflanzenfamilien d'Engler et Prantl, consacré aux Flagellata, donne la diagnose différentielle suivante des deux genres Trypanosoma et Herpelomonas :
Membrane ondulante épaissie en forme de flagelle sur le bord externe, n'atteignant pas l'extrémité postérieure de la cellule Herpelomonas.
Membrane ondulante non épaissie sur le bord, allant de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure de la cellule. Trypanosoma.
Mais des travaux plus récents ont montré que la conservation du genre Herpetomonas pour désigner les Flagellés du type Lewisi est impossible pour deux raisons. D'une part, Y Herpetomonas muscse domesticœ, espèce type du genre Herpelomonas, par sa morphologie que Prowazek a précisée, doit faire partie d'un genre différent de celui qui contient le Flagellé du sang des rats (absence constante de membrane ondulante chez le parasite de la mouche, etc.). D'autre part, l'étude que nous avons faite en 1901 ' de l'espèce type du genre Tri/panosoma, a montré que cette espèce ne différait, par aucun caractère essentiel, ayant une réelle valeur générique, de l'espèce Lewisi (elle a. en particulier, tous les caractères que Senn donnait à