‹ Trypanosomes et trypanosomiases [electronic resource]Chapitre 68 sur 410 · Mutermilch, Ann. Inst. Pasteur, t. XXV, 101 i, p · texte numérisé non relu

Mutermilch, Ann. Inst. Pasteur, t. XXV, 101 i, p

DÉPENSE DE L'ORGANISME i Kl

à infection aiguë, en tout cas d'espèce différente de l'animal fournisseur de sérum.

Il y avait lieu de se demander comment se comportent vis-à-vis de ces sérums les trypan. coexistant avec eux dans la circulation ; et de supposer que ces trypan. acquéraient une résistance particulière vis-à-vis des substances antagonistes. Le fait, constaté par nous dès 1902, que le sang d'un caprin infectait la souris alors que le sérum de la même saignée protégeait la souris contre le trypan. de passage par rat ou souris, parlait nettement en faveur de cette manière de voir. Le premier, Franke, ayant bien vu que le sérum d'un singe guéri de caderas, puis réinfecté, ne protégeait pas contre les trypan. retirés en même temps que lui du sang de l'animal, alors qu'il protégeait contre des trypan. d'autre origine, a insisté sur l'importance biologique du fait.

Pour ce qui concerne le pouvoir trypanolytique du sérum, Massaglia a constaté que si l'on fait agir les sérums de crise des cobayes trypanosomés sur des trypan. de cobaye, on a encore une action avec les trypan. pris avant la crise; mais ceux pris après la crise sont à peu près réfractaires à l'action du sérum. Rodet et Vallet ont fait, de leur côté, une constatation analogue avec le sérum et les trypan. de chien.

Enfin, Levaditi et Mutermilch ont remarqué que les trypan. vaccinés contre les anticorps (épreuve trypanolytique) ne s'attachent pas aux leucocytes et ne sont pas phagocytés.

Ces faits établissent donc bien la réalité de ces vaccinations des trypan. dans l'organisme infecté au fur et à mesure de la production des anticorps clans cet organisme.

On a donc le droit de dire que, si toutes les propriétés que nous avons étudiées sont bien des réactions d'immunité, elles peuvent être sans influence sur l'issue de la lutte engagée entre l'organisme et le parasite. Ce sont surtout des réactions d'immunité vis-à-vis des trypan. autres que ceux de l'animal fournisseur de sérum. On s'explique ainsi que, par exemple, le pouvoir protecteur du sérum d'un chien qui va succomber à une infection subaiguë soit aussi élevé que celui d'une chèvre qui guérira.

Les auteurs que nous venons de citer ne se sont pas préoccupés de rechercher si cette propriété acquise se conservait longtemps en dehors de l'organisme où elle avait pris naissance.

Mesnil et Brimont ont constaté les pi"emiers que, dans certains cas tout au moins, les trypan. en question, conservés par passages sur souris, restaient insensibles aux propriétés du sérum retiré du môme animal à infection chronique.

C'est ainsi qu'ils ont vu que les trypan. retirés d'un bouc et d'un chien infectés de Tr. logolense, et résistants aux sérums retirés en

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même temps qu'eux ou avant eux des mêmes animaux, 1'étaienl encore au bout de deux mois après 10 à 20 passages par souris, bien entendu sans nouveau contact avec le sérum actif depuis là sortie du bouc ou du cbien : il y avait résistance à 3/4 et 1/2 ce. alors que le virus normal ne résistait pas à 1/10 ce.

Il s'est donc constitué de véritables races résistantes aux sérums. Ces races, résistantes respectivement aux sérums de bouc et de chien, avaient aussi une certaine résistance croisée, ce qui ne saurait étonner, car il doit y avoir des rapports entre les anticorps qui se développent chez deux espèces animales vis-à-vis du même trypanosome.

Une conséquence, d'ordre pratique, à tirer, c'est que lorsqu'on veut apprécier le pouvoir protecteur d'un sérum, il ne faut pas se servir de n'importe quel virus, que, en particulier, pour les virus de laboratoire qui déterminent généralement une maladie à marche aiguë chez le ral et la souris, il faudra se servir de préférence des virus conservés sur ces animaux.

En collaboration avec Rohl et Mlle'Guhlbransen, Ehrlich, de son côté, a préparé des races résistantes, de l'ingénieuse façon suivante. Des souris infectées sont traitées avec une dose, inférieure a la dose efficace, d'un médicament de la série de l'aloxyl. Il y a rechute au bout d'un certain temps. Mais il y a aussi formation d'anticorps. Les trypan. de rechutes sont résistants à ces anticorps; on met ce fait en évidence de la façon suivante : ces trypan. tuent en série, dans le temps normal, des souris infectées, débarrassées de leurs trypan. par une dose efficace de médicament.

On peut encore opérer ainsi : on guérit une souris infectée par une close complète de médicament, puis on la réinocule 2-3 jouiplus tard; plus ou moins rapidement, des trypan. apparaissent qui sont résistants. Cette résistance se conserve pendant des mois à travers des souris normales. La différence des 2 races, celle du début et celle de récidive, apparaît nettement quand, après avoir infecté 2 souris avec la deuxième race et les avoir guéries, on réinocule l'une avec la race de récidive, tandis qu'on donne à l'autre la race normale; seule cette dernière souris s'infecte. Ehrlich en conclut que la race de récidive a acquis un « nutrirecepteur » qui remplace celui de la race normale qu'elle a perdu.

Les races résistantes aux anticorps trypanolytiques peuvent se préparer très facilement.

D'après Ehrlich, Roehl et Gulbransen', Levaditi et Mutermilch 2, l'immunisation des frypanosomes contre les anticorps ly tiques peul se réaliser en tube à essai à 37°. Le mélange, qui renferme encore de

1. Bhblxch, Roehl el Gulbransen, Zdlschr. f. 7mm. forsch., t. III, L909, p. 298.

2. Lkvaditi et Mutehmilch, C. R. Soc. Biologie, l. IAV11, juill. 1000, p. 40.

raies parasites, infecte la souris et les nouveaux trypan., résistants aux anticorps in uilro, peuvent conserver cet état à travers les souris de passage.

Levaditi et Mutermilch ont émis la supposition que leurs races résistantes procèdent d'une véritable sélection, résultant de l'action trypanolytique du sérum dans le tube à essai. Levaditi et Me Intosh 1 ont cherché à préciser cette notion.

La création de la race, facile avec du sérum trypanolytique chauffé, puis réactivé, devient difficile avec du sérum chauffé, c'est- f à-dire lorsque l'ambocepteur agit seul. Il paraît donc nécessaire qu'il y ait trypanolyse et par suite sélection des trypan. les plus résistants. Ces trypan. vivants se retrouvent à l'examen attentif du culot de centrifugation du mélange.

La race se constitue encore quand, au lieu d'inoculer le mélange, on se sert seulement du culot de centrifugation; mais .il faut avoir soin de ne pas le laver. La résistance naturelle des individus sélectionnés n'est donc pas suffisante. « Ils accroissent, disent les auteurs, leur résistance naturelle sous l'influence des traces d'ambocepteurs qu'ils absorbent et qu'ils emportent avec eux dans l'organisme de la souris. » Mais, malgré cela, cet organisme n'aurait pas de rôle actif, car on peut se contenter d'une quantité d'ambocepteur insuffisante pour créer un état d'immunité passive; et l'injection de trypanosomes morts est incapable de provoquer chez la souris un état favorable à la création de la race; d'ailleurs, à aucun moment, pendant la création de cette race, on ne décèle d'anticorps trypanocides dans le sérum. Il n'en reste pas moins vrai que l'accroissement de la résistance naturelle n'a pu encore être réalisé en dehors de l'organisme vivant.

(Ii érison et immunité. — Dans cette lutte entre l'organisme et le trypanosome, dont nous avons cherché à mettre en lumière un certain nombre d'incidents, la victoire reste soit au trypan. (et nous avons vu comment il résiste aux moyens que l'organisme met en action contre lui), soif à l'organisme infecté. Cette dernière alternative est la règle pour ce qui concerne les trypan. dits non pathogènes. Mais le cas se présente aussi avec les trypan. pathogènes.

Il y a lieu de distinguer entre la guérison clinique (retour de

I ;i ni mal à la santé) et la guérison microbiologique qui consiste dans la disparition complète du microbe envahisseur. L'animal peul paraître guéri alors que des microbes persistent dans son organisme.

II y a alors état de tolérance mutuelle entre l'organisme et le parasite. La vaccination contre les anticorps explique bien cette tolérance.

I. Levaditi el Me Intosh, Bull. Soc. Palh. exot., t. 111, juin 1910, p. 308.

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Le cas paraît rare en ce qui concerne les trypan. pathogènes '. Ces infections latentes sont peut-être plus fréquentes pour les trypan. non pathogènes. D'après Manteufel, les rats sauvages, au contraire des rats domestiques, conserveraienl longtemps, dans leur organisme, le Tr. Lewisi en très petite quantité. Le trypan. des bovidés, qui vient de donner lieu à tant de recherches, paraît être clans le même cas.

Pour les trypan. pathogènes, ce sont surtout les Ruminants qui fournissent des cas'de guérison; c'est en particulier ce qui se présente dans nos laboratoires d'Europe.

Ces faits, que nous retrouverons d'ailleurs au chapitre suivant, montrent que l'organisme peut sortir vainqueur de la lutte, grâce sans doute aux moyens de défense qu'il met eu œuvre et que nous avons appris à connaître. La victoire peut être plus ou moins lentement acquise. Elle a souvent pour conséquence une immunité de longue durée de l'organisme. Et nous avons déjà noté que cette immunité est généralement accompagnée de la conservation des propriétés protectrices 'du sérum (voir p. 146).

1. Laveran el Mesnil, C. F). Acad. Sciences, I. CXL, 1005, p. 831.

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