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' l S Oui, encore un qui t'on' près
RICHARD. Face à lui).
Et la souffrance, crois-tu qu'elle ne sou pas Uonne à quelque chose ? Le lendein d'un soir d'amour, quand on rentre chez soi, les lèvres meurtries de baisers, la chair lassée de caresser, le cœur et L'espril sans flamme, à quoi peut-on être bon encore, pauvre pantin brisé ? A Deroer dans une chaise longue quelque rêverie béate. Mais les jours où l'on a souffert, où la femme qu'on aime vous a bâti nie. où le rêve qu'on chérit s'écroule, où l'on se sent seul enfin, tout seul devant sa pensée, avec quelle ardeur on reprend son pinceau, quelle foli<: on a de travailler et quelles belles choses il reste souvent de ces heures de désespoir. Non, non, il ne faut pas fuir la souffrance. Souffrir, pour nous. ies artistes, c'est créer !
JACQUES Oui, mais à ce jeu-là, on se tue.
RICHARD
Qu'importe, si on laisse quelque chose après soi D'ailleurs, tu as beau faire le sceptique ■ toi aussi, tu crois à la sainte fécondité de la souffrance. Combien de fois n'avons-nous pas lu ensemble ces vers immortels de Musset. Rappelle-toi la « Nuit de Mai ». (Déclamant) :
» Les plus désespérés sont les chants les plus beaux...
JACQUES (malgré lui) Oui, oui...
RICHARD
(de même). Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
.1 \CQUES se lève et gagne le devant du ch evalei
Oui, oui tout cela, ce sont des rêves de vingt ans. Que liable ! Il n'y a pas que les choses tristes qui soient belles ! .le i, en veux pour preuve que cette fière page qui respire la Jcie...
RICHARD
le n'ai pas encore tout dit.
JACQUES (lui montrant le portrait) Voyons, mon vieux Richard, tu vou. drais que ce tableau exprimât une souffrance ? Tu ne le pourras pas.
RICHARD
N'en jurons point ! Tantôt, ce sera la di rnière séance de pose. Tu sais que dans celle-là seule l'œi re prend sa vraie signification. Pour cela, il faut la dernière touche.
JACQUES
Le dernier coup de patte. (Sonnerie.)
RICHARD
Si tu veux. (On sonne). Je crois que c'est la comtesse qui revient avec sa jeune sœur.
I U'.nl'ES.
Alors, je m'éclipse. (Mouvement vers la sortie.)
RICHARD (le retient) Reste un instant ! Tu vas voir l'original.
Les mêmes Nadine Prasloff, Hilu Karnovitch)
NADINE (entre la première. Rita vit) Bonjour, cher maître ! Bonjour, M. Jacques Morel. (Poignées de mains).
RITA
Bonjour. M. Richard Bertier.
RICHARD
Bonjour, madame ! (baise -main). Bonjour, mademoiselle. Permettez-moi de vous présenter mon bon ami, le poète Jacques Morel, un de nos meilleurs dramaturges.
RITA (passe à lui).
Monsieur Jacques Morel, j'ai eu la joie d'applai dir votre beau drame « Quentin Metsys » au théâtre Michel de Pétrograd, et vous me voyez toute fière de connaître son auteur.
JACQUES
Mademoiselle, vous êtes mille fois aimable ! Permettez-moi à mon tour de vous dire que si j'ai admiré tout à l'heure le pastel de mon ami Richard, je me félicite à présent d'avoir connu l'original, ne fût-ce que quelques instants.
RITA
Je vais bien regretter de m'en aller ; approcher les artistes m'est un si grand bonheur.
JACQUES
Vous partez demain, me dit Richard.
RITA
Oui et qui sait quand je reverrai la France ? Le sort d'une jeune fille est chose si variable.
JACQUES
Oui, mais tant >' s routes claires s'ouvrent devant elle.
Pendant le dialogue, Nadine est descendue f' gauche près de la traperie. Dans le mouvement elle a déposé son sac sur un meuble à gauche.