‹ Tuberculose et MariageChapitre 25 sur 48 · ACTION DE L'ALLAITEMENT SUR LA TUBERCULOSE MATERNELLE · texte numérisé non relu

ACTION DE L'ALLAITEMENT SUR LA TUBERCULOSE MATERNELLE

A. Historique.

Lorsque l’on étudie la question des rapports du mariage avec la tuberculose, on voit tout d'abord que, dans tous les auteurs, le point qui fut le plus négligé fut celui des désordres que l'allaitement peut occasionner chez la femme.

C'est un vieux dicton parmi la classe populaire que nourrir son enfant fait du bien.

Et si à l'heure actuelle l'allaitement maternel a tant été relégué au second plan, ce n’est pas que jamais on ait pensé qu'il pouvait affaiblir, qu'il pouvait être cause de déchéance organique; c'est trop souvent à raison des entraves qu'il crée aux conditions souvent trop futiles de la vie sociale actuelle.

Et cependant, ainsi que nous allons le voir, ne nourrit pas son enfant qui veut. Les raisons sont diverses qui sont suscepüibles d'empêcher la mère de donner à son enfant la première chose qui lui soit due : Le lait. Il en est une qui prime toutes les autres : c'est son état de santé personnel, car l'allaitement, nous le verrons, exige une dépense de forces.

La femme doit-elle nourrir ? Pour donner il faut recevoir, pour pourvoir à deux existences, il faut que la nôtre au moins soit assurée d’une façon solide. Chacun aujourd’hui serait de cet avis, même avant d’avoir consulté les observations et les documents qui ont pu être recueillis sur la question.

Les auteurs ne pensèrent pas toujours ainsi, car si nous lisons

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Morton, nous voyons qu'il écrit que pour la mère même malade, même tuberculeuse, l'allaitement est une bonne chose.

Par la suite, heureusement, ils furent rares ceux qui soutinrent cette idée.

Depuis Dubreuilh (de Bordeaux) (Mémoire à l’Académie de médecine), tous les auteurs sont d'accord. L'allaitement peut créer la tuberculose. Il est capable de l’aggraver.

Rayer qui, dans son étude comparative sur la phtisie pulmonaire de l'homme et des animaux, dit avoir vu des nourrices devenir phtisiques quand elles nourrissaient deux enfants à la fois ou bien lorsque l'allaitement était prolongé au delà des limites ordinaires; Delafond, qui est du même avis; Bouchardat, qui soutient que les vaches laitières à qui on fait produire 18 à 20 litres de lait après entrainement au lieu de 9, chiffre normal, finissent toutes tuberculeuses malgré la suralimentation et la stabulation bien faites; Peter, qui, dans ses magistrales leçons cliniques pense que, quels que soient la suralimentation et le repos, il est impossible qu'un organisme débile tienne au travail d'assimilation et sécrétion qu'on lui impose ; Marcou, qui a vu des femmes déjà tuberculeuses résister à plusieurs grossesses quand elles ne nourrissaient pas; Hérard, qui, pour avoir vu quelques cas de guérison de la tuberculose pendant l'allaitement, à surtout vu des cas d’aggravation; Jaccoud, 77. de pathol.; Lorrain, Tr. de méd. et de chir. prat. (art. Allaitement); Eloy, Roché, Bernheim (Gaz. de gynécol., d’obst. et de pæd. de Bordeaux); Calmettes, Congrès de médecine, 1907, p. 194; Grancher et Barbier, Tr. de méd. et de thér., VIE, p. 607); Tarner et Budin, Ribemont-Dessaigne et Lepage, tous sont du même avis.

Toutefois, Budin et Demeulin apportent un certain tempérament à cette doctrine. IIS pensent qu'il est possible de faire nourrir l'enfant d'une tuberculeuse par sa mère parce que, lorsque celle-ci est tuberculeuse au premier degré seulement, les risques qu'elle court en allaitant sont moins grands que ceux que l'allaitement artificiel fait courir à l'enfant.

Lister LAIT

B. Pathogènie des accidents au cours de l’allaitement.

À l'heure actuelle, il paraît bien établi que l'allaitement chez une femme est susceptible d'aggraver une tuberculose existante, et que même parfois, chez une femme jusque 1à bien portante, les premiers accidents de la maladie éclatent en même temps que l'allaitement se fait ou se prolonge au delà des limites normales.

Dès maintenant, et sans nous étendre à ce sujet, nous dirons, d'accord en cela avec tout le monde à l’heure actuelle, que si l'allaitement paraît avoir été la cause de l'apparition de la tuberculose dans bien des cas, il ne fut jamais une cause efficiente, mais simplement une cause favorisante de premier ordre.

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Depuis les cliniques de Peter, la science a marché et personne ne songerait plus à dire aujourd'hui que la tuberculose des nourrices est due à un processus dégénératif causé par la

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# déchéance de l'organisme à la suite d'une dépense de forces ou # de matériaux. ;

# Cette dépense existe. Elle affaiblit l'organisme, mais elle ne É fait ainsi que favoriser l'implantation du bacille. Et ceci dit, ; sans que nous insistions, comment l'allaitement entraîne-t-il FT :

x une telle fatigue ?

Si nous évaluons à un litre par jour en moyenne pendant un an la quantité de lait absorbée par un enfant, nous voyons qu’en se rapportant aux analyses qui sont ordinairement acceptées pour la composition du lait de femme, celle-ci perd tous les jours :

Réduite en carbone et en azote, cette déperdition équivaut à 80 grammes de carbone et 6 à 7 grammes d'azote, soit un tiers de dose nécessaire à la nutrition.

Comment ne pas admettre que la tuberculeuse, qui a besoin d'une ration d'entretien supérieure à ses dépenses, sera très touchée par cette déperdition quotidienne ? C'est alors qu'il lui

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faudrait une puissance d'assimilation peu commune, un estomac et un intestin d’une solidité à toute épreuve.

Le bilan à solder par la mère est donc énorme quand il s'agit d'allaiter son enfant alors qu'elle le fait normalement. Il l’est bien davantage quand l'allaitement cest prolongé outre mesure, l'assimilation perpétuelle de matériaux suffisant à fatiguer l'organisme comme l’a dit Peter.

I l'est bien davantage quand l'enfant n’est pas réglé, lorsque la mère inquiète au moindre cri cherche à supprimer ses larmes par de nouvelles tetées qui font à tout moment sécréter par la glande, une quantité de lait énorme, qui ruine la mère et ne profite pas à l'enfant.

I suffit de voir les différences qui peuvent exister dans la quantité de lait sécrété lorsque l’on insiste pour faire travailler la mamelle, pour voir combien l'allaitement de deux enfants ou simplement l'allaitement non surveillé d’un enfant peuvent déterminer une hypersécrétion abondante.

Budin et Demelin disent à ce sujet : « La fréquence des suc-

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cions est une des causes qui agissent le plus puissamment

pour déterminer et accroitre la production du lait. Dans notre

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service se trouvaient 40 enfants pour lesquels nous n'avions à » notre service que sept nourrices. Il s'agissait, il est vrai,

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de prématurés; mais si l’on ajoute à cela que ces femmes allai-

taient leur propre bébé, elles soignaient 54 enfants et leur fournissaient du lait ».

Ces nourrices donnèrent :

le 1er octobre . . . . 11.605 grammes de lait soit 1.657 grammes chacune. le 29 novembre . . . 15.620 » » 2.230 »

» Ces femmes étaient done arrivées à fournir 2.230 grammes » de lait chacune et cette moyenne porte sur un nombre respec- » table de personnes, puisqu'elles étaient sept; l'une d'elles a » donné jusqu'à 2.840 grammes de lait dans les vingt-qua- » tre heures.

» Une épidémie survint alors; les bébés des nourrices furent » atteints de bronchite; malgré les précautions qui furent pri-

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