‹ Tuberculose et MariageChapitre 6 sur 48 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

S'il est à l'heure actuelle, où se discutent avec tant d'ardeur et même avec tant de résultats toutes les questions dont l'intérêt touche autant à la société qu'à l'individu, s'il est, dis-je, une question qui mérite d'arrêter longuement l'attention des médecins, c'est bien le problème angoissant que leur pose si souvent une famille, soupçonneuse de sa gravité : « Pouvons-nous marier notre fils, notre fille, atteint ou guéri de tuberculose pulmonaire? »

Je dis de tuberculose pulmonaire car, à la vérité, c’est bien cette localisation de la maladie qui frappe le plus vivement l'esprit du peuple. C'est elle qu'il voit toujours lorsque le mot de tuberculose est prononcé devant lui, et il ne sait guère qu’à côté de la phtisie pulmonaire il y a aussi des tubercules et des bacilles à la base de toutes ces fistules cellulaires ou ganglionnaires, de toutes ces tuméfactions cervicales, axillaires ou inguinales. Qui penserait dans le peuple que cette gibbosité qui déforme depuis si longtemps tel ou tel, sans que cependant sa santé générale en ait souffert beaucoup, est le résultat d’une localisation bacillaire guérie ou sommeillante? Qui penserait que

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cette manifestation en apparence unique est peut-être accompagnée de lésions sœurs, dont la structure intime est identique et est la résultante de la même cause, le bacille tuberculeux? Qui verrait là pour le sujet (je ne dirai pas pour le malade, car personne dans sa famille ou parmi ses amis ne le considère comme tel),une épine qui subsiste, la manifestation d’un ensemencement tuberculeux qui peut se réveiller brusquement et conduire le malade à la cachexie finale et la mort? Personne. Aussi la question d'esthétique jugée, ilest bien rare que le médecin soit consulté au sujet du mariage d’un scrofuleux, d'un Pottique, d’un coxalgique, actuellement qualifié par tout le monde de boiteux ou de bossu, et rien de plus.

Et c’est peut-être pour cela que ce côté de la question, à savoir les rapports du mariage et des tuberculoses dites chirurgicales, à été mal étudié. Cependant si on attire moins souvent notre attention vers ce point, n'est-il de notre devoir à nous médecins, qui savons la nature essentiellement identique de toutes ces lésions, de rechercher ce que deviennent ces malades lorsqu'ils ont à supporter la tâche la plus lourde qui incombe à tout être vivant, la reproduction de l'être et le maintien de l'intégrité de l'espèce? Comment la supportent-ils? Comment la remplissent-ils ?

Lorsque le médecin est consulté, il faut donc qu'il se pose la question en ces termes :

Le ou la malade pour qui on parle de mariage ne risque-t-il pas la contamination de son conjoint et la contamination de ses enfants ?

Le mariage et la fonction de la reproduction (en particulier chez la femme) ne peuvent-ils pas exercer sur les lésions que présente le sujet une influence nuisible ?

Ses enfants, comme ceux qui sont conçus au cours des maladies infectieuses, ne présenteront-ils pas des lésions, les unes spécifiques, comme cela arrive dans les cas de grossesse au cours de la syphilis, les autres dystrophiques? La grossesse

elle-même ne sera-t-elle pas interrompue au cours de la maladie ?

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