‹ Tuberculose et sous-alimentation: Importance de la qualité professionnelle des maladesChapitre 5 sur 54 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Au Centre de Triage de l'Hôpital Boucicaut, notre am, le D' P:ERRE-BOURGEO!S dirige et anime une équipe de jeunes chercheurs dans les domaines les plus divers de la pneumologie. Aujourd'hui, c'est un travail d'une haute portée sociale qui sort de ce grand centre phtsiologique. L'enquête de Mlle M. della TORRE sur les rapports de la-tuberculose et de la sous-dlimentation est une œuvre sérieuse et approfondie. Des faits, des statistiques, des comparaisons numériques se pressent dans cette thèse dont il est inutile de souligner l'intérêt d'actualité.

C’est de 1916 à 1918 que les phtisiologues allemands ont publié les études sociales les plus complètes sur les « tuberculoses de famine ». Comme ils ont indiqué avec précision les rations alimentaires des cités germaniques pendant cetté période, il est facile de faire des comparaisons avec les conditions diététiques des populations des villes françaises au cours de la disette de 1040-44. Les tableaux officiels publiés chaque mois à Paris par l'Institut National d'Hygiène, révèlent, que pour les catégories J, À et V, surtout, les conditions de famine sont sensiblement plus graves que dans

: l'Allemagne de 1918. D'ailleurs, la multiplication des cas de pellagre, d'œdèmes de famine et d'ostéose de carence depuis trois ans a suffisamment illustré le degré de misère alimentaire de certaines catégories de la population parisienne. Or, cette sous- alimentation (0 coïincidé avec une augmentation catastrophique des cas de tuberculose pulmonaire. :

On peut faire à toutes les statistiques des reproches: justifiés. Elles rassemblent des. cas fort disparates où des facteurs étiologi-

que$ divers se superposent. Mais une étude très précise faite par Prerre-BOURGEOIS dans le pavillon de tuberculose d'un asile d'aliénés est venue apporter des faits quasi-ecxpérimentaux. Le pavillon sanatorial a connu une recrudescence manifeste des tuberculoses

LS The aiguës, alors que le seul changement de vie des malades depuis deux ans y a consisté simplement en une sous-alimentation grave. Inver-

sement, Maurice BARIÉTY a montré que, dans les mulieux où la-

ration est convenablement équilibrée, comme c'est le cas pour le corps des sapeurs-pompiers de Paris, la mortalité et la morbidité tuberculeuses sont identiques à celles d'avant-querre..

Sans doute, dans les populations urbaines soumises aux épreuves de la guerre, de nombreuses causes concourent à préparer les oTganismes aux atteintes de la tuberculose, notamment le surmenage physique (fatigue excessive, absence de chauffage) et les facteurs de dépression morale (mort des proches, arrestations, déportations, défaut de nouvelles d'êtres chers). Il sera intéressant après guerre de comparer l'évolution des chiffres de tuberculose d’une part dans les villes allemandes où la population est bien nourrie mais soumise à des bombardements dévastateurs, et d'autre part dans les villes industrielles américaines où l'effort de guerre a été maximum. On aura ainsi une vue plus juste sur le problème en cause. Il ne faut pas oublier non plus le rôle du brassage des hommes (déportation pour le travail forcé) dans la diffusion des contagions.

C'est précisément le mérite de Mlle della TORRE d'avoir cherché à bien séparer les tuberculoses de-guerre des tuberculoses de sous-

alimentation. L'enquête à laquelle elle s'est livrée avec Max Fou-

RESTIER sur les rapports de l'accroissement de la tuberculose avec la qualité professionnelle offre à ce point de vue un intérêt considérable. É

On peut donc féliciter l'inspirateur et l'auteur de ce travail clair, précis et plein d'esprit critique, qui constituera une source précieuse

: Vs \ . TX 2e2 pour ceux qui, dans l'avenir, auront à se faire une idée exacte des

conditions sanitaires de la population française de 1940 à 1944.

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