OBSERVATION III
Tuberculose pulmonaire rapide évoluant en six semaines chez une femme sans antécédent héréditaire et ayant vécu dans de bonnes conditions hygiéniques. — Bacilles en petit nombre et atténués. —- Importance des associations bactériennes !, — Infection secondaire par des pyogènes.
M..., ménagère, trente-six ans, entre le 16 janvier 1894 dans la clinique de l’Hôtel-Dieu de M. le professeur Bondet.
Aucun antécédent tuberculeux ; père et mère morts très âgés ; trois frêres bien portants ayant accompli leur service militaire.
1 Voir à ce sujet : Associations microbiennes de la tuberculose, in Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies, par M. Arloing, rédigées par J. Courmont, p. 126.
Pas de maladies vénériennes; réglée à quinze ans, régulièrement; bonne santé habituelle, d’abord blanchisseuse, elle se marie à vingt-trois ans et quitte son métier pour s’occuper de son ménage; en dix ans, elle a eu cinq enfants qu’elle nourrit sans trop de fatigue ; sa vie était confortable ; on ne peut relever aucune cause de contagion, notamment de contagion conjugale. Le 15 décembre 1893 l’hémorragie menstruelle est plus abondante qu’à l’ordinaire; la malade sort, se refroidit. Aussitôt elle est prise de frisson, de fièvre et de point de côté ; elle doit s’aliter; toux fréquente, expectoration rare ; anorexie et amaigrissement, sueurs nocturnes; peu soulagée par l'application de deux vésicatoires, la malade entre dans la clinique de l'Hôtel-Dieu de M. le professeur Bondet le 16 janvier 1894. On constata :
Appareil respiratoire. — En avant matité sous la clavicule droite, gargouillement; à gauche râles humides aux deux temps; en arrière, submatité au niveau de la fosse sus-épineuse droite ; matité à la base du même côté, râles sous-crépitants moyens et humides des deux côtés dans toute la hauteur des poumons; tendance au gargouillement à droite. Toux fréquente, douloureuse ; expectoration abondante formée de crachats nummulaires extrémement purulents; ces crachats examinés au microscope sont pauvres en bacilles de Koch, par contre ils sont extraordinairement riches en microbes pyogènes (staphylocoques et streptocoques). On fait des cultures sur plaques qui démontrent à l’évidence cette énorme abondance des pyogènes.
Etat général mauvais, anorexie, maigreur très accentuée ; fièvre intense, sueurs nocturnes, doigts hippocratiques; rien au cœur ; urines normales.
La maladie évolue très rapidement à des températures très élevées. Mort le 4 février 1894.
Autopsie. — Poumon gauche, poids 720 grammes. Infiltration tuberculeuse du sommet, congestion intense de la base; poumon droit 1180 grammes. Adhérences pleurales très solides, les 2/3 supérieurs sont creusés de cavernes irrégulières communiquant entre elles et transformant cette partie du poumon en une éponge purulente ; base infiltrée de tubercules. L'examen microscopique,
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concordant avec celui des crachats, révèle la présence de microbes
pyogènes en nombre incommensurable ; les bacilles de Koch sont rares.
Foie 1800 grammes, gros et pâle, gras et doux au toucher, le centre des lobules est marqué par un piqueté rouge, leur périphérie est jaunâtre. Reins, 350 grammes, capsule assez adhérente; gros ganglions mésentériques ; rate, 250 grammes, diffluente, cœur 275 grammes normal,
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En résumé, tuberculose pulmonaire à marche très rapide ; bacilles très rares ; quantité prodigieuse de microbes pyogènes.
EXPÉRIENCES
Expérience VIT (série I).— Les crachats sont inoculés sous la peau de la cuisse droite le 25 janvier 1894 à deux lapins et à deux cobayes.
Les cobayes qui ont présenté vers le huitième jour les ganglions caractéristiques sont sacrifiés soixante jours après inoculation.
Autopsie I. — Petit abcès caséeux local, ganglions classiques caséeux, rate moyennement tuberculeuse, le foie contient de rares tubercules ; les poumons présentent un assez grand nombre de tubercules, mais disséminés et laissant entre eux de grands territoires sains.
Autopsie IT. — Volumineux abcès local; ganglions classiques caséeux; rate énorme farcie de tubercules, les poumons plus tuberculeux que ceux du cobaye précédent ne le sont cependant pas au maximun.
Les lapins sont sacrifiés au terme‘habituel :
Autopsie I. — Abcès caséeux local très volumineux et petit abcès caséeux à la cuisse du côté opposé, bon état de graisse ; organes abdominaux sains; les poumons qui paraissent indemnes de prime abord, présentent cinq ou six petites masses tuberculeuses grosses comme des têtes d’épingles.
Autopsie II. — Abces local extrêmement petit ; bon état de graine, rien aux organes abdominaux, les poumons paraissent sains, on y découvre cependant deux ou trois petites masses tuberculeuses.
On peut synthétiser l’expérience de l’observation III de la façon suivante :
L (i) + L (ID + CRACHATS INOCULÉS.
CA) + CG (II) + Réflexions. — L'observation IIT concerne une femme
exempte d’hérédité, ayant vécu dans de bonnes conditions hygiéniques, présentant des lésions pauvres en bacilles, lesquelles tuberculisent mal le cobaye et presque pas le lapin ; néanmoins, à la suite d’un refroidissement, la tuberculose s’accompagne rapidement de fièvre intense, de mauvais état général, et la mort survient en moins de deux mois. Cette observation paraîtrait inexplicable et serait en tous cas en contradiction avec les résultats des expériences précédentes, si la remarque n’avait été faite dès le début du nombre extrêmement considérable des microbes pyogènes contenus dans les erachats. La fièvre le mauvais état général, la rapidité de l’évolution s’ex-
pliquent par cette infection secondaire surajoutée ; il y a eu à côté de la tuberculose une fonte purulente secondaire des poumons. Gette observation montre que si l’on doit raisonner d’après l’influence du terrain et la virulence des bacilles, il faut aussi tenir grand compte des infections secondaires, des associations bactériennes.