‹ Tuberculose pulmonaire à bacilles atténués: Méthode de pronostic expérimentalChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique de la question.

Exposé des idées et du plan expérimental.

La tuberculose a une marche des plus variables et un pronostic bien différent suivant les points de l’organisme où elle se localise. Aïnsi la tuberculose des membres, la tuberculose osseuse a une évolution lente, elle est susceptible de guérison, la tuberculose pulmonaire au contraire entraîne en général la mort à plus ou moins longue échéance. Même lorsque la tuberculose est localisée sur un même genre de tissu, une séreuse par exemple, le pronostic change suivant la séreuse considérée; la bénignité de la péritonite tuberculeuse contraste avec la gravité de la méningite, cette dernière tirant sa gravité du voisinage d’un organe important, le cerveau.

A côté de cette différence de gravité suivant l’impor -

rs tance des organes atteints ou simplement avoisinant les tubercules, il existe une corrélation incontestée aujour— d’hui entre l’évolution plus où moins rapide de la maladie et les qualités du terrain ; un organisme prédisposé par l’hérédité constitue une proie de choix pour la tuberculose.

Mais, outre cette importance du terrain envahi, outre la qualité des fonctions de l’organe atteint ou simplement voisin, ne faut-il pas tenir compte aussi de la plus ou moins grande activité des germes envahisseurs? Et même la localisation sur tel ou tel tissu, tel ou tel organe, ne dépend-elle pas, en grande partie tout au moins, de la virulence variable des bacilles ?

M. Arloing s’est depuis longtemps posé cette question et, pour essayer de la résoudre, a depuis de nombreuses années étudié à ce point de vue les tuberculoses dites chirurgicales.

On peut, en effet, répartir à grands traits les cas de tuberculose humaine en deux grandes classes : ceux de tuberculose localisée à la périphérie, aux extrémités, scrofuleuse, en général peu envahissante, curable, soit spontanément, soit par le traitement chirurgical (tuber culoses chirurgicales), à pronostic par conséquent relativement bénin ; par opposition avec les cas de tuberculose viscérale, médicale, dont le type est constitué par la tuberculose pulmonaire, laryngée, etc., rarement curable, à marche envahissante et quelquefois très rapide, à pronostic sombre aboutissant le plus souvent à la mort, M. Arloing a étudié expérimentalement les premières {,

S. Arloing. Essai sur la différenciation expérimentale de la

Dès juin 1883, il montrait la différence qui existe entre le virus tuberculeux puisé dans les lésions chirurgicales scrofuleuses et Le virus tuberculeux recueilli chez un phtisique pulmonaire : tandis que les crachats du phtisique ou les lésions pulmonaires post mortem, inoculés sous la peau du lapin et du cobaye, tuberculisent ces deux animaux, ainsi qu'il est classique depuis Villemin (1865) ; les lésions tuberculeuses telles que tubercules osseux, fongosités, ganglions strumeux, etc..., tuberculisent bien le cobaye, mais respectent le lapin.

En effet, l'organisme du cobaye est extrêmement sensible au virus tuberculeux humain, tandis que la réceptivité du lapin est relativement faible; loin de devenir follement tuberculeux, tuberculeux à propos de tout comme on l’a prétendu, le lapin oppose au virus tuberculeux humain une assez grande résistance À i

La méthode suivie par M. Arloing consiste à inoculer les produits tuberculeux dans le tissu cellulaire souscutané d’une cuisse au lapin et au cobaye. Chaque expérience comporte au moins deux lapins et deux cobayes. Comme M. Arloïiug l’a bien montré, la tuberculose marchera chez le cobaye en suivant la voie lymphatique, de telle façon que l’état induré des ganglions inguinaux et cruraux du côté inoculé permettra de faire le diagnostic, l’animal vivant, du huitième au quinzième jour après linoculation.

La tuberculose, si elle se propage chez le lapin, ira

serofule et de la tuberculose humaine. Revue de médecine. Février 18387.

! Voir les deux leçons consacrées à ce sujet dans les Leçons sur la tuberculose de M. Arloing, recueillies par M. J. Courmont.

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directement aux poumons sans laisser de traces de son passage dans les ganglions, sans qu’on puisse la diagnostiquer pendant la vie du lapin !.

On sacrifie les animaux deux mois après inoculation, terme qui correspond à peu près à la date probable de la mort des cobayes et largement suffisant pour constater de visu l'absence ou la présence de lésions tuberculeuses chez le lapin.

On devra réinoculer les lésions des cobayes à deux autres lapins et à deux-autres cobayes et même les lésions de ces cobayes à une troisième série constituée de façon analogue pour voir si les lapins continuent à résister.

Les lésions tuberculeuses scrofuleuses respecteront dans l’immense majorité des cas les lapins de la première série, et, sauf quelques rares exceptions où la tuberculose récupère sa virulence par son passage vers le cobaye, également les lapins de la deuxième et de la troisième série.

Cette méthode a d’ailleurs été expliquée avec développements par M. J. Courmont qui estime que « cette méthode rapide, simple, infaillible, devrait être d’une application constante et classique, lorsqu’on veut faire le diagnostic et le pronostic d’une lésion supposée tubereuleuse? ».

15. Arloing, Divers modes d'évolution de la tuberculose expérimentale. Congrès de la tuberculose, 1888,

S. Arloing et Courmont, Leçons sur la tuberculose et cerlaines septicémies, page 112.

? J. Courmont, À propos d’une endocardite tubereuleuse Méthode des inoculations révélatrices de la tubereulose. (Province médicale, T avril 1894).

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