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Il y a une grande importance à bien spécifier quelle a été la méthode employée par M. Arloing, car nombre d'auteurs, faisant les inoculations indistinctement sous la peau ou dans le péritoine, ont contesté l’importancé des résultats obtenus. Le choix du lieu d’inoculation n’est pas le moins du monde indifférent ; une tuberculose peut ne pas prendre sous la peau, prendre parfaitement au contraire dans le péritoine; pour critiquer une méthode, il faut la bien comprendre, et se placer dans des conditions identiques. Avec sa méthode, M. Arloing a étudié toute la série des tuberculoses chirurgicales et, avec M. Courmont, le lupus tuberculeux. Il à reconnu que, dans l’immense majorité des cas, les tuberculoses scrofuleuses chirurgicales, des extrémités, tuberculisent le cobaye, mais respectent le lapin.
Il est néanmoins certains cas où des lésions tuberculeuses, semblables aux précédentes par leur localisation, ont cependant tuberculisé le lapin.
Cela se voit même pour le lupus qui est la localisation la moins infectante de-la tuberculose. Il existe des cas de lupus virulents, ainsi que MM. Arloing et Courmont l’ont montré !.
Quatre malades ont été étudiés par ces auteurs. Dans trois cas, la tuberculose n’envahit même pas le cobaye inoculé dans le péritoine ; le quatrième cas donna de tout autres résultats. Sur trois cobayes inoculés avec trois points différents du lupus, dont deux en voie de cicatrisation, un (celui inoculé avec le point malade) devint classiquement
1 Arloing et Courmont, Swr les degrés de la virulence du lupus. Congrès de la tuberculose, 1893.
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tuberculeux. Les lésions inoculées sous la peau à quatre lapins et quatre cobayes rendirent les huit animaux tuberculeux. Il existe donc des lupus qui infectent lapins et cobayes, qui sont très virulents, bien que cette localisation tuberculeuse soit presque toujours tellement peu active qu’elle respecte le cobaye inoculé dans le péritoine.
M. Arloing conclut de toutes ses expériences, que, si en général les tuberculoses chirurgicales respectent le lapin, il existe néanmoins pour elles, toute une gamme de virulence { ; elles arrivent parfois à être aussi infectantes que les lésions viscérales.
Nous verrons tout à l'heure ce qu’il faut penser de ces anomalies. Quoi qu’il en soit, elles existent, et c’est précisément là que réside l'intérêt pratique des recherches de M. Arloing.
Les lésions respectant le lapin, sont cliniquement des tuberculoses bénignes, que le chirurgien peut traiter sans inquiétude, sans danger, et qui ne risquent pas de se généraliser à la suite d’une opération. Au contraire, les lésions
tuberculisant le lapin appartiennent à des malades qui sont des noli me tangere, qui meurent en quelques jours de granule dès qu'on intervient soit par le bistouri, soit à l’aide de certains médicaments.
- I'existe donc, on le voit, un moyen pratique de faire le pronostic clinique d’une tuberculose chirurgicale, et le chirurgien a le devoiravant d'opérer, d'interroger l’expérimentateur sur la virulence des lésions du malade.
Seul, lexpérimentateur peut le renseigner sur ce point et le guider sur l'utilité ou les dangers de l'intervention.
! Arloing, Congrès de la tuberçeulose, 1891, p. 679.
Si — La concordance du pronostic expérimental et du pronostic clinique ressort bien des tableaux comparatifs dressés par M. Arloing.
Voici le résumé des tentatives de M. Arloing faites dans le service de M. Ollier. « Les recherches avaient porté sur 17 malades atteints de tuberculoses chirurgicales ; le diagnostic expérimental avait été scrofule pour 8 d’entre eux, {uberculose pour les 9 autres : 4 scrofuleux sur 8 ont été perdus de vue, ce qui permet de supposer qu’ils étaient satisfaits du résultat opératoire ; 2 allaient bien, 2 étaient douteux. Sur 9 tuberculeux, 2 sont morts; 4 suppuraient encore 15 à 18 mois après l’opération ; 1 était dans un assez bon état et travaillait, 2 n’ont pas donné de leurs nouvelles. Le résultat opératoire a été certainement plus satisfaisant chez les malades dont les lésions s’étaient montrées peu infectantes pour le lapin. » D’une facon générale, le diagnostic expérimental s’est trouvé le plus souvent d’accord avec la marche de la tuberculose chez les opérés, l’infection des lapins coïncidant presque toujours avec une généralisation ou une persistance de la tuberculose chez les porteurs de lésions inoculés 1. »
En somme, l’importance pratique de la découverte de M. Arloing est incontestable, quelle que soit la théorie qu'on admette. La tuberculose qui respecte le lapin est une tuberculose lentement et difficilement envahissante pour l’homme. Ajoutons que l’inoculation, comparée à la
! Arloing, L'inoculation aux animaux comme élément de diagnostic de la tuberculose et de la scrofule de l'homme. Congrès de la tuberculose, 1888.
ME cuisse du lapin et du cobaye, a, en outre, cet avantage de faire rapidement et sûrement le diagnostic de certaines lésions dont la nature est douteuse. Il ne s’agit sûrement pas de tuberculose si les ganglions inguinaux et cruraux du côté inoculé ne sont pas pris chez le cobaye au quinzième jour qui suit l’inoculation.
Si les tuberculoses chirurgicales, des extrémités, localisées, ont la raison d’être de leur localisation dans la faible virulence de l’agent infectieux, pourquoi contiennent-elles parfois un virus très infectant ? Comment peut-on interpréter ces faits? IL est infiniment probable que toutes ces lésions localisées sont dues primitivement à un virus faible, maïs qui à pu, grâce à des circonstances favorables, reconquérir sur place sa virulence (ainsi qu’il le fait dans certains cas ultérieurement par son passage chez le cobaye) et n’attendre qu’une occasion pour se généraliser.
Des expériences irréfutables démontrent d’ailleurs cette prédilection du virus tuberculeux atténué pour les extrémités et la grande difficulté qu’il éprouve à envahir les poumons, elles sont dues à MM. J. Courmont et Dor.
MM. J. Courmont et Dor possédaieut en mars 1890 des cultures d’un bacille tuberculeux (aviaire) atténué par une longue suite de générations sur gélose glycérinée. Ces cultures ne pouvaient tuberculiser le lapin ni le cobaye par la voie sous-cutanée, mais inoculées dans le péritoine de
! Courmont et Dor, De la production chez le lapin de tumeurs blanches expérimentales par inoculation intraveineuse de culture de bacilles tubereuleux atténués. Société de biologie. Séances du 8 novembre 1890 et du 21 février 1891, Annales de la tuberculose, 1891.
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ces animaux, elles produisaient une généralisation tuberculeuse. Sept lapins reçoivent, en fin mars 1890, dans la veine auriculaire, IV gouttes à un demi-centimètre cube de culture en bouillon de ces bacilles tuberculeux très atténués : cinq mois durant, ils sont placés dans les meilleures conditions hygiéniques et sonstraits soigneusement à toute cause de traumatisme. Fréquemment pesés, examinés ; leur sroissance était régulière, leur poids augmentait normalement ; nn observateur non prévenu n’aurait pu soupçonner chez eux une tuberculose latente, Malgré cet état en apparence florissant des lapins, les bacilles introduits dans leur système circulatoire subsistaient et finirent par manifester leur présence. En effet, au bout de cinq mois les animaux maigrissent; une ou plusieurs de leurs articulations, le genou et le coude le plus souvent, présentent une notable tuméfaction ; l’amaigrissement s’accentue, la diarrhée apparaît, et un mois et demi après, quatre des lapins meurent successivement dans un état de maigreur extrême, le cinquième où la lésion était moins avancée, l’état de santé moins précaire est sacrifié.
Les arthropathies tuberculeuses obtenues étaient comme le démontraient les autopsies, la reproduction fidèle des tumeurs blanches humaines : fongosités, tuberculose des synoviales tendineuses ou articulaires du tissu osseux, destruction des cartilages, grains riziformes, etc...., mais ces lésions étaient uniquement articulaires, les organes internes ne renfermaient aucun tubercule, la maladie était restée locale ; malgré les recherches les plus minutieuses, soit à l'œil nu, soit au microscope, tous ies viscères et notamment les poumons se montraient sains. Les arthro-
pathies tuberculeuses expérimentales avaient déjà été: observées avant MM. Courmont et Dor, mais toujours l'articulation avait été traumatisée, et constituait de ce fait un lieu de moindre résistance (Max Schuller, Hueter), etc. PS4
Les cultures obtenues en ensemençant les lésions articulaires, ainsi produites, étaient plus virulentes que les premières, car inoculées dans le système veineux du lapin, elles le faisaient mourir en treize jours avec une éruption tuberculeuse dans tous les organes viscéraux ; d’autre part, inoculées sous la peau elles tuberculisaient le cobaye, respectant encore le lapin.
La localisation articulaire tenait donc bien dans ces expériences uniquement à la faible activité des bacilles.
En somme, d’après les travaux de Courmont et Dor, un virus tuberculeux affaibli se localise exclusivement dans les synoviales, les os, les extrémités en un mot, et respecte les poumons, siège cependant tout spécial, habituel pour le lapin comme pour l’homme de la localisation tuberculeuse, et cela à longue échéance. Le même virus a d’ailleurs tuberculisé le lapin classiquement (poumons) dès qu’il à recouvré sa virulence.
Ainsi, de par les expériences d’Arloing et de ses élèves, la raison d’être de la localisation de la tuberculose chez l’homme à la périphérie respectant les poumons, réside dans ce fait que ce virus tuberculeux est un virus peu infectant; le moyen de s’en convaincre est la méthode de M. Arloing, l’inoculation comparative sous cutanée au lapin et au cobaye. Outre les auteurs qui ont critiqué les idées de M. Arloing à ce point de vue, pour ne pas les avoir bien comprises (Eve de Londres), il en est d’autres