OBSERVATION Î
Tuberculose pulmonaire cavitaire chez une héréditaire, à marche lente et sans grand retentissement sur l’état général. Bacilles très nombreux dans les crachats, tuberculisant le cobaye et respectant le lapin.
P..., corsetière, trente-deux ans, entrée le 20 septembre 1893, dans le service de M. Drivon (Hôtel-Dieu).
Père, forgeron, mort à quarante-sept ans, de la poitrine, quatre frères et quatre sœurs en bonne santé.
Réglée à quinze ans; pas de maladies vénériennes; deux enfants bien portants, pas de fausses couches, bonne santé habituelle jusqu’à vingt-sept ans ; elle pesait alors 48 kilogrammes ; la malade à toujours mené l'existence fatigante de la prostituée de bas âge.
En 1887, surviennent des hémoptysies répétées et assez considérables ; points de côté à droite, dyspnée, toux fréquente; expectoration abondante, sueurs nocturnes, anorexie et amaigrissement ?
ARS la malade fait successivement, dans le service de M. Drivon, plusieurs séjours.
Premier séjour (24 juillet — 17 octobre 1889). L'observation de cette époque porte : induration du sommet droit, névralgies inter costales droites.
Deuxième séjour dans le même service (30 décembre 1889 — 27 février 1890). M. Drivon note de nouveau l’induration au sommet droit avec bronchite généralisée et comme lésion nouvelle des signes cavitaires au sommet gauche, la malade sort très améliorée.
Troisième séjour (6 mars - 11 avril 1890). Mêmes signes de tubereulose pulmonaire. La malade sort extrêmement améliorée.
Quatrième séjour (14 octobre - 21 décembre 1890) L'état général et les signes sthétoscopiques sont identiques à ceux du précédent séjour.
Cinquième séjour (19 février-6 juin 1891). Aucune modification des signes sthétoscopiques. Bon état général. La maladeest très améliorée.
Sixième séjour. Le 20 septembre 1893, elle entre pour la sixième fois à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Drivon. On constate: en avant, submatité à gauche, matité à droite ; râles secs à droite, humides à gauche ; en arrière : submatité des deux côtés au niveau des fosses sus-épineuses, surtout à gauche ; respiration rude à droite, quelques râles humides (cavitaires), à gauche. En somme, forte induration du sommet droit et cavernes au sommet gauche.
Toux fréquente, douloureuse ; expectoration abondante plutôt muqueuse ; les crachats examinés contiennent peu de microbes pyogènes, mais ils fowrmillent de bacilles de Koch ; dyspnée modérée ; la température prise avec grand soin, du 10 janvier au 10 fivrier, oscille autour de 38 degrés ; une seule fois, elle a atteint 38°4.
Donc, fièvre très modérée, malgré l'importance des signes sthétoscopiques et leur ancienneté ; disparition des règles, sueurs nocturnes, appétit diminué, constipation alternant avec de la diarrhée ; le poids observé dès l'entrée jusqu’à fin février tend à rester stationnaire ; il varie entre 38 et 42 kilogrammes. Done, amai-
OR
grissement léger depuis six ans de maladie, Rien au cœur. Urines normales !.
En résumé, on se trouve en présence d’une tuberculose pulmonaire évoluant depuis sept ans chez une héréditaire ; les crachats fourmillent de bacilles ; néanmoins la marche de l’affection est lente, la fièrve presque nulle, l’état général paraît peu modifié.
EXPÉRIENCES
Expérience I ([1"® série). — Les crachats sont inoculés ie 19 janvier 1894 sous la peau de la cuisse droite à 2 lapins et à 2 cobayes.
Ceux-ci présentent un abcès caséeux local rapidement volumineux et les ganglions caractéristiques apparaissent vers le dixième jour. Ils sont sacrifiés deux mois après inoculation.
On constate : abcès caséeux local. volumineux, ouvert spontanément à l'extérieur, petits ganglions inguinaux, cruraux, lombaire non caséeux du côté droit, ganglion rétro-hépatique hypertrophié, rate très grosse, renfermant des tubercules peu visibles, Le foie paraît sain, les poumons sont farcis de tubercules de la base au sommet.
Les 2 lapins prennent rapidement, comme les cobayes, des abcès casécux locaux ; l’un d’eux succombe à son
! La malade finit par succomber le 23 septembre 1894, c'està-dire après six ans de maladie diagnostiquée. L'état général s'était montré satisfaisant jusqu'à l’apparition des symptômes diarrhéiques qui ont e nmené la malade. À l’autopsie, M. Drivon note: aux deux sommets, grosses cavernes & parois très épaisses, très adhérentes à la plèvre; à la partie moyenne du poumon droit dé la sclérose ; dans toute la hauteur du poumon gauche, de petites cavernes disséminées.
abcès vingt-neuf jours après inoculation, lautopsie ne décèle aucun tubercule.
L'autre est sacrifié deux mois après, gras et en bonne santé, pas de diarrhée, abcès caséeux local gros comme une noix ; la rate, le foie, les reins sont sains ; les deux poumons paraissent sains au premier abord, néanmoins en les examinant de trèsprès et.en les palpant avec soin, on découvre çà et là une dizaine de petits tubercules.
Expérience IT (2° série). — Les poumons des cobayes servent à inoculer, le 2 avril 1894, une seconde série formée de 2 lapins et de 2 cobayes.
Au bout de dix jours, on constate un abcès caséeux local et l’hypertrophie caractéristique des ganglions inguinaux du côté droit chez les cobayes. Deux mois après, un des cobayes est sacrifié en bonne santé : abcès local, ganglions inguinaux et cruraux caséeux, ganglion lombaire et rétro-hépatique durs et hypertrophiés, foie tuberculeux, rate volumineuse et farcie de tubercules, ganglions mésentériques durs et hypertrophiés, poumons parsemés de nombreux tubercules.
Les 2 lapins meurent quinze jours après inoculation présentant : le premier, un vaste abcès remontant jusqu'au thorax, le deuxième, un abcès local moyen, une pleurésie gauche purulente, une péricardite purulente, pas trace de tubercules : en somme, ces deux animaux sont morts hâtivement d'infection purulente et non de tuberculose. On extirpe deux ganglions tuberculeux au second cobaye de cette série, 1s fourmillent de bacilles et on les inocule le 13 avril à 2 lapins qui meurent peu après de septicémie. Le cobaye dont nous avons déjà utilisé les ganglions est sacrifié un mois après ino-
de DT — culation et la rate énorme, farcie de tubercules, réduite en bouillie, est moculée le 12 mai à 2 lapins, en remplacement des lapins de la deuxième série morts prématurément; ce cobaye présentait, outre la rate très tuberculeuse de petits ganglions inguinaux, cruraux hypertrophiés et durs, les ganglions lombaire et rétro-hépatique, dans le même état, un foie et des poumons très riches en tubercules. Un des lapins meurt de son abcès un mois après inoculation ; pas trace de tubercules. L'autre, sacrifié les deux mois révolus, est également indemne de tuberculose.
En somme, les cobayes inoculés avec les lésions tuber-— culeuses des cobayes de la première série sont tous devenus tuberculeux, tandis que les lapins inoculés avec les lésions de ces cobayes sont tous restés indemnes.
On peut synthétiser les deux expériences de l’observation I dans le tableau suivant ‘ :
C (1) — ONCE) £ 22) — =) L (VD — - C (1) + RARE (PLIS n TI 7 LILI) — ë fs ae & IL = LCL) =
1 Dans tous ces tableaux, CO — cobaye.
— L— lapin.
Les chiffres romains indiquent le nombre des animaux. Le signe + indique : tuberculose normale.
Le signe — indique: l’absence de lésion tuberculeuse. L'association de Æ indique une tuberculose très discrète.