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(Nocard) qui, tout en acceptant le fait, en donnent une autre interprétation, Pour eux, si les lésions tuberculeuses en question respectent le lapin, tout en tuberculisant le cobaye, cela tient non pas à ce que les bacilles sont atténués, comme le pense M. Arloing, mais bien à ce que ces bacilles sont en très petit nombre. Ces auteurs s'appuient sur un fait exact déjà bien vu par Koch, à savoir que les bacilles sont, en effet, très rares dans ces lésions chirurgicales scrofuleuses, des extrémités.
Mais il faut bien objecter de suite que ce fait n’est pas constant et que dans certaines lésions tuberculeuses peu infectantes, on trouve un grand nombre de bacilles. On doit rappeler également que la lésion tuberculeuse où en général, il est Le plus difficile de montrer les bacilles est la granulie, c’est-à-dire précisément la forme de tuberculose la plus envahissante, la plus rapidement mortelle.
M. Arioing s’est d’ailleurs attaché à démontrer que dans ce cas, l’immunité du lapin tient bien à l’atténuation des bacilles contenus dans les lésions scrofuleuses, et non à leur petit nombre.
1° Quand on réinocule les lésions du cobaye à un lapin, ces lésions, surtout les ganglions caséeux, bien que contenant un très grand nombre de bacilles, ne tuberculisent pas le plus souvent le lapin. Ce fait serait incompréhensible si l’on admettait la théorie du nombre des bacilles.
2° M. Arloing a atténué du virus tuberculeux par le chauffage et d’autre part dilué ce même virus. Chaque part de virus ainsi modifié fut inoculé comparativement à deux lapins et à deux cobayes. Si la théorie du petit nombre est vraie, les lapins seront respectés dans le
CASE lot inoculé avec le virus dilué, sinon ils ne le seront que dans le lot inoculé avec le virus atténué par la chaleur. Or, l'expérience démontre que le virus dilué tuberculise au hasard certains cobayes et certains lapins, tandis que le virus chauffé à 60 degrés pendant un temps suffisant tuberculise bien encore tous les cobayes, mais respecte
absolument les lapins.
Voici l'expérience d’Arloing telle qu’elle est relatée par
MM. Courmont et Dor‘.
Expérience. — 21 août 1888. — Des tubercules pulmonaires, de provenance humaine, sont triturés et mélangés à une petite quantité de bouillon stérilisé. Le suc ainsi obtenu, filtré sur mousseline, est divisé en trois portions, l’une destinée à être diluée, l’autre à être chauffée, la troisième à inoculer des animaux témoins.
Le sue de la première portion est divisé en trois lots: le premier est dilué au 20°; le second au 40°; le troisième au 100°.
Le suc de la deuxième portion est divisé en quatre lots qui, enfermés dans de petites pipettes fermées, sont chauffées à + 60 degrés, le premier pendant quinze minutes, le deuxième pendant trente minutes, le troisième pendant quarante et le quatrième pendant soixante minutes.
Les sept lots ainsi constitués sont inoculés, chacun à 2 lapins et 2 cobayes (IV gouttes sous la peau pour les premiers, II gouttes sous la peau pour les seconds); enfin ? lapins et 2cobayes reçoivent la même dose de virus témoin. En tout 16 lapins et 16 cobayes, soit 32 animaux.
Résultats. — Sur les quatre témoins, 1 cobaye et 1 lapin son
! Gourmont et Dor, De la production chez le lapin de tumeurs blanches expérimentales par inoculation intra-veineuse de culture de bacilles tuberculeux atténués, Annales de la tuberculose, 1891, p. 290.
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morts en quatre jours, les deux autres sont devenus tuberculeux avec les lésions classiques.
Quant aux 28 autres, les uns sont morts, les autres ont été sacrifiés Le 13 décembre 1888, soit quatre mois après l’inoculation. Le résultat des autopsies est condensé dans le tableau suivant : + indiquant les cas où la tuberculose s’est généralisé, + ceux où elle n’a pas dépassé le point d’inoculation (pour le lapin), et ceux où elle a envahiles ganglions inguinaux, cruraux et lombaires sans atteindre les organes (pour le cobaye), O les insuccès complets, et ? les cas où l’animal est mort accidentellement quelques jours après l’inoculation.
Virus dilué.
Virus chauffé à + 60°.
au 20° pendant 15 minutes
1°" cobaye + 1er lapin ? 1% cobaye + 1° lapin O
2° cobaye + 2° lapin + 2° cobaye + 2 lapin O au 40° pendant 30 minutes
1° cobaye O 1° lapin + 1°" cobaye O 1° lapin O
2° cobaye + 2° lapin + 2° cobaye + 2° lapin O au 100° pendant 40 minutes
1er cobaye + 1% lapin ? 1°" cobaye + 12" lapin ?
2° cobaye + 2° lapin O 2° cobaye + 2e lapin O pendant 60 minutes
1°" cobaye + 1° lapin O
2° cobaye Æ 2° lapin O
En somme, le virus dilué a produit, au hasard, des lésions tuberculeuses chez les lapins et les cobayes, tandis que le virus atténué par le chauffage a tuberculisé 7 cobayes sur 8 et O lapin sur 8, c’est-à-dire s’est comporté comme du virus scrofuleux.
3° Les expériences de MM. J. Courmont et Dor, déjà relatées, militent également en faveur de la faible virulence des bacilles. Après lintroduction dans le système circu-
— D) latoire du lapin d’un trés grand nombre de bacilles alténués, l'animal est laissé à lui-même. Après une très longue incubation, sans traumatisme aucun, il présente uniquement des tumeurs blanches, les poumons restent sains. Ce virus ayant ensuite repris sa virulence par passage chez le cobaye, produit une tuberculose pulmonaire chez le lapin.
Il est donc démontré que les tuberculoses des extrémités, locales, osseuses, chirurgicales scrofuleuses d'Arloing sont dues primitivement à des bacilles atténués ne pouvant infecter le lapin, mais capables parfois, grâce à un terrain favorable de récupérer leur virulence et d’envahir les viscères.
Nous avons voulu faire pour les tuberculoses viscérales, médicales, non scrofuleuses, l’étude accomplie par M. Arloing pour les tuberculoses chirurgicales.
La tuberculose viscéralée, celle du poumon ou du larynx, par exemple, est due en général à des bacilles virulents ; en général aussi son pronostic est grave, sa marche est envahissante. On sait, depuis Villemin, que les crachats phtisiques ou post morlem, les lésions pulmonaires tuberculisent le lapin aussi bien que le cobaye. Il existe néanmoins des cas de guérison incontestable de tuber-culose pulmonaire, il existe des cas relativement fréquents de tuberculose pulmonaire à marche excessivement lente, compatible avec la vie du malade et même avec des occupations assez fatigantes, il existe enfin des cas où les symptômes généraux sont à peine accusés si on les compare à la gravité des lésions locales ; +! existe, en un mot, des tuberculoses pulmonaires bénignes. On a l'habitude d'expliquer ces cas par un terrain très résistant. Sans
rs vouloir nier l’influence incontestable du terrain dans la marche des maladies infectieuses et spécialement de la tuberculose, il est évidemment des cas où cette influence ne peut pas être logiquement admise. On voit, par exemple, des prédisposés par hérédité avoir des tubereuloses relativement bénignes à marche lente. C’est pour cela que nous nous sommes demandé si, à côté de l'influence du terrain, il n’y aurait pas aussi l'influence de la virulence plus ou moins grande des bacilles, si de même qu’à côté des tuberculoses chirurgicales habituellement atténuées, il en existe quelquefois de très virulentes, de même si à côté des tuberculoses pulmonaires presque toujours dues à des bacilles très virulents, il n’existerait pas des phtisiques à bacilles atténués, en un mot, une véritable scrofule pulmonaire, viscérale, tout en réservant la question de savoir si ces bacilles étaient primitivement atténués lorsqu'il se sont fixés sur le poumon ou s’ils ne se sont atténués qu'après leur implantation; c’était rechercher s’il est possible de faire, par l’inoculation aux animaux, un pronostic expérimental des phtisies cadrant avec le pronostic clinique, si en résumé le clinicien peut avoir, comme le chirurgien, intérêt à étudier la phtisie dans le laboratoire. Pour cela nous avons exactement suivi la méthode de M. Arloing, c’est-à-dire que nous avons inoculé comparativement sous la peau d’une cuisse à deux lapins et à deux cobayes les crachats de phtisiques rencontrés dans les salles d’hôpitaux, chez lesquels la marche lente, le pro nostic bénin de l’affection et le peu de symptômes généraux ne trouvaient pas d'explication suffisante dans la résistance du terrain.
Nous allons relater les observations recueillies, les
expériences instituées et en tirer des conclusions; nous nous demanderons aussi quel est le facteur important à considérer, du nombre des bacilles ou de leur plus ou moins grande virulence dans la facon différente dont ils se comportent vis-à-vis du cobaye et du lapin.