‹ tudes sur le polymorphisme des champignonsChapitre 17 sur 21 · TEMPERATURE ORDINAIRE · texte numérisé non relu

TEMPERATURE ORDINAIRE

Le développement total est plus abondant. — A côté de têtes nettement transformées se trouvent des tètes à spores normales.

Presque toutes les têtes sont normales.

Toutes les têtes sont normales.

Développement nul.

Ce tableau nous montre que si la température a une grande influence, l'état hygrométrique en a une plus grande encore, puisque la transformation (partielle il est vrai) du Boirytis en Toile, peut se produire même à la température ordinaire, pourvu que latmosphère soit 1res humide. L'aptitude du végétal à se transformer diminue brusquement si la sécheresse de l'atmosphère augmente.

En résumé : état hygrométrique voisin de la saturation, température de 3o degrés au plus, atmosphère confinée (sans qu'il y ait manque d'air) sont les conditions qui, réunieS;, favorisent au plus haut degré la production de la Toile. L'humidité agissant seule peut provoquer également cette transformation, mais en ne donnant lieu qu'à une transformation partielle, produisant une Toile moins dangereuse.

Nous avons constaté ce dernier fait en ensemençant la Toile obtenue à basse température sur des pots contenant des boutures et des semis.

202 deuxieme partie

Influence d'une atmosphère confinée

Des cultures sur gélatine nutritive, sur carotte et pomme de terre, faites dans des tubes de Roux dont le tampon d'ouate a été repoussé vers le milieu du tube pour en diminuer la contenance, puis recouvert d'une couche épaisse de parafiine, donnent lieu :

A 3o degrés : développament très faible de la forme anormale.

A la température ordinaire : développement un peu moins faible de la forme anormale. Les filaments mycéliens sont plus minces que de coutume et pénètrent plus profondément dans le substratum. Ici, l'humidité ajoute son effet favorable, mais le manque d'air provoque assez rapidement l'arrêt de tout développement.

La Toile produite dans certaines conditions constitue une race fixée, issue du Botvytis cinerea.

Nous avons dit comment nous avons pu cultiver pendant plusieurs mois de la Toile prise dans des serres à multiplication, sans que jamais elle se modifiât. En sera-t-il de même de la Toile artificiellement réalisée ?

Si Ton fait des cultures de mycélium produit sur terre humide à 3o degrés, on le voit se comporter, sur quelque milieu que ce soit, d'une façon identique à la Toile des serres et ne donner jamais de fructifications, même si on le place à la température ordinare. Il n'en est plus ainsi si l'on fait des cultures avec le mycélium obtenu sur terre humide à la température ordinaire. Dans ce cas, au bout de quelque temps, se montrent des têtes d'abord très modifiées, puis normales. Le retour à la forme type s'effectue au bout d'une période de temps à peu près égale à celle qu'a nécessité sa transformation. Les formes moins modifiées, obtenues à 3o degrés sur milieux

autres que la terre, font retour dans les mêmes conditions, si elles sont ensemencées sur les milieux correspondants maintenus à la température ordinaire.

En somme, une haute température, et comme susbtratum la terre humide, sont les conditions nécessaires et suffisantes pour l'obtention d'une Toile fixée.

Myci'liuin du Botrijds cinerea : a, dans une solution de

ans une solution de

FiG. 74. -

Peplone 1+ Acide citrique i,.") „„ „„i. .,:„., .1., Poptone + Na Cl 7,0

(Gross. 5oo.

Concentration et Osmose

La concentration des solutions nutritives entraîne une gène

manifeste dans le développement du Botrylis cinerea : il ne

, . . Peptone i -H Na Cl i5 duit rien avec

se

pro(

; le développement est faible et sans fructification pour une dose de NaCl 7, 5; avec Na Cl 3,7, le développement est un peu moins faible et il se produit des fructifications; il est assez abondant s'il n'y a

dans la solution que i,8 pour loo de sel. Dans la solution à 3,7 pour loo, les pieds fructifères sont courts (influence constatée sur les autres espèces que nous avons étudiées dans ce travail) et très larges, ayant de i6 à 32 f^ d'épaisseur; ils ne portent qu'un étage de ramifications ; de plus, les renflements en boule des extrémités sont ici très volumineux, les spores sont elles-mêmes dilatées; elles présentent la prolifération de passage à l'état stérile, mais le tube émis par la spore reste toujours assez court.

Le mycélium dans les solutions à i,8NaGl présente presque toujours la forme à prolongements en dents de scie figurée (fig. 74) ; ces prolongements sont tous situés d'un même côté

du filament.

Peptone i H- Acide citrique i , 8 Dans des solutions de ~

lOO

le mycélium est fréquemment dilaté et produit parfois de petites ampoules latérales (fig. 74, a). C'est un effet analogue à celui que produit l'acide tartrique sur divers champignons, effet que nous avons indiqué antérieurement.

Prophylaxie de la maladie de la Toile

Delà connaissance théorique des conditions qui provoquent la transformation du Botrytis cinerea en Toile, nous pouvons déduire quels sont les moyens pratiques capables d'empêcher la Toile de se produire dans les cultures.

Le terreau employé en horticulture, chargé de détritus végétaux renfermant du Botrytis cinerea^ est le principal agent d'infection; ce sera donc une excellente chose, pouvant prévenir de nombreux cas de Toile, de le stériliser en le maintenant dans l'eau bouillante pendant un temps suffisant, ou en le calcinant, de veiller à une parfaite propreté des serres et engins quelconques, et de séparer immédiatement des cultures tout végétal ou portion de végétal tendant à se décomposer. Il faudrait aussi supprimer dans les nouvelles installations les

châssis chauffés par le procédé antique de la fermentation du fumier, et faire emploi du thermosiphon ou de tout autre mode de chauffage: air chaud, fumée, etc., pour opérer à Tabri des matières organiques, car le fumier est le rendez-vous d'une multitude d'organismes dangereux, qui se trouvent ici dans les conditions de chaleur, d'atmosphère confinée, d'humidité, qui facilitent leur propagation et exaltent encore leur virulence.

Les succès obtenus par M. Opoix\ au Luxembourg, pendant une expérience de six années, durant laquelle il ne faisait usage que de terreaux stérilisés, employés dans des installations dont la bonne tenue est notoire^ est pour nous un garant de l'efficacité du procédé que nous préconisons plus haut.

Nous ajouterons qu'en vertu même des résultats de nos recherches, si les soins d'une méticuleuse propreté ne sont pas observés, si des spores ou du mycélium de Boirytis viennent au contact des cultures, le dangereux cryptogame fera sa réapparition, malgré la stérilisation du terreau, quatre ou cinq jours après la nouvelle infection. Il n'y aura plus d'autre remède alors que des aspersions ou pulvérisations avec la solution suivante : sulfate de cuivre i gr. 5o, ammoniaque liquide, 2 gr, 4o pour un litre d'eau, solution dite de Rozain, du nom de son auteur, qui donne au parc de la Tête-dOr, à Lyon, des résultats très satisfaisants^.

Il est à remarquer que la Toile n'a commencé à faire des ravages dans les cultures lyonnaises que depuis une quinzaine d'années, à partir du moment où les horticulteurs ont pris Thabilude de chauffer fortement couches et châssis pour faciliter les germinations ou la reprise des boutures^.

'M. Opoix, chef de culture des jardins du Luxembourg. Communication à là Société d'horticulture de France, le ii mars 1897.

2 Voir le Journal de la Société d'horticulture pratique du Rhône, i8f)4, ^~ p. 42 et 167; 1896, p. ii3; 1897. p. 99.

^Nou3 devons cette communication à l'obligeancede M. Viviand-Morel, président de la Société botanique de Lyon.

Sans insister sur ce point que les températures élevées ne sont pas toujours les plus convenables pour la germination, car il existe pour chaque graine un optimum de température au delà duquel la germination est retardée, nous ferons remarquer que nos résultats, en ce qui concerne l'action d'une chaleur de 3o à 35" c, et celle d'une grande humidité sur le développement rapide de la Toile, se trouvent confirmés par l'observation due à des praticiens que nous venons de relater.

Gomme conclusion, il serait sage, dans les établissements sujets à la Toile, de revenir aux anciennes méthodes de boutures, de ne point agir avec des températures dépassant 25" c, et, surtout, d'aérer le plus possible ; cela pour éviter les hautes températures et l'excès d'humidité atmosphérique, si favorables, surtout lorsqu'ils coïncident, au développement du parasite.

Formes sporidifères du Botrytis cinerea.

Dans des conditions que nous énumérerons plus loin, les conidies Botrytis cinerea donnent en germant, par un ou plusieurs points de leur surface, un mycélium blanc, très grêle, cloisonné. Ce mycélium produit des « sporidies » fort petites, rondes, présentant fréquemment à leur centre un point réfringent (gouttelette d'huile?); elles sont généralement disposées en chapelet. Ces sporidies sont quelquefois presque sessiles et solitaires à la façon des fructifications de Dematium (fig. yS, a); le plus souvent elles sont placées à l'extrémité de stérigmates (fig. 75, /), c) ou de véritables pieds fructifères ramifiés à la façon des Pénicillium (fig. yS, f/, e, g, k), des Aspergillus comme en /, et des Sterigmatocystis comme en/".

De Bary * a déjà signalé l'existence et décrit sommairement quelques formes de ces appareils, qu'il appelle spermaties, se produisant sur le mycélium qui provient de la germination d'ascosporesdc Sclerotinia Fuckeliana. Il ne fixe point les

* De Bary, Venjleichende, 1884, p a63, fig. 116.

liTUD'.-: PARTICULIKUE DE QUELQUES ESPÈCES 287

conditions de leur germination. D'ailleurs, ces curieuses formations ont été rencontrées chez beaucoup de Pezizes, particulièrement chez celles qui composent les groupes très voisins des Sclerotinia (Fuckel) et Stromatinia (Boudier).

Tulasne* en obtient par germination des ascospores de

FiG. 70 — Formes à sporiclies du Botrytis cinerea. (Gross. 35o )

Pezizcttuherosa (Hedw.) Fuck., P. bolaris (Batsch) et Diirie nana (Tul.), P. cyclichnium (Tul.).

De Barj- a constaté la présence de fructifications analogues sur de vieilles cultures de P. tuberosa, P. sclerotiorum et chez des Sordaria (S. curviila, minula, decipiens) .

M. Brefeld^ en observe, après de Bary, dans une culture

* Ann. des se. nal.^ 3« série, t. XX, p. 174; et Carpolo(jia, III, pi. XXII.

^ Loeo eilato.

^ Schimmel, IV, p. ii3, i87i,pl. IX, lij^. 16, 17, 18.

de Peziza (Sclerotinia) tuberosa^ il les décrit et les figure avec détail.

Woronine^ les retrouve dans la germination de diverses spores des Stromatinia des fruits de Vaccinium.

M. Prillieux^ les obtient par germination des conidies et ascospores du Sfromalinia Linhartiana (Pr, et Del.).

Aucun de ces auteurs n'a pu obtenir de germination de ces sporidies.

Conditions de la production des sporidies.

Nous avons fréquemment constaté la j^roduction de ces sporidies sur des germinations de spores de Botrytis cinerea s'effectuant dans des conditions défavorables : dans l'eau pure, dans des solutions faiblement nutritives, sur toutes les cultures très âgées où elles deviennent prédominantes, atteignant parfois un développement énorme, et aussi dans des gouttelettes suspendues de liquides très nutritifs, comme le bouillon de viande ou des solutions de peptone. Il est certain que, dans ce cas, l'atmosphère confinée qui règne dans ces cellules parfaitement closes, crée des conditions défavorables ; on n'observe pas ces sporidies sur les mêmes liquides dans des cultures en grand, aérées.

Nous avons obtenu un développement riche et rapide de sporidies dans une culture sur solution de glucose à lo/iooo en flacon d'Erlenmeyer. Les spores du Botrytis germaient en fdaments très grêles et ramifiés (fig. yS, k). Nous y avons observé une fois le cas curieux d'une spore ayant donné simultanément la fructification normale du Botrytis et un filament portant des sporidies (fig. yS, i) : cet individu établit nettement le passage entre les deux formes. Cette culture, poursuivie dans un deuxième flacon, a donné des appareils conidiens généralement

^ Ueber die Sclerotienkheiten der Vaccinien-Beeren (Mcm. de /'/le. inip. (lea se. de Sainl-Pélersbourcj, VII= série, t. XX.XVI). ^ Maladies des piaules arjricoles., t. II, 1897, p. 440) fig* 455.

ÉTUDE PARTICULIÈRE DE QUELQUES ESPÈCES ïSq

modifiés de la façon particulière que nous avons décrite pour ce milieu et, plus tard, les membranes produisent un mucilage abondant, qui donne à la culture l'aspect d'une gelée épaisse.

Des cultures sur même solution de glucose à i pour looo, placées à l'étuve à 3o degrés, n'ont pas donné de sporidies, non plus que dans des solutions à ^o pour looo faites soit à 3o degrés, soit à la température ordinaire.

Un substratum peu nutritif et une température assez basse, l'épuisement du milieu nutritif, nous semblent réaliser les conditions les plus favorables à la production des sporidies.

Le Botrytis ensemencé dans une solution de peptone à 20 pour 1000, dans un bouillon de viande liquide ou solidifié par l'agar-agar et maintenu à la température ordinaire, donnait iDientôt un abondant développement de la forme normale. Examinées après un mois, ces cultures montraient les filaments fructifères désorganisés et les spores libres, beaucoup de celles-ci avaient germé au sein du liquide, dont la valeur nutritive était notablement amoindrie, en donnant non plus de grêles filaments, mais des tubes de la dimension du Botî^ytis cinerea proprement dit. Ils produisent sur leur trajet ou à leur extrémité de riches ramifications sporidifères. On obtient ainsi des cultures luxuriantes de la forme à sporidies. Ces organismes à mycélium volumineux et de couleur foncée établissent une transition entre la forme conidienne normale et la forme habituelle à sporidies, caractérisée par des filaments grêles et réfringents.

Signification des formes à sporidies.

Pas plus que les botanistes qui ont étudié ces sporidies chez différentes Pezizes, nous n'avons réussi à obtenir leur germination. Nous nous croyons donc autorisé à considérer ces organes, absolument inutiles actuellement, comme des restes ou témoins d'une organisation antérieure plus simple, en voie de disparition, qui se révèle encore facilement à nous par

24o DEUXIÈME PARTIE

retour atavique, lorsque le végétal vit clans des conditions défavorables.

En résumé, à côté des formes caractéristiques du polymorphisme normal, il peut se produire d'autres formes par variation des premières sous l'influence du milieu.

C'est ainsi que nous avons obtenu :

1° Une forme stérile susceptible d'être fixée, qui est précisément le mycélium qui constitue la maladie appelée Toile par les horticulteurs. Nous avons décrit une série de formes variées intermédiaires entre cette 'Toile et le Botrytis.

2° Une forme stérile à sporidies (déjà signalée par de Bary).

La transformation du Bolrytis cinerea en Toile a lieu sur terre humide (substratura médiocrement nutritif pour le champignon), à une température optimum entre 3o et 35 degrés, dans une atmosphère dont l'état hygrométrique est voisin de la saturation. Dans ces conditions^ cette forme est indéfiniment fixée. Elle se produit encore à basse température, toutes les autres circonstances étant égales d'ailleurs. Dans ce cas, elle n'est pas fixée et est beaucoup moins dangereuse pour les végétaux. Sur des milieux plus nutritifs que la terre, placés soit à une température élevée, soit dans une atmosphère très humide, soit surtout quand ces conditions sont combinées, on obtient une série de transformations variées, et la production de formes stériles moins complètement modifiées que la Toile. Ces formes, replacées dans les conditions favorables au développement du Botrytis normal, font retour au type au bout d'un temps il peu près égala celui qu'a nécessité leur production. Ces faits, de fixation de forme et de retour au type, nous paraissent présenter un certain intérêt au point de vue biologique.

Les données obtenues nous permettent d'établir une prophylaxie de la maladie de la Toile.

La concentration des solutions nutritives provoque la diminution de la longueur des pieds fructifères, leur dilatation, des déformations du mycélium submergé, et un retard dans la germination.

Nous décrivons ensuite des formes particulières de productions sporidifères, qui sont probablement les représentants ataviques de formes ancestrales. Les sporidies se produisent sur milieu nutritif incomplet, ou après épuisement, sur milieu plus nutritif; basses températures, etc., et en général dans des conditions notoirement défavorables.

Le cycle évolutif des champignons comprend généralement un certain nombre de formes le plus souvent en rapport avec un mode de reproduction spécial. Mais cette alternance de génération est sous la dépendance des conditions de milieu, de telle sorte que, celles-ci étant une fois connues, on peut à volonté obtenir Tune ou l'autre forme et les conserver exclusivement. Chacune des formes caractéristiques est elle-même susceptible de variations, quelquefois assez importantes, correspondant aux modifications des circonstances ambiantes.

Il n'y a donc pas lieu de considérer, dans les variations et l'alternance des appareils reproducteurs, le jeu 'de forces internes plus ou moins insaisissables^ propres aux différents champignons.

Les recherches expérimentales que nous avons faites étayent de faits nouveaux cette proposition que les phénomènes de la vie sont sous l'étroite dépendance des conditions extérieures.

Nos études sur les conditions qui provoquent l'apparition de tel ou tel mode de reproduction ont particuhèrement porté sur deux espèces : V Aspergillus variabilis et le Mucor spino-

^ Nous renvoyons pour plus de détails, aux courts résumés placés dans le corps de l'ouvragée.

SUS. Nos résultats corroborent généralement ceux qu'a obtenus Klebs avec YEurotium herhariorum et le Mucor racemosus.

Pour Asperqillus variahilis.^ étant donnée une température optima de 35 à /\o degrés et une alimentation suffisamment complète, la production de l'appareil conidien réclame la présence de l'air constamment renouvelé, et la quantité de conidies produites est proportionnelle à la sécheresse de l'atmosphère, autrement dit croît avec la transpiration qui se pro duit dans la plante. Dans une atmosphère trop humide, cette fonction est gênée, la plante multiplie la surface du mycélium, par lequel elle s'accomplit surtout. Il en résulte, alors, une prédominance de l'ajDpareil végétatif. La production des sclérotes est d'autant plus intense que les conditions sont plus opposées à celles qui favorisent la production de l'appareil conidien.

Le môme fait ne se produit pas pour les Mucorinées que nous avons étudiées. Là l'intensité du développement de l'appareil sporangifère augmente avec la fraction de saturation de l'atmosphère,, et diminue avec elle. Chez le Mycocladus verticillatus, la production des zygotes est fonction de la sécheresse de l'atmosphère et de l'épuisement du milieu en substances nutritives. La présence de l'air est nécessaire à la production de sporanges normaux;V?àY paraît jouer ce rôle grâce à l'existence de l'oxygène.

Le Mucor spinosus donne lieu à deux types de mycélium continu : l'un prédominant dans les milieux nutritifs riches en substances hydrocarbonées, le deuxième spécial à ceux chez lesquels dominent les aliments azotés. Certaines substances, comme les acides citrique ou tartrique, sont douées d'un pouvoir osmotique particulier et provoquent un gigantisme remarquable.

Il y a lieu encore de considérer, chez le Mucor spinosus : le mycélium cloisonné, le mycélium végétant en levure et le mycélium à chlamydospores. La pression osmotique favorise le cloisonnement du mycélium^, qui pourra évoluer, dès lors, dans deux directions ditférentes : les cellules produites donnent

la forme levure si elles se trouvent dans un milieu fermenlescible et riche en matériaux assimilables; si, au contraire, elles sont clans un milieu faiblement nutritif, fermentescible ou non. elles épaississent leur paroi, qui tantôt se confondra avec la membrane du filament (forme de transition), tantôt en sera distincte ; elles constitueront alors les chlamydospores.

Chacune des formes caractéristiques des espèces étudiées par nous, Aspsrgilliis variiihilis, Miicor spinosus, Mycocladus verticilhitus. Pénicillium glaucum, Clonostachys candicla, Oospora crusfacea, Botrylis cinerea, dont le choix n"a point été prémédité (ce qui donne un caractère de généralité à nos observations), mais que nous avons étudiées au hasard de leur rencontre, nous ont montré une grande variabilité.

Les modifications obtenues correspondent surtout à la com position chimique du substratum. La constitution physique du milieu influe principalement par la concentration.

La concentration agit en provoquant le retard des germinations, un raccourcissement des appareils aériens et leur dilatation, et, enfin, la prédominance de l'appareil végétatif submergé, elle favorise le cloisonnement. Pour de faibles concentrations, ces effets osmotiques ne se font point sentir, et si la concentration diminue au delà d une certaine limite, il se produit encore une prédominance de l'appareil végétatif submergé, résultant alors d'une alimentation insuffisante.

En faisant varier le milieu d'une façon méthodique, nous avons obtenu un grand nombre de variétés de chacune de ces espèces.

Ces variétés se maintiennent indéfiniment sur le même milieu; transportées sur un autre milieu, on constate qu'elles ont subi un commencement de fixation Nous avons obtenu dans des conditions bien déterminées une modification stérile du Botrytis cinerea^ qui constitue une race indéfiniment fixée ^ sans possibilité de retour.

La fixation des variations obtenues dépend d un ensemble complexe de conditions qu il est difficile de réaliser exacte-

Umv. Dii Ly(in. — Bii.vuvEiuii. 16

menl ; une seule de ces conditions venant à manquer, la stabilité devient incomplète ; de plus, elle est fonction du temps, ce qui est une difficulté pratique pour la réalisation des expériences^.

L'Asperffillus vfiriabilis est susceptible, par le fait d'une alimeuLalion incomplète, d'une curieuse adaptation à la vie submergée. Cette adaptation se fait par prolifération de toutes les parties de Tappareil fructifère. A l'intérieur du liquide, la végétation peut se maintenir longtemps sous cette forme- Finalement, on n'a plus qu'une masse d'apparence mycélienne complètement stérile. Cette végétation ne correspond donc pas seulement à l'appareil végétatif du champignon, mais il a même valeur morphologique que la plante complète. Une semblable adaptation existe très probablement chez un grand nombre de champignons.

Un degré plus avancé d'adaptation de V Aspergillus variahilis et du Pénicillium glaucum à la vie submergée, dans des

* Les expériences de Hunger, celles de M. Ray et les résultats que nous avons obtenus nous-même, ne nous semblent guère cadrer avec la théorie de Weismann et des néo-darwiniens, théorie que nous rappellerons en quelques mots : suivant ces biologistes, les variations qui afFectent les cellules somatiques sont sans importance et non héréditaires ; la production des variétés dépend seulement des modifications qui atteignent le plasma germinatif, celui-ci se modifiant spontanément et comme [)ar hasard. Ces variations sont héréditaires. Le plasma germinatif ainsi modifié agissant sur les cellules voisines, entraîne leur modification; il se l'ait une in Ira-sélecl ion qui va s'accentuant de plus en plus, tellement qu'à un moment donné la modification se traduit sur le soma. C'est à ce moment seulement qu'intervient la sélection entre individus, la sélection comme l'entendait Darwin. Nous avons vu, d'après les travaux ci-dessus mentionnés, que la variation, sous linlluence d'un milieu déterminé, aflecte les éléments reproducteurs comme les cellules somatiques (pourvu que ces modifications portent sur l'ensemble de ces cellules somatiques), et qu'ils sont capables de transmettre les caractères acquis. Le fait qu'il se produit toujours la même forme pour un même milieu doit faire écarter l'idée de modification fortuite du plasma germinatif comme point de départ de la variation.

milieux de composition chimique très anormale, est la production de formes dématioïdes^ probablement par retour à une forme ancestrale commune.

En somme, s'il n'y a pas transformation des espèces les unes dans les autres, sous nos yeux et dans le court intervalle d'observations de laboratoire, comme le voulaient les anciens polymorphistes, du moins y a-t-il grande variabilité dans l'espèce. Nos résultats s'ajoutent à ceux qui ont été obtenus durant ces dernières années, pour montrer combien la délimitation de ce groupe est encore plus difficile à réaliser chez les chamjiignons que dans les autres classes de végétaux. On a dû souvent se méprendre sur la valeur à attribuer aux caractères pour séparer les genres et les espèces, car les variations obtenues expérimentalement (c'est-à-dire en concentrant les conditions différentes qui peuvent se rencontrer dans la nature) en partant d'une même forme, sont assez profondes pour fournir des caractères de la nature de ceux sur lesquels les mycologues ont l'habitude de fonder des espèces et même des genres.

La constatation de ces variations peut donc amener, quelquefois, à faire rentrer dans une même entité spécifique des formes considérées jusque-là comme autonomes.

On peut arriver à établir l'identité spécifique : i° De formes végétatives avec des formes conidiennes ; c'est ce que nous avons fait en établissant que le mycélium stérile qui constitue la maladie de la Toile est un état particulier du Botrytis cinerea, et en montrant que la plupart des végétations des solutions, d'apparence mycélienne (anciens Hygrocrocis), doivent être rapportées généralement au Pénicillium glaucum et aussi à des Aspergillus, quelquefois même à des Mucorinées;

2" De formes conidiennes entre elles : c'est ainsi que nous sommes parvenu à établir l'identité spécifique très probable de Clonoslachys CcUidida et Acroslalagmus alhiis, de Oospora crastacea et Monilia candida ;

3" De formes conidiennes (anciens llyphomycètes) et de formes supérieures : nous avons montré que VOosporii crus-

lacea a pour forme parfaite un Gliœlomium, le Chœtomium oospora sp. nov. ; de plus, Féiroile affinité des Clonoslachys et des Acrostalagmus nous a permis de rattacher les premiers aux Ascomycètes du genre Hypomyces.

Nous avons encore apporté, comme résultats concernant la botanique spéciale, la description complète d'un genre nouveau de Mucorinées à végétation indéfinie, le Mijcochidus verticillatus,ei celle de nombreuses variétés nouvelles d'espèces connues.

Nous avons prouvé que le Sporendonema, casei Desm. est bien une espèce distincte du Torulac£isei Corda (Oospora crustacea Saccardo).

L'étude complète du développement des espèces que nous avons étudiées nous a permis de formuler des hypothèses sur leur phylogénie et d'établir des affinités de groupes actuels.

Tels sont le phyhim Dematium (vie submergée) ; Oospora, Pénicillium, Aspergillus à stérigmates simples ou ramifiés (vie aérienne). Rien ne nous semble motiver la distinction d'un genre Sterigmatocystis. Nous croyons au pliylum ou tout au moins aux affinités des Acremonium, Cephalosporium^ Stachylidium, Acrostalagmus et Glonostachys.

Enfin nous avons étudié un certain nombre de faits susceptibles d'applications pratiques :

Nous avons constaté que le Pénicillium glaucum et la plupart des autres espèces par nous étudiées peuvent, si elles végètent dans des substances assez nutritives, être mises au contact de doses assez fortes de substances toxiques sans en être trop incommodées. Ces doses sont directement proportionnelles à la quantité et à la qualité de l'aliment. Il faut donc, dans la pratique, soit, par exemple, pour le traitement des maladies des plantes au moyen d'antiseptiques, tenir le plus grand compte du véhicule employé d'une part, de la nalure du subslratum sur lequel vit le champignon d'autre part ; cela, sous peine de s'exposer à de graves mécomptes.

De plus. In connaissance à laquelle nous sommes arrivé, des

conditions qui favorisent la transformation du Botrytiscinerea, généralement saprophyte, en la forme Toile, si dangereuse pour les végétaux, nous a permis d'établir une prophylaxie de cette maladie des plantes.

Ce travail a été fait au Laboratoire de botanique de la Faculté des sciences de l'Université de Lyon, que dirige M. le professeur R. Gérard. Nous sommes heureux de remercier ici notre cher Maître de la bienveillance constante qu'il nous a témoignée et qui a beaucoup facilité nos études. Nous lui exprimons notre profonde gratitude.

Nous remercions encore M. Ray, maître de conférences, qui a bien voulu s'intéresser aussi à notre travail, et nos amis MM. Chifïlot et Faucheron, du Laboratoire de botanique, qui ont mis à notre disposition des matériaux d'étude, avec la plus parfaite obligeance.

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