CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE
Depuis longtemps déjà, les auteurs se sont efforcés d'établir les conditions d'origine de ces tumeurs, mais il faut avouer que ces recherches n'ont pas abouti à des résultats bien concluants, d'abord parce que l'exploration ne révèle ces néoplasmes que fort tard après l'époque de leur naissance. Aussi, la clinique, avec l'aide de l'anatomie pathologique, ne donne-t-elle que des conditions banales dans lesquelles se développeraient plus ordinairement les fîbro-myomes ; encore les auteurs ne sont-ils pas d'accord sur les effets de ces conditions générales.
Les tumeurs fibreuses de l'utérus ne se développent pas avant la 'puberté et rarement dans les premières années de ce nouvel état de la jeune fille ; mais plus lard, d'après Bayle, Merkel, Virchow, les vieilles filles seraient plus prédisposées aux myomes que les femmes ayant eu des rapports sexuels et surtout ayant eu des enfants. Cette opinion ne repose sur
aucune statistique, mais seulement sur une impression générale (Virchow).
DéjàDupuytren avait combattu cette proposition en montrant que, sur 58 cas, 54 étaient des femmes qui n'étaient plus vierges ; pour Schrœder, la grande majorité des femmes atteintes de myoraes sont mariées, et un bon nombre de celles qui ne sont pas mariées se livrent également aux rapports sexuels : sur 792 malades, 614 (77.5 pour 100) étaient mariées, 178 seulement (22.5 pour 100) ne l'étaient pas.
Mais ce que tous les auteurs sont d'accord à reconnaître, c'est la grande fréquence de ces tumeurs utérines, et encore ne les observe-t-on pas d'une façon complète, un grand nombre restant à l'état latent pendant toute la vie. Aussi quelques auteurs ont-ils recherché la proportion que l'on peut trouver sur un certain nombre de cadavres. Bayle, sur 100 femmes au-dessus de trente-cinq ans, en a trouvé 20 dont l'utérus était le siège de ces tumeurs.
Chez les femmes ayant dépassé cinquante ans, Klob èn aurait trouvé 40 sur 100 avec des corps fibreux. Pour Lawson Tait, ces tumeurs seraient devenues beaucoup plus fréquentes de nos jours, et, comme preuve de la possibilité de ce changement, cet auteur dit que cette affection, inconnue pai'mi les femmes nègres de l'Afrique équatoriale, serait devenue un fléau pour leurs descendants émigrés dans les Etats du sud et du centre de l'Amérique. Et, d'après les auteurs américains, les races nègre el mulâtre présenteraient des fibromes à un âge très jeune (vingt ans).
Au point de vue purement clinique, la statistique de Schrœder est très intéressante en ce qui coiiccnio Vàge
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auquel les malades réclament des soins ; sur 798 malades, 7.26 pour 100 avaient de vingt à trente ans; 28.69 pour 100 avaient de trente à quarante ans, et 51 pour 100 avaient de quarante à cinquante ans. Enfin, il yen eut près delS pour 100 au-dessus de cinquante ans.
Les fibro-myomes ont encore été attribués à l'influence de la stérilité; mais, comme les multipares donnent une proportion notable d'utérus myomateux, 70 pour 100 d'après Schrœder, il serait plus rationnel d'admettre que, chez les femmes stériles portant des corps fibreux, ce sont ces tumeurs qui ont empêché la grossesse, et cette idée s'accorde bien avec les modifications, les altérations des trompes et des ovaires que nous avons étudiées.
Comme signe précurseAir de la formation des myomes, Olshausen indique une congestion inflammatoire persistante de l'utérus; déjà Virchow avait incriminé une irritation partielle de la muqueuse gagnant le parenchyme utérin situé au-dessous; mais cet état d'irritation est bien vaguement formulé, et, de son côté, Winckel admet que tous les excitants locaux et généraux peuvent occasionner les myomes; en réalité, on ne connaît pas la cause intime du processus qui aboutit au fibro-myome. Et ce n'est pas en se basant sur quatre cas de tumeurs développées peu de temps après l'infection syphilitique que Prochowinck est autorisé à accorder à la syphilis un rôle spécial dans la genèse de ces néoplasmes. Cette genèse ne se trouve pas mieux éclairée par la théorie générale de Conheim sur le développement des tumeurs ; d'après cet auteur, celles-ci seraient dues à la persistance de restes
embryonnaires dans la profondeur des parenchymes. A un moment donné, ces restes subiraient une évolution aboutissant à la formation des néoplasmes. La réalité de cette doctrine est encore à prouver, aussi bien pour les fibro-myomes de l'utérus que pour les tumeurs des autrçs régions.