‹ Tung pao. Toung pao (volume 2)Chapitre 13 sur 50 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

Le Rév. W. E. Sooruizr, M. A., a été nommé professeur de Chinois à l’Université d'Oxford en remplacement du regretté T. L. BuzLock le 1° juillet 1920; et le Rev. W. Hopkyn Rees, D.D., à l’Université de Londres.

QUELQUES TRANSCRIPTIONS APPARENTÉES A CAMBHALA DANS LES TEXTES CHINON )

PAR

PAUL PELLIOT.

——ts—

Les textes du bouddhisme tibétain parlent assez souvent du pays de Cambhala ?). Un texte tantrique du Xanjur, le Bhagavan- Vajrapaniguhyäbhideça, à été traduit sur un exemplaire du <Çambhala dans le Nord>»#). C'est au Cambhala que se serait développé le système du kälacakra, où de la <roue du temps», qui aurait passé de là dans l'Inde du centre vers la seconde moitié du X° siècle pour revenir ensuite au Tibet par le Cachemire et y provoquer, en 1027, l'introduction du cycle sexagénaire 4). Enfin, uue série de textes encombrés de légen-

des d’âges divers sont intitulés Ztinéraires de Cambhala; l'un d’entre

1) Cette note date de 1914. Je l’ai remaniée tant bien que mal, mais il me manque, pour la mettre réellement au point, divers travaux parus pendant la guerre en Allemagne et en Russie.

2) J'avais suivi dans .7. À. 1913, p. 652, l’orthographe Zambhala adoptée par M. Grünwedel dans sa Mythologie des Buddhismus. Mais M. Laufer a fait justement remarquer (Z‘oung Pao, 1913, p. 589, 596) que cette orthographe ne reposait sur aucune autorité et que d’ailleurs M. Grünwedel lui-même l’avait abandonnée,

3) Cf. Laufer, dans Z'‘oung Pao, 1913, p. 596; H. Beckh, Verzeichniss des Kanjur, p. 89.

4) Cf. Pelliot, Le cycle sexragénaire dans la chronologie tibétaine, dans /. À., 1913, p. 633—667, et les additions et rectifications de Laufer, 74e application of the Tibetan seragenary cycle, dans T'oung Pao, 1913, p. 569, 596, et 1914, p. 278. Je regrette de n'avoir pas vu encore la traduction par M. Grünwedel de la Mine des joyaux de Tarauatha, dont le 1° fascicule au moins a dû paraître.

a est incorporé au Tanjur?). On a beaucoup discuté sur la localisation du Çambhala. Certains ont songé au bassin de l’Yaxarte, mais il faut remarquer que c’est en tant que dans le Cambhala est placé le fleuve Cita (Sita); or il n’y a aucun doute depuis longtemps que la Çita, la «Froide», n’est pas l’Yaxarte, mais le Tarim *). La part faite de toutes les légendes qui font régner sur ce pays des rois Kulika dont chacun occupe le trône pendant cent ans, c’est done dans le bassin du Tarim qu'il faudrait chercher le Çambhala, si la Çitä coulait vraiment à travers ce pays *). Comme l’a fait remarquer à plusieurs reprises M. Laufer, l'identification du Çambhala et l'étude détaillée des textes tibétains relatifs au système du £alacakra sont d'une grosse importance non seulement pour l’histoire des influences étran-

gères au Tibet, mais aussi pour celle de l’Asie centrale en général.

1) Cf. Laufer, dans Z‘ourg Pao, 1907, p. 403—404; P. Cordier, Catal. du fonds tibélain, AIT, p. 515, où le texte est dit traduit sur un manuscrit du Népal. M. Grünwedel a publié récemment, sous le titre de Der Weg nack Sambhala (Munich, 1915, in-4°), le texte et la traduction du Sambhala’i lam yig écrit en 1775 par le 3° Pan-then-erdeni-lama ; ce texte n’a pas de rapport avec celui utilisé par M. Laufer et que celui-ci attribue au XIIT° siècle.

2) M. Laufer (7'‘oung Pao, 1913, p. 596) semble considérer comme possible la localisation du Cambhala dans le bassin de l’Yaxarte. En tant qu’elle est suggérée par la Oita, c’est impossible, Tui-même avait fait remarquer (7‘oung Pao, 1907, p. 403—404) qu’il fallait plutôt chercher du côté de Khotan, en tout cas à l'Est des Pamir, car la Cita, selon son texte, ne semblait pas être, «comme on l'avait admis jusqu'ici», l’Oxus ou PYaxarte, mais le Tarim. Csoma avait en effet admis l’équivalence de la Cita et du «Sihon», c’est-à-dire de l’Yaxarte (cf. Azwzrales du Musée Guimet, in-4°, II, 362). Quant à l’Oxus, il est forcément hors de cause, puisque la Çitä est citée régulièrement en même temps que l’Oxus dans la liste des grands fleuves qui prennent leur source au lac Anavatapta. Mais il sufiit de se reporter aux Mémoires de Hiuan-tsang (trad. Julien, t. II, p. 208) pour voir que la Oita est forcément le Tarim, la rivière de Yarkand étant considérée comme le cours supérieur de ce fleuve. C’est aussi l’opinion développée par Sir Aurel Stein dans son Ancient Khotan. S. Lévi a étudié (J. A4., 1918, I, 151) un texte bouddhique chinois qui nomme quatre affluents de la Gita.

3) Quelles qu’aient été sur ce point les fantaisies des Tibétains, M. Sarat Chandra Das, dans son dictionnaire (s.v. Cambhala), doit se méprendre au moins sur la date quand il rapporte qu'au XV° siècle les Tibétains auraient identifié le Çambhala «à la capitale de l’Espagne ». Les Tibétains du XV° siècle ne devaient avoir aucune idée de l’existence même de l'Espagne.

Une édition critique du Xä&lacakratantra, préparée par M. Grünwedel, devait paraître dans la Bibliotheca Buddhica et nous vaudrait sans doute de précieuses indications; je ne crois pas qu’elle ait vu le jour. Sans prétendre à étudier ici la question du Çambhala dans son ensemble, je voudrais seulement signaler que des transcriptions voisines de (ambhala se rencontrent dans des textes chinois.

M. S. Lévi a déjà attiré l'attention sur les listes géographiques incorporées à l’Avatamsaka ?) et au Mahäsamnipata. Dans l'Avatamsaka apporté de Khotan par E £4 Tche Fa-ling au début du V® siècle, et traduit en chinois de 418 à 420 sous la direction de Buddhabhadra ©), où a une liste des sites qui, dans les divers royaumes, sont le séjour habituel de Lodhisattea. C’est ainsi que nous apprenons que dans le royaume du EPA 12 %£ K'iee-t'o-lo (Gandhara), il y a le Hd hf Fi Tsi-tsing-k'ou, ou <Grotte de l’apaisement» Ÿ). Ce nom, à lui seul, ne nous dirait pas grand’ chose. Tsi-tsing est une expression fréquente du bouddhisme chinois, mais dont je ne puis donner un équivaleut sanscrit unique et certain. Toutefois, dans les listes géographiques de la Mahämayñrt, quoique assez divergentes entre elles et souvent altérées, on trouve {si-Esing en correspondance

avec des transcriptions qui ramènent à des originaux giva, çila (sans

1) Je profite de l’occasion pour rectifier ce que j'ai dit du titre de l’Avatamsalka dans J. A., 1914, II, 121—122; je m'étais aperçu de mon erreur avant l’impression, mais l’article a paru pendant la guerre sans que j'en aie eu d’épreuve entre les mains. En réalité, l’Avatamsaka est mentionné dans la Mahavyutpatti (LXV, 4), sous le titre de Buddhüvatamsaka. Si Teng-kouan parle de Gazdavyüha à propos de la Bhadracari, ce doit être parce que la Bhadracari était alors considérée comme une partie de la section Gardavyuha.

2) Cf. S. Lévi dans B.E.F.E.-0., V, 253. Aux textes que cite M. Lévi, il faut ajouter la notice essentielle qui est mise à la fin du 60° et dernier chapitre de la traduction de Buddhabhadra (ef. aussi le chap. 9 du Zck‘ou san tsang ki tsi); c'est à qu’on voit que la traduction fut effectuée de 418 à 420; on y trouvera également les noms des collaborateurs de Buddhabhadra.

3) Cf. S. Lévi, dans BEF.E-0, M, 248; Zripit. de Tokyo, K, VIII, 46 v°; de Kyôto, VII, 1v, 166 v°, C'est par inadvertance que M. Lévi a traduit fsi-/sing par

«retraite pure ».

doute lu çiva par le traducteur) et çanti. La part faite des fautes de texte, on sait en outre que la correspondance régulière de {si employé seul est la racine çäm-, être apaisé»; si seul traduit fréquemment cänti.

Une autre traduction de l’'Avatamsaka, exécutée en 695—699 par Ciksänanda, nous montre que, d’une manière quelconque, Buddhabhadra a voulu traduire ici un nom qu’il dérivait de la racine çäm. Dans le passage parallèle à celui que j'ai cité, Çiksänanda mentionne en effet, dans le royaume du Gandhära, la grotte de Ÿ# JE SË Chanp'o-lo». M. Lévi a rétabli Jambhala 1), mais la prononciation ancienne des mots chinois est *Siäm-bhua-lä ?), avec une chuintante initiale

sourde #); l'original ne peut être que Cambhala (Çambala) ou Çambara :)

1) B.EF.E.-0., 1, 248; Tripit. de Tokyo, 5.È , III, 22 v°; de Kyoto, VII, vin, 218 r°.

2) J'ai suivi ici le système de M. Karlgren, bien que certains éléments secondaires en soient encore douteux.

3) Que le dictionnaire de Giles ait ou non raison d'indiquer {chan comme pronon-

ciation pékinoise moderne au lieu de chan, les dictionnaires indigènes ne connaissent

historiquement que clan ('$iäm). Au milieu du VIII siècle, Tou Ilouan emploie EE chan pour transcrire très exactement Säm, le nom de la Syrie dans la région de Damas (cf. Hirth, China and the Roman Orient, p. 56). Iei même d’ailleurs, les ANSE des yin-yi concernant |’ Avatainsaka spécifient la prononciation * Siüm et non *ziüm ou “jiäm. Le nom de la ville du pays de Sindh que Stanislas Julien (Hiuan- tsang, Le IE 170) a rétabli hypothétiquement en *Vicarapura doit se transcrire en réalité il EE hi ME JE P‘i-chan-p'o-pou-lo, et la restitution théorique en est *Viçarmbhapura. Le n d’Eitel

donne le caractère de chan dans deux noms: « djambal&» (lire jambhira), nom du Citrus

acida, qui serait transcrit en chinois par JE # JE 7 AË tan-pou-lo ou TS JE #fË chan-p'o-lo, et «tchämara» (cämara), nom d’arbre, qui serait transcerit É À Ë chan-mo-lo. Mais la restitution «djambalë» pour /an-pou-lo (*{äm-bhuo-la) est une faute de Julien dans sa traduction de Hiuan-tsang (Vie, p. 148), fidèlement reproduite par Beal (Life, p. 109); il faut en réalité lire /ämbula, le bétel. Quant à chan-p'o-lo et chan-mo-lo, ce sont deux orthographes du nom même de çambhala (cçambala) qui nous occupe ici. La fausse prononciation {can pour VE chan a trompé jusqu’à Chavannes. Dans ses Religieur éminents, p. 18, 20, 202, il est question d’un roi «Tchan-pou», pour lequel, après hésitation, Chavannes a adopté une équivalence Jambhu; mais l’original est ne + Chan-pou, et la restitution Çambhu ne prête pas au doute.

4) Les transcriptions chinoises ne distinguent pas le plus souvent entre 4 aspiré ou

et non Jambhala. Par là-même nous comprenons la traduction de Buddbabhadra: il a dérivé Cambhala ou Çambara de la racine ç&m-. Mais c'était là une dérivation qui était enseignée dans les écoles bouddhiques, car les Tibétains de leur côté traduisent Çambhala (et Cambhu) par bDe-’byuñ!), Çambara par bDe-méhog, et la racine çäm- est représentée normalement par bde en tibétain.

Une liste parallèle à celle de l’Avatamsaka se retrouve dans le Süryagarbha du Mahäsamnipata; la traduction de ce texte a été exécutée entre 589 et 618 par Narendrayaças. On y lit que dans le Gandhära se trouve la résidence du saint muni K fi] 2 HR E F5 Z£ Ta-li-chô-na-jo-mo-lo. M. S. Lévi a restitué hypothétiquement Darçauajñamala ?). En réalité, il est assez difficile de dire quelle est la première partie du nom. Je ne connais, dans les textes anciens, aucun exemple certain où ta (*dhai et *dha), d’ailleurs assez rare en transcription, trauserive en fait seulement da et non dai (ou tout au moins une syllabe où le timbre de l'a, même s'il est primitif, n'ait pas été altéré); {a peut avoir son sens ordinaire de grand; de plus, le caractère «4G est peut-être fautif. Mais le parallélisme des deux listes permet d'admettre que == jo est une simple altération graphique de DE chan, eb qu'ici encore chan-mo-lo (*&ümmua-la) doit être restitué en çambhala, çambala où çambara. Toutefois, cette nouvelle mention ne nous permet pas, elle non plus, de choisir entre ces formes.

Uue autre section du Mahäsamnipata, le Candragarbha, contient,

elle aussi, une liste apparentée aux deux précédentes. Le nom qui non aspiré, ni entre Z et >, à moins de conventions spéciales des transcriptions savantes, et sous réserve d’une remarque qu'on trouvera plus loin.

1) C’est la traduction indiquée dans le Dictionnaire de Sarat Chandra Das, sv. Sambha-la, Mais l’Iinéraire de (Cambhala, au t. 133, f° 349, du Zanjur de Pékin, rend le nom par bDe-tan-jin (cf. P. Cordier, Cours de tibétain classique, p. 13); la racine cam y est encore traduite par Üde.

2) Tripit. de ‘Tokyo, LA , LI, 52 v°; de Kyoüto, VI, vin, 252 v°; BE.F.E.-0., AV, 546—547.

nous occupe y est orthographié FX je # Chan-p'o-li (*$iäm-bhua-lji), que M. Lévi, cette fois, a rétabli en Çambali !).

A côté de ces textes relatifs à un lieu saint du Gandhära, il faut placer un ou deux autres textes du Canon qui contiennent en transeription un mot analogue à chan-p'o-lo.

L'un d’entre eux se trouve, lui aussi, dans l’Avatamsaka, mais dans la première section de la traduction de Çiksänanda ?). Il y est question de divers rois des Asura qui sont nommés d'abord dans un morceau en prose, puis dans un développement correspondant en vers. Or, à un roi des Asura É4 #7} ff K'iao-houan-chou, « Habile magie», de la partie en prose, correspond dans la partie en vers cle roi Æ #£ Chan-mo-lo (*$iäm-muad-la)». L'un des noms est donc la traduction de l’autre. Dans ces conditions, l'original qu'a voulu rendre (iksänanda ne paraît ici guère douteux. Une nasale initiale du chinois rend soit cette nasale, soit l’explosive non aspirée correspondante. Notre Chan-mo-lo doit done représenter 1c1 en principe un nom en -»a- ou -ba-, mais non en -bha-; précisément (jambara est le nom d’un Asura et çämbart signifie <magie»; il doit par suite s'agir d’un roi des Asura appelé Cambara.

Enfin, dans le chap. 9 de l’Abhidharmalkoçaçästra traduit par Hiuan-tsang, il est question de pratiques usitées au moment des accouchements, et le texte parle à ce propos de HX À ÆÙ ÿ4chan-mo-li-che, <jus de chan-mo-li (&iäm-muad-lji)» $).

Si j'ai cité ces deux derniers textes, c’est à raison des gloses dont ils sont l'objet et qu’il convient d'étudier en même temps que

celles concernant les passages de l’Avatamsaka.

1) Tripit. de Tokyo, 24 , IV, 62 1°, BET.E-O., V, 281—282. Il résulte de ce que j'ai dit plus haut que, selon moi, il n'y a pas à séparer la grotte de Chan-p'o-li et le lieu saint de Ta-chü-li-jo [corr. chan]-mo-lo, comme M. Lévi le fait ici.

2) Tripit. de Tokyo, K , 1, 11 r°; je n’ai pas réussi à retrouver un texte parallèle dans la traduction de Buddhabhadra.

3) Tripit. de Tokyo, MX, X, 16 r°.

Le plus ancien des yin-yi, ou <sons et sens» du Canon, est celui de Hiuau-ying, qui date du milieu du VIT siècle !). A propos du <jus-de chan-mo-li» de l’Abhidharmakogagästra, Hiuan-yiug donne la note suivante ?): «C'est une plante mucilagineuse CG É houats'ao). On s’en sert pour se laver les mains; elle est très onctueuse C4 Fe houa-tsô)». En somme, il s'agit suivant Hiuau-ying, et ceci va bien avec le contexte, d’un suc de plante qui tient lieu de savon.

Dès le premier quart du VIII siècle, ## 10) Houei-yuan glosait la traduction de l’Avatasamka dûe à Ciksänanda, et cousacrait deux de ses notes à Chan-p'o-lo et à Chan-mo-lo. Nous avons des yin-yi de Houei-yuan trois états différents, les deux recensions provenant respectivement des éditions de Chine et de Corée, et celle incorporée, dès l'époque des T'ang, au Yi ts'ie king yin yi de Houeiï-lin. En tenant compte des diverses leçons de ces trois textes ©), nous pouvons restituer à coup sûr sous la forme suivante la glose de Houei-yuan relative au nom de Chan-p'o-lo: «Chan se prononce *#/äm. Chan-p'o-lo est le om d’un arbre aux fleurs odorantes. Près de cette grotte, il pousse beaucoup de ces arbres; de là on a nommé [la grotte}».

Quant au nom du roi des Asura Chan-mo-lo, Houei-yuan en parle comme suit #): € Chan-mo-lo: C'est là le nom d’un arbre proche des bords de l'Océan dans les pays d'Occident. Le sens du nom est ccouleur jaune mêlée» (3% ÆfÉ fü houang-tsa-sô). Quand <el'oiseau aux ailes d'or» (garuda) vient, il se pose immédiatement sur [cet

arbre |.»

1) Nanjio, Catalogue, n° 1605. M. Nanjio dit que l’œuvre fut compilée «in about A.D. 649»; il résulte en effet de la préface que l’auteur commença son travail «à Ja fin de la période /ckeng-kouan», c'est-à-dire vers 649. Mais comme la traduction de l'Abhidharmakoçaçästra par Hiuan-tsang ne doit être que de 651—654 (cf. Nanjio, n° 1267) et que Hiuan-ying la glose, il faut bien admettre que son travail s’est poursuivi pendant un certain nombre d'années.

2) Tripit. de Tokyo, Kg, VI, 93 v°.

3) Zbid., VIII, 144 v°; X, 121 r°, 140 v°.

4) Ibid, NIV, 134 v°; X, 110 v°, 131 r°.

Ainsi Houci-yuan, originaire de Kachgar et qui utilisait des manuscrits d'Asie Centrale, distingue deux arbres, l’un chan-p'o-lo, l’autre chan-mo-lo; mais tel n’est pas l'avis de Teng-kouan.

Le moine Y% fl Teng-kouan, mort en 8381), avait consacré de longues années, dans sa retraite du Wou-t'ai-chan, à commenter et à sous-commenter l’Avatamsaka. Au chap. 47 du commentaire principal de Teng-kouan, nous lisons*): «Pour ce qui est de Chan-p'o-lo, c’est le nom d’un arbre aux fleurs odorantes; avec le us À %£ Chan-mo-lo de la première section (7j dj tch'ou-p'in), il n'y a que la différeuce du MR Ling et du HE tchong des mots sauscrits (PS + fan-yen). [Ces arbres] naissent en grande abondance auprès de la groite; c’est pourquoi [on l’a nommée ainsi]. On rapporte que c’est là l'endroit où le Buddha a laissé son ombre, comme il est raconté tout au long dans le Si yu ki et dans le Candragarbha du Mahäsamnipäta, dixième section» *). Dans son immense sous-commentaire, Teng-kouan s'exprime ainsi {): «Souscommentaire de Chan-p'o-lo: le terme siguifie «de couleur jaune mêlée». Dans la première section [de l’Avatamsakal, [il est question] du roi des Asura Habile-magie et du roi Chan-mo-lo; dans la partie en vers et dans la partie en prose, on a ainsi le nom respectivement en chinois et en sanscrit, et l'interprétation [par <Habile-magie » | ne concorde pas avec celle-ci [par «couleur jaune mêlée» ]. La partie en vers dit [à propos du roi Chan-mo-lo] «le génie de

l'éclat de couleur rouge» (RL fi À Ji hong-sô-kouang-chen) 5).

1) Cf. J. 4., 1914, IT, 120.

2) CE. S. Lévi, dans B.Z.F.E.-0., 11, 248; Tripif. de Tokyo, BX , IV, 8 v°; de Kyoto, XXXIV, zx, 195 v°.

3) Ma ponctuation est confirmée par le sous-commentaire que je cite ci-après; l’édition de Tokyo est mal ponctuée.

4) Cf. S. Lévi, dans B.£F.E.-0 , II, 248; Tripit. de Tokyo, DE , 1X, 84 v°; de Kyüto, XXXIV, 1x, 760 r° et v°. Le même texte se retrouve dans le Tripit. de Kyüto, Suppl. F, X, v, 600 r°—50! r°.

5) Tong-kouan semble indiquer par Jà que le nom de Chan-mo-lo, traduit par

De plus, à plus de dix Zi au Sud-Est de cette ville, il y a un stüpa, dans lequel est une dent du Buddha, longue d'environ un pouce et demi; sa couleur est d’un blanc jaunâtre. Il ÿ a là beaucoup de saints vestiges. C’est pourquoi les saints y demeurent. Souscommentaire de: on rapporte que c'est là l'endroit où le Buddha a laissé son ombre: C'est ce qui est dit au chapitre 2 du Si yu ki: Au Sud-Ouest de la capitale du royaume de FK #4 #4 Na-kie-lo (Nagarahära), il y a un sañghaärama (Suit un long extrait du Si yu ki sur la grotte de l'ombre du Buddha)». Dans une dernière note, Teng-kouan précise ses références au Candragarbha du Mahäsamnipata, et reproduit la liste du Candragarbha où le lieu saint est désigné sous le nom de FX ZÆ I] Chan-p'o-li.

Il n’est pas facile d'interpréter correctement toutes ces explications, et de choisir entre leurs données plus ou moins contradictoires.

En ce qui concerne Teng-kouan, sa terminologie est en principe assez claire. Pour lui, Chan-mo-lo et Chau-p'o-lo ne diffèrent que par le £'ing et le tchong du sanscrit. S'il a pris ces termes avec la valeur ordinaire que leur donnent les phonéticiens chinois, £'ing, «léger», indique une explosive non aspirée, et /chong, «lourd», une explosive aspirée; cette terminologie s'appuie évidemment sur la différence de la force d'expiration dans les deux cas. Il semblerait done, si Teng-kouan a bien pris les expressions dans leur sens technique, que son roi fût plutôt Cambara, et que la grotte au coutraire fût celle de (ambhala.

Ceci serait bien en accord avec les transcriptions elles-mêmes, puisqu'il y a tout un système, utilisé surtout sous les T'ang, où m initial représente m- ou b- et où p'-initial issu de *bh- transerit DA-°);

Chau-mo-lo serait donc correct pour Cambara (Cambala), et Chan-

« Habile-magie» dans la partie en prose, reparaît ailleurs traduit «génie de l'éclat de couleur rouge» dans les stances; je n’ai pas retrouvé le passage qu’il semble viser ici. 1) Cf. H. Maspero, dans BE F.E.-0., XVI, v, 61—62.

p'o-lo pour (ambhala (Cambhara). Maïs ici interviennent les explications par €nom d'arbre», qui reparaissent, sous des formes diverses, chez Hiuan-ying, Houei-yuan et Teng-kouan; Cambhala n'est pas connu dans cette acception.

La glose de Houei-yuan suggère une autre solution. Selon lui, Chan-p'o-lo est le nom d’un arbre aux fleurs adorantes; Chan-mo-lo veut au contraire dire «de couleur jaune mêlée» et est le nom de l'arbre où se pose le garuda. Bien que l'explication par «eouleur jaune mêlée» paraisse supposer, comme me le suggère M. $. Lévi, un rapprochement ou ure confusion avec çabara, «de couleur mélangée», il semble qu'on puisse identifier l'arbre que vise en second lieu Houei-yuan. Dans le Saddharmaäsmrtyupasthänasütra, il est question d’un arbre jambn qui est situé aux bords orieutaux du Jambudvipa et qui est la résidence de Garuda; dans le passage correspoudant du Rämäyana, le jamba est remplacé par un Aätaçälmali où çälmali épineux !). L'arbre jamba est exclu par la transcription chinoise; mais peut-il s'agir du çälmali?

A première vue, les difficultés sont considérables. Houei-yuan parle de l'Océan occidental, au lieu que le Saddharmasmr!yupasthäna met son arbre du garuda dans l'Océan oriental; de plus il faudrait retrouver une source bouddhique qui mentionnât pour le garuda le çalmali et non le jambü. Enfin l'analogie phonétique de chan-mo-lo et de çälmali est en apparence très peu satisfaisante; mais rien ne prouve qu’on doive partir du sanscrit çälmali plutôt que de quelque forme dialectale usitée en Asie Centrale. A ce point de vue, il est intéressant d'étudier sous quelles formes le nom du rahnali a été connu en Chine.

Dans les textes bouddhiques, le çälnali joue un double rôle; c'est le nom d’un enfer, et comme tel il a passé sans altération en

tibétain; puis c’est le nom de l'arbre à coton, Bombax Malabaricum.

1) C£. S. Lévi, dans 7. À, 1918, I, 22, 89.

APPARENTÉES A ÇAMBHALA DANS LES TEXTES Qi" QUE 83

Comme nom d'enfer, je n'ai souvenir de n'avoir rencontré en chinois que des traductions et non des transcriptions du nom. Comme nom d'arbre, il en va autrement. Watters !) a signalé que la transcription 22 Pr so-lo (*sä-la) représentait en chinois deux originaux différents *), d'abord l'arbre sala ou çala (Shorea Robusta), puis l'arbre à coton, dont le nom chinois est À} mou-mien; dans ce second cas, so-lo, selon Watters, transerit le nom même du ça/mali. Il faut noter que, dans ce dernier sens, solo apparaît dès avant les T'ang non pas dans des textes bouddhiques, mais dans des œuvres de littérature profane, à propos du Yunnan. On pourrait donc admettre que ce mot s0-lo, s’il représente çalnali, est arrivé en Chine par la voie de l’Assam et dans un dialecte où ç- était passé à s-; ce ne seraient pas les traducteurs bouddhiques, non plus que les gens de l'Asie Centrale, qui auraient fait connaître le mot en Chine. Toutefois l’anomalie de cette transcription, où toute une partie du mot a disparu, est de nature à faire hésiter. Récemment, M. Laufer, s'appuyant sur ce que sa-la est encore aujourd’hui le nom du eoton en lolo, a admis que c'était là un nom indigène $) (et non par suite un emprunt à un dialecte hindou). Bien que la plante coton soit différente de l'arbre à coton, il ne serait pas surprenant que des populations du Sud-Ouest de la Chine eussent étendu à la plante le nom indigène qu’ils donnaient à l'arbre, et j'incline à croire que M. Laufer à raison. So-lo serait ainsi phonétiquement indépendant de çalmali. |

Mais les œuvres de botanique chinoise connaissent un autre nom

de l'arbre à coton, celui de HR ZE chan-p'o, qu'elles considèrent

comme sanscrit #). Il est certain que c’est là simplement une forme 1) Essays on the Chinese Language, p. 435; cf. aussi B EF.E.-0., 1v, 173. 2) Pour une troisième valeur douteuse, cf. Smith et Stuart, Chinese Materia Medica, 1911, p. 19.

3) Sino-Tranica, p. 491. ; 4) Cf. Watters, Zssays, p. 435; Sunith et Stuart, Chinese Materia Medira, p. 198.

altérée de notre HA je AU chan-p'o-li, où le dernier caractère est tombé), et que par suite les botanistes chinois ont recueilli formellement dans quelque œuvre bouddhique l’équivalence de chan-p'o-li eb de l'arbre à coton; chan-p'o-li représente done une forme dialectale de calmali, eb nous sommes amenés, vu le parallélisme des passages de l'Avatamsaka et du Mahäsamnipata et les gloses qui les accompagnent, à admettre que le çalmali est également à la base des explications de chan-mo-lo et de chan-p'o-lo.

En fait, ces formes attestées par les textes chinois n'ont rien que de très normal si on se reporte aux formes dialectales connues dans l'Inde. Dès les Veda, on trouve une forme çimbali désignant la fleur du çalmali; les formes pâlies de çalmali sont simbali et simbala; le prâcrit jaina écrit sämalt et simbali; on a sämart dans les prâcrits non classiques; aujourd’hui l’hindoustani dit sämal et sämbhal, d'où est né le nom seemul (ou simmul) donné au cotonnier par les Anglais de l’Inde?). Il n'y a done qu’à admettre que Île nom du çalmali avait passé en Asie Centrale, dans les premiers siècles de notre ère, sous des formes dialectales *cambali, *cambhali, *eambala, *çamblala.

Il serait évidemment prématuré de prétendre que le nom du

pays mythique de (ambhala est directement apparenté à ces formes À).

Toutefois ce dernier ouvrage paraît parler ici de la plante coton (Gossipium Lerbaceum) au

lieu qu’il s’agit en réalité de larbre à coton.

1) Dans la glose de Houei-yuan citée p. 79, deux des éditions ont de mème VE Dia chan-p'o au lieu de chan-p'o-lo, et la troisième a p'o-lo. Vu la confusion constante de JE p'o et 2e so en chinois, et étant donné d’ailleurs qu’on rencontre parfois p‘o-lo et non s0-lo dans le nom du cotounier (cf. B.£.F.E.-0., IV, 173), on serait tenté de supposer que s0-lo, nom de l'arbre à coton, au lieu de transcrire *sa/{mali] ou de représenter un nom indigène sa-la, pourrait être À l’origine une faute pour p'o-lo, forme aphérétique de chan-p'o-lo, si so-lo ne se rencontrait pas d'aussi bonne heure et en dehors des textes bouddhiques.

2) Yule et Burnell, Hobson-Jobson*, p. 807.

3) Cambhala n’est pas une forme anormale dans la nomenclature géographique de l’Inde.

Ptolémée cite, dans l'Inde du Nord, deux villes de Sambalaka, dont l’une paraît répondre à

Si on se rappelle toutefois que la grotte de *Çambhala est mise près de Nagarahära !), c'est-à-dire dans la région de prédilection de l'astrologie et de la magie pour les textes se rattachant à l'Asie Centrale, que d’autre part la localisation du Çambhala dans le bassin du Tarim ne nous est pas attestée jusqu'ici avant l’époque mongole au plus tôt, enfin qu'il y a dans la géographie mythique un Çalmalidvipa à part du Jambudvipa, peut-être une contamination due aux formes dialectales du nom du çahmali n’apparaîtra-t-elle pas comme invraisemblable. Il serait désirable de rechercher dans le Kanjur les passages tibétains correspondant aux textes chinois cités dans la présente note; peut-être nous vaudraient-ils quelques indi-

cations nouvelles.

l'actuel Sambhal du Rohilkhand; ce sont là probablement des formes prâcrites foncièrement identiques à Çambhala.

1) La question de Nagarahära est assez complexe, mais Watters (0x Yuan Chwang's

Travels, 1, 182—198) l’a embrouillée inutilement, car le nom du moins n’est pas douteux.

PAR

(Suite) 1).

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