‹ Tung pao. Toung pao (volume 2)Chapitre 14 sur 50 · H. LES ANCIENNES ÉTOILES POLAIRES · texte numérisé non relu

H. LES ANCIENNES ÉTOILES POLAIRES

Le P. Gaugir, au XVIII® siècle, a montré que deux petites étoiles, qui furent effectivement polaires au 27° et au 23° siècles av. J.-C., portent dans l’uranographie chinoise des noms les caractérisant comme polaires. Le fait est d'autant plus intéressant qu'il n’a pu être falsifié; car, même après la découverte de la loi de précession, les Chinois ont ignoré le déplacement du pôle, ayant interprété cette loi comme équatoriale. D'ailleurs le nom de ces étoiles, Tien yi K — et T'ai yi DS —, figure dans le chapitre K E de Sseu-ma Ts'ien, bien antérieurement à cette découverte.

La corrélation entre l'étoile polaire, au centre du monde céleste, et le Fils du ciel, au centre de l'univers terrestre, forme la base

des concepts religieux de la haute antiquité ?). L’un et l’autre sont

1) Voir le Z'‘oung pao 1909, 1910, 1913; et 1914 p. 645.

2) Cf. Les origines (B) T'‘oung pao 1909, pp. 262, 273 et Le syslème astronomique des Chinois, IX, dans les ARCHIVES DES SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES, décembre 1919. Dans cette dernière publication (au chapitre Rôle fondamental de l'étoile polaire), j'ai montré que les expressions Tclourg young (es F4 et Kiun tseu “Et Fe se rapportent au ‘concept fondamental de l'étoile polaire symbole de la régularité des lois de la nature et du souverain terrestre. L’homme idéal, en Chine, est celui qui, tourné vers le sud, personifie

le centre parfait autour duquel tout évolue régulièrement.

essentiellement uniques de même que le centre d’un cercle est nécessairement unique. C’est pourquoi l’empereur est appelé — KA l'homme Unique et l'étoile polaire — l'Unique du ciel ou K — l’Unique suprême 1).

Le fait que ces deux étoiles ont été choisies comme polaires malgré leur petitesse (5° grandeur), quoique l’une et l’autre ne soient pas très éloignées de la belle étoile x Draconis, est également

très remarquable. Il témoigne d’un souci d’exactitude qui s'explique

© Solstice dete

OEquinoxe d'automne

sduruiud ap exouinb0

A2AIU,P 291}S[0S O

Fig. 27. — Projection des divisions sidérales sur l'équateur du 24° siècle. fort bien depuis que j'ai révélé la symétrie générale des sicou (fig. 27) et montré que cette symétrie diamétrale des étoiles déterminatrices, perfectionnement du zodiaque lunaire primitif, n'a pu être réalisée

que par l'observation concomitante du passage au méridien des étoiles

1) Le fondateur de la dynastie Fix a pris le nom de K Fa (= K — ), Et la dénomination de K —— s’est perpétuée jusqu'aux an comme celui de la plus grande

divinité des cieux (Les origines, (B), p. 273).

on

circompolaires; ce qui nécessite une orientation précise du plan méridien et par conséquent une exacte détermination du pôle 1).

Ce remaniement, par les Chinois, du zodiaque asiatique archaïque porte en lui-même, comme je l'ai montré, la date du 25° siècle environ ©). Il coïncide donc, comme cela était d'avance probable, avec la création des palais célestes chinois, c’est-à-dire avec la répartition des 28 sieou en quatre saisons sidérales qui ont immuablement conservé tout au long de l’histoire chinoise la position des équinoxes et solstices du 25° siècle ?).

Le nom caractéristique des petites étoiles Tien yi et Tai yi, qui furent polaires aux environs du 25° siècle, vient confirmer ces données. Il serait donc fort intéressant de pouvoir les identifier avec certitude; malheureusement, les auteurs qui se sont occupés de cette question ne l'ont pas traitée à fond. Ils n'indiquent pas leur documentation et présentent entre eux des divergences. Nous allons donc reprendre l’enquête depuis le commencement.

Le missionnaire Gaubil, S.J. (1689—1759), qui se donna tant de peine pour renseigner les savants européens sur l'astronomie chinoïse, était un esprit curieux, modeste, d’une grande probité; mais souvent confus et ne s'exprimant pas clairement. Ses manuscrits étaient en outre peu lisibles; et leurs éditeurs les imprimèrent sans prendre le soin d’en faire corriger les épreuves par une personne compétente.

Les renseignements qu’il donne sur les étoiles polaires se trou-

vent dans trois ouvrages différents:

1) Cf. Le zodiaque lunaire asiatique dans les ARCHIVES DES SC. PHYS. ET NAT, (Genève) mars 1919. Tirage à part chez Geuthner à Paris.

2) Cf. le Journal asiatique, juillet 1919: La symétrie du zodiaque lunaire.

3) Cette origine, inscrite dans le système des saisons sidérales chinoises, est en outre confirmée par le texte du Yao-tien qui spécifie la corrélation des sieow cardinaux (fig. 27) avec les équinoxes et solstices de la hante antiquité (cf. Ze système astronomique des Chinois, 1, ARCH. sC. PH. NAT., mai 1919).

1° Dans son Histoire de l'astronomie chinoise depuis le commence-

ment de la monarchie jusqu'en l'an 206 avant J.-C.1), où il dit:

[A]. Il est hors de doute que ces Chinois astronomes observaient l'étoile polaire et qu’ils lui donnaient un nom chinois. Dans le Chou king, chapitre Hong fan, l'empereur est désigné sous le caractère du pôle. Cette idée de l'empereur sous le titre du pôle est clairement marquée par Confucius... Les caractères chinois Tien y et Tay y ont à peu près le même sens et expriment le ciel... Cela supposé, les étoiles Tay y et Tien y, qu'on voit dans les plus anciens catalogues chinois et qui sont dans la queue du Dragon, paraissent avoir été successivement les étoiles polaires suivant ces catalogues et désignent le Souverain.

L'an 2259 l'étoile Tay y fut le plus près du pôle et était l'étoile polaire; et l’an 2667 l'étoile Tien y était la polaire. L'étoile z de la queue du Dragon fut avant ce temps là la polaire, l'an 2551 [lisez 2851], mais son caractère chinois ne désigne pas une étoile polaire. Ainsi c’est entre les ans 2259 et 2780 [date intermédiaire entre 2851 et 2667] qu'il faut fixer le commencement des observations chinoises de l'étoile polaire et sans doute d’autres observations.

L'étoile Tay y se voit à la vue simple. Je ne la vois pas dans les catalogues européens que nous avons ici.

Par ce qu’on vient de dire, on doit conclure qu’en lan 2851, temps où l'étoile + de la queue du Dragon était l'étoile polaire, il n’y avait pas en Chine des astronomes observant les étoiles du pôle; car s’il y en avait eu, on aurait donné un nom convenable à cette étoile comme la polaire 2); le nom qu’elle a

lui a été donné ensuite ?).

Gaubil indique en outre les coordonnées écliptiques des étoiles T'ai yi, T'ien yi et « Dragon. Mais, suivant l'usage de son temps,

il rapporte les longitudes à l’origine du signe dans lequel l’astre se

1) Ne pas la confondre avec le Zraité et Histoire abrégée publiés dans le recueil de Souciet (1729 et 1732). Elle a été écrite vers 1750 et imprimée dans les Zetires édifiantes tome XXVI (1783), puis réimprimée dans l'édition de Lyon, tome XIV (1819). Quant à la Chronologie chinoise, expédiée en France en 1749, elle ne fut tirée de l’oubli qu’en 1814 par Laplace qui la découvrit au bureau des longitudes dans les papiers de Fréret. — Un autre manuserit de Gaubil, écrit en 1734, Recherches sur les constellations et les catalogues chinois des étoiles fixes, se trouve à la bibliothèque de l'Observatoire. (Cf. Biot, Etudes, 1862).

2) Gaubil n’a pas vu le fait, révélé par Schlegel, que si l'étoile ne porte pas un nom polaire, elle porte du moins un nom circompolaire: Gond de droite; de même que l'étoile : (iota) porte le nom de Gond de gauche; ces termes indiquant une proximité immédiate du pivot céleste.

3) Lettres édifiantes, tome XIV (1819). p. 328, de l'édition de Lyon.

trouve. Or les éditeurs, prenant les signes de la Vierge NL et du Lion pour un M et un A, ont écrit: Longitude méridionale (!), Longitude australe (!). Biot a signalé cette méprise dans le Journal

des Savants 1840 (p. 236) et rectifié ainsi le tableau !):

Coordonnées écliptiques en l'an + 1780.

Tay y G — 25°24 20" Q — 145° 24 20”| L — 64° 13/00 Tien y G 0204225 NP "1500425" 1 265 21e æ Draconis | G — 3° 37/ 40” NX — 153° 37 40} L — 66° 21” 40”

20 Dans un ouvrage antérieur, la Chronologie chinoise, Gaubil dit:

[B]. D’après les catalogues chinois des étoiles, il est probable que deux petites étoiles près de l’antépénultième de la queue du Dragon, allant vers la pénultième, ont été autrefois étoiles polaires, au moins une des deux. La plus proche de l’antépénultième s'appelle Tien y (Coelum unum). L'autre s'appelle Tay y (Magnum unum).

30 Dans un mémoire inédit de Gaubil figure une indication citée

par Biot dans son article du Journal des Savants:

[C]. Fréret, dans sa Chronologie chinoise croit que cette étoile (Tien-y) était & du Dragon; mais je pense qu'il a été trompé par une phrase d’un manuscrit de Gaubil dont nous avons la copie à l'Observatoire, et où il est dit que la dénomination d'Unité du ciel s'applique «à l'étoile près de l'antépénultième de la queue du Dragon»; puis, à ce dernier mot, on lit en note: «z in Dracone ». Fréret aura cru que cette note désignait l'étoile Tien y, tandis qu’elle désignait l’antépénultième qui est réellement & ?).

La comparaison des documents A, B, C, établit clairement que

T'ien yi est l'étoile (de 5° grandeur) à du Dragon. Mais l'identifi-

1) À mon tour jai rectifié le tableau de Biot qui porte 1499, au lieu de 145°, pour la longitude de Zay y calculée par Gaubil.

2) Cela ressort, d’ailleurs, avec évidence du texte A qui établit la distinction entre les trois étoiles. L'erreur de Fréret s’est cependant propagée, car Flammarion écrit dans son Astronomie populaire: « Vers l'an 2700 l'étoile z du Dragon devint polaire et fut célèbre sous ce titre en Chine et en Egypte. Les anciens astronomes chinois l’ont inscrite dans leurs annales du temps de l’empereur Æoang-ti». Nous ne possédons malheureusement pas d’annales datant du fabuleux Æouang-ti, et le caractère polaire des anciennes étoiles est

attesté seulement par le nom significatif qu’elles ont conservé dans l’uranographie chinoise,

cation de ‘ay yi est plus difficile. À son sujet, Biot s'exprime ainsi:

J'ai eu moins de secours pour reconnaitre l'étoile appelée Tay y, l'Ancienne unilé[?|, que je n’en avais eu pour Tien y. Gaubil la désigne cependant comme ayant aussi les caractères d’une polaire observée plus anciennement même que Tien y!); et il donne aussi ses coordonnées en longitude et latitude pour 1730... |

= Mais je ne trouve pas d'étoiles du Dragon qui s'accorde avec les coordonnées de Gaubil et celles qui s’en approchent le plus sont deux très petites étoiles de cette constellation désignées par les n° 42 et 184 dans le catalogue de Bode. J'ai donc calculé leurs lieux sur le ciel d’ Yuo. Elles étaient toutes deux très près du pôle; et mème l’une d'elles, Ja 42°, en était plus près que Tien y. Je les ai donc placées toutes deux dans le tableau de comparaison aux places que le calcul leur assigne; mais je n’oserais absolument répondre de leur

identité avec celle que Gaubil a voulu indiquer.

Quoique Biot sût fort bien que les ouvrages de Gaubil fourmillent de fautes d'impression, il n’a pas pensé, dans son incertitude, à corroborer les longitudes avec Les dates indiquées (A) pour la plus grande proximité de ces étoiles au pôle. Cela est cependant très facile car, à propos d’un autre sujet, Gaubil dit qu'il compte 1 degré de précession pour 72 ans?). Comme, d'autre part, Biot constate que la longitude d’x Dragon indiquée par Gaubil est exacte, nous avons tous les éléments nécessaires pour calculer, au moyen des dates, les longitudes de T‘ien yi et de T'ai yi, en retranchant de

la longitude d’x Dragon la précession comptée d’après la formule de Gaubil:

1) Biot, en général clair et précis, commet ici une double inadvertance qui vient compliquer un problème obseurei par tant d’étourderies et de méprises. T'‘ai yi signifie V'Unique suprême — ou l'Unité supréme si l’on veut adopter cette traduction défectueuse — mais en tous cas pas l’Ancienne unité, dénomination née d’un quiproquo dans l'esprit de Biot. Sa méprise se trouve aggravée par le fait que, contrairement aux indications du document A (coordonnées et date de la proximité du pôle), il prétend que Gaubil désigne Tay y comme une polaire plus ancienne que Tien y.

2) «Je vois que. dans nos diverses tables le mouvement des fixes n’est pas le même. Le calcul que j’ai rapporté est dans l'hypothèse de 72 ans pour un degré » (Op. cit. p. 339). Cette expression de mouvement des fixes semble montrer que Gaubil n’admettait pas le mouvement de la terre. On sait d’ailleurs que la Sorbonne, au début du XVIII siècle, considérait encore le système de Copernic comme «une hypothèse commode mais fausse ».

Longitudes Longitudes induites de Gaubil

æ Dragon — 209! 153° 97-40!

184 ans

T'en yi — 2667 15125 15047259 408 ans

T'ai yi 20250 1459251 1452224207

On voit que les longitudes induites par ce calcul approximatif concordent avec celles de Gaubil, sauf sur un point qui révèle une erreur typographique: 150° au lieu de 151°, ce qui explique pourquoi Biot a trouvé un peu inexacte la longitude assignée par Gaubil à : du Dragon.

En résumé les coordonnées et les dates indiquées par Gaubil — rectification faite des fautes d'impression — sont concordantes. Elles identifient avec certitude 7‘ien yi à à du Dragon, mais elles assignent à T'ai yi un lieu du firmament où Biot n’a pas trouvé d'étoile visible. Reste à savoir si Biot a cherché à la longitude 145° ou à la longitude 149° qui figure par erreur à son tableau. Poursuivons donc notre enquête.

D’autres auteurs européens se sont occupés du firmament chinois: notamment Schlegel qui publia son Uranographie chinoise en 1875. A la page 506, après avoir rappelé que le pôle passa autrefois

près de « du Dragon 1), il dit:

1) Sur la fig. 28, æ du Dragon est porté à une distance un peu trop grande du cercle moyen de précession. Cela provient de ce que ce cercle a été tracé sur une carte ordinaire, où les étoiles sont portées d’après leurs coordonnées équatoriales, et n’a, par conséquent, pas pour centre le pôle de l’écliptique; il devrait donc être figuré par une ellipse et non par une circonférence, d'où une déformation qui affecte la proximité et la date. En outre à du Dragon est portée trop loin de x; et la lettre x est attribuée par erreur à la petite étoile voisine de x.

D'autre part l’obliquité de l’écliptique subit des fluctuations, de telle sorte que le trajet du pôle n'est pas exactement circulaire. Suivant mes calculs, le pôle a passé, au

27° siècle, entre & et 2 du Dragon (fig. 29):

SR

[D]. Cette étoile et celles à l’entour doivent donc porter des noms indi-

quant qu’elles étaient polaires. En effet, ceci a lieu et nous trouvons dans cet

Fig. 28. — T'rajectoire moyenne de la révolution du pôle.

Figure empruntée à l’As{ronomie populaire de Flammarion. endroit quatre étoiles dont les noms attestent incontestablement leur qualité

circompolaire.

| Obliquité de | Distance Date ap- Longitude

Etoiles et grandeur | Co-latitnde Pécliptique | polaire proximative | (-L 1855) CRDI One Ce re 3.5 23° 39° | 23° 59° | — 0° 20° | — 2824 | 155° 32 i Dragon (Tien yi).... 4.8 | 249 41° | 23° 8° | + 0°43| — 2668 | 152° 52°

? (Tai yi)..... | [25° 47] | 23° 55° | + 1° 52° | -— 2263 | [147° 14]

Tai gi supposée (A)... 6.4 | 24° 41° | 230 54 | + 0° 47°| — 2171 | 146° 22 IDR TE RONA 3.8 | 28° 15° 23° 48° | + 4°27'| — 1357 | 134° 22 B Petite ourse......... 2. | 17° 1 | 23° 47 | — 6° 46 | — 1097 | 131° 15 æ Petite ourse......... 2, | 23° 54 | 230 96° | + 0° 28’ | + 2105 | 86° 30°

La co-latitude est la distance de l'étoile au pôle de lécliptique; le rayon du cercle de précession est égal à l’obliquité de l’écliptique. En retranchant l’une de l’autre, on obtient donc la proximité minima de l’étoile au pôle de l’équateur. — L'étoile T'‘ai yi v’ayant pu être identifiée avec certitude, j'ai indiqué également sa position d’après les coordonnées de Gaubil.

TieN-v. LA PREMIÈRE DU ter. Cette étoile répond à x du Dragon. Elle est de couleur noire dans la sphère chinoise. [Il ajoute ici en note:] Vide À JOIE

L'ar-v. L'ARCHI-PREMIÈRE. C’est une seule étoile rouge répondant probablement à l'étoile 3067 i, ou à quelqu’autre près de & du Dragon. Déjà Gaubil a soupçonné que ces étoiles ont été polaires: [Schlegel cite ici notre document B]. (hsom OIShagm IShsem I3l2gm (Szom 13h27 <

DL

14Pom Ë | / [ie

Fig. 29. — Trajectoire vraie du pôle dans la haute antiquité chinoise.

Le point P indique le pôle correspondant aux équinoxes et solstices de la fig. 27.

L'astrologie chinoise confirme cette supposition, car elle dit que T'ien-y est le génie du général céleste; qu’elle préside aux révolutions célestes; qu’elle commande aux douze généraux (les douze signes zodiacaux). .

Selon les astrologues chinois T’ai y est un autre nom pour le Souverain des cieux, le plus vénéré de toutes les divinités célestes. En effet l'étoile polaire autour de laquelle le firmament entier paraît tourner, devait être considérée

comme le Souverain des cieux, comme la divinité la plus vénérée. !)

1) Schlegel a vu le rapport entre le Souverain polaire et l'Empereur terrestre, mais il n’a guère compris l'importance de ce concept dans l'antiquité, ni discerné les nombreux textes classiques qui s’y rapportent. S'il avait saisi l’analogie entre le nom de l'étoile polaire (Z Unique du ciel) et le nom du Souverain terrestre (?’/omme Unique) il n'aurait pas

imaginé la traduction défectueuse: Z4 Première, l’Archi-première.

Le fait que ces deux astérismes ont été autrefois polaires est confirmé par

la présence de deux autres astérismes voisins qui portent le nom de Tso-TcHou

75 Fr - LE PIVOT DE GAUCHE (iota du Dragon)... YEOU-TCHOoU pa ff LE PIVOT DE DROITE (alpha du Dragon)...

Cette interprétation de Schlegel nous plonge dans une nouvelle perplexité: car elle intervertit les positions des deux étoiles polaires T'ien yi et T'ai yi, plaçant celle-ci le plus près et celle-là le plus loin d’x du Dragon.

Cette interversion concorde avec la phrase de Biot disant que T'ai yi est la plus ancienne de ces deux étoiles polaires. Mais on peut croire qu'il y a là, de la part de Schlegel comme de la part de Biot, une de ces inadvertances dont fourmille l'incohérente analyse de l’astronomie chinoise 1).

Remarquons d’abord que Schlegel cite, sans faire aucune objection, le passage décisif où Gaubil dit: «La plus proche de l’antepénultième s'appelle Tien y. L'autre s'appelle Tay y». Et s’il avait eu l'intention de renverser cet ordre, il n'aurait pas manqué d’en avertir le lecteur.

Schlegel écrivit son Uranographie à Batavia. Il dit lui-même, dans sa préface, qu’il disposait de peu de documents. En feuilletant son livre on voit que l'identification, en nomerclature européenne, des étoiles chinoises lui est fournie: 1° par le catalogue (incomplet) de Reeves. 2° par les croquis d’astérismes du Tien yuan li ü 76 JF

Les astérismes chinois se composent parfois d’une seule étoile; le croquis, naturellement, fait alors défaut et le texte chinois ne

permet pas de déterminer la position de l'étoile. Or tel est le cas,

1) Dans la discussion du texte du Vao-fien on en trouve bien davantage que dans celle des astérismes polaires. Les auteurs n’ont pas pris connaissance des travaux antérieurs ou n’ont pas la double compétence voulue; il en résulte nn réseau inextricable de méprises, cog-à-l’âne, non-sens et malentendus. J’ai pu dire sans grande exagération, qu'un vent de

folie semble avoir passé sur cette discussion (Z‘ouxg pao 1907, n° 3).

d'après le Tien yuan li li, pour les astérismes 7"ai yi et T'ien wi. Schlegel ne manque jamais d'indiquer l’origine de son identification. Quaut il ne le fait pas, c’est qu’il s’agit d'étoiles notables déterminées par les cartes chinoises. Mais comme, en ce qui concerne les petites étoiles Tai yi et Tien yi il est privé de ce secours; comme, d'autre part, il cite Gaubil sans le contredire, on peut supposer qu’il croit suivre cet auteur en identifiant ces deux petites étoiles à 2 et x du Dragon.

En ce cas il aurait commis une double erreur. 1° IL intervertit leur position en appelant T'‘ai yi la plus rapprochée de x, ce qui est contraire aux indications de Gaubil. 2° Il identifie l'étoile la plus éloignée de x à x du Dragon, grande étoile (3° grandeur) pénultième de la queue du Dragon, contrairement au texte de Gaubil disant:

Deux petites étoiles près de l’antépénultième [z] allant vers la pénultième [x]. d'après lequel non-seulement ces deux petites étoiles ne peuvent être confondues avec x, mais sont situées plus près d’x que de x.

L'étoile x du Dragon ne fut d’ailleurs polaire que beaucoup plus tard, au 12° siècle; et non au 28 siècle comme le dit Gaubil (p. 328) pour la petite étoile en question.

En outre, un peu plus loin (p. 347), Gaubil, traitant de l’époque du duc de Tcheou, note que deux étoiles se trouvaient alors à peu près à la même distance du pôle, une à droite (x Dragon), l’autre à gauche (B Petite ourse), pouvant toutes deux être considérées comme polaires (malgré leur grand éloignement latitudinal). Et il fait observer que c’est {3 Petite ourse et non x Dragon qui fut adoptée comme polaire par les Chinois: car la première porte un nom polaire caractéristique, ce qui n’est pas le cas pour x:

[E]. Il paraît certain que les Chinois, vers l’an 1111, regardaient la Lucida Humeri de la Petite ourse comme la polaire. Cette étoile a le nom de Ti (Souverain, empereur). On dit que c’est le siège de la grande unité,

expressions qui désignent en Chine le pôle ou l'étoile polaire quand il s’agit q 8 g

des étoiles qui sont ou ont été près du pôle). L'an 1113 av. J.-C. cette étoile fut... dans sa plus grande proximité du pôle. L'étéile x [lisez x] de la queue du Dragon pourrait être regardée comme la polañe de ce temps là; mais le nom chinois de l'étoile x ne désigne nullement une étoile polaire; ce qu’on dit de cette étoile ne dénote en aucune façon le pôle ou l'étoile du pôle; c’est ce qui me fait juger que la Lucida humeri de la Petite ourse était l’étoile polaire que Tcheou-hong observe.

Remarques. 19 Entre le temps de Tcheou-kong et celui où on a vu que Tay y était la polaire chinoise, il n’y a aucune autre étoile qui ait un nom chinois convenant à une étoile polaire; on ne dit rien non plus d'aucune autre étoile qui dénote le pôle ou l'étoile polaire. Il paraît donc que l'étoile Tay y fut longtemps la polaire chinoise et qu'après que Tay y cessa d’être polaire, la Lucida humeri fut la polaire chinoise. — 20 Ni dans les fragments ou livres anciens, ni dans les catalogues chinois qui subsistent, on ne voit aucun fondement de croire que l'étoile x de la Queue du dragon ait eu le nom d’étoile polaire ou que les Chinois ont changé le nom de polaire qu'a pu avoir l'étoile x. Peut-être dans ces temps anciens l'étoile x ne se voyait pas bien; ou, étant vue, était regardée comme moins considérable que les étoiles Tay y et Lucida humeri.

1) Gaubil entend par là que la tradition astrologique conserve aux étoiles qui ont été polaires les attributs de leur ancienne fonction, quoique aucun Chinois, depuis un temps

immémorial, n’ait jamais pu soupconner que les étoiles furent autrefois polaires.

Ainsi, par exemple, (Ur. pp. 507 et 524), à propos de Z'ien yi, le © 1 7 dit que cette étoile est le génie du général des cieux K Æ 7% K HS. me Mi. Qu'elle préside aux révolutions célestes Æ ZK X M 4h. Qu'elle commande aux 12 généraux (les dodécatémories) 4? f* — 4%. A propos de Z'ai yi, le HA SU JE ait que Z'ai yi est une appellation de l'Empereur céleste Je Z, K fi HI] 5 1. Cas est d'autant plus remarquable que -Je Z, est l'étoile polaire

du 23° siècle et que K nr est l’étoile polaire du 12° siècle. Le même ouvrage dit en-

core que 7'‘ai yi est la plus vénérée des divinités célestes K mi e HX F4 = K.

(Voir aussi M. H. III, p. 473). Inversement, à propos de T'‘ien ti sing, l'étoile polaire du 12° siècle, il est dit qu’elle est la résidence de Tai yi ÉII NN es Fa PE. De même, à propos de l'étoile x Petite ourse 5e #& Æ : qui était déjà polaire depuis

la fin des Tcheou, Sseu-ma Ts‘ien dit qu'elle est la résidence constante de 7'‘ai yi

LA. rh pi A On voit par là que les expressions JE F4 * ÿ,S ré N K fr N

kK un sont des appellations interchangeables caractérisant l'étoile polaire.

Le fait que ces dénominations ont été maintenues aux étoiles qui, insensiblement, se sont éloignées du pôle après avoir été polaires, est la plus étonnante manifestation du traditionalisme chinois.

Cette hypothèse est plausible, car, au cours de l’histoire, on a constaté le changement d'éclat d'assez nombreuses étoiles !). Quoi qu'il en soit, Schlegel a sûrement fait erreur en assimilant à x Dragon une des deux petites étoiles qui furent polaires aux environs du 25° siècle. Ajoutons que Schlegel ne s’intéressait que médiocrement à cette question. Son idée fixe, celle qui lui a inspiré son livre, est, en effet, que l'astronomie chinoise n’a pas été créée aux environs du 25° siècle, mais bien 13000 ans avant Vao, (intervalle d’une demi-révolution du pôle) quand les levers et couchers d'étoiles étaient intervertis ?). C’est pour cette raison qu'il ne mentionne jamais la division chinoise du ciel en cinq palais, qui est cependant le système fondamental de l’astronomie chinoise. La date originelle de ce système est inscrite dans les équinoxes et solstices qui marquent le centre des quatre palais équatoriaux; elle est inscrite en outre dans le centre du palais central, c’est-à-dire au pôle. Or le pôle qui correspond aux astérismes cardinaux des saisons, c'est le point P de notre figure 29. Schlegel ne voulait voir là qu’une coïncidence et évitait d'y insister.

* L'erreur de Schlegel assimilant T'en yi à x Dragon s’est réper-

cutée dans la traduction du Che ki par Ed. Chavaunes.

1) En comparant les catalogues à partir d’Hipparque, Flammarion a confirmé 60 changements d’éclat parmi les 2000 étoiles classées. Deux des étoiles polaires mentionnées ci-dessus ont changé d’éclat au cours de l’ère chrétienne: æ du Dragon, de 3° grandeur +, était de 2° grandeur au XVI siècle; & de la Petite ourse était autrefois inférieure à B, tandis qu’elle lui est actuellement égale et même plutôt supérieure (As/r. populaire, p.113).

2) Le fait principal qui lança Schlegel dans cette voie paradoxale est que les Chinois nomment Palais du printemps le quartier du ciel où le soleil séjourne en automne et réciproquement. Cette interversion provient simplement de ce que les sieou dérivent d’un ancien zodiaque lunaire servant à localiser le plein de la lune qui a lieu, comme on sait, à l’opposé du soleil. Cette coutume s’est maintenue dans les palais équinoxiaux après que l’avènement de lastronomie solaire l’eût fait supprimer dans les palais solsticiaux. Le souvenir traditionnel de ce partage des saisons entre la lune et le soleil se manifeste dans le Tcheou li, où il est dit: Aux solstices d’hiver et d’été, le soleil; aux équinoxes du printemps et d'automne, la lune; servent à règler les quatre saisons. (Cf. Les origines (D) T''oung pao 1910, p. 460 et Le système astr. des chinois, op. cit.).

Sseu-ma Ts‘ien, dans sa description du Palais central, dit:

En ligne droite de la cavité du Boisseau sont trois étoiles qui forment un cône tourné vers le nord; tantôt elles sont visibles, tantôt non. On les appelle T'ien yi (M. H. IL, p. 340).

Chavannes, d'après l'indication de Schlegel (voir la note, p. 339) dit que T'‘ien yi est actuellement x Dragon et émet l’hypothèse que les deux étoiles formant avec elle un cône sont z et à de la Grande ourse, c’est-à-dire les deux grandes étoiles marquant l'ouverture de la cavité du Boisseau. Cela est inadmissible. Dans la nomenclature chinoise une même étoile ne fait pas partie à la fois de deux astérismes et les étoiles attribuées à Tien yi ne sont évidemment pas celles du Boisseau. Le texte, en disant que «tantôt elles sont visibles, tantôt non», montre qu’il s’agit de petites étoiles. D'autre part nous avons vu que l'identification de Tien yi avec x Dragon ne repose sur aucun argument et n’est qu’une méprise de Schlegel. T'‘ien yi n’est autre que à du Dragon (5° grandeur) et les deux étoiles qui lui sont associées !) sont deux petites étoiles de la même région, de 5° ou 6° grandeur sans doute, qu’on ne peut identifier avec certitude.

Un autre auteur a traité incidemment des étoiles polaires chinoises: S. M. Russell, professeur d’astronomie au 7'oung wen kouan à Pékin. Par sa compétence et sa situation, cet auteur était bien placé pour traiter le sujet à fond; malheureusement il lui a consacré seulement quelques lignes dans un mémoire destiné principale-

ment à la discussion des éclipses ?). Il se borne à dire que, d’après

1) De même que, par exemple, Six, qui représente essentiellement Antarès, comprend — en tant qu'astérisme — deux petites étoiles avoisinantes.

2) Discussion of astronomical records in ancient Chinese books dans le Journal of the Peking Oriental Society, vol. II, n° 3. C’est dans ce même article que M. Russell a donné, sur le texte du Fao-tien, cette singulière interprétation que j'ai réfutée dans le

L'oung pao, 1907, pp. 326 sqq.: interprétation qui restera comme un exemple mémorable.

leur nom, on voit que les étoiles € — Tien yi et ïp Ti ont été considérées comme polaires par les anciens Chinois, la première au temps de Yao, la seconde au début de la dynastie des Tcheou. Il assimile T‘ien yi à 10 Draconis et 71 à B Uraae minoris ce qui confirme les indications de Gaubil. L'étoile 10 Draconis (dans la nomenclature de Flamsteed) n’est autre, en effet, que à Draconis de la nomenclature de Bayer. Quant à l'identification de l’étoile Ti à B de la Petite ourse, elle n’est contestée par personne. Russell, malheureusement, ne s’est pas occupé de T'ai yi. *

Tel est l’état de le, question d’après les auteurs européens. Les divergences portent sur les deux petites étoiles polaires Tien yi et T'ai yi de la haute antiquité. Gaubil, Schlegel et Russell s’accordent à identifier l'une d’elles à 10 Dragon ©, mais Schlegel l’appelle T'ai yi, tandis que Gaubil et Biot l’appellent Tien yi. Quant à l'autre, Gaubil la désigne comme une très petite étoile située à 8 degrés de longitude en deçà de x Dragon, tandis que Schlegel l’assimile à x Dragon.

Pour trancher le différend il faut recourir aux documents originaux, c’est-à-dire aux cartes célestes chinoises !). Je n’en ai qu’une à ma disposition, celle qui est reproduite dans le mémoire de Chavannes intitulé Znstruction d'un futur empereur de Chine et dont j'ai fait agrandir le Palais central (fig. 30).

On remarque, sur cette carte de la calotte circompolaire, à droite

et à gauche du pôle, deux lignes brisées qui sont la Haiïe orientale

des méprises auxquelles un astronome professionnel s'expose s’il s’aventure à traiter de l'astronomie primitive sans avoir au préalable réfléchi à cette question et conçu la distinction entre les procédés sidéraux et les procédés tropiques (cf. Prolégomènes d'astronomie primitive dans les ARCHIVES DES SC. PH. ET NAT., juin 1907).

1) Dans son article de 1840 (p. 237) Biot dit: «J'ai essayé de retrouver Tay-y par les indications des catalogues chinois du Pou-tien-ko et de l’encyclopédie japonaise, comme je l'ai fait aussi pour Tien y; mais les indications de ces catalogues sont trop vagues ou trop inexactes pour les définir avec sûreté».

K BA et la Haie occidentale DE BE des dignitaires de la Cour qui entourent le souverain céleste. Ces deux haies forment l’enceinte ze fx HA (dont le nom est inscrit dans un cartouche à fond blanc). L'une commence au Pivot de gauche Æ ff (iota Dragon), l’autre

au Pivot de droite À F5 (alpha Dragon). Cette dernière étoile est,

Fig. 30. — Le palais central, d’après une carte chinoise du XIII° siècle.

comme nous l'avons vu, celle dont Gaubil se sert pour indiquer la position de T''ien yi et de Tai yi:

Deux petites étoiles près de l’antépénultième [+] de la queue du Dragon,

allant vers la pénultième [x]; la plus proche de l’antépénultième s'appelle

T'ien yi, l'autre s'appelle T'ai yi.

La carte chinoise vérifie exactement ces indications. On y voit T'ien yi K — et T'ai yi 5È — placées le long de la haïe occidentale entre À ff (x Dragon) et AF E (x Dragon). Il est done évident: 1° que Schlegel s'est trompé en intervertissant l’ordre de ces deux anciennes étoiles polaires; 2° qu'il s’est trompé en assimi-

lant l’une d'elles (7"“ien yi) à x Dragon.

Argelander | —

ôle.de l'écli

À PA : : 7 ; x

Fig. 31. — L'étoile polaire de la Girafe,

Remarquons maintenant que x Dragon fait partie de la haie des dignitaires et porte sur la fig. 80 le nom de 4h Es. Schlegel ayant baptisé cette étoile À —, où douce a-t-il placé «Le petit commandant»? Il l’identifie à + 2348 de la Grande ourse (Ur. p. 509)

située à mi-distance entre s Grande ourse et x Dragon, ce qui

occasionne sur son atlas un brusque crochet dans la haie des dignitaires, crochet n’existant nullement dans la carte chinoise (fig. 30) où la haie file en ligne droite dans l'alignement x, x, À (#: fl : Ap Esf ù à D iii lequel est, en effet, sensiblement rectiligne (fig. 28) 1).

En définitive la question des étoiles polaires de la haute antiauité est ainsi tranchée conformément aux indications de Gaubil: T'ien yi n’est autre que 10 Dragon à et Tai yi est une petite étoile située dans le voisinage du cercle de précession à environ 6 degrés de longitude en deçà. Mais quelle est, au juste, dans notre nomenclature le nom de cette petite étoile?

Si l’on porte sur la carte (fig. 29) la position indiquée par Gaubil (après avoir transformé les coordonnées écliptiques en coordonnées équatoriales) on constate, comme l’a fait Biot, qu'il n'existe pas d'étoile visible à cet endroit. Il faut donc, ou bien que Gaubil ait fait une erreur d'observation ou de calcul, ou bien que les coordonnées aient été altérées par des fautes d'impression. Cette dernière hypothèse n'est admissible que pour la latitude, car, comme nous l'avons vu, la longitude est corroborée par la date (2259) assignée à la plus grande proximité du pôle. Quoi qu'il en soit de la cause de cette regrettable inexactitude, il est probable que l'étoile en question est la petite étoile de 6° grandeur 42 (Bode), qui est l'étoile (visible à l'œil nu) la plus voisine de la position indiquée par Gaubil. Biot, comme nous l'avons vu p. 91, a déjà constaté

que les deux étoiles les plus voisines sont celles qui portent les

1) Schlegel intitule sa planisphère: « Atlas céleste d’après le Zien-youen-li-li». N'ayant pas cet ouvrage à ma disposition, je ne puis vérifier s’il comporte une figure de la Haie occidentale indiquant ce crochet. J’en doute fort; mais quand même il en serait ainsi, l'autorité du Z‘ier yuan Li li ne pourrait prévaloir contre celle de la carte céleste, antérieure de plusieurs siècles, dressée ofliciellement ad usum delphini.

Ces méprises de Schlegel semblent provenir de ce qu’il a cru s'appuyer sur autorité

de Gaubil, dont il cite le texte sans le contredire et sans l'avoir lu attentivement,

n% 49 et 184 du catalogue de Bode!). Mais il n’a pas remarqué la confirmation apportée aux longitudes de Gaubil par l'indication des dates de proximité. Ces dates (2851, 2667, 2259} calculées par Gaubil à raison d’un degré de précession pour 72 ans, correspondent aux dates 2830, 2631, 2228, calculées avec le coefficient plus exact d'un degré pour 71,57 ans. On peut donc dire, indépendamment des fautes d'impression ou de calcul, que Gaubil a désigné comme étant Tai yi l'étoile, visible à l'œil nu, située à proximité du pôle du 23° siècle. La figure 29 montre que cette étoile ne peut être que l'étoile À si Gaubil n’a pas commis une faute de calcul, ou l'étoile triple C, placée à droite de l'alignement «—x, comme le T'ai yi de la carte chinoise, considération donnant à penser qu'il s’est trompé ?).

Gaubil a pu se faire montrer cette petite étoile parce qu’à son époque la tradition uranographique existait encore en Chine. Mais il est peu probable qu’il y aït de nos jours un lettré capable de désigner T“ai yi dans le firmament. La réforme opérée officiellement par les Jésuites a eu pour effet de tuer l’ancienne astronomie. Comme elle a coïncidé avec le début de la dynastie Ts‘ing et qu’elle était appuyée, pour des raisons politiques, par le jeune empereur K'ang hi%), elle a été considérée, non pas comme une importation d'idées occidentales, mais comme une de ces transformations rituélles instituées à l’occasion d’un changement de dynastie et qui tendent

1) Ces deux étoiles correspondent aux n° 2029 et 2034 de Christiania, La première, marquée À sur Ja fig. 29, est de grandeur 6.4; la seconde, qu’on voit un peu au dessous, est de grandeur 7,7.

2) On peut remarquer, en outre, que la latitude de l’étoile 42 est précisément d’un degré plus faible que la latitude indiquée par Gaubil, ce qui pourrait s’expliquer par une faute d'impression: 66° au lieu de 65°, —

Je rappelle au lecteur pea familiarisé avec les notions astronomiques que la longitude et la latitude sont des coordonnées écliptiques; la première est donc concentrique au cercle de précession et la seconde lui est perpendiculaire (fig. 28 et 29).

3) Les origines B, T'‘oung pao 1909.

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