SOMMAIRE
Sih-Gung Cheng; — Bouinais, The Tsokiang; or Water Transport Conditions between Tonkin, Lungchow, and Nanning, par Henri Cordier. — Louis Finot, La Marche à la Lumière (Bodhiëaryävalära), par P. Pelliot. — L. Wieger, La Chine à travers les Ages hommes et choses — Précis — Index biographique — Index bibliographique, par Henri Cordier nee RER CERN COCO CRE Franz Babinger. Gottlieb Siegfried Bayer (1694-1738), ein Beitrag zur Geschichte der morgenländischen Studien im 18. Jahrhundert; — Casimir Schnyder, Eduard Huber, ein schweizerischer Sprachengelehrter, Sinolog und Indochinaforscher, par Paul Pelliot. — English-Chinese Dictionary of the Standard Chinese Spoken Language and Handbook for Translators, including Scientific, Technical, Modern, and Documentary Terms. By K. Hemeling ; — The History of Shanghai by G. Lanning—$S. Couling, par Henri Cordier
Livres nouveaux 200 RENE ALORS ER MO ART ET:
Publications périodiques .
L’étymologie du nom des monts K’ouen louen, par L. de Saussure .
Notes and Queries.
Chronique.
France, Angleterre, Chine." CM 2 ER 00.072) ASPIRE
Index alphabétique
Pages
LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI,
PAR
PAUL PELLIOT.
On s’est occupé à maintes reprises des peintres occidentaux qui travaillèrent pour les empereurs K'anG-Hr et K'IEN-LoNG. Les noms d'ArriReT, de CASTIGLIONE, ceux mêmes de SICHELBART, de Jean DamascèNe, de Panzr, voire de BELLEVILLE et de GHERARDINI, sont aujourd’hui bien connus des orientalistes. Mais il n’en va pas de même pour les premiers temps où l’art occidental pénétra en Chine,
aux alentours de l'an 1600, avec le fondateur même des missions
de Chine, Mathieu Riccr !).
1) Je rappelle que Ricci est arrivé à Macao en août 1582 (le 7 suivant le P. Tacchi- Venturi, Opere storiche del P. Matteo Ricci, I, zxiv; II, 416; mais à II, 371, le même auteur indique le 8 août, sans observation). J’insiste sur le millésime, parce qu’il y a parfois à ce sujet des malentendus. La nouvelle édition du Cathay de Yule (t. IV, p. 178) dit que Ricci «reached Goa in 1578, but speedily left it for Macao» (avec une erreur, qui est de faire aller en 1595 Ricci à Pékin, d’où il se serait retiré à Nankin, au lieu que cette année-là il alla à Nankin, d’où il se retira à Nan-tch‘ang). M. CoRDIER, aussi bien dans L’imprimerie sino-européenne en Chine (p. 39) que dans sa Bibliotheca Sinica* (col. 1090) et dans L'arrivée des Portugais en Chine (T‘oung Pao, 1911, p. 540, où une faute d'impression fait mourir Ricei le 14 mai 1610 au lieu du 11 mai), fait arriver Ricci en Chine en 1583; c’est vrai en ce sens que Ricci ne passa de Macao au Kouang-tong qu’en 1583, mais pour d’autres missionnaires c’est la date de leur débarquement à Macao qui est comptée pour celle de leur arrivée en Chine; il n’y a pas de raison d’avoir deux systèmes. D’autre part, tous les textes chinois que je connais, y compris même la Vie chinoise de Ricci par le P. ALeni, font arriver Ricci en 1581; c’est entre autres le cas
Dans un article extrêmement curieux intitulé Christian art in China?), paru en 1910, M. B. Lawrer a comblé en partie cette lacune de nos connaissances. Grâce à lui, nous avons aujourd’hui des reproductions de six peintures religieuses d'inspiration occidentale portant la signature du célèbre peintre Tone K'‘1-ron‘anc, d’un album figurant des scènes de la vie européenne, et surtout de quatre gravures religieuses européennes prises au début de 1606 par K #1] Tcn‘exG Ta-vo ?) comme sujets d'illustration pour des pla-
ques d’encre de Chine ÿ).
dans le Si fang ta wen d’Aleni, dans la liste des missionnaires jointe au BE L:4 fr Fe Cheng kiao sin tcheng et même dans le Ming che (ch. 326, f° 8 r°; la traduction de BRETSCHNEIDER, Mediaeval Researches, IN, 325, selon laquelle cette date serait celle de l’'embarquement de Ricei et non de son débarquement, est inexacte). Pour incompréhensible que soit l'erreur d’Aleni, il n’y a pas à douter de la date d’août 1582, garantie par de nombreux documents contemporains.
1) 19 pages et XX planches; tirage à part des Mitteil. des Seminars für Oriental. Sprachen, 13° année; cf. aussi, du même auteur, À Chinese Madonna, 8 pp. + 1 pl, réimprimé de The Open Court de janvier 1912.
2) Wyuie (Motes on Chinese literature, p. 117) et M. Laufer (Cristian Art, p. T)
appellent F5 Fat 5 ToH‘ENG KiUN-FANG l’auteur de ce recueil, intitulé F =
2 V0) Tck'eng che mo yuan. Telle est en effet la forme du nom dans le Ssex k'ou ts‘iuan chou (ch. 116, f° 13), dont les Mofes de Wylie ne sont guère que des extraits; j'ai d’ailleurs rencontré aussi Teh‘eng Kian-fang dans le chapitre bibliographique du Ex IEZ x Chü hien tche. Mais l’auteur même signe f DAN Teh‘eng Ta-yo, et dans panne il dit lui-même qu’il s’appelle Tch‘eng Ta-yo, tseu %}} Li Yeou-po, Zao Î& HET T'iao-ye, et qu'il a pour «autre 1seu» CH] 2) Kiun-fang; nous l’appellerons donc Tch'‘eng Ta-yo. 11 était originaire de la sous-préfecture de Chô au Ngan-houei, et c'était là aussi le pays d’origine de H ar 6 Fang Yu-lou, auteur d’un recueil = intitulé D;1 29 2H ie Fang che mo p'ou tout à fait similaire à celui de Tch'‘eng Ta-yo. Un grand nombre de figures sont communes aux deux recueils, entre autres une plaque portant une courte inscription en des caractères étrangers qui semblent appartenir à une des écritures indigènes de l’Indochine septentriouale ou du Yunnan; dans une autre plaque représentant une offrande de tribut, où l'inscription chinoise est identique dans les deux recueils, Fang Yu-lou est seul à mettre sur le revers de la plaque une courte inscription ju*er que Bushell a déchiffrée. Les deux recueils ont un certain nombre de plaques portant des inscriptions bouddhiques en #rahm1, et Fang Yu-lou reproduit même un feuillet de pofhi avec un texte en brahmi très altéré. Wylie, qui donne 1588 pour la date de publication du ang che mo p'ou, a admis, sur la foi du Sseu k'ou ts‘iuan chou, que Fang
Yu-lou l'aurait publié pour supplanter le Teh'eng che mo yuan. Mais les préfaces et post-
EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. o
Par la traduction latine des Commentaires de Ricci publiée au
1615 par TriGaurr sous le titre de De christiana expeditione apud
faces du Zang che mo p'ou vont de 1583 à 1589; c’est tout à fait exceptionnellement qu’une d’entre elles, ajoutée sans doute après coup, est de 1596. Au contraire les préfaces et postfaces du Zck‘eng che mo yuan vont de 1594 à 1605; les morceaux de Ricci, ajoutés après coup, sont du 9 janvier 1606. Il semble done bien que le Fang che mo p'ou ait existé avant le Tck'eng che mo yuan. Le Teh'eng che mo yuun est depuis longtemps à la Bibliothèque Nationale (Courant, Catalogue, n°* 1134—1137). Le Fang che mo p'ou ne s’y trouve au contraire que depuis que j'y ai remis un bon exemplaire qui m'avait été cédé par ME Jarlin (coll. Pelliot, IT, 49); il est en 6 ch.; la collection littéraire de Fang Yu-lou est l’objet d’une notice au Sseu k‘ou ts‘iuan chou. Abel-Rémusat (De l’étude des langues étrangères chez les Chinois, p. 20) parle d’un recueil illustré d’antiquités «en 30 volumes grand-format» intitulé « Fang-che me ping»; malgré l’inexactitude de la description, du nombre de chapitres et du titre, il semblerait qu’il s’agit du Fazg che mo p'ou. Le Tek‘eng che mo yuan est en 12 ch. Les gravures et les textes reproduits par M. Laufer doivent se trouver au ch. 6 F, ff. 35 et suiv. Mais la table de ce ch. 6 P, intitulée «table du ch. 12», s'arrête au f° 29. Les #. 30—31 sont une addition de 1604; les ff. 32—34 ont été ajoutés au printemps de 1605. Les ff. 35 et suivants, qui sont consacrés aux pièces de Ricci, sont une addition de janvier 1606. On voit que l’ouvrage a eu des états successifs, et il semble que les tables des chapitres aient été gravées dès 1603, et pour une division de l'ouvrage en 12 ch., au lieu de celle en 6 ch. doubles que comporte en fait notre exemplaire. Enfin, notre exemplaire ne comprend que deux des quatre gravures reproduites par M. Laufer et aucun des textes en transcription: le {° 35 r° représente Saint Pierre marchant sur les eaux, et le f° 35 v° l'embrasement de Sodome (A. Rémusat les a déjà signalées; cf. Mélanges Asiat., I, 47). Au premier abord, on pourrait bien supposer que les autres feuillets, qui sont les derniers de l’ouvrage, manquent à l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale. Mais, comme l’a fait remarquer le P. BruckEer (Æfudes publiées par les Pères de la Compagnie de Jésus, t. 131 [1912], p. 223), les deux planches que donne encore le f° 35 de notre exemplaire ne comportent pas les titres en romanisation qui se trouvent dans l’exemplaire utilisé par M. Laufer. Il semble donc qu'on ait à un moment donné supprimé de l’ouvrage deux des gravures et tous les feuillets de texte romanisé, en même temps qu’on faisait sauter les titres romanisés en haut des deux gravures restantes; toutefois, les signatures européennes ont été conservées au bas de ces deux gravures (dans ces signatures, il n’y a pas lieu de maintenir le ercutit de M. Laufer; le texte a correctement excudit). Il est possible que ces suppressions, dont on ne voit pas toutefois pourquoi elles ne se sont pas étendues au f° 35, aient été opérées lors de la proscription de 1616. En ce cas, et bien que l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale soit encore d'un tirage excellent, celui de M. Laufer devrait être encore meilleur, et tout à fait tchou-yin («de premier tirage»). Je rappelle qu’un exemplaire moyen du Zck'eng che mo yuan vaut actuellement à Pékin de 80 à 100 $, soit, au cours actuel, environ 1000 francs. Je crois trouver ailleurs trace d’exemplaires où, comme dans celui de la Bibliothèque Nationale, il ne subsistait plus que Saint Pierre marchant sur les eaux et l’embrasement de Sodome. Une lettre du Père Fr. Bour@Erois, écrite de Pékin le 31 juillet 1778 et pu-
Sinas, on savait en gros que Ricci avait fait grand usage, pour sa
propagande, de gravures et de peintures européennes ou de style
bliée récemment par M. Cordier (7”’oung Pao, 1917, p. 379), contient le passage suivant: «Sous le dernier empereur des Ming tchao, les missionnaires Jésuites eurent le courage de faire peindre l’embrasement de Sodome et de Gomorre, et de le présenter avec une explication à cet Empereur, qui étoit souverainement débauché. Leur intention étoit de le frapper. Il trouva la peinture belle dans son genre. Il la fit graver dans un recueil, des Monuments de son temps, et voilà tout ce qu’il en fut. 11 y fit aussi graver l’Image du Sauveur portant la croix à la main». Le dernier empereur des Ming devrait être.Tch’ongtcheng (1628—1644); mais on n’a aucune trace d’un recueil publié sous son règne et où de tels documents pourraient figurer. Si on se rappelle que Tch’eng Ta-yo présenta son recueil à l'Empereur, que l’embrasement de Sodome y figure, et que d’autre part, dans la gravure de Saint Pierre marchant sur les eaux, le Christ est debout sur le rivage et porte sa croix, il apparaîtra bien probable que le P. Bourgeois a connu, directement ou par ouï-dire, un exemplaire du 7'ck’eng che mo yuan où, comme dans celui de la Bibliothèque Nationale, il ne subsistait plus que deux gravures, et d’où toute mention de Ricci avait disparu. En près de deux siècles, le souvenir des rapports de Ricci et de Tch’eng Ta-yo avait eu le temps de s’effacer, et une légende s’était créée pour rendre compte de la présence inattendue, dans ce recueil de monuments chinois, de deux gravures bibliques.
3) Les gravures reproduites par M. Laufer, imitées de gravures sur cuivre et où on croirait encore reconnaître les hachures au burin des originaux, posent, au point de vue de l’histoire de la gravure en Chine, un problème technique curieux ; il faudra le reprendre en étudiant aussi les reproductions chinoises des gravures de l'ouvrage illustré du P. Jérôme Nadal, qui ont un aspect assez différent (ef. Corbier, L’imprimerie sino-européenne, n° 3; Courant, Catalogue, n° 6750—6756). Il me paraît en tout cas que les planches du Tekeng che mo yuan sont ici reproduites directement d’après les gravures, et non d’après les plaques d’encre de Chine que Tch’eng Ta-yo a sans doute illustrées en copiant ces gravures. Les textes chrétiens en caractères chinois et en romanisation joints aux gravures
par Ricei le 9 janvier 1606 et qui sont également reproduits dans l’ouvrage de Tch’eng
U Ta-yo, offrent des anomalies inexplicables. Les formes PE et A peuvent n’être considérées que comme de mauvaises graphies de ES yin et VE> yin, et peut-être (quoique jen doute) y a-t-il eu une lecture siuan de fe tchouan, mais on comprend mal com-