UNE MISSION CHINOISE À VENISE AU XVI SIÈCLE
PAR
GIRARD DE RIALLE.
Peking, la capitale du Nord, n'était plus au pouvoir d’une dynastie chinoise vers le milieu du XVIÏe siècle. Le seizième empereur Ming s'était suicidé pour ne pas tomber entre les mains de [i, le rebelle victorieux. Mais les Mandchous qui, depuis les premières années du siècle, avaient franchi les frontières septentrionales de la Chine, profitaient des circonstances pour reconstituer, au profit de leurs princes, un empire plus grand que celui des Kin, dynastie mandchoue qui, au XIIe siècle, n'avait régné que sur les provinces situées au nord des rivières Han et Hoaï, tandis que celles du Sud, sous le nom de Manzi, demeuraient l'apanage de la dynastie chinoise des Soung, Plus ambitieux que leurs ancêtres, les conquérants Mandchous on Thsing n’entendaient partager l’Empire du Milieu avec personne. Un membre de la famille des Ming, le prince de Fou, eut à peine le temps de s'établir à Nanking et de s’y déclarer empereur, qu'il fut défait et mis en fuite par les Tatars.
Toutefois, les provinces méridionales opposèrent une énergique résistance aux envahisseurs. Le Tché-Kiang et le Fo-Kien luttèrent longuement contre eux. Dans le Kouang-si s'étaient réfugiés les débris de la famille du dernier empereur Ming, sa femme, assure-
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t'on, et un de ses neveux Yong-Ming, prince de Koueï, avec sa mère, son épouse et ses enfants; le vice-roi de la province, Tchéou, et Tchin, chef de la milice, s’empressaient de reconnaître pour souverain le prince de Koueï, qui en prenant le titre impérial, se donna le nom de Yong-lié.
L'intronisation du nouvel empereur Ming de la Chine du sud parait avoir eu lieu en 1647. La résidence impériale fut d'abord fixée à Koueï-lin-fou, chef-lieu d'un département actuel du Kouang-si, situé au Nord-est de la province !) et qui semble avoir été l'apanage du prince Ming, avant qu'il prît le titre d’empereur. Plus tard, la capitale de Yong-lié fut transférée à Chao-king, dans le Kouangtong, sur le Si-Kiang, un peu au-dessus de Canton, qui avait reconnu l’empereur Ming, vers 1648, alors que son domaine s'étendait dans les deux Kouang, dans le Fo-kien et le Kiang-si *); puis, quand ces provinces furent reprises par les Mandchous, Yong-lié régna aussi sur le Koueï-tchéou et sur le Yun-nan, où il trouva de solides et fidèles partisans *).
Il n’en eut cependant point de plus énergiques que Tehéou et Tchin, les deux hauts fonctionnaires qui l’avaient appelé au trône. Or, tous deux étaient chrétiens et portaient l’un le prénom de Thomas et le second celui de Luce “); le christianisme fut done en grande faveur dans les cours de Koueï-lin et de Chao-king.
Les circonstances se prétaient d'ailleurs aux progrès d’une religion nouvelle; les âmes, épouvantées par les désastres de l'empire chinois, étaient mieux préparées à accueillir des doctrines qui leur offraient des consolations et des espérances; enfin, les missionnaires qui les enseignaient, étaient des hommes d'une haute valeur intellectuelle
1) Biot. Dict. géog. de la Chaine, p. 91.
2) Martini. Mist. de la Guerre des Tartares dans la Chine. 1 vol. in 12. Paris. Henault 1654. pp. 115 et suiv.
3) Boulger. Hist. of China. T. II. p. 302.
4) Martini. op. cit. p. 114.
v Lt
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et d'un tact parfait, ils ne heurtaient ni les moeurs ni les institutions nationales, mais au contraire, sans porter atteinte à l’intégrité de leur foi, ils en adaptaient l'exposition et les pratiques aux usages et aux habitudes d'esprit d’un peuple façonné par une civilisation sui generis eb bien des fois séculaire. Ce ne fut pas la faute des Pères de la Société de Jésus si le christianisme n’eut pas une expansion plus considérable en Chine.
Il y avait alors dans le Kouang-si deux missionnaires, le Père André Koffler :) «du païs d'Austriche», comme disent les relations du temps, et plus ordinairement désigné sous le nom de Père André Xavier, et le Père Michel Boym *), Polonais.
Le dernier, envoyé en Chine en 1648, a fait le récit des événements auxquels il fut mêlé vers la fin de la première moitié du XVIIe siècle et surtout du succès du christianisme à la cour du dernier des Miug *). Il n’y a pas lieu d'entrer ici dans des détails bien circonstanciés sur l'oeuvre des Pères Koffler et Boym; il suffira de dire qu'au vice-roi Tchéou et aux généraux chrétiens vinrent s'unir bientôt dans la même foi, non seulement le plus haut fonctionnaire de la cour de Vong-lié, l’eunuque Pang, grand chancelier de l'empire, baptisé sous le nom d'Achille, mais encore l’impératrice veuve de Hoaï-tsong, la mère de Yong-lié, sa femme et son fils. Tous turent baptisés par le Père Koffler; la vieille impératrice reçut le nom d'Hélène, la mère de l’empereur celui de Marie, l'impératrice régnante celui d'Anne, et le jeune prince fut appelé Constantin prononcé Tan-tym en Chinois. À ces noms d'Hélène et de
Constantin, on soupçonne aisément quel espoir d’un éclatant
1) André Xavier Koffler, Kiu Nyan-té, + 12 déc. 1660, dans le Kouang-si.
2) Michel Boym, polonais, Pou Mi-ko; né en 1612; + 1659 ou 1660 dans le Kouang-si.
3) Briefve relation de la conversion notable des personnes royales et de l’estat de la Religion Chrestienne en la Chine, par le P. Michaël Boym. Une plaquette in 8° Paris. Sébastien et Gabriel Cramoisy. 1654.
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triomphe pour l'Eglise nourrissaient dans leur cœur les deux missionnaires. Toutefois, soit qu'il ne fût pas convaincu, soit qu'il hésitât à rompre ainsi publiquement avec les antiques traditions nationales, Yong-lié ne reçut pas le baptème. D'ailleurs le Père Koffler, avec une remarquable prudence, exigeait que le souverain de la Chine méridionale demeuràt longtemps parmi les catéchumènes et s’instruisit à fond des doctrines chrétiennes, avant de faire hautement sa profession de foi.
Les deux religieux avaient d’ailleurs un rang officiel, ils étaient «Assistants à la Chambre Impériale», et en cette qualité, aussi bien qu’en celle d’Européen, l’un d’eux fut naturellement choisi lorsqu'il s’agit d'envoyer une sorte d’ambassade au Souverain-Pontife et à quelques puissances chrétiennes. Ce fut le père Michel Boym qui fut choisi pour cette mission; il fut chargé pour le Pape d’une lettre de la vieille impératrice Hélène et d’une autre du grand Chancelier Pang, datées de la 4° année de Yong-lié, Ken-yn, X° lune, 8° et 11° jours, c'est-à-dire des 1% et 4 Novembre 1650 !). Il en reçut encore une de Pang pour le Gouvernement de la Sérénissime République de Venise, et probablement encore pour quelques autres princes catholiques, ainsi qu'on peut le soupçonner d’après une phrase assez peu claire de la préface-dédicace à Anne d'Autriche qui se trouve en tête de la Briefve relation publiée par Cramoisy.
Le père Boym quitta la Chine en décembre 1650, se rendit par mer à Goa et de là, préférant les fatigues d’un long voyage par terre à la non moins longue et alors périlleuse traversée qu'il fallait entreprendre en doublant le Cap de Bonne-Espérance, il se .rendit dans les états du Grand-Mogol, passa dans ceux du Sophi de Perse et traversant l'Arménie et l’Asie-Mineure, arriva enfin à Smyrne en Septembre 1652. Le 29 de ce mois, dans la principale
église catholique de cette ville, eut lieu une scène assez curieuse:
1) Kircher, China illustrata, in-f°. Amsterdam. 1667. — pp. 100—103.
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le père Boym, encore habillé à la chinoise, monta en chaire et, racontant ses voyages, décrivant la Chine et la cour de Yong-lié, insistant sur les progrès du christianisme et la conversion des principaux personnages de l'Etat menacé par l'invasion mandchoue, donna ainsi une première édition de la Priefve relation parue à Paris deux ans plus tard. Peu après, l’envoyé du dernier des Ming s'embarqua sur une des galères vénitiennes qui venant de Beyrouth en convoi, visitaient les Echelles du Levant, et il arriva à Venise au commencement de Décembre 1652.
J'ai dit tout-à-l’heure que le père Michel Boym était porteur d’une lettre de l’eunuque Pang, grand chancelier de Vong-lié, pour le Gouvernement de la Sérénissime République. Mais, la remettre à destination ne laissait pas de présenter certaines difficultés: on sait en effet que la Compagnie de Jésus était proscrite dans les Etats de Saint-Marc, et, si les autorités pouvaient fermer les yeux sur la présence d'un missionnaire jésuite arrivant d'Asie et seulement de passage à Venise, celui-ci ne pouvait guère s'adresser officiellement et directement à elles pour être admis à présenter la missive de Pang au Doge et au Sénat, sans être obligé de déclarer sa qualité et par là se faire refuser certainement toute audience et vraisemblablement recevoir l'invitation de sortir le plus tôt possible du territoire de la République.
Dans cette occasion, il fallait donc au père Boym un introducteur assez haut placé pour n'être pas éconduit, et assez influent pour faire passer sur la qualité de jésuite ou tout au moins pour qu’on eût l’air de l’ignorer. Comme on le verra tout-à-l’heure, les instructions du père Boym avaient prévu le cas en lui ordonnant de s'adresser au Ministre du Roi de France à Venise. Ces instructions n’émanaient point assurément de la cour de Koueï-ling-fou, mais bien plutôt des supérieurs du père Boym, qui inauguraient
ainsi le protectorat de la France sur les missions catholiques en
Extrême-Orient, à l'imitation du protectorat qu’elle exerçait alors sur les chrétientés de l'Orient musulman.
A cette époque «René de Voyer de Paulmy, chevalier, comte d'Argenson et de Rouffiac, Conseiller du Roy en tous ses conseils», comme il est dit dans ses lettres de créance, était ambassadeur de S. M. Très-Chrétienne auprès du gouvernement de la Sérénissime République. Il appartenait à une très-ancienne famille de Touraine; son père, René de Voyer, premier comte d’Argenson, avait quitté l'épée pour la robe, et comme magistrat et intendant avait servi avec dévouement et intelligence Richelieu et son successeur Mazarin. Le grand cardinal lui avait destiné in petto l'ambassade de Venise, et à plusieurs reprises Mazarin avait insisté pour qu'il acceptât cette mission; entre temps, devenu veuf, ayant établi ses enfants et las des affaires, il s'était jeté dans la religion, et embrassant l’état ecclésiastique avait reçu les ordres au commencement de 1651. C’est à ce moment même, pour ainsi dire, que le cardinal Mazarin faisant un dernier et plus pressant appel à son zèle pour le service du Roi, il se décida à partir pour Venise, sous cette condition cependant qu'il ne conserverait sa charge que peu de temps et que son fils aîné lui succéderait; ce qui ne tarda pas, car à peine arrivé à Venise en juin, d'Argenson le père mourut quelques jours après. Mazarin tint parole, et René de Voyer, deuxième comte d'Argenson, nommé Ambassadeur, arriva à Venise le 19 Novembre 1651, fit son entrée solennelle le.12 Décembre et le lendemain fut reçu en audience de cérémonie par le doge Francesco da Molin ‘) et le Sénat. Il avait ce jour-là juste 27 ans, étant né à Blois, le 13 Décembre 1623.
En dehors des instructions de ses supérieurs, le Père Michel
Boym avait de sérieux motifs de s'adresser à René d'Argenson.
1) élu le 20 Janvier 1646, mort en 1655.
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Fils d'un père dont les derniers temps avaient été consacrés à son Dieu, il était lui-même d'une grande piété, à ce point qu'au retour de sa mission à Venise, qui prit fin en 1655 !), il se retira dans ses terres en Touraine et consacra sa vie ?) aux bonnes oeuvres, à la moralisation des paysans et à la composition de nombreux ouvrages religieux et même un peu mystiques *). Ce ne put donc être qu'avec une grande joie et un vif empressement que l'Ambassadeur de France accueillit un missionnaire venant de la Chine et porteur de cette bonne nouvelle, la conversion des impératrices, des princesses et des plus hauts personnages de ce pays si lointain et si merveilleux.
D'autre part, René d'Argenson était persona grata à Venise; l'aîné des cinq enfants qu'il eut de Marguerite Houlier, son épouse, y venait de naître le 4 Novembre 1652, et avait eu pour marraime la Sérénissime République elle-même, qui lui avait donné le prénom de «Mare et l'avait fait chevalier de Saint-Marc au berceau ‘). Présenté par un personnage de ce haut rang et en si bons termes avec le gouvernement vénitien, le Père Michel Boym, tout jésuite qu'il était, devait s'attendre à une réception courtoise et même sympathique pour lui et le Chinois, son compagnon. Ce dernier, qui l'avait suivi depuis Koueï-lin-fou, n'était point un simple domestique mais bien un officier ou fonctionnaire de la maison du grand Chancelier Pang, qui avait pour mission d'observer les usages de la Chrétienté et d’en faire rapport à son chef, afin que celui-ci
put régler suivant les convenances à la fois de la Chine et l'Europe
1) Son audience de congé eut lieu le 18 Novembre.
2) Il mourut en 1700.
3) 11 convient d’ajouter qu’il se brouilla avec Mazarin et Colbert et que son rigorisme déplut au jeune Louis XIV, alors avide de plaisirs peu canoniques. D’autre part, l'Ambassade de Venise, tenue sur un grand pied et trop irrégulièrement rétribuée par le gouvernement du Roi, avait gravement compromis la fortune de M. d’Argenson.
4) Marc-René de Voyer, comte et plus tard marquis d’Argenson, fut lieutenant général de police (1697) à la fin du règne de Louis XIV et garde des sceaux (1718) sous la Régence. Il mourut en 1721. Ses deux fils farent ministres de Louis XV.
l'ambassade solennelle que Yong-lié et son premier mimistre se proposaient d'envoyer plus tard aux souverains de l'Occident. Au reste, ce Chinois qui était à Vénise avec le Père Michel Boym, se rendit à Rome avec lui, car une lettre de ce missionnaire relative à la fameuse pierre de Si-Ngan-fou, datée de cette ville le 4 Novembre 1653, publiée par Kircher !), fut contresignée par deux Chinois: «Andreas Don Sin, Sina» et <Matthæus, Sina»; il m'est toutefois impossible de préciser si le Chinois de Venise était André ou Mathieu.
Ce fut donc à l'Ambassade de France que les deux envoyés de la cour de Koueï-lin-fou se présentèrent dès leur arrivée. Après examen attentif de leurs papiers et de la nature de leur mission, d'Argenson se décida à prendre l'affaire en main; dès le 7 Décembre il en parla «à ces Messieurs» du collège, à titre officieux seulement; il faut que cette ouverture aît été reçue favorablement, car le 14 il demanda, officiellement cette fois, au Doge et au Sénat d'accorder une audience au Père Michel Boym et à son compagnon chinois, audience qui eut lieu le 16 et à la suite de laquelle un écuyer du Doge fut chargé de leur montrer Venise et le trésor de Samnt- Marc; à la fin du mois il leur fut remis des vêtements d'honneur, et après une audience d’adieu, les deux envoyés de Yong-lié partirent pour Rome. Au cours de la première audience, l'officier chinois avait remis au Doge la lettre de Pang ?), avec tout le cérémonial usité dans son pays, ce qui, avec son costume et celui du Père Boym, avait vivement piqué la curiosité non seulement des membres du Collège, mais de toute la population.
On trouvera tous les détails sur cette reception dans les docu-
ments annexés à cette étude: trois d’entre eux proviennent des
1) Op. cit. pp. 7—10.
2) L'original n’a pu être retrouvé aux Archives de Venise.
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Archives de notre Ministère des affaires étrangères où je les ai recueïllis dans le fonds Venise de la «Correspondance politique», et les autres qui sont en italien ont été publiés par M. Guillaume Berchet dans l’Archino Veneto !), qui le a annotés avec soin et érudition.
Avant &Ge terminer, il ne reste plus qu'à jeter un coup d’œil rapide sur la suite de la mission du Père Michel Boym. Arrivé à Rome au commencement de 1653, il y demeura jusqu’en 1656. Ce ne fut qu’en 1655, le 18 Décembre, que le pape Alexandre VII signa les lettres de réponse à celles que lui avaient adressées les princesses chinoises; elles ont été imprimées par Kircher ?), et sont d’une grande banalité; c’est seulement dans la lettre à l’'Impératrice mère que le Souverain Pontife dit qu’il prie pour que son royaume disjoint reprenne toute son ancienne intégrité. Il semble que la Curie romaine n'ait point eu grande confiance dans la durée du pouvoir de Yong-lié, ni dans les chances de la restauration de la dynastie des Ming; elle était probablement fort bien instruite de la réelle puissance des Thsing par les rapports des missionnaires catholiques qui se trouvaient dans la Chine septentrionale et dont quelques uns vivaient même à la cour de l'Empereur Chun-tchi.
Quoiqu'il en fut, le Père Michel Boym repartit en 1656 pour l’Extrême Orient, mais pour n'y plus trouver que les Mandchous victorieux et maîtres des provinces où avait régné le dernier des Ming. Il ne put même vraisemblablement pénétrer sur le territoire propre du Céleste Empire, où quelques bandes luttaient encore contre les Tatars dans les districts reculés du Yun-nan et du Kouang-si; car errant sur la limite de cette dernière province et du Tonkin, il tomba gravement malade et mourut. «....romana expe-
ditione redux, dum per oram Tunkinensem in Sinarum fines bellorum
1) T. XXIX parte IL. pp. 369—380. 1885.
2) Op. cit. pp. 100—103.
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tumultibus occlusos perrumpere eonatur, gravibus aerumnis et exitiali morbo oppressus, e vitae finibus cedere debuit anno hujus saeculi (16) 61°, aetatis circiter 48° missionis 12°» !). Toutefois, si le Père Gabian le fait mourir en 1661, le Père De Baeker, dans sa Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, assigne à cette mort une autre date, 1659, mais dans les mêmes conditions.
Quant au Père André-Xavier Koffler, qui était demeuré avec ses catéchumènes et ses ouailles, il périt dans les conditions suivantes: «le 12 Décembre 1660, surpris par une troupe de Tatars victorieux qui lui demandèrent, le sabre à la main, quelle religion il professait, le Père André se contenta pour toute réponse de faire le signe de la croix, en prononcant ces paroles: «Per signum Crucis, de inimicis nostris libera nos, Deus noster», et à l'instant les vainqueurs lui fendirent la tête en forme de croix et l’abandonnèrent baïgné dans son sang» ?).
Enfin, Yong-lié, décidément vaincu et traqué de toute part, dut fuir le territoire de l'empire et put se réfugier en Birmanie; puis, après sept ans d’exil, une insurrection ayant éclaté en sa faveur dans le Koueï-Tchéou et les révoltés l'ayant appelé, il rentra en Chine, mais il fut surpris dans le Yun-nan par Wou San-koueï, général mandchou, qui le fit mettre à mort ainsi que son jeune
fils, et donna ainsi le coup de grâce à la dynastie des Ming.
Pièces justificatives.
il D'Argenson à Brienne: de Venise, 7 Décembre 1652. Il est arrivé en cette ville un Jésuitte du Royaume de la Chine qui porte des lettres au Pape de la part de la Reyne mère, qui
comme je pense vous sçavez s'estre faite Catholique avec la Reyne
1) Gabiani S. J. Zncrementa Ecclesiae Sinicae. Vienne 1673. Pars I. c. VII. u. 19. 2) Je dois ce renseignement, ainsi que ceux qui précèdent sur le sort du P. Boym, au
Père Mazoyer à qui j'adresse ici tous mes remerciments.
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sa fille, et le prince et la princesse ses petits enfans. Il est chargé d'une dépesche que la seconde personne de ce Royaume escrit à la République qui n’est qu’un compliment pour lui tesmoigner l’estime qu'on faict d'elle dans un pays sy esloigné. Le religieux s’est adressé à moy pour le présenter au Collège. J'y aï fait d’abord quelque difficulté, parce qu'il estoit jesuitte, mais après avoir veu ses dépesches, et sceu qu'il avoit ordre de s'adresser au Ministre du Roy qui se trouveroit icy, pour estre protégé, j'ay résolu de proposer la chose qui ne peut estre à mon avis qu'honorable au Roy et avantageuse à la République. J’en ay dit ce matin deux mots à ces Messieurs, et nous verrons quelle response Ils nous feront à ce sujet. Le père m'a dit que son voyage estoit pour préparer les choses à une célèbre Ambassade que la Reyne mère et le Roy son fils qui estaient Catéchumènes se disposoient d'envoyer au Pape et aux Princes Chrestiens dans quelques temps, c’est un portugois en qui Jay trouvé beaucoup d'esprit. Et il m'a rapporté des merveilles de la politesse des Chinois, j’ay veu la version de ses despeches qui est en beau latin, attestée veritable par trois Religieux de sa Compagnie avec le sceau. J'y ay admiré la netteté et les belles expressions dont se sert cette Reyne pour exprimer ses pieux sentiments au Pape, et sy je puis j'en retiendray une coppie dont je vous feray part l’ordinaire prochain comme du succez qu'aura eu auprès
de ces messieurs la Harangue Chinoise !).