‹ Tung pao. Toung pao (volume 3)Chapitre 79 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Formalités que les Etrangers sont obligés d'observer quand ils arrivent à Rangon. Radoubs faits aux trois vaisseaux.

Arrivés à Rangon nous descendimes à terre pour faire nos declarations. Nous debarquâmes, M. Gelin et moi, au pont de la Douane où etoit le Prince de la grande Porte orientale d’Ava ‘). Nous le trouvâmes assis sur une natte avec sa suite; il nous fit appeler par un interprête pour savoir de quel endroit nous venions et le sujet de notre voyage. Il nous congédia ensuite avec un air de protection après nous avoir présenté le betel *). Nous fûmes ensuite au Godon du Roy *). Le chef nous fit asseoir à coté de luy sur sa

natte les pieds en arrière dans une position fort genante; 1l nous

1) Ava est la demeure du Roy qui possède le royaume de Pégu.

2) Betel. Plante des Indes orientales. Elle s'attache aux arbres et y monte comme le lierre. Les Indiens font grand usage de cette plante. Ses feuilles ressemblent à celles du citronnier, mais elles sont plus longues et plus etroites à l'extrémité. Son fruit a la figure d’une queue de lezard. J1 est d’une odeur agreable et a un goût aromatique.

3) Godon = Douane.

Les effets débarqués.

fit faire un infinité de questions. Il nous demanda d’où nous venions? de quelle nation nous etions? de quelles grandeurs etoient nos vaisseaux? il s’informa aussi de leur chargement, de la quantité de munitions de guerre et de bouche, du nombre d'hommes d'équipage et principalement s'il y avait des femmes sur les vaisseaux ?) et ma reponse fut interprétée au Chef et ecrite en blanc sur du papier noir, par six écrivains. L'interrogatoire fini, nous fumes fouillés et visités très exactement.

Le lendemain nous fumes au Rondail ?) pour certifier nos déclarations; par respect pour ce lieu il faut se dechausser. Personne n’est exempt de cette humiliation. On nous donna la permission de débarquer nos effets, mais elle ne put avoir son effet qu'après le départ du prince qui occupoit une grande partie du pont où se trouvoit aussi un grand nombre de Balons de guerre qui etoient venus à sa suite. Le sujet de son voyage avoit été pour prendre connaissance des troubles arrivés à Rangon, y mettre fin, arrêter les executions et retablir le bon ordre.

Je parlerai de cette révolution dans la seconde partie.

Après le depart du prince, nous débarquâmes nos effets. On nous obligea de mettre en depôt le gouvernail, les voiles, les canons, la poudre et toutes les armes offensives. Ensuite huit gouvernes *), quarante ecrivains et pions “) vinrent faire la visite. Ils se firent representer l'argent, même celui de l'équipage dont ils prirent

note. Il est d'usage de leur donner un repas plus où moins pré-

1) Il faut avoir soin de faire la déclaration du nombre des femmes qui sont sur le vaisseau, parce qu’au moment du depart on fait des visittes exactes, et si celles qui on y trouvoient n'auraient pas été déclarées elles seroïent saisies et faites exclaves. Si un capitaine enlevoit une femme de son pays et qu’elle fut trouvée sur son vaisseau lors de la visite, le vaisseau seroit arrêté, le capitaine et l'équipage faits esclaves, et il faudroit payer une somme considerable pour se racheter.

2) Lieu de justice ou le Prince tient son audience.

3) Geus de justice.

4) Espèce de recors.

paré et à chaque personne une assiette et une boette remplie en sucre. Nous retournames à la Douane pour faire visiter ce qui y avoit été déposé, et y payer les droits du Roy qui se montent à 10 p°, de la valeur.

Lorsque nous eumes satisfait à tout ce qu’on avoit exigé, nous

nous occupâmes à faire radouber les vaisseaux ce qui étoit le sujet de notre voyage à Rangon.

La flûte la Baleine que je commandois servit d’entrepot et de ponton au vaisseau le Chameau pour y mettre ses agrès. Son radoub étant fini le 10 Xbre on s’occupa de celui de la Baleine qui fut plus considerable qu'on ne l’avoit eru. On s’aperçut que la quille étoit totalement piquée et pourrie par les vers. Après avoir pris l’avis de plusieurs capitaines, officiers et charpentiers qui la visiterent, il fut décidé qu'il falloit la remplacer ainsi que plusieurs parties du vaisseau, Comme ce travail devoit être long, M. Gelin, qui étoit chargé de cette expedition me laissa avec des instructions et partit de Rangon avec la flûte le Chameau le 6 mars 1784. Il m'enleva la plus grande partie de mon équipage, pour remplacer les matelots des deux vaisseaux qui avoient déserté.

Je restai avec mon vaisseau pour y faire travailler et accelerer mon départ. Il serait trop long de rapporter ici tout ce que j'ai eu à souffrir pendant le temps qu'il a fallu y employer: la négligence du constructeur avec lequel M. Gelin avoit contracté et qui tomba malade à occasionné ces frais et des peines à l'infini.

Les Pluies qui commencèrent à tomber depuis le mois d'avril jusqu'en octobre firent deborder la rivière et remplir plusieurs fois le bassin où étoit le vaisseau, qui a été sur le point de se rompre par le dérangement des pièces de bois sur lesquelles il étoit soutenu, et que l’eau enlevoit à chaque instant. Il suffit de dire que

je fus depuis le 10 Xbre 1783 jusqu'au 14 aoust 1784 pour le

faire radouber, et que pendant ce temps j'ai éprouvé beaucoup de

Droits du Roy de 10 p? de valeur.

La flûte la Baleine sert d’entrepôt et de ponton à la flûte le Chameau pour être radoubée.

Radoub dela flûte la Baleine.

Present donné pour retirer les canons du dépôt où ils ayoient été déposés.

La Flûte mise en rivière.

Armement de la Flûte.

Retard des secours attendus.

Inquiétude du gouvernement de Rangon sur le compte des français causée par le rapport de deux Bramas qui arrivoient de Madras.

vexations de la part du gouvernement. J'en donnerai le tableau

d’une partie dans le chapitre.

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