‹ Tung pao. Toung pao (volume 3)Chapitre 84 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Relation du naufrage du Vaisseau le Bougainville aux côtes du Pégu. L’équipage fait esclave par les lois de ce pays et racheté.

On apprit à Rangon dans le courant du mois d'aoust qu'un vaisseau étoit péri à la Côte du Pégu. On ignoroïit à quelle nation il appartenoit et on resta dans cette incertitude jusqu'au 17 septembre qu’on annonça quatre français arrivés à Mantou, depuis deux jours provenant du vaisseau le Bougainville et qu'ils étoient retenus par le chef du lieu ‘). Cet endroit est situé de l’autre côté de la rivière et appartient à la reine d'Ava.

1) I faut savoir que suivant les lois du pays, les naufragés sont faits esclaves du prince,

sur les terres du gouvernement duquel ils sont arrêtés.

Mon interprête en ayant été instruit, fut à Mantou pour demander ces quatre hommes au chef qui les lui refusa. Il vint me rendre compte des demarches qu'il avait faites et de leur peu de succès. Nous fûmes chez le Prince pour le prier de s’interesser au sort de ces malheureux; il nous promit qu'il feroit tout ce qui dépendroit de lui pour les faire élargir, mais il nous observa que Mantou n'étant pas de son gouvernement, le chef pourroit faire des difficultés. Il envoya un bateau avec un Chikail pour aller de sa part reclamer les naufragés; nous le vimes revenir à midi sans avoir rien obtenu.

J'y fus l’après midi, accompagné de M Audouard et Renaud, capitaines français. Je portai avec moi un present pour flechir ce chef et le rendre plus traitable. L’interprête employa tous les termes que l'humanité pouvait lui dicter et ne put rien obtenir. Il eut pour toute reponse que le prince de Rangon l’avoit fait menacer d'employer la force mais qu'il s’en mettoit peu en peine.

Pendant le temps que la cause de ces malheureux se plaidoit, M. Recoursé, officier de St. Malo, et un des quatre que nous reclamions, nous fit le détail du naufrage et de la situation malheureuse où il avait laissé ses compagnons d'infortune au nombre de vingt français compris deux officiers et trente deux matelots lascarts.

Ils s’étoient perdus à la côte de Dala après avoir échoué sur un bane à trois lieues au large le 18 aoust à 8 heures du matin. M. Totin, le capitaine, avoit voulu se sauver dans la chaloupe avec six personnes le chirurgien-major et son neveu, jeune enfant de huit ans; mais la mer qui étoit fort grosse les avoit engloutis; trois matelots seuls étaient parvenus au rivage. Les officiers et le reste de l'équipage avoient fait des radeaux sur lesquels ils étoient arrivés à terre après avoir lutté longtemps contre les flots et les courants rapides. Ils étoient restés vingt-deux jours sur le rivage ne mangeant

que des cocos provenant de la cargaison du vaisseau que la mer y

jettoit. Pendant ce temps ils furent exposés à une pluye qui est continuelle dans cette saison. Ils tenterent plusieurs fois à chercher un asile dans les bois, mais la rencontre de plusieurs tigres et la trace d’autres animaux feroces les faisoient demeurer à l'endroit où ils avoient échoué sans oser s'écarter.

M. Recoursé reflechissant sur une position aussi malheureuse, essaya de ranimer le courage abattu de ses compagnons. Il leur proposa de le suivre et de tenter tous les moyens possibles pour éviter une mort certaine, puisque la nourriture étoit sur le point de leur manquer. Les officiers ne voulurent pas suivre son avis, alleguant que ne pouvant nager et ayant des rivières fort larges à traverser, ils seroient toujours exposés sans pouvoir se sauver. Îl n'y eut que les trois hommes que nous trouvâmes avec lui qui voulurent bien l'accompagner. Ils passèrent des rivières à la nage pour approcher de Rangon, ne mangeant que des racines et ce ne fut que le quatrième jour après avoir laissé leurs compagnons qu'ils trouverent une mauvaise pirogue toute percée, qu'ils raccommoderent avec des branches d'arbre et de la mousse avec laquelle ils traverserent la fausse rivière large de deux lieues et demie, ainsi que plusieurs autres passages dangereux; et après avoir couru difierens dangers, ils appercurent plusieurs Péguans qui étoient à la chasse; ces derniers les ayant vus prirent aussitôt la fuite, mais les naufragés leur ayant fait connaître par leurs signes la détresse dans laquelle ils étoient ils revinrent à eux et les conduisirent à leur case où ils leur donnerent du ris à manger. Ils les présenterent à leur Chef qui les fit embarquer sur un bateau pour les conduire à Mantou. Ils croyoient être à la fin de leurs malheurs appercevant les vaisseaux français au port de Rangon, lorsqu'ils furent présentés au chef de Mantou qui les regarda comme étant ses esclaves.

M. de Recoursé nous parut fort inquiet sur le sort des autres

officiers et matelots qu'il avait laissés nuds et dans la plus affreuse

situation. Il nous dit que la veille qu'ils s’étoient séparés, ils avoient trouvé le moyen de se procurer du feu, en frottant avec force deux morceaux de bois l’un contre l'autre, ce qui leur étoit d'un grand secours pour se secher, et écarter les animaux feroces qui se présentoient continuellement.

L'interprête n'ayant pu flechir le chef de Mantou, nous laissämes à regret ces quatre personnes en leur promettant de faire ce qui dépendroit de nous pour leur procurer la liberté. Au moment où nous nous embarquions pour retourner à nos vaisseaux arriverent quatre balons armés avec 80 hommes. Dans le premier étoit un Chikail envoyé par le prince de Rangon pour reclamer les naufragés ou les prendre de force. Ils avoient déjà battu le Tantam et se préparoïient à faire une descente lorsqu'on aperçut un petit ballon qui venoit à Mantou traversant la rivière avec vitesse. Le Chikail se douta qu'ils apportoient de nouveaux ordres du Prince: en effet il lui faisoit dire que si ce chef refusoit constamment de délivrer les naufragés d'exiger au moins le principal des quatre, et que s'il persistoit dans son refus d'employer la force pour les lui enlever. Le Chikaïl fit connaître au chef les intentions du prince de Rangon, et après bien des difficultés il consentit à remettre l'officier qui passa dans le petit balon arrivé le dernier. De retour à Rangon nous fûmes chez le Prince et nous y menâmes M. Recoursé à qui il fit beaucoup de questions pour connaître le lieu où le vaisseau avait fait naufrage et savoir si on ne pourroit pas sauver des debris. Quoique ce dernier l’assurât que tout étoit couvert de sable à trois lieues en mer et à 50 de Rangon il ordonna cependant d’armer des balons et de partir avec environ cent hommes pour aller à l'endroit du naufrage, et y prendre les autres qui étoient restés sur le rivage. Le prince m'obligea à fournir ce qui étoit nécessaire pour l'armement d’une chaloupe et les coräages et outils dont on pouvoit avoir besoin

pour retirer de la mer entre autres choses un baril de piastres qui

avoit été englouti avec le capitaine lorsqu'il voulut se sauver. Nous procurâmes à M. Recoursé ses plus pressants besoins, des vivres et vêtements pour ses compagnons si un heureux hasard les lui faisoit retrouver.

Le lendemain je m'oceupai des trois malheureux que nous avions laissés malgré nous. Je me proposais de leur faire passer des secours lorsque mon interprête qui connaissoit l'effet qu'il pourroit en resulter me conseilla de ne pas trop écouter ce que l’humanité me dictoit: il me dit de ne pas paraître m'interesser beaucoup à leur sort, parce que ce chef profiterait de cette disposition pour exiger une forte rançon qu’il falloit seulement reclamer de nouveau la protection du Prince et engager quelques capitaines et négociants à se Joindre à mes représentations. Je suivis son avis et j'écrivis une lettre d'invitation qu'il traduisit en différentes langues sur la même feuille.

Telle qu’elle suit:

Messieurs

La situation malheureuse de trois hommes naufragés détenus par le chef de Mantou, m'oblige à recourir à votre humanité, en vous priant de vous joindre à moi pour m'aider par vos représentations à les retirer de l'esclavage dans lequel ils sont tombés. Je supplie les personnes qui auront la bonté de s’interesser à leur sort de se trouver aujourd’hui 19 à 4 heures après midi chez M. de Moncourtis négociant où l’on décidera le parti le plus convenable qu'il faudra prendre. Je suis dans la confiance, Messieurs, que vous aurez égard à mes prières et que vous prendrez en consideration les circonstances fâcheuses auxquelles nous sommes exposés continuellement par notre état. Je vous en temoignerai au nom de ma nation et en mon particulier, une vive reconnaissance.

J'ai l'honneur d'être etc. Signé FLoussr.

A Rangon, le 19 7Pre 1784.

Lettre d’invitation à différents capitaines et négocians pour aller chez le Prince afin de réclamer sa protection pour obtenir la liberté des naufragés.

Ma lettre eut l'effet que je désirois, il se trouva au rendez-vous trente personnes, capitaines, négociants, anglais, arméniens, malabares, maures et quelques français. Nous fûmes chez le Prince qui nous reçut favorablement. Il éconta notre Requête et nous promit qu'il agiroit suivant nos desirs, mais qu'il fallait attendre après la fête de la grande Pagode de Digon qui étoit le 21 septembre. |

Un des négociants malabares avoit apporté avec lui une pièce de mousseline qu'il presenta au prince étant à genoux, les mains jointes, les coudes posés à terre, et dans la position la plus humble telle qu'on doit être pour obtenir des grâces des chefs suivant l’usage du pays. [l parla fort longtemps avec lui, et nous nous etions tous assis en cercle sur une natte les jambes en arrière.

Un capitaine maure, de ceux qui étoient venus avec nous, qui connaissait le chef de Mantou, fut le lendemain lui faire visite. Il feignit de paroître surpris de voir chez lui trois Européens, il lui fit différentes questions pour connoître ses intentions sur leur sort. Ce Gouverne lui dit qu'ils avoient fait naufrage sur le terrein de son gouvernement, qu'il avoit envoyé un bateau pour chercher leur compagnon, et que la loi les lui accordoit comme esclaves: 1l lui ajouta que le Prince de Rangou avoit voulu les lui enlever pour les rendre soi disant à leurs compatriotes, mais qu’il auroit su en tirer parti et qu'il avoit le même droit. Il lui demanda ce qu'il exigeroit pour leur rachat, il lui fit reponse qu'il les remettroit pour Trente roupies chaque homme, mais qu'étant français 1l avoit résolu de les garder jusqu'à l’arrivée des autres, afin de voir si le bruit qui s'étoit repandu sur le compte de leur nation ne se confirmeroit pas; que ce vaisseau naufragé étoit peut-être un de ceux expediés par les Français sous le pretexte de faire le commerce et d'augmenter Jeur force dans ce pays.

Ce capitaine vint me faire part de la conversation qu'il avoit

eue avec le gouverne et de la demande de trente roupies qu'il faisoit pour chaque homme. Je le remerciai de ses soins, mais je lui dis que je ne pouvais consentir à donner cette somme, parce que c’étoit le prix qu'on payoit pour des gens du pays vendus comme esclaves, et que si jy accedois ce serait établir pour la suite, une condition onereuse pour les équipages des vaisseaux qui feroient naufrage aux côtes du Pégu.

Les trois matelots se crurent oubliés, ils craignoïient d’être conduits dans l'intérieur des terres. Le plus jeune résolut de se sauver ce qu'il executa dans la nuit du 20 au 21 septembre. Il traversa à la nage la rivière qui est tres large, passa du côté de Rangon et vint à bord de la Baleine. Un des deux autres voyant son compagnon évadé, fit de même, mais il eut beaucoup plus de peine à cause de la force du Juzan: il arriva à un vaisseau maure, et s'étant annoncé français naufragé les Maures me le renvoyerent avec précaution. Il me dit qu’il avait laissé le troisième endormi, qu’il étoit malade et qu'il ne pourroit jamais faire le même trajet sans s'exposer à perir.

Le lendemain je fis instruire mon interprête de l'évasion de ces deux hommes. Il me fit dire de les conduire chez le Prince qui les reçut favorablement, loua leur hardiesse et leur courage et promit de s’interesser pour le troisième. Ce dernier resta encore quatre Jours au pouvoir du Chef de Mantou. Il vouloit le rendre responsable de l'évasion de ses deux compagnons et il exerça envers lui toutes sortes de mauvais traitements. Le même capitaine qui avoit été aux informations vint me trouver, et m'ayant assuré que si je voulois sacrifier soixante roupies qu'il croyoit pouvoir reussir à delivrer cet homme; et comme j'étois instruit de sa position malheureuse je lui dit que j'approuvois tout ce qu'il feroit à ce sujet et en effet 1l me l’'amena.

Dans le même temps on apprit que les autres naufragés dont

j'ai ci-devant parlé avoient été arrêtés par les Péguans à peu de

distance de Pantaneau !) et qu'ils avoient été conduits au prince de Bassim ?).

M. Audouard, capitaine français qui partoit pour ce lieu, m'assura qu'il connaissait le Chabandar et me demanda une lettre pour la lui porter, en me promettant de le prier de leur être favorable.

Je lui écrivis ce qui suit:

«Je suis instruit des bontés que vous avez pour ceux qui recla- «ment votre protection. Oserois-je vous prier de vouloir bien l’ac- «corder à des hommes malheureux qui ont fait naufrage à la côte «de Dala et qui sont conduits à Bassim. Je vous demande cette «grâce au nom du Roi que j'ai l'honneur de servir et dont les «naufragés sont sujets. Je suis persuadé que votre pouvoir et vos «représentations seront d’un grand poids pour attirer sur eux la «commiseration du gouvernement et pour rendre ces français à leur «nation. Je m'engage à satisfaire à tout ce qui sera nécessaire pour «leur procurer la liberté. Ma reconnaissance égalera le profond

«respect avec lequel j'ai l'honneur d'être» etc.

Le 1% octobre je reçus une lettre de Bassim, datée du 22 7bre, que m'écrivoit M. Billard de Villefresne, capitaine en second du

vaisseau naufragé dont voici le contenu.

«J'ai l'honneur de vous faire part du naufrage du vaisseau le «Bougainville le 18 aout à l'entrée de la rivière de Dala. Nous «sommes à Bassim au nombre de cinq blancs, nous attendons au «premier jour le reste de l'équipage. Les chefs de ce pays nous

1) Ville du Pégu à 15 lieues de Rangon.

2) Ville du Pégu à 60 lieues de Rangon.

«donnent l'espérance que nous partirons incessamment pour aller «yous rejoindre. On nous traite assez bien pour la nourriture, mais «nous manquons des autres nécessités et nous sommes dans la der- «nière misère; nous comptons sur les bontés que vous voudrez bien «avoir pour nous. Le Capitaine s’est noyé avec le Major et quatre «hommes. Nous avons souffert cruellement ayant été vingt et un «jours sur le rivage, ne mangeant que des cocos. Un de nos offi- «ciers et trois matelots ont pris la route de Rangon, mais Je crains «qu'ils n'ayent été arrêtés comme nous ou qu'il leur soit arrivé «quelque accident. S'ils sont auprès de vous, je vous prie de m'en «donner des nouvelles. Celui qui doit vous remettre cette lettre ne «doit rester que deux jours à Rangon. Vous m'obligerez de lui don- «ner votre reponse. J'ai l'honneur d’être» etc.

Signé: BILLARD DE VILLEFRESNE.

J'écrivis aussitôt à M. Billard pour le rassurer:

«J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. «J'ai été on ne peut plus sensible aux malheurs que vous avez «éprouvés. M. Recoursé et les trois hommes dont vous me parlez «m'ont fait connoître votre malheureuse situation. Vous devez voir «M. Audouard à Bassim qui vous instruira de ce qui s’est passé «ici au sujet de ces quatre personnes. M. Recoursé à été envoyé «par le prince de Rangon avec deux chaloupes et un ballon pour «sauver quelques debris et vous emmener. Je lui avais donné «quelques effets pour subvenir à vos plus pressants besoins, mais «comme il ne vous aura pas trouvés je crois qu'il sera inquiet sur «votre sort. J'apprends avec plaisir que le chef de Bassim consent “à vous faire passer à Rangon, et que vous êtes content de la

«nourriture. Je me flatte que l'arrivée de M. Audouard fera presser

«votre depart et que j'auray la satisfaction de vous procurer quel- «ques secours ainsi qu'à vos Compagnons d’infortune., Soyez assuré «du désir que j'ai de vous être utile; je souhaiterois que ce fût «pour des circonstances moins malheureuses. La datte de votre lettre «me fait croire que vous êtes en chemin pour venir, ce qui m’en- «pêche de vous faire passer des secours. J’y pourvoirai à votre ar- «rivée et je vous offre même une place sur la Flûte que je com- «mande. Vos trois hommes sont à bord, ils commencent à reprendre «des forces que les grandes fatigues leur avoient fait perdre. Le <Drack qui doit m'apporter de l'argent n’est pas encore arrivé.

«J'ai l'honneur d'être» etc.

M. Billard reçut ma reponse à Bassim et m'en aceusa la

reception :

A Bassim le 15 8Pr° 1784.

«J'ai eu la plus grande satisfaction en recevant de vos nouvel- «les; je suis on ne peut plus reconnaissant des bontés que vous «voulez bien avoir pour nous, et de la proposition honnête que vous «me faites de me donner une place sur votre vaisseau que j'accepte «avec plaisir. M. Audouard est arrivé fort à propos, nous espérons «qu'il nous sera d’une grande utilité dans ce pays parce qu’il paroiït «y jouir de la confiance des chefs. Il vous mande ce qu’on veut «nous faire payer jusqu'à ce jour. Je ne négligerai rien pour rendre «les frais moins considerables. Vous connaissez malheureusement trop «bien le pays depuis le temps que vous y souffrez, pour croire que «nous sommes à notre aise.

«Je pense que ma lettre devancera de peu l’empressement que «j'ai de vous temoigner de vive voix ma reconnaissance. C’est dans

«ces sentiments que j'ai l'honneur d'être» etc.

Je reçus en même temps une lettre de M. Audouard.

A Bassim le 15 8'e 1784.

«Avec tout le mal et l'ennui possible je suis arrivé à Bassim «le 13 de ce mois. J'y ai trouvé M Billard et Lastelle avec une «partie de leur équipage au nombre de 19. Les trois mousses qui «étoient cachés chez le prince sont mis en liberté, mais avec des «frais considérables. J'ai conseillé à ces Messieurs de ne partir «qu'après avoir reglé leur Compte qui jusqu'à ce moment monte à «735 ticals ou roupies de 25 pour cent. [ls n’ont pu encore avoir «leurs Olles, et je ne sais combien il en coutera au juste. J’ai

«l'honneur d’être», etc.

Le 6 octobre M. Recoursé revint de son voyage: il nous dit avoir eu beaucoup de mal et avoir couru bien des dangers, sans avoir pu réussir. Je le rassurai sur le sort de ses compagnons dont il étoit fort inquiet.

La nuit du 25 au 26 arriverent les deux officiers et dix neuf personnes de l’équipage naufragé, ils me remirent des états de dépense de onze cent roupies pour le gouvernement de Bassim et les frais de route.

Ces pièces ont fait partie de celles qui j'ai remises à M. Deshayes.

M. Billard me.donna deux lettres, l’une du Chabandar de Bassim

en réponse à celle que je lui avais écrite, et l’autre de M. Audouard. Copie de la lettre du Chabandar.

«M. Audouard m'a remis la lettre honnête, Monsieur, que vous

«m'avez fait l'honneur de m'écrire. Je suis bien faché de n’avoir

«pu faire ce que j'aurais désiré, mais l'affaire des naufragés a passé «par les mains du Prince. Je n'ai fait que de justes représentations «qui peut être ont contribué à la définition totale. Soyez persuadé «Monsieur que je me ferai toujours un devoir d’être utile à l'humanité. «Je vous prie de me croire» etc.

Le

Copie de la lettre de M. Audouard.

«La presente vous sera remise par M. Billard. Vous y trouverez «un reçu de Nacoda fazirladin ‘) de 520 Ticals de 25 pour cent que dj'ai payé à compte pour les frais qui ont été faits pour la delievrance de M'S Billard, Lastelle et le reste de l'équipage du vais- «seau naufragé. Plus un billet montant à la somme de 97 Ticals «et demi pour avance de nourriture depuis le jour qu'ils furent ar- «rêtés jusqu'à celui de leur arrivée à Bassim. Plus une pièce de «Sana du prix de dix Ticals que j'ai fournie pour l'écrivain du «Chabandar qui a travaillé pendant le cours de leurs affaires. Je «vous prie de vouloir bien vous charger de ces billets et de m'en «faire passer le montant. Je n’exige aueun intérêt, le plaisir d’avoir «obligé mes compatriotes m'est un salaire plus que suffisant. J'ai

«l'honneur d’être» etc. Signé AUDouARD.

Le Compte général se montait à 969 Roupies de 25 pour cent. On voit que le Prince a usé à la rigueur du droit que la loi lui accordait. Il s’étoit emparé de trois mousses et les avait fait cacher afin que l'équipage n'eût aucune connaissance d'eux. Il en fit marquer deux au bras comme lui appartenant; cette marque se fait en

imprimant dans la chair des lettres Barmanes à coups d’éguille. Ces

1) Négociant maure.

trois jeunes gens resterent un mois au pouvoir du prince, il les employa dans des jours de fête à porter les décorations attachées à sa dignité. Le fils du Roi qui étoit occupé à Bassim à faire un armement pour la guerre d'Arakan ayant été instruit de cette capture, voulut avoir ces trois mousses pour en faire present à son père, ce qui occasionna une querelle au Rondail. Les officiers qui ignoroient ce qu'ils étoient devenus depuis leur arrivée, en furent instruits, et ce n'a été qu'avec beaucoup de presents faits au Prince et à sa suite qu'on à pu les délivrer. Il en a coûté pour

eux 477 Roupies.

Fin de la 1°® Partie.

(à continuer)

THE IDENTITY OF MARCO POLOS ZAITUN WITH CHANGCHAU

BY

GEO. PHILLIPS, EF. R. G. $S.; H. B. M. Consul Foochow.

(With a sketch-map of Marco-Polo's route).

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