CHAPITRE
Mon départ de Rangon. Détail des différentes missions auxquelles j’ai été employé et mon retour en France.
Après avoir achevé ma cargaison, M. Deshayes me donna une partie de son équipage pour compléter la mienne jointe aux dixneuf hommes provenant du vaisseau le Bougainville. Je partis de Rangon le 17 décembre. Arrivé dans la rivière à l'endroit où se fait la visite et où on obtient l'olle de la liberté, les gouvernes vinrent accompagnés de mon interprète, et quatre pions qui avoient été envoyés pour m'arrêter, à la réquisition d’un avocat qui avait plaidé pour moi dans un procès très desagréable que j'avais eu pour un noir qui étoit sur mon vaisseau et qui avait déserté et volé soixante deux piastres dans ma malle avec un couvert d'argent. Cet avocat exigeoit une somme de 150 Roupies qu'il prétendoit lui être dües pour son travail. Cette affaire m'avoit conduit dans une infinité de disgraces. J'avais heureusement un certificat du prince qui me mettait à l'abri de toute poursuite; ayant satisfait à tout ce qui étoit nécessaire, Je me trouvois cependant embarrassé par ce refus que me faisoient les gouvernes, de me délivrer l’olle de la liberté ne voulant point faire de visite que cette affaire ne fut déeidée. Je fus obligé d'écrire à Mr. Deshayes pour me servir de caution, en lui adressant le certificat dont je viens de parler. Je fis interprêter le contenu de ma lettre afin de leur faire connaître qu'ils æourroient avoir recours à M. Deshayes en cas de nécessité; et avec un present de douze piastres je parvins à faire faire la visite et obtenir la permission de partir.
Le 21 XP'® je quittai ce pays et je fis route pour Pondichery où je mouillai le 31 du même mois, mais Mr. le Mis. de Bussy
qui y commandait m'envoya les ordres pour débarquer les boïs.
Départ du Pégu pour Pondichery.
Mort de M.
le Mis. de Bus-
sy.
Départ de ‘Pondichery pour aller à Karical.
Ce déchargement éprouva un grand retard causé par les vents et de fortes brises.
Le 7 Janvier 1785, M. le Mis. de Bussy mourut subitement. Son corps fut inhumé près l'Église des Capucins avec toute la pompe funèbre et les honneurs dus à son rang. Il fut remplacé par M. de Coutenceaux, brigadier des armées du Roi, à qui les Anglais ont rendu la place le 1% février.
Je reçus les ordres de ce général de partir le 12 pour l’établissement de Karikal, d’embarquer le mât de pavillon, l'artillerie, les vivres et 400 cypayes commandés par M. Hobillard avec dix officiers passagers.
Le 13 j'arrivai à Karical. M. Robillard fut obligé d'aller camper à une lieue au nord de la ville jusqu’au moment de la reddition de la place: et comme on attendait les ordres de Tenjaour M. du Bostel qui devoit la commander me laissa la liberté de me rendre à Trinquemalay pour prendre les effets du Roy et les apporter à Pondichery. Je fis deux voyages pour le demenagement de cette place et le 13 avril elle fut rendue aux Hollandais.
Je reçus les ordres à Pondichery d’embarquer 150 soldats du corps royal de Besançon commandés par M. de Senarmont et 7 officiers du même corps pour les conduire à l'Isle de France où nous sommes arrivés le 24 juillet.
D'après les ordres que m'’avoit laissé M. de Peigné, je partis le 30 octobre avec 130 hommes du régiment d’Austrasie et 10 officiers pour les conduire en France.
Le 28 OÙ nous sommes arrivés au cap de Bonne Espérance, où je remplaçai les vivres consommés. Le 10 XPre je partis avec l’escadre de M. de Peigné. Le 17 nous passimes le tropique du capricorne par 7 degrés de longitude orientale et la ligne équinoxiale le 8 janvier 1786 par 22 degrés de longitude occidentale du méri-
dien de Paris. Les vents nous ont favorisé; nous avons eu connais-
sance le samedi 4 février des isles Flores et Corvos faisant partie des Acores. Nous nous sommes séparés de l’escadre le 11 février et avons fait route pour Rochefort. La contrariété des vents me força à relâcher en rade de l'isle Grouys le 28 février.
Je donnai connaissance à M. Thevenard, commandant la marine à Lorient, de la situation des passagers qui souffroient beaucoup par la rigueur de la saison; il m'envoya des bateaux pour les débarquer.
Le 7 mars je mis à la voile pour continuer ma route; l'opiniatreté des vents de sud-est m'ont fait relacher à Brest.
Le 24 mars M. le OŸ° d'Hector me donna les ordres de prendre les équipages du département de Toulon et Rochefort qui avaient desarmé le Vaisseau l’Argonaute et autres venant de l'Inde, au nombre de 150 hommes pour les passer à Rochefort. Nous sommes partis le 26 de Brest et arrivés le 28 à Rochefort où j'ai desarmé
la flûte.