Parti de Niug-Hong et arrivé à Chang-Haï
9. — L'on craint que les rebelles n'attaquent Wou Soung, où sont nos magasins et notre dépôt de charbon. Le Monge y est déjà. On m'y envoie pour voir ce qui s’y passe. — Toujours du choléra.
13. — Retour à Chang-Haï. — Je suis encore forcé de parler du P. Lemaître. Dès le commencement des troubles il avait dressé plusieurs de ses ouailles à être ses espions et les renseignements qu'il obtenait d’eux étaient toujours vrais; 1l nous les communiquait aussitôt, et nous les communiquions aux Anglais.
* 15 Juillet. — Parti pour Wou-Soung, station importante à cause de la proximité des T'aï-P‘ing et de nos grands magasins.
5. — J'oublie de mentionner que le capitaine de vaisseau Faucon a pris le commandement de la station de Chine. Kersauson ne pense
qu'à s'en aller. Je suis toujours resté en très bons termes avec
SOUVENIRS DE LA RÉVOLTE DES T'AÏ-P'ING. p)
mon nouveau supérieur, quoique sur beaucoup de choses, nous n'ayions pas les mêmes idées.
4 Août. — Je suis rappelé à Chang-Haï, pour faire l'évacuation de Né-Kiao, à la demande des Anglais. A 11 h. soir, parti pour Ning-Hong; à 4 h. matin mouillé devant Ning-Hong; à 7 h., parti pour Ne-Kiao avec une faible escorte et 18 jonques. Le pays est tranquille. Vers 10 h. l'évacuation est terminée; faute de bateaux, les 100 hommes de la garnison sont obligés d’aller à pied, par une pluie battante. Les Anglais, qui ne sont jamais expéditifs, mettent 3 heures de plus dans leur évacuation et ils ne sont pas plus nombreux. Ils ont réquisitionné de nombreuses jonques pour dévaliser les malheureux habitants de Né-Kiao. Pendant toute la journée, ils ont chargé leurs bateaux d’effets chinois, de lits, tables, bancs, chaises, et si je ne l'avais pas vu, je ne l’aurais pas cru, de portes, fenètres, nn Les officiers trouvent cela tout naturel: cela se vendra bien à Chang-Haï, ou servira dans leurs chambres.
6. — Départ du Déroulède pour Chang-Haï avec la garnison de Ne-Kiao.
7. — Service funèbre pour l’Amiral Protet ordonné par le Gouvernement de Péking. Le tao-tai voulait qu'il se fit dans une pagode et Faucon ne s’y opposait pas, mais quand le P. Lemaître apprit cela, il insista fortement pour que la cérémonie se fit dans la cathédrale catholique, ce qui eut lieu. Après, le tao-tai lut une proclamation impériale sur papier jaune, et scellée du grand sceau, ordonnant le service funèbre et l'envoi à la femme de l’Amiral de 100 peaux de mouton et de 3 pièces de velours extra-fin, comme témoignage des regrets que l'Empereur a éprouvés de la mort de l'Amiral. L’on me dit que la fourrure vaut 10,000 francs et chaque
pièce de velours 2,000.
En quittant la cathédrale, le tao-tai se rend à une des grandes
pagodes de la ville chinoise où l'on fait un service païen pour Protet; aucun chrétien n’y a assisté.
Mauvaises nouvelles de Ning-Po; les rebelles s’approchent de cette grande ville, mettant tout à feu et à sang. L'année dernière, ils l'avaient prise, en avaient brûlé un tiers et massacré la plupart des habitants. Nous la leur avions reprise, avec perte d’un lieutenant de vaisseau, M. Kenny et de quelques marins et fantassins. Les Anglais y ont une petite frégate en station. La ville de Yu- Yao, clé d’une des vallées qui aboutissent à Ning-po, vient d’être prise par les Impériaux, mais ils craignent d'y être enlevés et demandent à être secourus.
Voyant Faucon très inquiet, je lui propose de partir pour Ning-Po, moyennant un renfort de marins que je pourrais débarquer, ce qui est accepté. Le vapeur chinois, le Confucius, est mis sous mes ordres par le Vice-Roi. Il est commandé par un Américain. La batterie d'artillerie de Tardif embarque sur le Déroulède.
21. — Parti pour Ning-Po. Je dois, en allant, visiter les Chousan.
22. — Mouillé à Ting-Haï, capitale des Chousan. Pays intéressant, population douce, nullement hostile aux chrétiens. L’établissement des Lazaristes y est en pleine prospérité. Il contient un Séminaire, des écoles, une ferme modèle, un orphelinat. Le tout dirigé par 2 Pères, aidés par quelques chrétiens chinois. — Les Chousan seraient une magnifique station militaire et maritime, aussi nos bons amis les Anglais les surveillent anxieusement et nous ont défendu de les occuper.
Août. — À mon arrivée à Chousan, j'avais été visiter le cimetière français, situé sur l’île vis-à-vis la ville de Ting-Haï. Je constate que la clôture est en ruines et qu’un cercueil payen a été déposé sur une des tombes. Je rappelle au mandarin gouverneur de l’archipel qu'il s’est engagé à entretenir le cimetière. Il me le promet.