‹ Tung pao. Toung pao (volume 4)Chapitre 4 sur 64 · Parti de Chousan pour Ning-Po. Passé devant Chin-Haï · texte numérisé non relu

Parti de Chousan pour Ning-Po. Passé devant Chin-Haï

ville murée qui a été prise par les T'aï-P'ing à la même époque que Ning-Po, et reprise par nous. Elle est à moitié ruinée, incendiée et ses habitants ont été en partie massacrés.

À la nuit mouillé en amont de Chin-Haï.

26. — Mouillé devant Ning-Po. La ville est heureusement située pour le commerce: c’est un Fou. Ruinée et en partie incendiée, elle commence à reprendre un peu de son ancienne activité. Les Anglais et les Américains y font déja un commerce fructueux. Quant aux Français, il n’y en a pas.

Le matin allé en ville. Passé l'inspection du corps franco-chinois, dont le capitaine Tardif de Moiïdrey va prendre le commandement. Vu l’évêque. Les soldats, formés par des sergents et caporaux français, restés volontairement en Chine et qu'on a nommés capitaines et lieutenants, manoeuvrent bien et nous ont déjà rendu de grands services. — Je vois Mgr. Delaplace, évêque lazariste de Ning-Po, qui me met au courant des affaires, ainsi que M. Giquel, enseigne de vaisseau !) délégué français auprès du Tao-taï.

Trouvé en amont la petite frégate anglaise l’ÆEnconnter, commandant la station de Ning-Po, avec lequel j'ai l’ordre de m'’entendre pour tout ce qui regarde la défense de Ning-Po. Le commandant m'apprend que les nouvelles de Yu-Yao sont alarmantes: les troupes qui y sont craignent d’être attaquées par les T'‘aï-P‘ing.

Yu-Yao est une assez grande ville, qui fut reprise sur les

rebelles après Ning-Po. Elle a été à moitié ruinée et incendiée.

1) Cet officier très intelligent, était un médiocre ofticier de marine, parce qu'il avait constamment le mal de mer. En Crimée, il débarqua et fut employé aux batteries. Dès que nous eûmes pris Canton, il se fit employer à terre, lors de la 1° guerre de Chine; après la prise des forts de Takou, il fit de même. Il savait passablement l'anglais et le chinois. Il entra dans les douanes européennes, et plus tard, fut chef à Niug-Po. Je lui reproche de n'avoir jamais pris les intérêts de nos missionnaires, et cependant ce sont eux seuls qui

représentent la France. [Cet oflicier distingué a été le créateur de lParsenal de Fou-tcheou.]

Par sa situation sur la branche E. du fleuve de Ning-Po, elle est la clé de cette dernière ville.

27. — Nouvelles très alarmantes de Yu-Yao. Le commandant anglais étant malade, ou faisant le malade, je lui annonce que je partirai demain matin. — Expédié le Confucius à Chaug-Haï.

Pris 400 Tardif, 8 chevaux, 150 Ward et arrivé le soir à Yu-Yao.

28. — Dès le matin, je vais voir Tardif, pour m’entendre avec lui pour la défense de la ville. Il est impossible avec la population de 25,000 habitants qu’elle avait, d'empêcher qu'elle ne soit attaquée; il faut donc organiser un réduit, un cavalier, pour la troupe. Les Ward doivent s'organiser ainsi à l'O. de la ville. — Un pont relie YVu-Yao au grand faubourg de Lao-Tcho, en partie ruiné; c'est là que sont casernées uu millier de troupes impériales, venues soi-disant pour défendre Yu-Yao. En amont, sont des jonques de guerre cantonaises, dont presque toutes étaient des pirates. Le Tao-tai les a prises à son service. Le grand mandarin de Ning-Po me fait prévenir que Ward a été tué à la prise de Tsi-Ki. Très mauvaise nouvelle pour le Gouvernement Chinois. Ward avait réussi à former un corps de 5000 hommes. Le major Morton, ancien sous-officier anglais, qui est à Yu-Yao, est incapable de lui succéder. La rivière charrie constamment des cadavres d'hommes et de femmes: ce sont les T'aïi-P'ing qui ont pris, incendié et tué les habitants des villages environnants qu'ils n'avaient pas encore visités.

J'avais fait dire aux jonaues de guerre mouillées près de moi, de changer de mouillage, leur situation empêchant mon obusier de tirer dans la direction de la ville. Quelques-unes seulement obéissent; je leur fais savoir que si elles ne m'obéisseut pas, je ferai couper leurs câbles; elles se décident alors à obéir. ŒElles étaient venues près de moi, se figurant être mieux défendues contre les T'aï-P'ing. Elles vont en aval de moi et ne pourront servir à rien,

si Yu-Yao est attaquée. Je reçois constamment des plaintes au sujet

des jonques dont les équipages vont en maraude piller les pauvres paysans des environs. Les T'aï-P‘ing sont à une lieue ou deux de Yu-Yao et ne bougent pas. Les jonques de guerre qui sont en amont de la ville n’osent pas remonter plus haut, de crainte des T'ai-P'ing.

2 Septembre. — De nombreuses jonques cantonaises étaient mouillées en amont, mais tout près de la ville et par leur position, ne pouvaient contribuer à la défense de Yu-Yao. J'avais été voir le mandarin militaire de 2® classe, pour lui dire qu'il devait donner l'ordre à ces jonques d'aller plus en amont mais je n'avais obtenu que des réponses embarrassées. Pour en finir, je me fais donner 100 hommes des Tardif que je mets par moitié sur chaque rive et avec 15 hommes du Déroulède, je fais démarrer toutes les jonques qui barraïent la rivière. Avec le flot qu'il y avait, elles vont naturellement en amont et le passage de la rivière est dégagé.

6. — Les grandes jonques cantonnaises reviennent peu à peu à leur ancien mouillage près de la ville. Visite de deux négociants anglais qui viennent se plaindre à moi que leurs barques sont arrêtées par les marins chinois et qu'elles ne peuvent arriver à Yu-Yao sans avoir payé un droit de passage. Tardif et moi nous allons voir le grand mandarin, qui nous avoue alors n’avoir aucune autorité sur les jonques. Quant à leur amiral, il est invisible, on ne sait où il est. |

9. — Je conviens avec Tardif qu'il faudra encore faire une expédition pour dégager la rivière. Dans l'après-midi, je pars avec mes 15 marins pendant que Tardif doit me faire soutenir par une Compagnie de son bataillon qui arrivera sur la rive gauche, mais l’imbécile de capitaine qui la commande ne sachant au juste ce qu'est l’'amont ou l'aval d'une rivière, va à l'aval, où on lui apprend que tout le monde du Déroulède est parti pour le haut de la rivière:

il rentre à la caserne. — Pendant ce temps, je faisais démarrer les

jonques que le flot emportait en amont, mais avec le peu de moyens que j'avais, l'opération avançait lentement au milieu des cris et des hurlements des marins chinois. Au bout d’une demiheure, les cris et les hurlements augmentent; je suis attaqué ainsi que mes hommes, je recois deux coups de feu, 3 de mes hommes tombent morts. Ne voyant pas venir de Tardif, j'ordonne la retraite. Cinq de mes hommes sont plus ou moins grièvement blessés. Plusieurs n’avaient jamais vu le feu. — Je rallie le peu de monde qui me reste, et poursuivi par les marins chinois, aussi bien que par la troupe du mandarin, je rentre le dernier à Yu-Yao. Tardif ne m'a été d'aucun secours: arrivé récemment au bataillon, ne sachaut qu’un peu de chinois, il n’avait pas encore réussi à se faire obéir de ses hommes. Les Ward, commandés par un incapable, ne bougèrent pas. Les Chinois me poursuivirent jusque près de Yu-Yao. J'ordonnai à Tardif de sortir avec ses hommes; il ne put en rallier qu'un petit nombre, et fut à son tour attaqué par les Impériaux et les marins qui le forcèrent à rentrer en ville.

Telle fut l'affaire de Yu-Yao. Rentré tard à bord du PDéroulède, je soignai mes blessés; je n'avais pas de chirurgien: celui qu’on m'avait destiné à Chang-Haï, fut pris du choléra et mourut.

10. — Parti le matin pour Ning-Po. Le chirurgien de l’Æncounter vient à bord pour m'extraire mes deux balles et panser mes blessés. Je dois dire que mes blessures n'étaient pas graves, qu’elles guérirent facilement et ne m'obligèrent pas de suspendre mon service (1 balle dans le bras gauche, qui s'arrêta heureusement près de l'articulation et une à la hanche droite). A Ning-Po je fis mon rapport au commandant Faucon, commandant la station par 2nlerim.

Je demandais une punition sévère pour le Général Impérial, quelques récompenses pour mes hommes et une indemnité aux familles des morts. Faucon en envoya une copie au ministre de la

marine et une autre à notre ministre à Péking. Celui-ci réclama

mollement, parce qu'il était occupé à un traité de commerce dont il espérait obtenir uu bon résultat et le ministre répondit qu'il regrettait vivement le guet-apens de Yu-Yao, qu'il fallait agir prudemment avec les Chinois, et toujours à cause de ce traité de commerce qu'on négociait,. — Le Tao-tai de Ning-Po envoya aussi sou rapport à Péking, où il disait que j'avais fait tuer trois de ses soldats et bâtonner un certain nombre d’entre eux, ce qui est complètement faux. — Pas de réponse quant aux indemnités demandées pour les familles des morts. Faucon ne voulait que sa tranquillité et ne pas léguer une affaire à l’Amiral qui allait lui succéder.

12. — Tardif est continuellement attaqué par les soldats et marins qui se sont joints aux T'aïi-P‘ing. Le capitaine de l’ÆEncounter se décide enfin à partir sur sa canonnière pour voir ce qui s’y passe; il en revient le lendemain et me dit que la situation de Yu-Yao est fort critique, et qu'il faut lui porter secours.

13. — Quoique ayant la fièvre et le bras en écharpe, je pars pour Yu-Yao avec 250 Ward, et j'y arrive le soir: Tardif et les Ward sont toujours attaqués. Je trouve quelques petites jonques cantonaises mouillées en aval. Tardif a été obligé de brûler les maisons qui étaient proches de son casernement pour pouvoir se

défendre plus facilement.

15. — Parti de Yu-Yao pour Ning-Po, toujours avec la fièvre. J'y trouve l’aviso à vapeur le Xïen-chan, que le commandant de la sbation m'envoyait avec une Compagnie de la Renommée, d'après le bruit que j'avais été attaqué.

18. — Mauvaises nouvelles d’amont. Les T'aï-P'ing sont près de Yu-Yao; ils ont pris la ville de Tsi-Ki; les troupes impériales se sont enfuies lâchement: la rivière charrie une foule de cadavres. — On me demande de venir au secours de Yu-Yao: je réponds qu’a-

yant toujours la fièvre je vais passer sur le Âien-chan et que le

commandant de ce navire passera sur le Déroulède. — Ward, qu'on disait mort, est arrivé, guéri de ses blessures.

19. -— Appareillé de Ning-Po sur le Æien-chan pour Chang-Haï; mouillé à Chou-san, où l’évêque de Ning-Po vient me donner des nouvelles du pays.

21. — Mouillé à Chang-Haï; je suis toujours malade; j'apprends que Faucon à en une attaque de choléra dont il n’est pas remis. Il ne peut s'occuper des affaires: me voilà encore commandant de station. Je m'explique sa conduite par rapport à mon affaire de Yu-Yao. Faucon veut que je vienne m'établir près de lui, pour l'expédition des affaires. Presque tout le monde est malade à bord de la Renommée. Il en est de même dans l’escadre anglaise. — Dépêche du nouveau Tao-tai de Niug-Po, annonçant qu’il remplace l’ancien. Le gouvernement chinois espère aussi nous satisfaire. On m'accuse d’avoir fait couper trois têtes de soldats, d’en avoir fait battre plusieurs qui ne me saluaient pas, ete. Réponse: c'est un tissu de calomnies, qu’il a menti pour tâcher d’excuser le guet-apens. Pas de réponse de Ning-Po.

24. — Nous apprenons que Tsi-Ki a été repris par Ward, mais que Ward est mort. C’est une bien grande perte pour les Impériaux. Il laisse une grande fortune.

Nos affaires de Chine ne sont pas en bon état; Faucon est toujours malade; nous devrions avoir à Chang-Haï un Consul général: le ministère n’en trouve pas qui consente à venir de bonne volonté, à cause de la cherté de l'existence. Notre consulat est géré par un incapable que l’on ne peut consulter pour nos réclamations nombreuses.

8 Octobre. — Appareillé sur le Kien-chan avec 25 chasseurs du bataillon d'Afrique et 41 marins de la ÆRenommce. Très mauvais temps; le 9, mouillé à Ting-Hai (Chousan). N'’étant pas encore complétement guèri de ma fièvre, Faucon me donne un enseigne

dont je suis content et enfin an médecin.

10. — Arrivé à Niug-Po; j'y trouve deux petites frégates et une canonnière anglaises pour coopérer à la défense de Yu-Yao. La plupart des jonques cantonaises qui m'ont attaqué ont disparu; on ne sait où elles sont. L’amiral Hope a pris très froidement mon affaire, puisqu'il n'y avait que des Français qui fussent attaqués; il s’en repent maintenant, depuis qu'il a appris que presque toute l'armée impériale a rejoint les T'aï-P'ing. — Les Ward et toutes les Compagnies de débarquement anglaises sont partis pour reprendre Fang-koua, ville située sur l’autre branche de la rivière, surprise par les rebelles.

Retour de l'expédition anglaise de Fang-koua. Ils avouent 25 morts, ou blessés; les Ward, mal commandés, se sont mal conduits.

J'ai de continuels accès de fièvre qui m'affaiblissent beaucoup.

16. — Quitté le commandement du ÆXïen-chan et repris celui du Déroulède.

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